La , ère de Kofun (古墳), ou plus exactement période des kofun. est une ère de l'histoire du Japon qui va d'environ 250 à . Elle suit la période Yayoi et précède la période Asuka. Elle se situe à la fin de la Proto-histoire du Japon et relève de l'âge du fer qui commence à la période Yayoi, au Japon. La période Kofun et la période Asuka (538 à 710) qui la suit sont parfois désignées collectivement comme la période Yamato (250-710).
Le mot Kofun désigne en japonais les tertres funéraires, dont ceux « en trou de serrure » qui apparaissent dans la seconde moitié du et disparaissent au cours du dans l'ouest des grandes îles de l'archipel. Les populations qui pratiquent cette culture des Kofun et leur pays sont souvent appelé Wa, mais ce terme s'applique aussi à la période suivante, Asuka.
Ces tertres funéraires ont fait l'objet de recherches archéologiques très poussées. Les sculptures de terre-cuite qui ont été déposées dessus, les haniwa, sont des objets typiques de cette période et spécifiques à la culture japonaise. Du point de vue social, chacun de ces tertres matérialise le travail des collectivités agricoles pour leur chef et pour le bien-être de leur collectivité.
La période Kofun est la plus ancienne époque de l'histoire enregistrée au Japon. Comme les premiers textes qui parlent de cette période lui sont nettement postérieurs, ceux-ci doivent être replacés dans le contexte dans lequel leur contenu a été conçu. Les études actuelles de cette période nécessitent donc une étude critique délibérée des sources et s'appuient surtout sur les ressources de l'archéologie qui a beaucoup progressé au cours des vingt dernières années.
La période Kofun voit la montée en puissance de l'élite de la région du Kansai au (Yamato), elle s'achève avec l'instauration d'un État, avec à sa tête le tennō, le souverain. Ainsi un certain nombre de traits qui ont contribué à l'identité du Japon ont-ils leur source sur la période Yayoi-Kofun, comme l'introduction de la culture en rizières inondées à l'époque Yayoi, considérée comme le début de lHistoire du Japon, tandis que la période Kofun est considérée comme le début de la souveraineté impériale.. D'autre part, la période Kofun est distincte de la période Asuka sur le plan culturel. La période Kofun est en effet caractérisée par une culture du shinto ancien, seul, sur l'existence de laquelle on ne dispose guère de preuves archéologiques, avant l'introduction officielle du bouddhisme qui s'est effectuée en 552, au début de la période Asuka.
Les tertres funéraires Kofun vignette|200px|Entrée du kofun d'Ishibutai, dégagé de son tumulus de terre, élevé sur une plate-forme carrée de de côté.
Les Kofun sont des tertres funéraires, ou tumuli, construits pour la classe dirigeante à partir du jusqu'au au Japon. et la période Kofun tient son nom de ces tumuli de terre qui la distingue des autres périodes. Les tumuli contiennent de grandes chambres funéraires en pierre. Certains sont entourés de fossés.
Les Kofun se présentent sous plusieurs formes., les ronds et les carrés étant les plus simples. Un style caractéristique est le Kofun en forme de trou de serrure dont l'apparition sert de point de départ à la période. Ceux-ci sont composés, en plan, d'un triangle isocèle sécant à un disque placé sur son axe de symétrie. Mais le disque peut aussi être remplacé par une forme carrée.. Leur taille varie de quelques mètres, en particulier les tertres ronds autour d'une dizaine de mètres, à plus de de longueur. Des terres cuites sans glaçure, appelées Haniwa, dont les plus nombreuses en cylindres, parfois supports de coupes, et tout un autre ensemble à caractère figuratif : maisons, personnages, objets, animaux. Elles sont à demi-enfouies, alignées autour ou disposées sur le tertre.
