L’expression corridor biologique (ou « biocorridor ») ou corridor écologique désigne un ou des milieux reliant fonctionnellement entre eux différents habitats vitaux pour une espèce, une population, une métapopulation ou un groupe d’espèces ou métacommunauté (habitats). Ces unités qui tranchent dans l'espace environnant en raison de leur configuration linéaire relativement étroite, de caractère végétal (haies, chemins, bords de chemins et ripisylves…), topographique (vallon, cours d’eau…) ou immatériel (corridor biologique sous-marin) et qui relient d'autres unités plus massives mais de nature analogue, créent une continuité qui permet la circulation des espèces animales et la dispersion des propagules végétales ou fongiques sans qu'elles s'exposent à un milieu plus hostile. Les corridors faunistiques constituent en outre des sites de refuge (contre les prédateurs), de reproduction, de nourrissage, de repos, d'hivernationChetkiewicz C.L.B., St. Clair C.C. & Boyce M.S. (2006) Corridors for Conservation: Integrating Pattern and Process. Annu. Rev. Ecol. Evol. Syst. 37: 317-342..

Ces structures écopaysagères permettent de connecter ou reconnecter entre elles plusieurs sous-populations (patchs). Elles permettent la migration d’individus et la circulation de gènes (animaux, végétaux ou fongiques) d’une sous-population à l'autreBeier P., Noss R.F. - 1998 - Do habitat corridors provide connectivity ? ; Conservation Biology, 12 : 1241-1252.Résumé et texte(en anglais)..

La restauration d’un réseau de corridors biologiques (maillage ou trame écologique) est une des deux grandes stratégies de gestion restauratoire ou conservatoire pour les nombreuses espèces menacées par de la fragmentation de leur habitat. L’autre, complémentaire, étant la protection ou la restauration d’habitats. Ils sont encore peu protégésBonnin Marie. (2006), Les corridors biologiques, une reconnaissance juridique en attente d’effets pratiques, Espaces naturels de France., mais depuis les années 1990, ils commencent à être intégrés dans les politiques d'aménagement (restauratoire) du territoire et dans le droit international et localBonnin Marie. (2006), Les corridors, vecteur d’un aménagement durable de l’espace favorable à la protection des espèces, Natures Sciences Sociétés, 14 : S67-S69.Bonnin Marie. (2007), Les traductions juridiques des corridors écologiques, Bretagne vivante, n°13., contribuant à une troisième et nouvelle phase du droit de la conservation de la natureBonnin Marie. (2008), Les corridors écologiques, Vers un troisième temps du droit de la conservation de la nature, collection Droit du patrimoine culturel et naturel, L’Harmattan, 270 p..

Définitions De manière générale, dans le champ de l’écologie du paysage, le mot corridor désigne toute liaison fonctionnelle entre des écosystèmes ou entre différents habitats d’une espèce (ou d’un groupe d’espèces interdépendantes), permettant sa dispersion et sa migration.

Les corridors assurent ou restaurent les flux d’espèces et de gènes qui sont vitaux pour la survie des espèces et leur évolution adaptative. Ils sont donc vitaux pour le maintien de la biodiversité animale et végétale et pour la survie à long terme de la plupart des espèces.

Les animaux, les plantes ou les gènes doivent se déplacer pour se perpétuer. Pour chaque espèce et parfois pour certaines communautés d’espèces, il est vital que les individus qui les composent (et/ou leurs propagules) puissent se déplacer. Même des espèces fixées, telles que les moules, ont besoin à certains moments de leur vie de migrer ou de se déplacer (larves). De nombreuses espèces, végétales notamment, se font transporter par d’autres à l’état de graine ou de propagule. Ces déplacements et les déplacements migratoires permettent aux individus d’évoluer dans l’espace au gré des saisons ou de la disponibilité en nourriture. Ils sont vitaux pour la survie, le développement et l’évolution des espèces. Mais les déplacements du Vivant nécessitent des conditions propres à chaque espèce ou groupe d’espèce. L'odorat, la perception chimique ou celle des sons ou des vibrations joue un rôle majeur pour beaucoup d'espèces. D'autres (araignées sauteuses par exemple) semblent plutôt utiliser des repères visuels et refusent de traverser un espace non végétaliséBAKER L. – 2007 - Effect of corridors on the movement behavior of the jumping spider Phidippus princeps (Araneae, Salticidae). Canadian Journal of Zoology, 85 : 802–808. (Résumé en anglais et français)..

