Grenord est un hameau du centre-ouest de la France, appartenant à la commune de Chabanais, dans le département de la Charente, en région Nouvelle-Aquitaine.
Grenord est situé au nord-est du département, en Charente limousine, dans la partie historiquement occitanophone de l'ancienne région Poitou-Charentes, également désignée par le nom de Charente occitane. En occitan limousin, Grenord se nomme Grenòr.
Organisé autour de son église, qui est son principal monument et élément de patrimoine bâti, le village est également bordé dans sa partie septentrionale par la Grêne, un affluent de la Vienne, et par ailleurs par d'autres ruisseaux et rus temporaires. La dénomination Grenord-l'Eau, aujourd'hui peu usitée mais employée jusqu'au , atteste l'environnement humide du hameau, entouré de terres agricoles principalement dévolues à l'élevage et de petits bois.
Géographie Localisation Grenord est situé dans l'est du département français de la Charente, en Charente limousine. La limite du département voisin de la Haute-Vienne est proche, au plus près à au sud-est.
À vol d'oiseau, Angoulême se trouve à environ au sud-ouest, et Limoges est à à l'est. Les deux sous-préfectures les plus proches sont Rochechouart, en Haute-Vienne, à moins de à l'est-sud-est, et Confolens, en Charente, à à l'ouest-nord-ouest. Enfin, Saint-Junien, ville de plus de habitants la plus proche, est à à l'est-nord-est.
Le village est établi à environ au sud du bourg de Chabanais, chef-lieu de la commune.
La latitude du village est identique à celle du pont de l'île d'Oléron ou du lac d'Annecy. Sa longitude est très proche de celle de Tours, Périgueux ou Saint-Gaudens.
Accès Le village est desservi par deux axes routiers départementaux : la D162, qui relie Taponnat-Fleurignac à Chabanais par Montembœuf et Lésignac-Durand, et la D164, qui relie Le Lindois à Grenord par Mouzon et Suris.
L'accès routier à Grenord se fait par la D162 depuis Chabanais (au nord) ou Lésignac-Durand (au sud-ouest) et la D164 depuis Suris (à l'ouest). Deux autres routes communales carrossables desservent le village : une qui se dirige vers l'ouest vers Chez-Chevrier puis Exideuil-sur-Vienne, et permet de rejoindre la RN 141, déviée de Chabanais et doublée depuis 2013 ; une autre qui part vers le sud-est, et permet de rejoindre Chassenon et Pressignac par le Breuil et la Soutière. À la sortie sud de Grenord, une autre route communale se connecte à la D162, et file vers le sud-ouest pour desservir Les Borderies, La Barrière et rejoindre Saint-Quentin-sur-Charente.
Les chefs-lieux de commune ou de commune déléguée les plus proches de Grenord par la route sont Chabanais (), Exideuil-sur-Vienne (), Saint-Quentin-sur-Charente (), Chassenon (), Pressignac () et Suris ().
Géologie et relief
Le village est situé en Haute-Charente (Charente limousine), la partie la plus élevée du département, rattachée aux marges du Massif central, et qui culmine à plus de en plusieurs points des environs (Mouzon dans le massif de l'Arbre à au sud-ouest, la forêt de Brigueuil au pied des monts de Blond à au nord-est). Grenord se trouve à une altitude toutefois relativement modeste, entre à , due à la proximité de la vallée de la Vienne, laquelle arrose Chabanais à environ d'altitude.
À environ au sud de Grenord, l'interfluve qui le sépare de la haute vallée de la Charente atteint au lieu-dit La Tuilerie. Les rives de la Grêne, à proximité du village, sont établies à environ d'altitude.
À la différence de l'ouest de la Charente, que le sous-sol calcaire rattache au bassin aquitain, les roches du secteur de Chabanais sont essentiellement magmatiques et métamorphiques. Grenord repose précisément sur de la tonalite, même si le sud du village (secteur du cimetière) et ses abords occidentaux (vers les lieux-dits du Figuier et de la Dauphie) sont recouverts d'alluvions anciennes. La périphérie orientale et méridionale de Grenord est dominée par le gneiss..