Le Kofun : fonction symbolique du tertre et de son mobilier funéraire
Premiers Kofuns
La dernière phase de la période précédente, la période Yayoi finale, voit apparaitre des tertres rectangulaires de plus en plus grands et à quatre « pieds »Il s'agit de tertres rectangulaires dont les quatre angles forment des avancées qui vont en s'évasant vers l'extérieur, produisant un effet sensiblement plus monumental. .. La stratification sociale s'est intensifiée, semble-t-il en raison de la production agricole croissante et de la circulation de ses produits. Le fer est alors travaillé sous la protection ou le contrôle de l'élite naissante.. Placés dans des centres régionaux, comprenant un vaste groupement communautaire local de type tribal, ces tertres rectangulaires recevaient les membres des familles du plus haut rang, issus de lignage ou de clans distincts. Si quelques-uns sont isolés, ils forment en général des petits groupes de tertres souvent petits (20 m sur le grand côté du rectangle central). Les enfants étant traités comme les adultes leur statut était un statut attribué et non un statut acquis avec l'âge.
Les plus anciens Kofuns se trouvent simultanément au nord de Kyushu et jusqu'au , la région du Kansai, au sud du bassin du , et sont datés de la seconde moitié du . Leur distribution coïncide avec celle des premiers ports de commerce, sous forme de villages de pêcheurs et commerçants, venus de Corée mais aussi du reste de l'archipel. Cette région correspond aux zones côtières de Kyushu et de l'ouest du Japon, plus densément le long du corridor de la Mer intérieure de Seto, et surtout le centre de la région du Kansai. La région de la Mer Intérieure, depuis le Yayoi final jusqu'au Kofun initial, a vu s'opérer la métamorphose de piédestaux de terre cuite en Haniwas.. Les piédestaux, très décorés de motifs curvilinéaires incisés et de motifs évidés, supportaient des jarres globulaires qui contenaient probablement du riz. Ce seraient les communautés qui les auraient déposées auprès du défunt en vue de récoltes abondantes. Les premiers Haniwas cylindriques apparaissent par milliers et sont des dépôts de communautés paysannes pour le bien-être commun autour des tombes de leurs chefs.
Les plus grands des premiers Kofuns se situent dans le bassin de Nara. dans la plaine de Yamato, plus exactement au Sud-est. Nara sera capitale de l'ancien Japon à partir de la fin du , au centre de la région du Kansai. Leur domination dans la compétition au plus grand tertre, pourrait signifier, déjà, le régime des alliances hiérarchisées et centralisées qui se serait mis alors en place dans cette région. Le plus ancien Kofun de cette région serait le Hokenoyama situé à Sakurai, dans la préfecture de Nara, qui date de la fin du . Dans le quartier Makimuku. de Sakurai, des Kofuns postérieurs en forme de trou de serrure (Kofun Hashihaka, Kofun Shibuya Mukaiyama) sont construits autour du début du .
Kofun : Mobilier funéraire thumb|Bracelets de jaspe (sharinseki) du Shimanoyama-kofun, Kawanishi. Musée du Archaeological Institute of Kashihara, Préfecture de Nara.
Leur apparition vient recouvrir des pratiques funéraires diverses - même si certaines traditions perdurent localement, pendant un certain temps. Koji Mitzoguchi. propose de voir dans ces tertres la création de points sur lesquels se focalisent les regards et qui ont une fonction symbolique : ils modifient et assemblent des traditions régionales pour produire un modèle unique (malgré des variations notables) qui crée et reproduit le nouvel ordre du monde. Même le contenu du dépôt funéraire correspond à et éclaire cette fonction symbolique : les bracelets de coquillage qui étaient, à l'époque Yayoi, échangés avec les peuples lointains des îles de la région d'Okinawa, sont maintenant reproduits, dans une pierre fine, aux marges de la région où sont créés les Kofuns. Ils représentent maintenant le contrôle du défunt par ses contacts avec les bords du monde, à l'intérieur duquel les communautés (et leur élite) peuvent communiquer entre eux et avec l'extérieur. Les armes, les outils de travail du bois, ceux pour le travail de la terre, les accessoires de pêche signifient les divers domaines du travail ; les trois derniers, signifiant le monde : montagnes, plaines et mers. Les objets en fer incarnent, par ailleurs, l'interface entre différents univers de complexités générées par la nature, l'environnement culturel et les populations. La fonction des miroirs de conception chinoise, mais produits pour l'exportation vers l'archipel et peut-être réalisés sur place, pourrait être très similaire à ces bracelets comme fonction symbolique signifiant la communication interne et avec l'extérieur.
