Rainer Maria Rilke (), né le à Prague en Royaume de Bohême (Autriche-Hongrie) et mort le à Montreux, est un écrivain austro-hongrois et autrichien.
Au terme d'une vie de voyages entrecoupés de longs séjours à Paris, il s'installe en 1921 à Veyras en Valais (Suisse) pour soigner la leucémie qui finira par l'emporter.
Poète lyrique voire mystique ayant beaucoup versifié en français à la fin de sa vie, il a également écrit un roman, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, ainsi que des nouvelles et des pièces de théâtre et traduit des œuvres importantes de la poésie française et italienne en allemand.
Biographie René Karl Wilhelm Johann Josef Maria Rilke. naît le à Prague Philippe Jaccottet, Rilke, Paris, éd. du Seuil, coll. « Écrivains de toujours », 1970, « Chronologie » . Fernand Mossé (dir.), Histoire de la littérature allemande, « Rilke (1875-1926) », Paris, Éditions Montaigne, 1959, ., alors en Autriche-Hongrie, dans une famille qui le destine très rapidement à la carrière des armes. Il est le fils d'un employé des chemins de fer, Josef Rilke, et de sa femme Sophie, dite « Phia ». Entre 1886 et 1891, sa famille le place comme pensionnaire dans les écoles militaires de St-Pölten, puis Mährisch-WeisskirchenRilke par Philippe Jaccottet., puis il est renvoyé en pour inaptitude physique. Il étudie alors le commerce avant de revenir à Prague, où il exerce le métier de journaliste dans la presse germanophone. Rilke écrit déjà des poèmes et des nouvelles essentiellementNotes biographiques, exposition « Le Valais vu par Rilke », Fondation Rilke..
Il passe son baccalauréat en à Prague et commence des études d'histoires de l'art et de littérature. En , il part pour Munich, entreprend aussi des études de philosophieNotes biographiques, Fondation Rilke.. vignette|redresse|left|1900, Lou Andreas-Salomé et Rilke en Russie, ici avec le poète Spiridon Drozin
En , il rencontre Lou Andreas-Salomé, qui a alors ans.. Leur amour enflammé se transforme progressivement en amitié réciproque et en admiration mutuelle, jusqu'à la fin de leur vie ; en 1897, elle lui fait changer son prénom de René Maria en Rainer Maria.
Il voyage en Italie puis en Russie avec Lou et son mari. Il rencontre à cette occasion, en , Léon Tolstoï. Il semblerait que, au contact de l'écrivain russe, Rilke soit devenu végétarienVoir sur ivu.org.. thumb|upright=0.6|Clara Westhoff par Paula Modersohn-Becker, . Rilke passe l'été à la colonie de Worpswede, rencontre la peintre Paula Modersohn-Becker et Clara Westhoff, sculptrice et ancienne élève d'Auguste Rodin.
En , il épouse Clara Westhoff ; le couple s'installe à Westerwede, près de Worpswede et de cette union naît une fille unique, Ruth. Le couple se sépare un an plus tard.
Entre et , Rilke séjourne pour la première fois à Paris, résidant 11, rue Toullier, pour y rédiger une monographie de RodinJoachim W. Storck : « Leben und Persönlichkeit », dans Rilke-Handbuch: Leben - Werk - Wirkung, publ. p. Manfred Engel, avec la collaboration de Dorothea Lauterbach, Stuttgart, Weimar, 2004, .. Il témoigne d’une grande admiration pour la méthode de travail du sculpteur, dont il rapporte une phrase célèbre dans une lettre à Clara : vignette|left|upright=0.8|Plaque au rue Toullier ( arrondissement de Paris), où vécut Rilke en 1902.
Cette période est également marquée par l’angoisse et un sentiment d’oppression que Rilke ressent au contact de Paris, entre autres à la vue des hôpitaux et de la misère. Il traduira ces impressions dans Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, qu’il commence à écrire quelques années plus tard (en et qu’il achèvera en ). Cette œuvre est considérée, aussi bien en raison de sa forme que de ses thèmes, comme le premier roman moderne de langue allemandeDorothea Lauterbach : « Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge », dans Rilke-Handbuch: Leben - Werk - Wirkung, publ. p. Manfred Engel, avec la collaboration de Dorothea Lauterbach, Stuttgart, Weimar, 2004, .. vignette|right|Plaque représentant l'écrivain, sur la façade d'un ancien hôtel, 11 Noordstraat à Furnes (Belgique), où il séjourna en .