Fait notable, le village se trouve dans l'emprise du cratère de la météorite de Rochechouart, bien que son sous-sol ne soit pas pourvu d'impactites, lesquelles dominent la composition rocheuse à environ vers l'est, autour des agglomérations de Chassenon et Pressignac.
Hydrographie
vignette|Ruisseau à l'ouest de Grenord, après un épisode pluvieux. Le principal cours d'eau des environs de Grenord est la Grêne (ou Graine en Haute-Vienne), qui coule à l'est et au nord-est du village.
En outre, ce dernier est bâti sur une hauteur qui est individualisée à l'ouest par un vallon occupé par un ruisseau, affluent de la Grêne, né de plusieurs sources dans le secteur des Pincheries. Ce ruisseau, qui s'approche à environ des habitations, rejoint la Grêne au moulin de Cacharat. Au sud-est, dans le secteur de Bisserier, un autre ruisseau sans nom connu alimente la Grêne en demeurant à environ de Grenord.
Urbanisme
S'inscrivant dans un paysage semi-bocager mêlant polyculture et élevage, la commune de Chabanais propose une morphologie urbaine typique du Limousin, avec des sites d'habitation répartis entre un bourg-centre (Chabanais, le chef-lieu de commune) et de nombreux « villages », qui aujourd'hui sont couramment appelés « hameaux » alors que ce terme est historiquement impropre dans la région...
Grenord, avec son église et ses rues, est donc un gros village, le plus important de la commune, et non un hameau. Il s'organise autour du croisement formé par la D162 et la route communale de Chantalouette, qui se dirige vers Chez-Chevrier et Exideuil. Ce carrefour prend la forme d'une place de forme triangulaire, dont l'extrémité nord est bornée par l'église. Les maisons y sont majoritairement anciennes, pour certaines à vocation initialement agricole.
Au sud-est, le long de la D162, le village est prolongé par un hameau contigu, Reilhac, tandis qu'au sud-ouest, un autre groupe d'habitations forme une extension relativement dissociée, comprenant de rares bâtiments anciens, des maisons de la fin du , un lotissement des années 2000 et le cimetière.
D'autres villages, composés de quelques bâtisses agricoles et maisons d'habitation, encadrent Grenord, principalement vers le sud-ouest (La Dauphie, Puychevrier, Les Borderies, Les Termes) et le sud-est (Bisserier, Le Breuil, La Soutière).
Toponymie Le nom de la localité est attesté sous la forme Grenort en 1764Louis-Pierre d'Hozier, Armorial général de la France, Pierre Prault, Paris 1764, et 476..
La terminaison -or (graphiée indifféremment -ord, -ort ou -ors dans plusieurs toponymes français) s'explique généralement par la contraction des éléments gaulois -o-ritu-, sur ritu « gué » (cf. vieux gallois rit; gallois rhyd « gué »). Le -o- résulte de la voyelle finale de *Greno-, forme primitive du nom de la rivière Grêne (ou de manière erronée Graine)Xavier Delamarre : Dictionnaire de la langue gauloise, Paris (éditions Errance) 2001. . 258., d'où le composé *Greno-ritu devenu Grenort par coalescence, orthographié plus tard Grenord. Le sens global est « gué sur la Grêne ». Cette formation toponymique est comparable à Jort (Calvados) de *Diuo-ritu « gué sur la Dives ». La Grêne quant à elle pourrait tenir son nom de Mars Grannos (latinisé en Grannus), divinité des Lémovices évoquée dans une inscription retrouvée non loin sur le site antique de Cassinomagus..
Le village est longtemps dénommé Grenord-l'Eau, en raison de sa localisation, car il entouré de sources et de ruisseaux, et proche de la Grêne ().La mention Grenord-l'Eau est attestée sur la carte de Cassini.. C'est précisément la position du village entre la Grêne, au nord-est, et le ruisseau venu des Pincheries, au nord-ouest, formant une presqu'île, qui serait à l'origine de la dénomination.