Il est possible que dans un contexte de modifications climatiques la disponibilité en corridors soit encore plus cruciale pour la survie de nombreuses espèces.

Les notions de corridor biologique et de corridor écologique sont des notions récentes et en évolution, découlant de l’écologie du paysage, une des branches de la biogéographie. Elles désignent les structures écopaysagères (sites et réseaux de sites) réunissant les conditions de déplacement d'une espèce (animale, végétale ou fongique..) ou d’une communauté d’espèces, ou de leurs gènes. L’ensemble enchevêtré de ces corridors constitue la trame d’un maillage écologique ; réseau complexe local et planétaire.

On tend à distinguer : Le corridor biologique, désignant tout corridor spécifique à une espèce donnée, y compris du point de vue des échanges génétiques ; Le corridor écologique, structure spatiale plus large n’engageant pas nécessairement de notion génétique. Un corridor écologique peut rassembler divers sous-corridors biologiques (on parle alors de Zone de connexion biologique (ZoCoB)) ; Le réseau écologique : l’ensemble fonctionnel des corridors, aux échelles paysagères et supra-paysagères.

Remarques sur les définitions Le corridor biologique est souvent un milieu vivant autant constitué par les espèces qui le composent que par ses caractéristiques géomorphologiques : il n'est figé ni dans le temps ni dans l’espace. Seule la fonction de « connexion écologique » est durable. La définition physique la plus simple d'un corridor est donnée par Saunders et Hobbs (1991)DENIS A. SAUNDERS, RICHARD J. HOBBS, CHRIS R. MARGULES, Biological Consequences of Ecosystem Fragmentation: A Review ; en ligne: 14 JUL 2005 DOI: 10.1111/j.1523-1739.1991.tb00384.x Issue Conservation Biology Conservation Biology Volume 5, Issue 1, pages 18–32, March 1991. : . Il peut être immatériel et imperceptible à nos yeux (exemple : odeur de l’eau guidant le saumon dans la mer vers la source de sa rivière natale). Un corridor pour une espèce peut être une barrière pour une autre espèce (exemple : fleuve). Il se distingue des éléments adjacents, de la matrice écopaysagère par des caractéristiques particulières (physionomie, caractéristiques pédogéologiques, orientation, couple thermohygrométrique, odeurs).

Éléments du paysage constituant un corridor Ce sont des espaces ne présentant pas d’obstacles au déplacement des espèces considérées (obstacles matériels ou immatériels). Ils doivent donc être également exempts de dérangement/perturbation et pollutions nuisibles à ces espèces. Ce sont généralement des éléments naturels, mais parfois artificiels ayant une valeur fonctionnelle de substitution (une haie vive agricole, surtout si elle est bordée d'une bande enherbée et/ou d'un fossé ou cours d'eau, peut pour partie remplir les fonctions de conduction d’une bande boisée, d'une ripisylve ou d’une lisière naturelle).

