Friedrich (von) Schiller est un poète, écrivain et théoricien de l'esthétique, né le à Marbach am Neckar et mort le à Weimar.

Il fait partie des grands classiques de la langue allemande. D'abord célèbre pour ses pièces de théâtre, il est aussi l'auteur de nombreux poèmes et ballades devenus des incontournables du patrimoine littéraire allemand. À cette œuvre poétique et théâtrale s'ajoutent des essais philosophiques traitant de questions esthétiques et sociales, en particulier La Grâce et la Dignité et les Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme, qui influenceront l'idéalisme tout autant que le romantisme allemand. Il enseignera aussi l'histoire, mettant en avant l'idée d'une « histoire universelle ».. Son amitié avec Johann Wolfgang von Goethe, autre figure centrale de la culture allemande, marque fortement la fin de sa vie et de son œuvre..

Biographie Johann Christoph Friedrich SchillerLa particule n'a été ajoutée qu'en 1802. est né en 1759 à Marbach am Neckar, dans le Saint-Empire romain germanique, d’un père militaire dans les armées du Wurtemberg Johann Kaspar Schiller (1723-1796). Quelques années plus tard, vers 1766, sa famille s’installe à Louisbourg et y reste jusqu’en 1780. Bien qu’il passe son enfance et sa jeunesse dans une certaine pauvreté, il attire l’attention du duc de Wurtemberg, Charles-Eugène, qui lui propose d'intégrer les rangs de l'établissement qu'il a créé, la Karlsschule. En 1773, Schiller commence à étudier le droit puis, à partir de 1775, la médecine.

En 1780, il écrit son Diplomarbeit (thèse de fin d'études qui est présenté à un jury) et devient médecin militaire à Stuttgart. En 1781, il publie Les Brigands anonymement et ses relations avec le duc de Wurtemberg se tendent. En 1782, Schiller, médecin militaire, se retrouve en détention quelques jours à Asperg pour cause d’éloignement non autorisé (presque de la désertion). Il était allé assister à Mannheim, ville de l'Électorat de Palatinat, à la représentation de sa pièce Les Brigands sans autorisation.

En 1783, il travaille comme bibliothécaire et obtient un contrat jusqu’en 1785 comme poète de théâtre à Mannheim au service de l'électeur Charles-Théodore de Bavière. À partir de 1784, et durant plusieurs mois, il entretient avec Charlotte von Kalb une relation placée sous l'angle de la passion, dont témoigne leur correspondance Lothar Gabler-Knibbe, Liebe und Kampf der Charlotte von Kalb: Eine Studie anlalich der 100 Wiederkehr ihres Todestages am 12.Mai 1943, — sur Archive.org..

Pendant quelques années, il déménage souvent : Leipzig et Dresde (Électorat de Saxe), puis Weimar (Duché de Saxe-Weimar), sous la protection du duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach, où il rencontre pour la première fois Goethe en 1788. Demeurant dans le duché, à la fin de cette année, il décroche une place de professeur d’histoire et philosophie à Iéna où il s’installe l’année suivante. Il écrit des œuvres historiques. Il sympathise alors avec un autre personnage célèbre de son temps : Wilhelm von Humboldt.

thumb|right|Charlotte von Lengefeld En 1790, il épouse Charlotte von Lengefeld (1766-1826) (sœur de Caroline von Beulwitz), avec qui il aura quatre enfants. En 1791, il devient pensionnaire du prince Frédéric-Christian II de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg. En 1794, Goethe le pousse à écrire pour le journalisme satirique. Il réprouve également l'adultère et le remariage de sa belle-sœur avec son ami Wilhelm von Wolzogen.

En 1798, il apprend que, depuis six ans (le ), la France de la Révolution française lui a accordé la citoyenneté françaiseDécret du 26 août 1792., à la suite de ses nombreux écrits contre les tyrans.

En 1799, il retourne à Weimar où Goethe le convainc d’écrire de nouvelles pièces de théâtre. Il prend avec Goethe la direction du théâtre de la Cour ducale qui se place très vite à la pointe de la scène théâtrale allemande, permettant une renaissance du genre dramatique. En 1802, il est anobli : la particule von est ajoutée à son nom. Il reste à Weimar jusqu’à sa mort de la tuberculose, à l'âge de .

Depuis 1934, l'université d'Iéna porte le nom de Friedrich-Schiller.