Histoire Antiquité La découverte en 1849 par deux cultivateurs de Grenord, les frères Bissirieix, de nombreux objets datés du , dont des vases et vaisselles, près de La Guierce, à au sud de Grenord, atteste une occupation antique dans les environs. Ces trouvailles font date dans l'histoire des fouilles dans la région. ; une partie du trésor est conservée par le Metropolitan Museum of Art de New York et par le musée Dobrée de Nantes...
Moyen âge
La présence d'une église datée des atteste l'existence d'un foyer de peuplement médiéval.
Époque moderne vignette|À la fin du , Granor apparaît sur la carte du Poitou de Mercator. L'église Notre-Dame serait mentionnée dans les archives (Regesta) du pape Léon X, en 1514, sous le nom de Beatæ Mariæ de Grandi HortoLe Petit courrier de la Charente : journal du canton de La Rochefoucauld, « Chronique charentaise », 25 août 1935 (). Cette toponymie semble attester une étymologie liée à l'idée de « grand jardin » (), pourtant discutée.
Sous l'ancien régime, Grenord constitue un prieuré-cure, dépendant du prieuré des chanoines de Saint-Augustin des Salles-Lavauguyon. L'église est bordée d'un presbytère. Jusqu'au , l'église Saint-Sébastien de Chabanais dépend de l'église paroissiale de Grenord, avant d'être érigée en église paroissiale indépendante en 1673. Appartenant au diocèse de Limoges, la paroisse de Grenord semble avoir organisé des ostensions, à savoir une vénération de reliques, à une date inconnue, alors que la pratique, éminemment limousine, a aujourd'hui fortement régressé en Charente limousine, cessant à Chabanais en 1939, et se limitant désormais à de rares communes comme Esse ou Étagnac.
Sous le nom de Granor, la localité figure sur les cartes éditées à partir du , comme la Poictou sive Pictaviae descriptio de Gérard Mercator, éditée en 1585Gérard Mercator, Poictou sive Pictaviae descriptio, 1585 ()., puis la Carte générale de Poictou, Xaintonge, Angoulmois et pays d'Aulnix de Christophe Tassin (ca. 1634)Christophe Tassin, Carte generale de Poictou, Xaintonge, Angoulmois et pays d'Aulnix, 1634 ().. ou encore la carte de l'Angoumois réalisée par Pierre DuvalPierre Duval, L'Angoumois, ()..
En 1769, dans son Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, Jean-Joseph Expilly décrit Grenord l'Eau comme disposant d'un « terroir [...] assez fertile en menus grains & en pâturages »..
Révolution et vignette|Grenord est visible sur la carte du département de la Charente, créé à la Révolution. Le décret relatif à la circonscription des paroisses des cantons de Confolens & Chabannais, promulgué le , réunit la paroisse de Grenord-d'Eau à celles, voisines, de Saint-Sébastien et Saint-Pierre-de-Chabannais, les deux premières se fondant dans la troisième.. Grenord est rattachée à Chabanais dès la création de la commune en 1792.
À la Révolution, la paroisse compte 380 habitants. À cette époque, le (2 messidor an IV), le presbytère est aliéné au prix de livres. En 1797, la population du village réclame sur pétition la restitution de la cloche de l'église, subtilisée, mais cette demande n'aboutit pas ; une nouvelle cloche n'est installée qu'en 1862 (). En dépit de la disparition de la paroisse, réunie à celle de Chabanais, Grenord conserve sa tradition d'inhumation au cimetière..
La population de Grenord est comptabilisée dans les recensements successifs du : 148 en 1841 (169 avec Reilhac), 167 en 1846 (184 avec Reilhac), 132 en 1861 (154 avec Reilhac)..
En 1891, le conseil général de la Charente adopte un vœu traduisant le sectionnement en trois de la commune de Chabanais, créant les sections de Saint-Pierre, Saint-Sébastien et Grenord, tout en maintenant l'unité de la commune ().
L'école mixte est édifiée en 1893, à la sortie sud du village (). En 1900, le conseil municipal de Chabanais propose d'en faire une école double (), demande réitérée en 1904 ().