Services écosystémiques ou services écologiques sont des bénéfices fournis par les écosystèmes aux sociétés humaines et au vivant. Ces services regroupent aussi bien des processus vitaux que des ressources matérielles et des espaces de loisirs. Du fait de leur caractère essentiel et de leur accessibilité partagée, ces services sont généralement considérés comme des biens communs, voire des biens publics. au sens économique : leur préservation bénéficie à l'ensemble de la collectivité, mais leur dégradation affecte également tous les usagers, parfois de manière irréversible..
Historique Les notions d'évaluation (économique et parfois marchande) de la biodiversité et des services fournis par les écosystèmes, basées sur une vision anthropocentrée de la nature, ont émergé dans les années 1970-1990 avec notamment les travaux de Westman (1977)Westman W., 1977. How much are nature’s services worth, Science, 197, 960–964, puis de Randall (1988)Randall A., 1988. What mainstream economists have to say about the value of biodiversity. In: Wilson E.O. (Ed), Biodiversity. The National Academies Press, Washington, DC, 217-223, Pearce & Moran en 1994Pearce D. et Moran D., 1994. The Economic Value of Biodiversity, IUCN and Earthscan. et de Perrings (1995)Perrings C., 1995a. Economic values of biodiversity, in Heywood V. H., Watson R. T. (eds.), Global Biodiversity Assessment, Cambridge, UK, UNEP and Cambridge University Press, 823- 914.. Elles ont pris une ampleur internationale avec l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (2005), puis les objectifs d’Aichi, et nationale, dont en France via une « expertise collective » pilotée par l'Institut national de la recherche agronomique sur le thème agriculture-biodiversité, dans la stratégie nationale pour la biodiversité, ou encore dans un travail d'«évaluation de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes» animé par B. Chevassus-au-Louis au Centre d'analyse stratégique et de premiers travaux sur la « valeur sociale » des parcs nationaux. Selon J.J.M. Salles, ces notions , document de recherche CNRS, UMR 5474 LAMETA, DR n°2010-17..
La notion de bon état écologique décrit la bonne santé d'un écosystème et garantit la quantité et la qualité des services fournis par lui tout en en dépendant.
Éléments de définition
Services versus Fonctions La définition communément admise de services écosystémiquesDéfinition sur le glossaire de l'Eau ou écologiques est celle de l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (EM), qui dit que ce sont les bénéfices que les humains retirent des écosystèmes.
Il faut distinguer les « services » des « fonctions écologiques » qui les produisent : les fonctions écologiques sont les processus naturels de fonctionnement et de maintien des écosystèmes, alors que les services sont le résultat de ces fonctions..
Ces services sont par exemple la production de l'oxygène de l'air, l'épuration naturelle des eauxZones Humides Infos n°86-87, 2015, Zones humides et épuration des eaux., la biomasse qui nourrit les animaux domestiqués, pêchés ou chassés, l'activité des pollinisateurs dans les cultures et celle des organismes qui produisent et entretiennent l'humus, la séquestration naturelle de carbone dans le bois, les sols, les mers et le sous-sol, ou encore le recyclage permanent des nutriments et de la nécromasse par les animaux, champignons et bactériesVoir glossaire de la SNB, 57/61.. On y inclut parfois les aménités environnementales offertes par la nature comme la beauté des paysages.
Services rendus aux sociétés humaines La stratégie nationale pour la biodiversité les définit comme . Toutefois, pour qu'une fonction écologique soit qualifiée de « service » celui-ci doit être reconnu comme tel. Autrement dit la société doit reconnaitre l’utilité de la fonction écologique pour le bien-être humain pour que cette fonction devienne un service.
Les moyens d'apprécier et de quantitativement mesurer ces services qui sont souvent holistiques, diffus ou liés à des réseaux écologiques et complexes sont encore en débatCécile Barnaud, Martine Antona et Jacques Marzin, Vers une mise en débat des incertitudes associées à la notion de service écosystémique, vertigo, 11, 1, mai 2011., mais de nombreuses expériences ou tentatives de mesures ont lieu depuis la fin du , en particulier dans le domaine des ressources en eau, des forêts, du cycle du carbone et des puits de carbone.
Types de services écosystémiques vignette|L'industrie pharmaceutique tire ses ressources de la biodiversité : son chiffre d’affaires était en 1997 compris entre 75 et 150 milliards de dollars rien qu'aux États-Unis, où 10 des 25 médicaments les plus vendus sont extraits d'organismes vivant
Les services écosystémiques représentent les bénéfices offerts aux sociétés humaines par les écosystèmesÉvaluation des écosystèmes pour le millénaire, « MA Conceptual Framework », Ecosystems and Human Well-being: Current State and Trends, Programme des Nations unies pour l'environnement, 2005, .. L’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire distingue quatre catégories de services : les services d’approvisionnement, les services de régulation, les services de soutien, et les services culturels.
Services d'approvisionnement Les services d'approvisionnement sont les produits tangibles tirés des écosystèmes, comme la nourriture, les combustibles, les matériaux ou les médicaments de santé humaine et vétérinaire (des centaines d'espèces de plantes médicinales, souvent en régression ou menacées d'extinction, synthétisent des molécules qui sont la base de plus de 50 % de tous les médicaments sous ordonnance (Hawkins, 2008) dont 10 parmi les 25 médicaments les plus vendus aux États-Unis; et selonNewman D et Cragg G (2007) Natural products as sources of new drugs over the last 25 years, Journal of Natural Products 70(3): 461-477. 42 % des anticancéreux sont naturels et 34 % semi-naturels ; parmi les 30 000 espèces de végétaux supérieures de Chine, 5 000 sont des plantes médicinales).
