Le Rite français, ou Rite français moderne, ou encore Rite moderne est un rite maçonnique constitué et codifié par le Grand Orient de France en 1783-1786 sous le nom de . Consubstantiel à la naissance du Grand Orient de France, il est son rite de fondation créé en vue d'unifier les pratiques de ses loges. Descendant en droite ligne des usages premiers de la franc-maçonnerie spéculative, il contient et véhicule les plus anciennes traditions rituelles et initiatiques de la franc-maçonnerie nées en Écosse, puis en Angleterre. La codification du le structure en deux composantes graduelles, une symbolique en trois grades et une philosophique qui prend le nom au d', en quatre ordres. Un cinquième ordre, administratif et conservatoire, clôture cette codification.

Publié en 1801 sous le titre de Régulateur du Maçon, il est depuis cette date son rite officiel et reste intimement lié à la naissance de la franc-maçonnerie continentale notamment en France. Au cours de l'histoire, il évolue vers des versions qui accompagnent souvent les évolutions que connait la société française. Sa diffusion en Europe et dans le monde s'accompagne parfois d'un retour aux pratiques originelles réactivées en France à compter de la seconde moitié du . Le Rite français est au pratiqué sous différentes formes par plusieurs obédiences maçonniques françaises, européennes et latino-américaines.

thumb|right|alt=photo en couleur d'un décor maçonnique|Tablier de vénérable au Rite français moderne (régulateur 1801). thumb|alt=photo en couleur d'un décor maçonnique du |Tablier de maître du .

Histoire Au tout début du , les francs-maçons britanniques présents en France y importent le qui est ensuite traduit en français. Le contexte et les raisons qui conduisent quelques décennies plus tard à proposer une version officielle de ce rite, sont liées à la création du Grand Orient de France en 1773. Celui-ci se saisit de l'importante question des rituels et il faut une douzaine d'années pour les grades symboliques, selon la triple nécessité de conserver sa tradition, de clarifier et de moderniser ses règles administratives, et d'unifier ses usages.

Codification vignette|redresse|alt=Portrait en couleurs d'Alexandre Louis Roëttiers de Montaleau, il porte un décor maçonnique| Alexandre Louis Roëttiers de Montaleau. Afin de donner à la franc-maçonnerie une dimension nationale, le Grand Orient de France (GODF) organise l'uniformisation des rites en France. En 1783, la chambre des grades, créée en janvier 1782 sous l'impulsion notamment d'Alexandre Roëttiers de Montaleau, reprend en intégralité ce chantier débuté dix ans plus tôt. Après un examen méthodique et des débats d'une grande richesse, elle fixe le modèle pour les trois premiers grades (loge bleue) qui sont définitivement validés lors de la plénière du Grand Orient, les 15 et et le . Les textes adoptés restent fidèles aux plus anciens textes maçonniques connus et aux rituels en français des années 1740-1750. Le travail de la chambre des grades s'étant concentré sur leur mise en forme, l'introduction du rituel présente ainsi cette codification : .

La chambre des grades crée également le en février 1784 qui agrège et codifie-les selon les mêmes principes. L’intégration du Grand Chapitre général et des Ordres de Sagesse au sein du Grand Orient est actée le , constituant ainsi un système cohérent en trois grades : , et . Les deux premiers sont fondés sur l'approche symbolique, le grade de maître constituant la charnière avec des grades philosophiques organisés en ordre.

En 1801, un imprimeur diffuse le rite sous les titres Le Régulateur du Maçon et Le Régulateur des Chevaliers Maçons, fac-similés des cahiers officiels du G.O.D.F, qui étaient uniquement délivrés aux loges de l'obédience qui en faisaient la demande par écrit, contre rémunération. Le Régulateur du Maçon est considéré depuis cette date comme le rite officiel du Grand Orient de France. Consubstantiel à celui-ci, il va accompagner son évolution, marquée par l'histoire politique, sociale et religieuse du pays. C'est à cette époque qu'il prend le nom de , la nécessité venant de le différencier par un vocabulaire spécifique d'autres rites, notamment avec l'arrivée en 1804 du Rite écossais ancien et accepté.

