Iram cité des piliers (, Iram ḏāt al-ʿimād), également appelée Irem, Ubar, Wabar ou la Cité des mille piliers, est une cité perdue qui serait située dans la Péninsule arabe.
Dans la littérature thumb|Les ruines de l'oasis Ubarite.
Le Coran Iram est mentionnée dans la sourate 89 du Coran (al-Fajr), à côté d'autres puissances ayant subi les foudres de DieuVersets 6-8 traduction standard : N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi avec les 'Aad / [avec] Iram, [la cité] à la colonne remarquable / dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes ? <p>Voir aussi : Traduction ancienne de Kazimirski en ligne. Il s'est développé autour de cette référence toute une littérature en faisant une ville bâtie par le roi de la tribu de ʿĀd, descendante de Noé.
Les légendes reprennent le thème du châtiment des ʿĀd n'écoutant pas les avertissements du prophète HoudCoran 7, 65-72. Elles en font une ville riche et décadente détruite par un vent mugissant et furieuxCoran 41, 16, châtiment d'Allah : Les Mille et Une Nuits La légende de la cité d'Iram parvint aussi à la civilisation européenne grâce à un conte des Mille et une nuits, intitulé différemment selon les éditions. Dans Contes inédits des mille et une nuits (1828) de Guillaume-Stanislas Trébutien, il est présenté sous le titre Le Paradis terrestre, ou la ville de Schedad, fils d'Ad, parmi une liste d'anecdotes sur divers sujetsGuillaume-Stanislas Trébutien, Contes inédits des mille et une nuits (1828), volume 3, Le Paradis terrestre, ou la ville de Schedad, fils d'Ad, p. 284 (lire en ligne).. Dans la version de Richard Francis Burton publiée en 1885, il est intitulé The city of many columned Iram and Abdullah son of Abi KilabahRichard Francis Burton, The Book of the Thousand Nights and a Night (1885), Volume 04 (lire en ligne ici et ici). Dans la version de Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel (2005), il s'appelle Conte de 'Abd Allâh ben Abî Qilâba. Enfin, dans l'Encyclopédie des Mille et Une Nuits (Arabian Nights Encyclopedia), il est répertorié sous le numéro ANE 70 et sous le nom Iram and ‘Abdallâh ibn Abî Qilâba; The City of Many-columnedUlrich Marzolph, Richard van Leeuwen und Hassan Wassouf: The Arabian Nights Encyclopedia, ABC-Clio, Santa Barbara 2004, p. 232.. vignette|Concept de l'image romantique d'Irem/Iram, la Cité des Piliers, de la mythologie arabe. Il raconte l'histoire de 'Abd Allâh ben Abî Qilâba, qui partit un jour chercher ses chameaux qui s'étaient égarés. Passant par les déserts du Yémen et le pays de Saba, il aperçut une immense ville, d'une taille à peu près égale à celle de Médine, entourée d'un énorme mur ponctué de châteaux très hauts. En s'en rapprochant, il découvrit qu'elle était déserte. Descendant de sa chamelle, puis longeant le rempart, il découvrit deux portes dépassant en dimension toutes les autres du monde, plaquées d’hyacinthes et autres pierres précieuses blanches, rouges et vertes. Lesdits châteaux comprennent plusieurs galeries, toutes faites d'or et d'argent incrustés d'hyacinthes, de topazes, de perles et de pierreries bigarrées. Le sol est pavé de grosses perles et de petites sphères de musc, d'ambre et de safran. Ne trouvant personne, il monte au sommet des châteaux et de leurs balcons, d'où il voit des ruisseaux, des allées bordées d'arbres remplis de fruits, de hauts palmiers et des murs de brique d'or ou d'argent. Il se crut au Paradis. Il prend alors toutes les richesses qu'il put, puis revient chez lui où il narre cette aventure. Mu'âwiya ibn Abî Sufyan, calife au Hedjaz, en entend parler. Il écrit alors à son gouverneur, à San'â' du Yémen, de convoquer le chamelier pour en savoir plus. L'homme leur raconte à tous les deux son histoire et, face à leur incrédulité, leur montre pour preuve ses trésors, bien que le musc, l'ambre et le safran aient perdu de leur parfum et les perles aient jauni, leur couleur s'étant altérée. Vivement étonné, le calife convoque le théologien Ka'b al-Ahbâr pour savoir si la fameuse ville existait.