En se basant sur les approches en cours, et sur la synthèse de Richard A. Fisher, Richard A. Fisher "Wild-link, Connecting Fragmented Habitats with Ecological Corridors, Northern Michigan" ; Traverse City, MI:Conservation Ressource Alliance, 2001., on peut retenir 10 principes consensuels pour les corridors écologiques : Un corridor a une fonction d'habitat, mais sa fonction première doit être de permettre le déplacement des espèces sauvages ; Tout corridor devrait être dessiné et géré de manière à conduire les espèces qui l'utilisent d'un habitat de qualité à un autre, sans les faire passer par des zones à haut risque de mortalité ; La biologie des espèces susceptibles d'utiliser un corridor devrait toujours être considérée et prise en compte lors de la conception et cartographie des corridors ; Les corridors nouvellement créés devraient l'être en faisant en sorte de limiter les effets de bordures, le dérangement induit par les activités humaines périphériques, et de manière à favoriser et entretenir la complexité du milieu et de la structure de la végétation du corridor. Le corridor devrait « mimer » les caractéristiques de la végétation originale (structure et composition) ; Un corridor large vaut toujours mieux qu'un corridor étroit ; Tout corridor devrait être considéré comme un sous-composant d'un écosystème et d'un réseau écologique plus large. Et les autres enjeux de conservation doivent aussi être pris en compte lors de sa conception et gestion ; Un processus logique, séquentiel et permanent devrait présider à l'établissement et à la conservation de corridors aux échelles biogéographiques régionales ; Une attention particulière devrait être portée à la restauration, protection et gestion d'un réseau suffisant de corridors, autant qu'à leur monitoring, pour vérifier qu'ils soient utiles et utilisés par les espèces sauvages ; Les effets négatifs potentiels de certains corridors (utilisation par une espèce invasive) doivent également être considérés… et suivis et gérés le cas échéant ; Il faut construire un réseau de corridors sans attendre d'avoir des réponses scientifiques certaines et complètes à toutes les questions pour construire un réseau protégé de corridors, et nous devons accepter le fait que nous avons besoin de plus de connaissances sur les questions environnementales.

Éléments du paysage qui ne sont pas des corridors Certains aménagements peuvent rappeler les corridors biologiques sans en être réellement. Il ne faut pas confondre les voies artificielles « renaturalisées » avec de véritables corridors biologiques. À titre indicatif, voici quelques exemples qui ne sont pas des corridors biologiques : un simple chemin de randonnée, fréquenté par des centaines de promeneurs ; une rivière canalisée et coupée par des barrages infranchissables ou dont les berges ont été bétonnées. Ainsi, tout aménagement paysager formant continuité (chemin de promenade, piste cyclable, bande boisée) ne constitue pas nécessairement un corridor. La physionomie en forme de taches du paysage ne suffit pas à en faire des corridors, c’est la réalité de la fonction de conduction écologique qui les définit.

Historique Cette notion, bien qu'antérieurement intuitivement comprise par certains naturalistes, est récente en tant que concept scientifique formalisé dans l'Écologie du paysage et décliné dans l'aménagement du territoire ; Il est encore en cours d'appropriationAdèle Debray La notion de réseau écologique en France : construction scientifique, appropriation par les politiques publiques et traduction territoriale, 8 mars 2011. par le droit et les collectivités.

Elle semble avoir pris du poids via l'évidence d'une fragmentation écologique croissante, analysé au regard de la théorie de l'insularisation écologique. Elle a ensuite fait appel à la théorie de la percolation, appliquée au paysage et aux écosystèmes pour mieux comprendre les impacts du morcellement des paysages, mais aussi pour tenter de les réparer.

Alors que la recherche théorique et la modélisation avançaitIlkka Hanskiand & Mats Gyllenberg ; Two General Metapopulation Models and the Core-Satellite Species Hypothesis ; Am Nat 1993. Vol. 142, p. 17 DOI:10.1086/285527., la recherche appliquée et parfois des collectivités (anglo-saxonnes ou des ex-pays de l'Est dans un premier temps) ont, dès les années 1990, produit de premières cartes approchant ces notions, généralement pour des milieux continentaux. Le concept est diffusé, voire encouragé par l'UICN, et certains promoteurs du projet MAB (Programme Man and Biosphere) de l'UNESCO.