vignette|L'acteur Bruce Lee est considéré comme l'un des plus grands représentants du cinéma hongkongais. Le cinéma hongkongais est un des quatre courants du cinéma sinophone, avec celui de la Chine continentale, de Taïwan et de Singapour.
Étant une ancienne colonie britannique, Hong Kong a bénéficié d'une liberté économique et politique que n'avaient pas la Chine continentale et Taïwan. Elle est devenue un centre de production cinématographique pour le monde sinophone, y compris la diaspora, ainsi que pour l'Asie de l'Est en général. Pendant près d'une décennie, du milieu des années 1980 jusqu’au milieu des années 1990, Hong Kong a été le troisième producteur de films après Hollywood et Bollywood.
Malgré la crise du milieu des années 1990, et le retour à la souveraineté chinoise en 1997, les films hongkongais ont gardé leur identité et continuent de jouer un rôle important sur la scène du cinéma mondial.
En Occident, le cinéma hongkongais populaire a toujours été très apprécié et peut être aujourd'hui considéré comme un élément de la culture dominante. Son influence a été considérable, notamment sur les récents films d'action hollywoodiens.
Histoire du cinéma hongkongais
De 1909 à la Seconde Guerre mondiale Durant la première moitié du , le cinéma de Hong Kong joue un rôle secondaire par rapport à celui du Continent et notamment de la ville de Shanghai, alors capitale du cinéma chinois. Il ne reste que très peu d'œuvres de cette période : l'historien cinéphile Paul Fonoroff a dénombré 4 films sur le total des 500 produits.
Pionniers de l'opéra Comme dans le reste de la Chine, les premiers films sont étroitement liés à l'opéra chinois qui avait dominé l'art dramatique pendant les siècles. Ainsi, les deux comédies de 1909 Stealing a Roasted Duck et Right a Wrong with Earthenware Dish adaptent des opéras. Elles ont été réalisées par l'acteur d'opéra Liang Shaobo et produites par l'américain Benjamin Brodsky (appelé également Polaski), un des occidentaux qui aida le démarrage du cinéma chinois dans l'espoir d'ouvrir le vaste marché chinois.
vignette|Lai Man-Wai en 1913 dans Zhuangzi teste sa femme. Le premier film hongkongais est une autre adaptation d'opéra, Zhuangzi teste sa femme de 1913, réalisé par le metteur en scène Lai Man-Wai qui joue le rôle féminin dans la tradition de l'opéra. Il deviendra connu comme le . La femme de Lai Man-wai joue également un rôle et est donc la première femme à jouer dans un film chinois, alors qu'être actrice fut longtemps tabou. Le film, produit par Lai et Brodsky est la première coproduction sino-américaine. Il ne sera jamais joué sur le territoire hongkongais.
L'année suivante, le début de la première guerre mondiale ralentit considérablement la production de films car l'Allemagne était la source des pellicules.
Ce n'est qu'en 1923 que Lai, des membres de sa famille et Liang Shaobo, forment la première compagnie de production complètement chinoise, la Compagnie Minxin (ou China Sun). En 1924, ils partent pour la Chine continentale après que le gouvernement les a empêchés de construire un studio.
Avènement du son La popularité des films parlants au début des années 1930 oppose les différents dialectes de Chine. Hong Kong est alors un centre important de cantonais alors que le gouvernement du Kuomintang souhaite favoriser le mandarin et est hostile à la production de films en cantonais. Le gouvernement s'oppose également aux films de Wu Xia Pian, genre mélangeant arts martiaux et combats d'épées, accusés de promouvoir la superstition et l'anarchie.
Les films en cantonais et de wuxia demeurent néanmoins populaires et la colonie britannique de Hong Kong devient alors l'endroit où ces genres peuvent se développer librement. Les films les plus populaires des années 1930 restent les opéras cantonais filmés.
Les studios principaux de l'époque sont Grandview, Universal, Nanyue et Tianyi. Le dernier est le premier projet de la famille Shaw qui deviendra très influente dans le cinéma chinois.