Le savant répond qu'il s'agit de « Iram-aux-Colonnes, dont aucun pays n'a vu créer la pareille ». Elle fut construite par , le fils de 'Âd le grand. Ce dernier avait deux fils, Shaddîd et Shaddâd, qui régnèrent sur le pays à sa mort. Tous les rois du monde lui étaient soumis. Son frère mort, Shaddâd régna seul sur le monde. Passionné par la lecture des livres anciens, il y découvrit l'au-delà, le paradis et ses châteaux, ses balcons, ses arbres, ses fruits... Il décida alors d'édifier sur terre quelque chose qui y ressemble. Les cent mille rois à ses ordres, qui dirigent chacun cent mille intendants, lesquels chapeautent cent mille soldats. Il les convoquaJamel Eddine Bencheikh et André Miquel, Les Mille et Une Nuits, Gallimard, La Pléiade, 2005, Tome I, notes page 1205 : et leur ordonna de chercher la meilleure plaine, la plus vaste, sur laquelle serait bâtie une ville d'or et d'argent, au sol de topazes, de hyacinthes. Les arcades devaient reposer sur des colonnes de topaze et d'hyacinthes. La ville devait regorger d'arbres aux fruits variés prêts à mûrir, sous lesquels devaient couler l'eau vive en des canaux d'or et d'argent. Il envoya ses serviteurs de par le monde récolter toutes les richesses nécessaires. Il écrivit aussi à tous les rois de la terre, pour qu'ils ordonnent aussi à leurs hommes d'en faire autant, jusqu'au fond des mers. Les trois cent soixante rois les plus puissants du monde amassèrent tout cela en vingt ans. Quant aux architectes, savants, maçons et artisans de tous les pays découvrirent une plaine vaste et agréable, sans collines ni montagnes, aux sources jaillissantes et eaux vives : ils estimèrent que cet endroit convenait parfaitement aux desseins du roi. Puis, ils bâtirent la ville à partir de métaux et pierres précieuses, comme la cornaline, livrés par vaisseaux et chameaux. Les travaux les occupèrent trois cents ans. Puis, ils informèrent le roi de la fin des travaux. Il leur ordonna alors de bâtir autour de la ville une enceinte très haute et solide, ponctuée de mille châteaux, au pied desquels sera fixé un étendard chacun. Ainsi, chacun d'entre devait être occupé par un de ses vizirs. Ces nouveaux travaux prirent vingt ans. La même durée fut nécessaire aux préparatifs du déménagement du roi et de tous les sujets qu'il désirait emmener avec lui. Mais, alors que ce groupe parvint à une étape de la ville, Dieu fit tomber, du ciel de sa puissance, sur le roi et sa troupe d'impies négateurs, un cri, une immense voix qui les fit tous périr. Puis, il effaça toute trace de la route qui y menait et elle demeure, depuis, ainsi en place jusqu'au jour de la Résurrection. Émerveillé par le récit de cette légende, Mu'âwiya demande alors à Ka'b s'il se pouvait qu'un homme ne parvienne jamais à cette ville. L'autre lui répond que ce sera l'un des compagnons de Muhammad et il ressemblera à celui qui trône ici.
Le conte poursuit en disant que, selon ash-Sha'bî, qui cite lui-même les savants de Himyar, au Yémen, on raconte que lorsque le cri eut frappé à mort le roi et ses sujets, le royaume échut à son fils, Shaddâd le jeune. Celui-ci fut désigné par son père, avant son départ, comme lieutenant pour le royaume de Hadramawt et Saba. Découvrant la mort du souverain, il fit transporter son corps jusqu'à Hadramawt, où il fut enseveli dans une fosse dans une caverne, sur un lit d'or recouvert de soixante-dix vêtements d'apparat tissés d'or et incrustés de pierres précieuses, avec, à la tête du mort, une plaque posée où étaient gravés ces vers : Enfin, le conte dit que selon l'historien ath-Tha-âlibî, deux hommes entrèrent dans cette caverne. En son centre, ils trouvèrent un escalier, en bas duquel ils virent une fosse longue de cent coudées, large de quarante et profonde de cent. Au milieu était un lit d'or où reposait un homme d'une immense stature, occupant tout l'espace en long et en large. Il était recouvert de parures et de vêtements d'apparat tissés d'or et d'argent. À sa tête, ils trouvèrent ladite plaque, qu'ils volèrent, tout comme les baguettes d'or et d'argent, ainsi que les autres richesses qu'ils purent trouver.
Richard Francis Burton spécifie dans une note de sa version du conte que l'édition de Breslau des Mille et une nuits l'intitule « Histoire de Shaddád bin Ad et de la ville d’Iram aux colonnes ». Aussi, elle précise que le roi des premiers Adites qui, à qui le prophète Houd (évoqué par la sourate 11 du Coran (Hud)Le Coran, sourate 11 Hud (1869, trad. Albert Kazimirski de Biberstein) (lire en ligne)) avait promis un futur paradis, déclara impiement qu’il en construirait un dans ce monde. Elle cite aussi Ka’ab al-Ahbár comme autorité pour déclarer que le récit se trouve dans le « Pentateuque de Moïse ». Iram se trouvait à al-Yaman près d’Adan (notre Aden), un carré de dix parasanges de côté. Les murs étaient en briques rouges cuites de 500 coudées de haut et 20 de large, avec quatre portes de taille correspondante. Elle contenait 300 000 Kasr (palais) dotés chacun de mille piliers de jaspe cerclés d’or, etc. (d’où le nom de la ville). L’ensemble fut achevé en cinq cents ans et, lorsque Shaddad se prépara à y entrer, le « Cri de Colère » de l’Ange de la Mort le tua, lui et tous ses nombreux compagnons. Burton affirme avoir rencontré à Aden un Arabe qui avait vu . Enfin, il propose de comparer avec cet autre conte des Mille et une nuits, « La Cité d’airain ».
André Miquel explique que l'intérêt de ce conte est de présenter en quelques pages l'histoire légendaire du peuple des Âd : leur impiété et leur démesure, symbolisées par les fastes de leur capitale, Iram. Derrière elle se profilèrent les souvenirs de l'ancien royaume de Saba. Comme ils refusèrent d'entendre l'appel des prophètes, ils furent anéantis par la colère divine, tout comme un autre peuple, les ThamûdJamel Eddine Bencheikh et André Miquel, Les Mille et Une Nuits, Gallimard, La Pléiade, 2005, Tome I, notes page 1205..
Les Contes de l'Alhambra vignette|Porte de la Justice, ou Bab al-Shari'a, Alhambra.