thumb|Un arbre tombé sert ici de support à un essaim d'abeilles. L'arbre creux est dans la nature l'habitat le plus naturellement choisi par les abeilles sauvages.
thumb|Dans la nature, en particulier en milieu pauvre, le bois-mort est souvent directement utilisé par les racines d'autres arbres, qui l'exploitent au fur et à mesure de sa décomposition.
Dans le domaine de la sylviculture et de l’écologie, le « bois mort » est un compartiment biologique constitué par le bois qui - quelle que soit sa forme - ne comporte plus de cellules vivantes. Il s'agit d'arbres morts, sur pied (volis), au sol (chablis) ou un plan d'eau ; de toute partie morte d’un arbre (arbre blessé, sénescent, ou « surâgé ») ou de n'importe quel morceau de bois (dont les branches et branchettes) suspendu ou tombé au sol ou dans l’eau (rivières, fleuves, lacs d'eau douce).
Dans un cours d'eau, ce bois contribue aux « embâcles » (mot habituellement négativement connoté, alors qu'ils ont une grande importance écologiquemorts-eau.html Bois mort et biodiversité dans le milieu aquatique (Naturalité : La lettre de Forêts Sauvages ).) ou être utilisé par des castors pour faire leur barrage.
Au cours de sa décomposition (durant plusieurs siècles pour les grosses pièces), le bois mort va abriter une succession de communautés animales, bactériennes et fongiques, qui en France constitue près de 25 % de la biodiversité forestièreBouget, C. (2007), Enjeux du bois mort pour la conservation de la biodiversité et la gestion des forêts ; Biodiversity conservation and forest management: dead wood is at stake, IRSTEA / EFNO ; Rendez-vous Techniques ONF, num. 16, .. Cependant, deux tiers des espèces du bois mort ne peuvent s'y développer qu'après l'âge d'exploitabilité économique ou technologique des arbres (quand les cavités et autres micro-habitats (Laurent Larrieu (2014) Les dendro-microhabitats : facteurs clés de leur occurrence dans les peuplements forestiers, impact de la gestion et relations avec la biodiversité taxonomique|Thèse, soutenue le 05-12-2014 à Toulouse, INPT |(résumé)) liés à la sénescence deviennent plus nombreux, ou dans les troncs de vieux arbres morts. En raison d'un , elles sont en péril et ne survivent que dans quelques îlots de forêts subnaturelles. De même les oasis sous-marines formées par les arbres morts apportés en mer par les fleuvesMaser C, Tarrant RF, Trappe, JM & Franklin JF (1988) From the forest to the sea : a story of fallen trees. Portland, Or.: Pacific Northwest Research Station, US Dept. of Agriculture, Forest Service.Fallen trees form a sea-floor feast ; Nature 508, 290 ; 2014-04-17 ; Doi:10.1038/508290a ; en ligne : 2014-04-16. sont fortement raréfiées par l’exploitation des forêts et du nettoyage des embâcles. Mais selon C. Bouget, écologue à IRSTEA, des pistes de .
Enjeux Le bois mort prend une importance croissante. En effet, la mort de l’arbre n’est pas celle des hôtes qu’il abrite, bien au contraire. « Même mort, l’arbre continue à donner la vie et préparer le terreau en se décomposant pour mieux accueillir ses successeurs. Il continue à être un lieu de vie et d’étape. »Bruno Sirven, cité par Bruno Turquoi, « L’arbre est un génie, voici son livre », in Reporterre, 30 septembre 2016, en ligne Diverses études faites depuis les années 1970 ont montré qu'il était une condition de maintien d'une grande partie de la biodiversité des forêts et de leur fertilité (recyclage de la lignine et cellulose). Il semble également important pour le bon déroulement des cycles naturels liés à d'autres écosystèmes boisés (ripisylve, savane, bocage…).