Guerre sino-japonaise Un autre aspect important des années 1930 est la guerre sino-japonaise. Des films de , c’est-à-dire des films patriotiques sur des chinois résistants à l'invasion japonaise, deviennent un des genres majeurs. On peut citer Lifeline (1935) de Kwan Man-ching, Hand to Hand Combat (1937) de Chiu Shu-sun et March of the Partisans (1938) de Situ Huimin. L'industrie est revigorée avec l'arrivée d'artistes et compagnies après la prise de Shanghai en 1937.
Hong Kong est prise par les Japonais en . Contrairement au Continent, les occupants ne réussissent pas à développer une industrie cinématographique collaborationniste. Ils ne parviennent à tourner que le film de propagande The Attack on Hong Kong (1942) avant le retour de Hong Kong aux britanniques en 1945. Mais surtout, les Japonais ont fondu de nombreux films hongkongais d'avant guerre afin d'en extraire du nitrate d'argent pour leurs besoins militaires.
Années 1940-1960 Le cinéma hongkongais d'après guerre, comme l'industrie hongkongaise d'après guerre en général, est marqué par l'afflux de capital et de talents de Chine continentale. Cet afflux, qui avait été suspendu pendant la guerre, devient extrêmement important avec la reprise de la guerre civile en 1946 puis avec la victoire communiste en 1949.
Ces événements déplacent définitivement le centre du cinéma chinois vers Hong Kong. La colonie britannique réussit également à exporter ses films dans les pays d'Asie du Sud-Est, notamment vers les communautés de chinois expatriés, ainsi que dans les chinatowns des pays occidentaux.
Compétition entre les langues Après la guerre, l'industrie cinématographique se scinde en deux cinémas parallèles, un en mandarin, qui est le dialecte dominant des émigrés chinois du Continent, et un en cantonais, qui est celui de la majorité des hongkongais d'origine.
Les films mandarins ont des budgets plus importants, notamment grâce à l'important marché d'exportation et le prestige et le savoir-faire des réalisateurs de Shanghai. De plus, le mandarin est la langue officielle de la Chine et celle de l'élite culturelle et politique.
Pendant les décennies à venir, la plupart des films cantonais sont relégués à un statut inférieur.
Enfin, en 1963, les autorités britanniques votent une loi rendant obligatoire le sous-titrage en anglais de tous les films, ce qui devait permettre de surveiller leur contenu politique. Les studios incluent également des sous-titres chinois, ce qui rend leurs films accessibles aux personnes parlant n'importe lequel des dialectes chinois.
Le sous-titrage obligatoire a eu également pour conséquence inattendue de faciliter l'exportation des films en Occident.
Films cantonais Durant cette période, les opéras dominent les films cantonais. Les principales vedettes sont le duo Yam Kim-fai et Pak Suet-sin, appelé Yam-Pak. Ils tournent plus de 50 films ensemble et notamment le très grand succès The Purple Hairpin (1959).
Les films d'arts martiaux à petit budget sont également populaires. Kwan Tak-hing joue le héros de légende Wong Fei-hung dans une série d'une centaine de films, commençant avec The True Story of Wong Fei-hung (1949) et finissant avec Wong Fei-hung Bravely Crushing the Fire Formation (1970).
Les films de wuxia avec des effets spéciaux, comme The Six-Fingered Lord of the Lute (1965) avec l'idole Connie Chan, rencontrent également le succès, de même que les drames contemporains familiaux.
Films mandarins et rivalité Shaw / Cathay La production de films mandarins des années 1960 est dominée par les studios concurrents de la Shaw Brothers et de Motion Picture and General Investments Limited (MP&GI, plus tard renommé en Cathay). La Shaw prend le dessus en 1964 après la mort du dirigeant de MP&GI, Loke Wan Tho. La Cathay périclite et cesse la production en 1970.
Un genre musical appelé huángméidiào (黃梅調) dérive de l'opéra chinois. L'immense succès de la Shaw, The Love Eterne (1963) de Li Han-hsiang (avec Ivy Ling Po et Betty Loh Ti), demeure le classique du genre.
