est un genre fossile de rhinocéros sans corne figurant parmi les plus grands mammifères terrestres connus, ayant vécu en Eurasie durant la totalité de l'Oligocène, c'est-à-dire de avant notre ère. Les premiers fossiles connus ont été découverts au Pakistan, avant que des restes supplémentaires ne soient signalés dans une zone allant de la Chine aux Balkans. Le genre appartient à la famille également éteinte des paracérathériidés. Le nom générique du taxon signifie littéralement « près de la bête sans corne », en référence à Aceratherium, le genre dans lequel l'espèce type P. bugtiense fut originellement placée.

La taille exacte de Paraceratherium est inconnue en raison des fossiles incomplets. Les estimations maximales sont de au garrot pour une longueur d'environ , le tout pour un poids généralement estimé entre . L'animal possède de grandes incisives en forme de défense et une incision nasale qui suggère qu'il aurait eu une lèvre supérieure ou une trompe préhensile. Les pattes de l'animal sont longues et ressemblent à des piliers et le cou allongé supporte un crâne mesurant environ de long. Le mode de vie de Paraceratherium peut avoir été similaire à celui des grands mammifères modernes tels que les éléphants ou les rhinocéros. Il aurait eu, comme ces derniers, un rythme de reproduction plutôt lent et un nombre réduit voire absent de prédateurs. C'est un brouteur dont l'alimentation était principalement composées de feuilles, de plantes douces et d'arbustes. Il vivait dans des habitats allant des déserts arides avec quelques arbres épars aux forêts subtropicales. Les raisons de l'extinction de cet animal sont inconnues, mais divers facteurs ont été proposés.

L'histoire taxonomique de cet animal est longue et complexe. D'autres genres d'indricothères datant également de l'Oligocène, tels que Baluchitherium, Indricotherium et Pristinotherium, ont été nommés, mais aucun spécimen complet n'a été découvert à ce jour, ce qui rend les comparaisons et les classifications difficiles. Ces genres sont aujourd'hui considérés comme des synonymes plus récents de Paraceratherium, qui regroupe les espèces suivantes : P. bugtiense, P. transouralicum, P. huangheense et P. linxiaense. L'espèce le plus complet connu est P. transouralicum, la majorité des reconstitutions du genre étant basées sur cette dernière. Les différences entre P. bugtiense et P. transouralicum pourraient être dues à un possible dimorphisme sexuel qui en ferait une même espèce.

Historique des recherches Découvertes L'histoire taxonomique de Paraceratherium est complexe en raison de la nature fragmentaire des fossiles connus et du fait que les scientifiques occidentaux, soviétiques et chinois ont travaillé indépendamment les uns des autres pendant une grande partie du . Leurs tentatives de comparer leurs découvertes pour obtenir une image plus complète de cet animal ont été entravées par la politique et les conflits de l'époque, publiant en plus leurs recherches dans leurs langues respectives. Des tendances taxonomiques opposées ont amené à des regroupements et des divisions successifs qui ont également contribué au problème. Des datations géologiques inexactes ont auparavant conduit les scientifiques à croire que les formations géologiques où on a trouvé les fossiles seraient d'âges différents. Or, on sait aujourd'hui qu'elles sont contemporaines. De nombreux genres furent nommés sur la base de différences subtiles dans les caractéristiques des molaires, chose non accepté par la plupart des scientifiques pour distinguer les espèces. Ces refus proviennent du fait que la morphologie des molaires varie au sein des populations d'une même espèce de rhinocéros.