Services de régulation Les services de régulation sont les avantages intangibles assurés par le bon fonctionnement des écosystèmes, comme la régulation du climat, la régulation des inondations, la pollinisation ou une diminution du risque de pullulation de pathogènes (pour l'agriculture et la santé humaine, car , les organismes pathogènes feraient en effet plus de ravages lorsque le nombre d’espèces décroît dans le milieu[La biodiversité, vaccin universel] ; (d'après une étude américaine publiée en 2015 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, intitulée Biodiversity inhibits parasites: Broad evidence for the dilution effect).).
Services socioculturels Les services socioculturels représentent les apports non-matériels de la biodiversité, obtenus à travers la relation qu'entretient l'Homme avec la nature. Proche du concept d'aménité, ces services renvoient aux aspects esthétiques, spirituels, récréatifs, éducatifs qu'apporte la nature ou encore la source d'inspiration qu'elle représente pour les sociétés humaines.
Services de soutien ou services de support Les services de soutien ou services de support sont ceux nécessaires à la production de tous les autres services, assurant le bon fonctionnement de la biosphère. Leurs effets touchent indirectement les êtres humains et sont perceptibles sur le long terme. Ces services comprennent par exemple les grands cycles biogéochimiques (de l'eau, du carbone…), la formation des sols ou la production primaire..
La dépendance des sociétés humaines, et de toute vie sur Terre, à ces services écosystémiques démontre que le bien-être humain est indissociable de la santé des écosystèmesSue Mainka, Jeffrey A. MacNeely, Bill Jackson, Danièle Devitre, La nature dont nous dépendons : les services écosystémiques soutiennent les moyens d'existence, IUCN, 2005, . .. Les huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) fixés par l'ONU en 2000, qui visent à améliorer considérablement la condition humaine, soulignent bien les relations existant entre le développement humain et les services écosystémiquesJeffrey A. McNeely, Susan A. Mainka, Conservation pour une ère nouvelle, UICN, 2009, . . ..
Notion de fonctions et de fonctionnalités écologiques
Définitions et généralités Depuis les années 1990, dans le domaine de l'évaluation environnementale, on considère généralementCommissariat général au développement durable – Service de l’économie, de l’évaluation et de l’intégration du développement durable (Télécharger), voir p7/74.Costanza R. , 1997, The value of word’s ecosystem services and natural capital, Nature (revue), 387, 6230, 253-260. que les fonctions écologiques sont les processus biologiques de fonctionnement, d'auto-entretien et de résilience qui maintiennent les écosystèmes en leur permettant d'évoluer (équilibre dynamique). Ces fonctions incluent les services écosystémiques en tant que processus biologiques produisant des bénéfices retirés par l'Homme. Ces notions sont plus ou moins relatives selon qu'on considère les bénéfices directs ou indirects. On cherche parfois à évaluer la valeur de ses fonctions pour les hiérarchiser De Groot R. S. , 2002, A typology for the classification, description and valuation of ecosystem functions, goods and services, , 41, 393-408., notamment dans le domaine de l'eauDe Groot R. , 2006, Valuing Wetlands: guidance for valuing the benefits derived from wetland ecosystem services, Ramsar Technical Report 3, CBD Technical series 27, Ramsar Convention Secretariat, Gland, 46 Duarte C. M., 2000, Marine Biodiversity and ecosystem services: an elusive link, Journal of experimental marine biology and ecology, 250, 117-131..
Multifonctionnalité des écosystèmes
La multifonctionnalité des écosystèmes est l'ensemble des fonctions et des services écosystémiques réalisés simultanément et en interaction au sein d'un écosystème. Cette vision intégrative permet de mieux comprendre comment s’organisent les écosystèmes pour fournir des services écosystémiques....
La multifonctionnalité de services correspond aux bénéfices que l’Homme peut tirer des différents systèmes naturels : ils peuvent être d’ordre d’approvisionnement, de soutien, de culture ou de bien régulateur.
Les services écosystémiques dépendent de la modulation du paysage par l’Homme : les surfaces utilisées pour l’agriculture, les forêts, les prairies, les zones humides et le développement. Dans certains cas, l’usage des sols participerait de manière 4 fois plus importante que la biodiversité à la multifonctionnalité des écosystèmes, ce pourquoi il est important de l’étudier.. Pour autant, la biodiversité garde une part importante dans la valorisation de la multifonctionnalité dont les effets dépendent de nombreux facteurs et peuvent varier d’un milieu à un autre. Globalement, les études ont montré à de multiples reprises que la biodiversité influe positivement sur la multifonctionnalité ; c'est-à-dire que les performances des fonctions réalisées simultanément dans les écosystèmes semblent augmenter avec la diversité présente.
Un service est donné à partir d’une fonction ou de la somme de plusieurs fonctions telles que la structure et la composition du sol, les interactions biologiques, l’écoulement et la rétention de l’eau, l’érosion, etc.
L’agriculture rend un service d’approvisionnement par la formation de nourriture, fibres ou plus récemment de biocarburant. Elle fonctionne seulement si la qualité du sol, les cycles biogéochimiques, les interactions plantes-organismes fonctionnent correctement afin d’assurer une qualité du sol suffisante pour la productivité..