Les mélodrames romantiques comme Red Bloom in the Snow (1956), Love Without End (1961), The Blue and the Black (1964) ainsi que les adaptations des romans de Chiung Yao (dont My Dream Boat) étaient populaires. Les Hongkongais appréciaient également les comédies musicales à la Hollywood qui étaient la spécialité du studio Cathay, comme Mambo Girl (1957) et The Wild, Wild Rose (1960).
Dans la seconde moitié des années 1960, la Shaw inaugure une nouvelle génération de films wuxia, plus intenses, moins fantastiques avec une violence et des mouvements acrobatiques plus importants, sous l'impulsion de réalisateurs comme Chang Cheh et de chorégraphes comme Liu Chia-liang. La mode est inspirée par les films de samouraïs, importés du Japon, afin d'endiguer la perte d'audience des cinémas au profit de la télévision.
Cela marque le tournant crucial de l'industrie, qui passe de genres centrés sur des femmes à un cinéma d'action. Les films clefs sont Le Temple du Lotus rouge de Xu Zenghong (1965), L'Hirondelle d'or de King Hu (1966) et Dragon Gate Inn (1967), réalisé à Taïwan, Tiger Boy de Chang Cheh (1966), Un seul bras les tua tous (1967) et Le Retour de l'hirondelle d'or (1968).
Années 1970 : la transformation Au début de la décennie 1970, les films en mandarin en général et les films de la Shaw Brothers en particulier semblent dans une position inattaquable.
En effet, le cinéma cantonais a disparu devant les studios mandarins et la télévision cantonaise, qui devient accessible à toute la population en 1967 : aucun film en cantonais n'est tourné en 1972. Le rival historique de la Shaw, la Cathay, disparaît la laissant comme le seul gros studio. La popularité internationale des films de kung-fu explose, alors que la Shaw domine le genre. Cependant, des changements débutent qui transformeront l'industrie dans la décennie.
Retour du cantonais Paradoxalement, la télévision permet la reprise du cinéma cantonais qui renaît dans des films plus réalistes sur la vie moderne hongkongaise des personnes ordinaires.
La première étincelle est la comédie The House of 72 Tenants, le seul film en cantonais tourné en 1973 mais qui connaît un succès retentissant. Le film est adapté d'une célèbre pièce de théâtre et est produit par la Shaw comme une vitrine pour les acteurs de sa chaîne de télévision TVB.
Le retour du cantonais démarre vraiment avec les comédies des anciennes stars de TVB, les frères Hui (composés de l'acteur-réalisateur-scénariste Michael Hui, de l'acteur-chanteur Sam Hui et de l'acteur Ricky Hui). Leur film Games Gamblers Play de 1974 affirme leur volonté de faire des films proches du public local hongkongais et devient le plus gros succès commercial du box-office hongkongais devant les films de Bruce Lee. Le film fait la satire de la réalité moderne d'une classe moyenne ascendante dont le travail acharné et les rêves de succès matériel transforment la colonie en géant industriel.
Le cinéma cantonais explose littéralement. Le mandarin se maintient jusqu'au début des années 1980 pour devenir confidentiel depuis.
Golden Harvest et montée des indépendants En 1970, Raymond Chow et Leonard Ho quittent la Shaw Brothers pour former leur propre studio, Golden Harvest. Leur approche plus flexible et moins avare leur permet de dépasser le style de la Shaw. Ils contractent avec de jeunes artistes qui ont des idées neuves, comme Bruce Lee et les frères Hui, et leur offrent une plus grande marge de manœuvre artistique.
À la fin de la décennie, Golden Harvest est le premier studio et signe Jackie Chan, le réalisateur-acteur qui passera les vingt années suivantes à la tête du box-office asiatique.
Pendant ce temps, l'explosion du cinéma cantonais et du kung-fu ainsi que l'exemple de la Golden Harvest a offert plus de place aux producteurs et compagnies indépendants.
La Shaw décline sévèrement mais continue de produire jusqu'en 1985 où elle ne se consacre plus qu'à la télévision.