Les premières découvertes d'Indricothères sont faites par des colons occidentaux installés en Asie, les premiers fossiles connus étant récoltés en 1846 au Baloutchistan, actuel Pakistan, par un soldat nommé « Vickary », mais ces fragments ne sont alors pas identifiables. Les premiers fossiles maintenant reconnus comme appartenant à Paraceratherium sont découverts par le géologue et paléontologue britannique Guy Ellcock Pilgrim au Baloutchistan, entre 1907 et 1908. Son matériel consiste en une mâchoire supérieure, des dents inférieures ainsi que de l'arrière d'une mandibule. Les fossiles ont été récoltés dans la du district de Dera Bugti, un lieu ayant déjà été exploré par Pilgrim auparavant. En 1908, ce dernier les utilise comme base pour ériger une nouvelle espèce du genre de rhinocéros éteint Aceratherium, à savoir A. bugtiense. Aceratherium était alors un taxon poubelle qui comprenait plusieurs espèces non apparentées de rhinocéros sans cornes, dont beaucoup ont depuis été déplacées vers d'autres genres. Les incisives fossiles que Pilgrim a précédemment assignées au genre Bugtitherium s’avéreront appartenir à la même nouvelle espèce.

En 1910, des fossiles plus partiels sont découverts dans le même endroit lors d'une expédition menée par le paléontologue britannique . Sur la base de ces restes, Forster-Cooper déplace l'espèce A. bugtiense dans le nouveau genre Paraceratherium, signifiant littéralement « près de la bête sans cornes », en référence à Aceratherium, le nom de ce genre voulant littéralement dire « bête sans cornes ». Sa justification pour cette reclassification concerne les défenses inférieures de l'espèce qui sont nettement tournées vers le bas. En 1913, Forster-Cooper nomme un nouveau genre et une nouvelle espèce, Thaumastotherium osborni, sur la base de fossiles plus gros provenant des mêmes fouilles, dont il suggérait plus tôt d'appartenir à un représentant mâle de l'espèce P. bugtiense. Il rebaptise par la suite le genre en Baluchitherium, l'ancien nom étant déjà utilisé pour un insecte hémiptère. Les fossiles de Baluchitherium sont si fragmentaires que Forster-Cooper l'identifie uniquement comme un périssodactyle indéterminé, tout en mentionnant la possibilité de confusion avec Paraceratherium. Le paléontologue américain Henry Fairfield Osborn, d'après lequel B. osborni est nommé, suggère qu'il pourrait s'agir d'un potentiel brontothère.

Une expédition menée par l'Académie des sciences de Russie dans les années 1910 trouve par la suite des fossiles dans la , près de la mer du même nom, au Kazakhstan. La trouvaille en question concerne l'un des squelettes d'Indricothères les plus complets connus, mais dont il lui manque le crâne, le spécimen étant actuellement monté au musée paléontologique de Moscou, en Russie. En 1916, sur la base de ces restes, créé le genre Indricotherium en s'inspirant du nom d'un monstre du folklore russe, l'Indrik. Ce n'est qu'en 1923 qu'il lui attribue le nom d'espèce, I. asiaticum, mais entre-temps, la paléontologue russe Maria Pavlova l'a déjà nommé I. transouralicum en 1922. Toujours en 1923, Borissiak créé la sous-famille des Indricotheriinae pour inclure les diverses formes apparentées connues à ce moment-là.

vignette|upright=1.15|alt=Photo d'archive montrant un homme se tenant derrière le crâne fossile d'un grand mammifère préhistorique.|Le préparateur Otto Falkenbach avec un crâne de P. transouralicum (AMNH 18650) anciennement attribué à B. grangeri.

En 1922, l'explorateur américain Roy Chapman Andrews mène une expédition bien documentée en Chine et en Mongolie, parrainée par le musée américain d'histoire naturelle. Divers restes d'indricothères sont trouvés dans des formations mongoles du désert de Gobi, incluant les pattes d'un spécimen debout et en position verticale, indiquant que l'animal serait mort piégé dans des sables mouvants, ainsi qu'un crâne très complet. Ces restes deviennent la base de sa description de B. grangeri, qu'Osborn nomme officiellement en 1923.