Les arbres sur-âgés, mourants ou morts, ainsi que le petit bois mort au sol jouent aussi un rôle vital dans le fonctionnement, la résilience et la productivité des écosystèmes forestiers et assimilés. Ils constituent une niche écologique abritant près d'un quart de la biodiversité forestière. Ils sont impliqués dans le cycle et stockage du carbone, dans les cycles des éléments nutritifs, les flux d'énergie au sein des écosystèmes, la production de sol et leurs capacités hydrologiques, et enfin dans la bonne régénération naturelle forestière Humphrey et al, Life in the Deadwood, Forest Enterprise, "Bringing Forest alive" (19 p.)..
À titre d’exemple, les scientifiques anglais estimaient au début du que le bois mort ou sénescent était un habitat vital pour d’invertébrés rien qu'en Grande-Bretagne (soit 6 % de l'ensemble de la faune connue de Grande-Bretagne). Mais 40 % de ces invertébrés étaient déjà classés rares ou sur la liste rouge des espèces menacées dans ce pays. Cette importance fait aujourd’hui consensus dans le monde scientifique, mais cela n’a pas été le cas depuis le .
Ces espèces se raréfient dans tout l'hémisphère Nord, par manque d'offre en bois mort et manque d'arbres sénescents (en raison d'une sylviculture dite dynamique qui diminue les rotations, y compris pour des bois durs tels que le chêneBardat, J. 1997. La flore bryophytique de la forêt de Rambouillet (France, région Île-de-France, Département des Yvelines). Cryptogamie, Bryologie, Lichénologie, 18(2), 87–120.). Dans le même temps, des questions similaires se posent dans le monde animal, avec la disparition de l’offre en cadavres de gros animaux pour les nécrophages et détritivores qui recyclaient autrefois cette nécromasse animale (question qui semble plus difficile à résoudre en raison des risques hygiéniques supposés ou avérés (contagion microbienne, contamination de l’eau, etc.). De nombreux consommateurs de champignons et d'invertébrés forestiers (oiseaux, reptiles et amphibiens et chauves-souris notamment) dépendent beaucoup de ces deux ressources pour leur survie.
Selon l'essence, le volume et la conformation du bois, selon la manière dont il a été taillé (haie, émondage, têtard..), selon son exposition au vent et au soleil et qu’il présente ou non des fentes, caries, trous facilitant l’entrée des décomposeurs, selon l'humidité, l’arbre mort ou le bois mort mettra un temps plus ou moins long à se décomposer. La dessiccation ralentit le processus de décomposition, surtout si le tronc est écorcé et exposé au soleil. Par exemple, dans le secteur boisé du parc de Windsor (Grande-Bretagne), un monolithe de chêne est demeuré debout durant plus de 55 ans, alors qu'un monolithe voisin de hêtre s’est effondré après seulement 15 ans.
Vocabulaire et définitions L'état de « bois mort » n’est pas statique. C'est un état de transformation dynamique. Andrew CowanSource : arborecology. propose donc de plutôt parler de « bois dépérissant ou en cours de dégradation », car si la sève ne parcourt plus ce bois, il est encore et pour longtemps le siège d’une vie très riche ; ce que Janine Petit de FNE a en France résumé par l’expression paradoxale « Rien de plus vivant que le bois mortJanine Petit, dans le cadre de sa participation à un projet d’écocertification de la région forestière Nord-Picardie. ». On distingue en général : le « bois mort sur pied » est (pour l'IFN) ; le « chablis » est (pour l'IFN) : un ; la « chandelle » ; tronc mort, démunis de branches, mais encore debout sur ses racines : l'étêtage peut être naturel (à la suite d'une tempête, de la foudre ou d'une casse progressive des branches) ou d’origine humaine (mise en sécurité, taille « dure » ayant induit la mort de l’arbre) ; le « bois mort au sol » : ; le « bois flotté » ; on le trouve sur les rives de cours d'eau, en mer et dans les lacs salés. Les gros bois flottés sont encore recherchés pour la construction, car relativement imputrescibles (si le bois est resté longtemps dans l’eau, les éléments