Œuvres thumb|Monument en souvenir de Goethe et Schiller à Weimar. thumb|upright|Schiller sur son lit de mort, par Ferdinand Jagemann. Poésie 1776 : Le Soir 1777 : Le Conquérant 1780 : Élégie sur la mort d’un adolescent 1782 : Anthologie 1785 : Ode an die Freude chantée plus tard dans le quatrième et dernier mouvement de la Symphonie n° 9 de Beethoven et devenue l'Hymne officiel de l'Union européenne (Hymne à la joie) 1786 : L'histoire du monde est le tribunal du monde 1788 : Les Dieux de la Grèce 1789 : Les Artistes 1795 : L’Image voilée de Saïs 1797 : Ballades, Xénies (écrit avec Goethe) 1799 : Les Mots de l’illusion parlant du Droit, du Bonheur et de la Vérité 1802 : Cassandre L’ancienne Pompéi est ressuscitée

Essais thumb|Page de titre de Kleinere prosaische Schriften. 1 (1792) 1777 : Sur les relations de la nature bestiale de l’homme avec sa nature mentale 1784 : Le Théâtre considéré comme une institution morale 1792 : De la cause du plaisir que nous prenons aux objets tragiques 1793 : Sur la grâce et la dignité, Fragment sur le sublime, Du pathétique 1794 : Sur l’éducation esthétique de l’homme (dans Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme), Sur les limites du beau, Sur le danger des mœurs esthétiques et Sur l'utilité morale des mœurs esthétiques 1795 : Sur la poésie naïve et sentimentale 1797 : Sur la poésie épique et dramatique (écrit avec Goethe) 1798 : Du sublime

Théâtre thumb|Édition princeps de Guillaume Tell, Frontispice illustré par Georg Melchior Kraus

1781 : Les Brigands (Die Räuber) qui inspira l’opéra I masnadieri de Giuseppe Verdi 1782 : La Conjuration de Fiesque de Gênes (Die Verschwörung des Fiesco zu Genua) qui inspira l'opéra Fiesque d’Édouard Lalo et le film muet italien La congiura dei Fieschi de Ugo Falena 1783 : Cabale et Amour ou Intrigue et Amour (Kabale und Liebe - Ein bürgerliches Trauerspiel) qui inspira l’opéra Luisa Miller de Giuseppe Verdi 1787 : Don Carlos (Don Karlos, Infant von Spanien) qui inspira l’opéra homonyme de Giuseppe Verdi 1797 : L’Almanach des Muses (Musenalmanach) 1799 : Wallenstein qui inspira l'œuvre symphonique homonyme de Vincent d'Indy 1800 : Marie Stuart (Maria Stuart) qui inspira l’opéra Maria Stuarda de Gaetano Donizetti 1801 : La Pucelle d'Orléans (Die Jungfrau von Orléans) qui inspira l’opéra Giovanna d'Arco de Giuseppe Verdi, l’opéra homonyme de Piotr Ilitch Tchaïkovski et le poème symphonique Jeanne d'Arc de Moritz Moszkowski. 1803 : La Fiancée de Messine (Die Braut von Messina) 1804 : Guillaume Tell (Wilhelm Tell) qui inspira l’opéra homonyme de Gioachino Rossini et le film muet italien Guglielmo Tell d'Ugo Falena 1805 : Démétrius (Demetrius) inachevé

Traductions Macbeth de Shakespeare (1800) Phèdre de Racine Iphigénie à Aulis d’Euripide

Récits 1786 : Le Criminel par infamie

Histoire 1788 : Histoire de la révolte qui détacha les Pays-Bas de la domination espagnole 1789 : Qu’appelle-t-on histoire universelle, et pourquoi l’étudie-t-on ? 1790 : Histoire de la guerre de Trente Ans

Correspondance Lettres à Körner, Guillaume de Humboldt, Goethe, etc.

