Néron est une série de bande dessinée belge, créée par le dessinateur flamand Marc Sleen. En néerlandais, langue d'origine de la série, 163 épisodes ont été publiés sous le titre De Avonturen van Nero en co aux éditions du Standaard. En français, il existe en tout 139 tomes, dont 2 parus en 1951 à La Cité; 37 parus entre 1956 et 1962 aux Éditions Samedi et 100 parus entre 1967 et 1987 chez l'éditeur Érasme, numérotés de 1 à 101, le numéro 9 n'existant pas. En allemand, 12 tomes ont été publiés entre 1972 et 1973 chez Rädler Verlag.
Histoire Lorsque la série a débuté, le personnage principal en était le détective Van Zwam (un nom imaginé par un collègue journaliste de Marc Sleen, Gaston Durnez — le personnage allait être rebaptisé Fouché ou Fouchet dans les traductions en français). Néron est le pensionnaire d’un asile d’aliénés dont Van Zwam fait la connaissance au cours du deuxième récit ; son nom aurait été en réalité Schoonpaard mais, persuadé qu’il est l’empereur romain Néron, il se promène vêtu d’une toge et porte, derrière les oreilles, quelques feuilles de persil en guise de couronne de laurier.
Par la suite, Néron vola la vedette à Van Zwam et, après quelques aventures, la série qui s’appelait originellement De Avonturen van detective Van Zwam (i.e. « Les Aventures du détective Van Zwam ») fut rebaptisée De Avonturen van Nero en zijn hoed (« Les Aventures de Néro et son chapeau »). Après deux aventures sous ce nouveau titre, la série en changea de nouveau et trouva son titre définitif : De Avonturen van Nero en Co, qui fut traduit fidèlement en français par Les Aventures de Néron et Cie. La série parut d’abord en feuilleton dans le journal De Nieuwe Gids, puis, à partir de 1950, dans Het Volk.
En 1965, le passage de Marc Sleen au groupe de presse De Standaard/Het Nieuwsblad suscita de sérieuses querelles entre les deux éditeurs catholiques. Exceptionnellement, la première histoire de Néron qui fut publiée dans le Standaard, De Geschiedenis van Sleenovia, ne fut pas signée Marc Sleen, mais Wirel, un pseudonyme derrière lequel se dissimulaient Willy Vandersteen et Karel Verschuere C'est sous le même pseudonyme, contraction de Willy et Karel, que le duo signera plusieurs aventures du colley Bessy. C’est Gaston Durnez qui en écrivit alors le scénario. Au reste, bien plus tard, en 1995, Het Volk allait à son tour être absorbé par le groupe du Standaard.
En 1992, à partir du récit Barbarijse Vijgen, Dirk Stallaert devint le nouveau dessinateur de Néron, prenant ainsi la relève de Marc Sleen qui continuait toutefois à songer à la série. Finalement, à la fin de l’année 2002, Sleen, alors âgé de quatre-vingts ans, prit la décision de mettre un terme aux aventures de son héros. Zilveren Tranen fut le dernier album de la série. Dans ce récit, les plus caractéristiques parmi les personnages de « vilains » apparus au fil des albums (Gérard le diable, Matsuoka, Ricardo, Ratsjenko, Séla la sorcière...) fomentent une grande conjuration pour se débarrasser de Néron.
En 1991, une statue d’Adhémar, le fils de Néron, fut inaugurée à Turnhout. C’est dans cette même ville que des prix de bandes dessinées sont décernés qui portent le nom de ce personnage. En 1994, Néron lui-même eut droit à sa statue, plus précisément à Hoeilaart, devant l’ancienne station de trams. C’est là que Néron habite dans les derniers albums, mais Hoeilaart est surtout le lieu de résidence de Marc Sleen. Une autre statue de Néron se trouve sur la digue de Middelkerke, où bon nombre d’autres héros de bande dessinée ont de la même manière été mis à l’honneur. Le personnage du pirate Oscar Abraham Millesabords a quant à lui sa statue à Wuustwezel, et Monsieur Pheip la sienne à Moerbeke, village dont, dans les Aventures de Néron et Cie, il est l’ancien bourgmestre.