nutritifs en ont été lessivés. Il devient ainsi difficile à dégrader par les champignons, bactéries et insectes). Par ailleurs, les bois trouvés en mer ont une teneur en sel qui les rend moins sensibles au feu ; le bois coulé. Dans les cours d'eau, les lacs ou en mer, il constitue une niche écologique spécifique pour de nombreuses bactéries, des insectes benthiques, des champignons aquatiques et divers mollusques. Il sert d'abri à des poissons, alevins, crustacés, etc. ou de support à certaines plantes ; le chronoxyle est un bois mort reconstitué ou volontairement déplacé pour des raisons esthétiques, pédagogiques ou scientifiques. Il existe même des outils pédagogiques basés sur ce principeOutils pédagogique sur le bois mort ; « Hector le bois mort ». ; cas particuliers : par exemple, des quantités importantes d’arbres sont morts noyés lors de la construction de grands barrages hydroélectriques en forêt tropicale humide. Ils polluent les eaux profondes en se décomposant lentement (émissions de phénols toxiques, consommation de l’oxygène des couches profondes). Certains de ces arbres ont une valeur commerciale élevée ; localement, des chantiers de bûcheronnage subaquatique ont été mis en place pour les récupérer au moyen de tronçonneuses spéciales fonctionnant sous l’eau.Divers cours d’eau — en Amérique du Nord notamment — ont été au et au pollués par les troncs qui ont coulé au cours de la descente des rivières par flottage en aval des bassins versants où les coupes rases étaient pratiquées et en amont des scieries et/ou papeteries qui recevaient ces troncs.Dans ces derniers cas, le bois mort a pu être déplacé sur des dizaines à centaines de kilomètres à partir de l’aval via le cours d’eau ou entraîné par un courant marin, alors qu’en forêt non inondée, le bois mort est habituellement trouvé à proximité de son lieu d’origine (hormis quand il a été importé par un castor, un ragondin ou un rat musqué pour la construction de son barrage ou de sa hutte) et à moindre échelle lorsqu’il a été utilisé pour la construction de nids par des oiseaux. Ces déplacements jouent un rôle important pour la dispersion et le mélange génétique des espèces associées au bois mort.
Histoire et perceptions Le bois mort est le bois le plus facile à collecter et à transporter. Il a probablement été ramassé depuis la Préhistoire de manière privilégiée ; comme bois de feu et de construction (clôtures, habitations, avec localement aussi le bois flotté apporté sur les plages, jusque chez les inuits par exemple).
Perceptions traditionnelles Le bois mort a souvent eu un statut particulier, dont celui qui est ou était le sien dans la forêt communautaire, royale, publique ou privatisée.
Dans le monde, de nombreux arbres anciens et morts sont vénérés et sacrés.
En Afrique, sa collecte est encore interdite dans les forêts sacrées du Bénin, siège des dieux et esprits du village, sauf avec autorisation du sacrificateur qui peut intercéder auprès des esprits pour qu’ils n’en soient pas courroucésZenü Network (le réseau des savoir, Cameroun, in Savoirs Locaux ; Bonne gouvernance et valorisation des pratiques et du savoir populaires au Cameroun : Quelques exemples du respect du « bien commun »).. Au Cameroun, les enfants et les femmes peuvent le collecter dans une forêt sacrée, mais après en avoir averti le sacrificateur, ou avoir reçu sa permission.Dans certaines forêts africaines, seul le bois mort est autorisé pour la fabrication de charbon de bois[http:// www.gfa-bassila.com/fichiers%20texte/va%20convention%20locale%20partago.doc Exemple de Convention locale de gestion durable des ressources naturelles] (pour le terroir de Partago, République du Bénin). ;La notion de chronoxyle peut parfois approcher celle d'arbres remarquables, d'arbre vénéré ou respecté pour des raisons historiques, familiales (tombe ou esprit des ancêtres) paysagère ou religieuses. Ci-contre, deux arbres morts ont été mis en sécurité et conservés dans les jardins de Kagoyamaen (Japon).