Œuvres traduites en français Le nécromancien, ou Le prince à Venise, mémoires du comte d'O*** traduit de Der Geisterseher (Aus den Memoiren des Grafen von O**) et terminé par Isabelle de Montolieu, 1811, Texte en ligne sur Wikisource Intrigue et amour (), trad. Alexandre Dumas, 1847 Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme(), trad. Robert Leroux, 373 p., Éditions Aubier-Montaigne, 1992 • Correspondance Johann Wolfgang von Goethe-Friedrich von Schiller 1794/1805 (Tome 1-1794-1797), trad. Lucien Herr, 540 p., Gallimard, 1994 • Correspondance Johann Wolfgang von Goethe-Friedrich von Schiller 1794/1805 (Tome 2-1797-1805), trad. Lucien Herr, 600 p., Gallimard, 1994 • Don Carlos, trad. Sylvain Fort, coll. Scène ouverte, 288 p., éditions de L'Arche, 1997 • Marie Stuart (), trad. Sylvain Fort, coll. Scène ouverte, 192 p., éditions de L'Arche, 1998 • Les Brigands (), trad. Sylvain Fort, coll. Scène ouverte, 180 p., éditions de L'Arche, 1998 • De la grâce et de la dignité (), trad. Constance Chastenet, coll. Savoirs : Lettres, 108 p., éditions Hermann, 1998 • De la grâce et de la dignité: De la cause du plaisir que nous prenons aux objets tragiques (), trad. A. Rénier, 108 p., éditions Sulliver, 1998 • Cabale et amour (), trad. Sylvain Fort, coll. Scène ouverte, 160 p., éditions de L'Arche, 1999 • La Conjuration de Fiesco à Gênes (), trad. Gilles Darras, coll. Scène ouverte, 192 p., éditions de L'Arche, 2001 • Guillaume Tell (), trad. Sylvain Fort, coll. Scène ouverte, 192 p., éditions de L'Arche, 2002 • De la poésie naïve et sentimentale (), trad. Sylvain Fort, coll. Tête à tête, 128 p., éditions de L'Arche, 2002 • Wallenstein, trad. Gilles Darras, coll. Scène ouverte, 336 p., éditions de L'Arche, 2005 • La Pucelle d'Orléans (), trad. Brice Germain Fort, coll. Scène ouverte, 160 p., éditions de L'Arche, 2011 • Intrigue et amour, trad. Marion Bernede et Yves Beaunesne, coll. Scène ouverte, 160 p., éditions de L'Arche, 2015 • Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme(), trad. Adolphe Régnier, 53 p., Éditions Croisées, 2020 •

Réception Les problèmes que traite l’œuvre de Schiller, qu’ils soient politiques, éthiques ou tout simplement esthétiques, ont contribué de façon majeure à l’avancée des idées à la fin du . Plus encore que Goethe, il a influencé le romantisme allemand. Dans les dernières années de sa vie, Schiller a voulu doter l’Allemagne d’un « classicisme » qu’elle n’avait pas connu. Il traduit la Phèdre de Racine pour Weimar, et emprunte des méthodes dramatiques à la tragédie grecque. D’où son double statut de classique et de romantique, et sa place centrale dans la littérature allemande et européenne.

Parmi les grands admirateurs de Schiller, on trouve DostoïevskiDostoïevski dit lui-même de Schiller qu'« Il a pénétré dans le sang de la société russe… Il a fait notre éducation, il est nôtre. » mais aussi Beethoven, Verdi, Thomas Mann, Tourgueniev ainsi que Victor Hugo.

Citations « Contre la stupidité, les dieux eux-mêmes luttent en vain. » dans Die Jungfrau von Orléans (1801) « Les grands arrêteront de dominer quand les petits arrêteront de ramper »

Filmographie Films mettant en scène Friedrich Schiller 1940 : Friedrich Schiller - Le triomphe d'un génie, film d'Herbert Maisch, avec Horst Caspar. 2014 : Les sœurs aimées, film de Dominik Graf avec Florian Steter, Maja Maranow, Claudia Messner et Andreas Pietschmann. Adaptations des œuvres de Schiller au cinéma

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

De la grâce et de la dignité, traduit de l'allemand par Adolphe Régnier, 1998. Du sublime, Éditions Sulliver, 2005. Ce volume inclut Fragment sur le sublime et Du pathétique (1793) ; Sur les limites du beau, Sur le danger des mœurs esthétiques et Sur l'utilité morale des mœurs esthétiques (1795) et Du sublime (1798). Histoire de la guerre de Trente Ans, traduite de l'allemand par Aloïse Christine de Carlowitz Tome 2 Correspondance entre Goethe et Schiller. [Volume 1] / trad. de la baronne de Carlowitz ; révisée, annotée, accompagnée d'études historiques et littéraires, par M. Saint-René Taillandier volume 1 et volume 2 Olga Gortchanina. L’identité culturelle d’Ivan Tourgueniev : entre la Russie et la France, in Littératures. Université Charles de Gaulle - Lille-III, 2014. À lire ici Pierre-Aubin Paillart, Étude littéraire sur les tragédies de Schiller (traduction en vers de M. Th. Braun), par M. Paillart, 1867.

Articles connexes Littérature de langue allemande Sturm und Drang et classicisme de Weimar : mouvements littéraires auxquels a appartenu Schiller.

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