De 1903 à 1904, Rilke séjourne avec Clara à Rome dans un atelier d'artiste situé dans la Villa Strohl-Fern, puis il voyage en Suède.
Dans la conclusion de sa Lettre au jeune poète Franz Xaver Kappus du , il exprime sa grande admiration pour l'ancien maître de son épouse : ( de l'édition Grasset de 1978).
Il finit par revenir à Paris, où il devient entre 1904 et 1906 le secrétaire de Rodin à Paris et à Meudon (il avait publié en 1903 Sur Rodin, une monographie consacrée au sculpteur).
Remercié en à la suite d'une brouille, il voyage dans toute l'Europe et au-delà, de 1907 à 1910 : Afrique du Nord, Égypte, Berlin, Espagne, Venise, Aix-en-Provence, Arles, Avignon.
Il abandonne peu à peu la prose pour se consacrer à la poésie, plus apte selon lui à restituer les « méandres de l'âme ».
thumb|upright=0.7|Portrait de Rainer Maria Rilke par Paula Modersohn-Becker, 1906. Musée Paula Modersohn-Becker, Brême.|gauche En , il fait la rencontre décisive de la princesse Marie von Thurn und Taxis, née Hohenlohe-Waldenburg-Schillingsfürst, dans son château de Duino, alors en territoire autrichien, sur les bords de l'Adriatique. Elle l'héberge fréquemment et devient son mécène jusqu'en . C’est à Duino qu’il commence la rédaction de ses désormais célèbres Élégies de Duino, considérées comme l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre. L’écriture de ce recueil de dix élégies, empreintes d'une mélancolie lumineuse, passant du sentiment du terrible à l'apaisement le plus radieux, s’étend sur plus de . Rilke l’achèvera une fois à Muzot, en .
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Rilke se trouve à Munich d’où il lui est impossible de retourner à Paris, alors son lieu de résidence. Les premiers jours du mois d’, comme bien des écrivains et intellectuels allemandsThomas Anz et Joseph Vogl : « Nachwort », dans Die Dichter und der Krieg. Deutsche Lyrik 1914-1918, publ. p. Thomas Anz et Joseph Vogl, Stuttgart, 2014, ., il exprime un certain enthousiasme dans les Cinq chants, qui présentent une image mythifiante de la guerre. Il rejette toutefois très rapidement cet élan d’enthousiasme pour déplorer cette guerre et s’enfermer dans un silence presque complet en ce qui concerne sa production poétique. En 1916, il est mobilisé dans l'infanterie, mais revient rapidement à la vie civile. De 1914 à 1916, Rilke entretient une liaison tumultueuse avec la peintre Lou Albert-Lasard.
À partir de 1919, il s'installe en Suisse et compose plusieurs recueils de poésies en français. Sitôt arrivé, il y retrouve Baladine Klossowska, qu'il avait connue en 1907 à Paris, avec son époux, Erich Klossowski. Elle vit à présent seule à Berlin, avec ses deux fils, Pierre Klossowski et Balthazar dit Balthus (le futur peintre). Elle a onze ans de moins que lui. Ils deviennent amants. Elle s'installe en Suisse, non loin de chez lui. Rilke se prend d'affection pour les deux enfants et encourage le talent qu'ils affirmeront l'un et l'autre, en effet, à l'âge adulte. C'est par son intervention auprès d'André Gide qu'est publiée la première plaquette de dessins intitulée Mitsou réalisée par Balthus à quatorze ans, illustrant les étapes de la recherche désespérée de son chat qu'il croyait perdu. Rilke préface et suit de près la fabrication de cette courte bande dessinée. La liaison de Rilke avec Baladine dure environ six ans.
En 1921, un industriel et mécène de Winterthour, , lui achète le , à Veyras (Valais), dont il fait sa résidence.
Il revient à l'hôtel restaurant Foyot au 33, rue de Tournon de janvier à , contacte Claire Goll qu'il avait connue en 1918 et qui avait refusé sa demande en mariageCatalogue Claire Goll, Saint-Dié-des-Vosges, 2012, page 81.
Il meurt des suites d'une leucémie le à la clinique de Val-Mont près de Montreux en SuisseFernand Mossé (dir.), Histoire de la littérature allemande, « Rilke (1875-1926) », Paris, Éditions Montaigne, 1959, .. Il est inhumé à Rarogne dans le canton du Valais le .thumb|right|La tombe de Rainer Maria Rilke à Rarogne (Suisse).