En 2017, l'espèce P. huangheense est érigée par le paléontologue chinois Yong-Xiang Li et son équipe sur la base d'éléments de mâchoires venants de plusieurs spécimens ayant été découverts dans la formation de Hanjiajing, située dans la province de Gansu, en Chine. Son épithète spécifique fait référence au nom chinois du fleuve Jaune, à proximité duquel les fossiles ont été découverts. En 2021, le paléontologue chinois et ses collègues décrivent l'espèce P. linxiaense sur la base de deux spécimens assez bien préservées ayant été découverts dans la formation de Jiaozigou, dans le bassin de Linxia (d'où le nom), au nord-ouest de la Chine. Le premier spécimen conserve un crâne et une mandibule relativement complets, associés à un atlas et un axis, tandis que le second ne préserve que deux vertèbres thoraciques. Une multitude d'autres d'espèces et de genres, nommés principalement sur la base des différences venant de la taille, de la forme du museau et de la disposition des dents de devant, furent érigées à partir de divers restes d'indricothères. Des fossiles attribuables à Paraceratherium continuent d'être découverts dans toute l'Eurasie, mais la situation politique du Pakistan est actuellement trop instable pour y effectuer de nouvelles fouilles.

Espèces et synonymes vignette|gauche|redresse=1.85|alt=Gravure d'archive dépeignant deux reconstitutions squelettiques d'un grand rhinocéros préhistorique sans corne. La version à gauche montre une version trapue, tandis que la version à droite montre une version plus élancée et plus probable.|Reconstitutions squelettiques de B. grangeri (P. transouralicum) datant de 1923, avec une version semblable à un rhinocéros (à gauche), suivi d'une autre plus élancée et probable (à droite).

En 1922, Forster-Cooper érige la nouvelle espèce bugtiensis sur la base d'un palais et d'autres fragments fossiles provenant du district de Dera Bugti, censés appartenir à un membre de grande taille de ce genre. Les chercheurs pensent depuis que ces fossiles appartiendraient à un spécimen atypique de P. bugtiense dépourvu de la troisième molaire. En 1936, les paléontologues américains Walter Willis Granger et William King Gregory proposent que B. osborni de Forster-Cooper serait probablement un synonyme plus récent de P. bugtiense, car ces spécimens ont été collectés dans la même localité et font peut-être partie d'une même espèce morphologiquement variable. Le paléontologue américain William Diller Matthew et Forster-Cooper lui-même exprimaient déjà des doutes similaires quelques années plus tôt. Bien qu'il soit depuis reconnue comme un synonyme plus récent, le nom de genre Baluchitherium reste populaire dans divers médias en raison de la popularité entourant B. grangeri d'Osborn.

En 1989, les paléontologues américains Spencer G. Lucas et Jay C. Sobus publient une révision des taxons d'indricothères, qui a ensuite été suivie par les scientifiques occidentaux. Ils concluent que Paraceratherium, étant le plus ancien nom proposé pour l'animal, serait le seul genre d'indricothères valide connu datant de l'Oligocène et contiendrait les quatre espèces suivantes : P. bugtiense ; P. transouralicum, à l'origine classé dans Indricotherium ; P. prohorovi ; à l'origine classé dans ; et P. orgosensis, à l'origine classé dans Dzungariotherium. Ils considèrent la plupart des autres noms comme des synonymes plus récents de ces taxons, ou comme des noms douteux, basés sur des restes trop fragmentaires pour être correctement identifiés. En analysant les différences présumées entre les genres et les espèces nommés, Lucas et Sobus découvrent que celles-ci représentent très probablement des variations au sein des représentants et que la plupart des caractéristiques ne peuvent pas être distinguées entre les spécimens, comme auparavant souligné dans les années 1930. Le fait que les crânes attribués à P. transouralicum ou à Indricotherium soient bombé, tandis que d'autres sont plats au sommet peut-être expliqué par un dimorphisme sexuel : il est possible que les fossiles de P. bugtiense représentent des femelles, tandis que ceux de P. transouralicum représentent des mâles au sein d'une même espèce.