Personnages vignette|Néron, le personnage principal de la série Néron (Nero dans la version originale) : Flamand à l’ancienne, brave père de famille dont le patronyme est Heiremans, et les origines polonaise et bruxelloise, il n’a que deux cheveux sur le crâne, qu’il a reçu au cours de son aventure De Man met het gouden hoofd. Il gagne sa vie comme « phénomène journalistique », est bon vivant, appréciant une bonne chope, un sachet de frites et la lecture de son journal affalé dans son fauteuil, tandis que « bobonne » s’occupe du ménage. Mais une grande curiosité n’est pas non plus étrangère à son caractère, en tout cas certainement pas s’il y voit la possibilité de gagner de l’argent, ce qui l’entraîne dans les aventures les plus fantastiques aux quatre coins de la planète, et parfois même au-delà (cfr. Les Pieds noirsÉditions Samedi, n° 34, janvier 1962 — De Zwarte Voeten). Malgré cela, il lui arrive de se monter altruiste. Dans deux albums, L'Offensive de paix de NéroÉditions Samedi, n° 8, janvier 1956 (Het Vredesoffensief van Nero) et L'Apôtre de la paixÉditions Samedi, coll. Samedi-Jeunesse n° 12, octobre 1958 (De Pax apostel), on le voit se préoccuper de la paix dans le monde. Dans les derniers épisodes, il habite dans l’ancienne station de tram de Hoeilaart. Madame Néron : Elle se prénomme en réalité Béa. Elle aime boire le thé en compagnie de Madame Pheip, acheter des petits chapeaux et partager des commérages. Ainsi lui arrive-t-il de se cacher sous des montagnes de coussins pour annoncer les derniers cancans au téléphone. Adhémar : C’est le fils de Néron, un inventeur et un génie. Détective Fouché ou Fouchet (van Zwam dans la version originale) : Il s’agit du héros originel de la série. Détective brillant, il est capable de reconstituer tout un crime, et même toute la vie du coupable, simplement en se basant sur un mégot de cigarette. Il se déplace au volant d’un Porsche rapide (en fait, la même voiture que Marc Sleen utilise dans la vie réelle) et a toujours une loupe à la main. Madame Pheip, Bébelle : C’est une femme cordiale, fumeuse invétérée (elle ne fume que la pipe et que du tabac « fleur de matelas ») ; si besoin est, elle peut ainsi créer un épais rideau de fumée. Son personnage apparaît pour la première fois dans Le Chapeau de Gérard le diableÉditions de la Cité, 1951 ; rééd. Magic Strip, 1983 (De Hoed van Geeraard de duivel), où elle vient au secours de Néron dans sa lutte contre ce démon. Elle s’éprend de Monsieur Pheip, un francophone, qu’elle finira par épouser. Elle est capable de tout si quelqu’un ose lever le petit doigt sur Boulette et Bambou. Elle est sans relation avec Néron. Monsieur Pheip, Claude (Philemon dans la version originale). C’est le bourgmestre (l’ancien bourgmestre) de Moerbeke, financièrement aisé, affublé d’une moustache à la Friedrich Nietzsche, pas très futé, et qui, dans la version originale, s’exprime dans un néerlandais mâtiné de français (il s’agit en fait d’une caricature d’un personnage réel, Jean Marïen, le remplaçant temporaire de Maurice Lippens — à noter que dans les éditions en français, le personnage s'exprime dans un mélange de français et d'anglais) ; il est le mari soumis de Madame Pheip. Il semble être un patriote attaché à la Belgique (cfr. L'Apôtre de la paix, dans lequel il s’acharne à planter le drapeau belge au sommet d’une montagne). Bambou (Petoetje dans la version d’origine) : C’est le fils adoptif de Monsieur et Madame Pheip, en fait le fils du chef de l’île de Moka-Papoka (cfr. l’album du même nom). Boulette (Petatje dans la version d’origine) : Officiellement, son prénom est Pethalia. Elle est la fille adoptive de Monsieur et Madame Pheip (cfr. l’album La Bague de BouletteÉditions Samedi, n° 1, janvier 1956 — De Ring van Petatje). Clo-Clo Pheip: C’est le fils de Monsieur et Madame Pheip. Tout comme c’est le cas pour Adhémar, sa taille ne change pas, il reste toujours petit. Mais, tout comme son père, il possède une