En résumé, de nombreux attributs des premiers tumuli représenteraient le monde, tout en signifiant le commencement d'une nouvelle époque : l'histoire de l'intégration des populations et le travail qu'elles avaient réalisé sur le monde, incarnés par le tumulus et le rituel funèbre..
Au sein du mobilier funéraire on rencontre enfin un autre type d'objet, le , qui deviendra l'un des symboles de la puissance de la maison impériale.
Des peintures murales ont été exceptionnellement préservées dans le Kofun d'Otsuka, Fukuoka, , en six couleurs : rouge, jaune, vert, noir, blanc, cendre · L'espace peint a fait l'objet d'une restitution en environnement virtuel au Musée national de KyūshūPeintures murales du Kofun d'Otsuka restituées par un visiocasque, au Musée national de Kyūshū..
Kofun : Évolution vignette|gauche|Casque de fer et armure avec décorations de bronze doré, période Kofun, , Musée national de Tokyo. vignette|200px|Éléments de harnais d'un cheval. Cuivre estampé, incisé, doré. Période Kofun. . British Museum.
La pratique des Kofun en trou de serrure s'étend, au , de la province de Yamato à la province de Kawachi (où existent d'énormes Kofuns comme le Kofun Daisenryō), puis dans tout le pays (à l'exception de la région de Tōhoku). Tout au long de la période les plus grands tumuli en trou de serrure se trouvent dans la région du Kansai (préfectures de Nara et d'Osaka).
On peut distinguer quatre moments, en ce qui concerne les Kofun. : Période initiale des Kofun, . Les premiers Kofun . Ces tertres étaient marqués par des petites pierres blanches et des cylindres de terre cuite rouge, les Haniwa. La chambre funéraire est alors à usage unique. L'entrée se fait par le haut. Les cercueils sont en bois, faits d'un tronc évidé. Période moyenne, . Les nouveautés apparaissent au nord de Kyushu, face à la Corée. L'entrée se fait sur le côté. Les Haniwa sont accompagnés de statues taillées dans la pierre qui représentent souvent des hommes et des chevaux. On voit aussi apparaître des tombes en hypogée (souterraines) et des tombes creusées à flanc de colline. Le cercueil devient un sarcophage de pierre (en forme de maison dans la région du Kansai). Le mort est accompagné par de nombreuses armes de bronze et des pièces de harnais. au cours de première moitié du on constate des rivalités entre les dirigeants, qui se manifestent par de grands écarts dans la taille des tertres.. Le Daisen, au milieu du , avec ses 500 m. de long, se détache de son contemporain, le Sakuzan, qui n'atteint pas les 300 m. Ces écarts se tassent ensuite avec des tailles moins gigantesques. Période postérieure, v. 500-550 - Kofun final - au nord de Kyushu apparaissent des tombes à fresques. Les statues de pierre disparaissent. Les chambres funéraires à entrée sur le côté se répandent jusqu'à l'Est. Parmi les derniers grands Kofuns : le kofun d'Imashirozuka (long de ) d'Osaka, considéré par les spécialistes actuels comme étant la tombe de l'empereur Keitai, et le Kofun Iwatoyama , (long de ) à Yame, préfecture de Fukuoka (nord de Kyūshū), mentionné dans le Fudoki de Chikugo comme le tombeau d'Iwai, le rival politique de l'empereur Keitai.