Œuvre
Poésies en allemand Poèmes de jeunesse : Vie et chanson (1894) ; Dans l'attente du chemin de la vie (1896) ; Offrandes aux lares (1895) ; Couronné de rêve (1896) ; Pour le gel matinal (1897) ; Avent (1897) ; Pour te fêter (1897-1898), adressé à Lou Andreas-Salomé ; Pour me fêter (1897-1898), repris dans Poèmes de l'aube (1909) ; Sans présent (1898) ; Vers la vie (1898) ;
Chant de l'amour et de la mort du cornette Christophe Rilke (1899-1904) ; Le Livre d'images (1902-1906) ; Le Livre d'heures (1905) : Le livre de la vie monastique (écrit en 1899) ; Le livre du pèlerinage (écrit en 1901) ; Le livre de la pauvreté et de la mort (écrit en 1903) ; Nouveaux poèmes (1907) ; Requiem (1909) ; La Vie de Marie (1913) ; Poèmes à la nuit (écrits entre 1913 et 1916) ; Rumeur des âges (1919) ; Les Élégies de Duino (1922) ; Les Sonnets à Orphée (1922) ;
Poésies en français Poèmes anthumes Vergers (écrits en 1924, publiés en 1926 aux Éditions de la Nouvelle Revue Française). Quatrains Valaisans (écrits en 1924).
Publications posthumes Les Roses (première publication en 1927. ) Les Fenêtres, dix poèmes de Rainer Maria Rilke illustrés de dix eaux-fortes par Baladine (1927) Poèmes français (1944, contient Vergers, Quatrains valaisans, Les Roses, Les Fenêtres, Carnet de poche) ; Tendres impôts à la France (écrits en 1924) publié dans : .
Drames Maintenant et à l'heure de notre mort... (1896).
Nouvelles Au fil de la vie (1898) ; Histoires Pragoises (1899) ; Histoires du bon Dieu (1900) ; Printemps enchanté et autres récits. Traduit et préfacé par Pierre Deshusses. Paris, Rivages, 2022.
Roman Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910).
Essais Geldbaum (1901) ; Sur Rodin (1903) ; Notes sur la mélodie des choses (1955-1966, 2008 pour la trad. française), Paris, Allia, 64 p.
Le Testament (1921), trad. Philippe Jaccottet, éditions du Seuil, 1983 .
Journaux
Journal de Westerwede et de Paris, 1902. Traduit de l'allemand, présenté et annoté par Pierre Deshusses, Paris, Rivages 2001.
Correspondance Lettres à un jeune poète (Briefe an einen jungen Dichter, Leipzig, Insel, 1929), première traduction française chez Bernard Grasset, 1937 ; traduction, présentation et notes par Claude Mouchard et Hans Hartje, biblio / Le Livre de Poche, 1991 ; Lettres à un jeune poète (Briefe an einen jungen Dichter) de Rainer Maria Rilke avec en regard les lettres de Franz Xaver Kappus, édité par Erich Unglaub, traduction de Sacha Zilberfarb, Seuil, « Fiction & Cie », 2020, . Six lettres à A. A. M. Stols (1943) ; Lettres sur Cézanne (Briefe über Cézanne, 1952), Paris, Seuil, 1991, ; Lettres à une amie vénitienne [1907-1912, écrites en français], Paris, Gallimard, 1985; Lettres à une musicienne. Correspondance avec Benvenuta (échanges épistolaires avec Magda von Hattingberg). Trad. de Pierre Deshusses, éd. Maren Sell / Calmann-Levy, 1998 . Lettres à une jeune poétesse (échanges épistolaires avec Anita Forrer), posthume, trad. fr. Alexandre Plateau et Jeanne Wagner, Bouquins, coll. « Littérature », 256 p., 2021 ; rééd. Pocket, 2022 Sa vie est passée dans la vôtre : Lettres sur le deuil, posthume, trad. fr. Micha Venaille, Les Belles Lettres, coll. « Domaine étranger », 140 p., 2022
Éditions françaises Œuvres complètes en français Œuvres I, Prose, édition établie et présentée par Paul de Man, Paris, éd. du Seuil, 1966 (nombreuses rééditions) Œuvres II, Poésie, édition établie et présentée par Paul de Man, Paris, éd. du Seuil, 1972 (nombreuses rééditions) Œuvres III, Correspondance, édition établie par Philippe Jaccottet, traduction de Blaise Briod, Philippe Jaccottet et Pierre Klossowski, Paris, éd. du Seuil, 1976 (nombreuses rééditions)