moustache à la Nietzsche. Il apparaît pour la première fois dans l'album La Comtesse verteN° 47 de la série aux éditions Érasme. Jean Muscle: Il est le dernier descendant de Jan Breydel, et tient une baraque à frites où Néron a toujours droit à son sachet gratuit ; c’est une armoire à glace au grand cœur qui est toujours prêt à accompagner Néron dans ses aventures. Oscar Abraham Millesabords (Tuizentfloot dans la version originale) : C’est un pirate d'eau douce, fou à lier, au tempérament emporté, paré d’un chapeau de pirate arborant une tête de mort, et agitant sans cesse de façon effrayante un sabre émoussé. La plupart du temps, il dissimule derrière lui un canon miniature destiné à abattre celui qui ose lui mettre des bâtons dans les roues. Il ponctue toutes ses phrases par l’exclamation « aha ! ». Capitaine Huilepul (Oliepul dans la version originale) : C’est le capitaine, toujours légèrement émêché, d’un remorqueur, His Majesty Pull, avec lequel il parcourt les sept mers du monde et, souvent, parvient à tirer d’affaire Néron et ses amis quand ceux-ci vivent en mer des situations critiques. Souvent, on le voit fumer une pipe à l’envers. Jef Pedal (ou bien : Jef au marteau) et sa femme Isabelle (que l’on découvre pour la première fois dans Het B-Gevaar : ils n’apparaissent que dans les premiers récits. Bompanero : Personnage apparu tardivement (à partir de l’album Bompanero en 1997), c’est un vieillard encore vert qui se fait accompagner partout par de jolies jeunes femmes. Le cheval de saint Nicolas : Les jours précédant la Saint-Nicolas, il est de tradition qu’apparaisse dans les aventures de Néron le « cheval » de saint Nicolas, qui, autant par son caractère – il est entêté – que par son aspect, ressemble à un âne. Ricardo : C’est un forçat de l’île de Malte qui cherche sans arrêt à se venger de Néron. D’autres personnages que l’on rencontre à plusieurs reprises au fil des aventures sont, entre autres, Gérard le diable — en v.o. Geeraard de Duivel — (qui a tout du bouc : cornes, sabots et barbichette, et qui séjourne naturellement à la Duivelsteen – i.e. « Pierre du Diable » – à Gand) ; Beo « le terrible », à la langue bien pendue ; et, dans les derniers épisodes, l’Agent 794, Bruxellois bedonnant, « Gaston pour les dames » ; et aussi… Marc Sleen en personne, qui surgit de temps à autre dans ses propres récits, Néron n’hésitant jamais à aller se plaindre auprès de son dessinateur si l’histoire prend un tour qui ne lui convient pas. Dans bon nombre d’aventures, on trouve également des personnages réels en « guest stars », qui faisaient la une de l’actualité au moment de la première publication des récits en feuilleton dans la presse (des personnalités politiques notamment, comme Mobutu, Margaret Thatcher, Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt, etc.).
Style Néron, tout comme les autres bandes dessinées de Marc Sleen, est une série humoristique, bourrée de gags absurdes et de anti-héros aux défauts caractéristiques reconnaissables. Le style de dessin de Sleen est très souple et relâché. Il a rarement recours aux gros plans ou aux plans larges, il confine la plupart du temps les images dans leurs cases et n’utilise jamais la contre-plongée ni aucun autre effet de perspective, ceci étant dû essentiellement à la rapidité avec laquelle Marc Sleen était obligé de dessiner, qui lui laissait peu de temps pour ce genre de choses. Pour la même raison, on peut relever dans ses récits bon nombre d’erreurs de continuité (des voitures qui, tout d’un coup, ont trois roues au lieu de quatre, des personnages que l’on retrouve brutalement habillés autrement…) Des défauts que l'on trouverait impardonnables pour d’autres bandes dessinées, mais vis-à-vis desquels on est indulgent en ce qui concerne Marc Sleen. Ce n’est qu’en 1993, quand Dirk Stallaert reprit la série, que les dessins commencèrent à être plus détaillés, et donnèrent une plus grande impression d’espace et de perspective.