Évolution idéologique Au sortir de la Révolution française, le Régulateur du Maçon mis au point par le Grand Orient de France sert de base et de référence aux loges du Premier Empire. Cette première moitié du voit Nicolas Charles des Étangs, , introduire des variations aux influences déistes et parfois orientalisantes. Ces rituels diffusés en 1825 et réédités jusqu'en 1848 ont influencé beaucoup de loges. Même s'ils conservent la structure traditionnelle du Rite français, ils rajoutent un caractère déiste qui aspire à atteindre une religion universelle, où le comportement éthique et la réflexion priment sur la croyance. Il en est de même des rituels et des ouvrages de Jean-Marie Ragon qui se place dans la recherche d'une religion naturelle, universelle et morale. La formule Liberté, Égalité, Fraternité commence alors à être utilisée dans les travaux des loges..

vignette|upright|alt=portrait en noir et blanc de Louis Amiable, portant un décor maçonnique|Louis Amiable.

En 1858 s'impose le Rite français dit , qui revient aux fondements des Constitutions d'Anderson, sans pour autant transformer durablement le rite, car le texte est peu différent de celui du Régulateur du Maçon. Cette réforme du rite vise surtout, en pleine période du Second Empire, à instaurer un encadrement idéologique strict, pour essayer de contrôler une institution dont le pouvoir impérial se méfie, mais qu'il croit pouvoir surveiller et utiliser comme relais d'influence.

Avec la et la rupture de 1877, le Grand Orient de France prend le tournant de la . Celle-ci sera concrétisée en 1879, lorsque sont évincées du Rite français les formules à connotations religieuses, dont principalement les devoirs envers Dieu. La référence au Grand Architecte de l'Univers reste tolérée dans les travaux des loges qui le souhaitent, mais disparaît des rituels de référence. La commission dirigée par Louis Amiable, avocat et conseiller de l'ordre, établit définitivement en 1886 la forme adogmatique du rite, en lui donnant une teinte positiviste. Cette commission, au motif que le symbolisme doit être , tourne le dos à certains traits importants du Rite français. Tout en conférant un contenu moral et laïque nouveau, elle s'appuie sur la résolution de 1877 et accompagne ce mouvement en supprimant du rite tout ce qui relève de la corporalité ou de la manifestation émotionnelle, au profit d'une doctrine rationaliste. Après cette date, il prend le nom de Rite français dit .

Réforme

Le Rite français connaît quelques rectifications en 1907 et en 1922. En 1907, sous l'influence d'Antoine Blatin, le rituel voit une accentuation de sa teinte positiviste. Dans le même temps, les élections et l'installation du collège des officiers, les consécrations de temples et les créations de loges, les cérémonies d'adoption ou de reconnaissance, les tenues blanches ou encore les pompes funèbres se voient dotées sur son initiative de leurs rituels respectifs. En 1922, une nouvelle version du Rite français, réalisée sous la présidence du frère (et Général) Gérard prolonge et aggrave cette tendance. Cette version voit quasiment disparaître toute évocation du symbolisme maçonnique classique. La volonté de faire un cérémonial rationaliste transparaît fortement, les dernières formules traditionnelles et les reliquats de théâtralité disparaissent du rite.. La version se vide ainsi de sa substance maçonnique, aboutissant à des tenues sans décors et quasiment sans rituel. Le Rite français reste ensuite inchangé jusqu'en 1938.

À l'instigation du grand maître du Grand Orient de France, Arthur Groussier, une nouvelle réforme du rite voit le jour. Groussier est le maître d’œuvre d'un changement de cap : il s'agit d'une volonté de régénération du Rite français, après une quantité de rajouts et de suppressions qui l'avaient rendu à peu près illisible, au mouvement de simplification engagé depuis les années 1880, succède une attention renouvelée à l'égard des sources maçonniques anciennes. En 1925 le conseil de l'ordre décide une refonte des rituels. Le frère Armand Bédarride présente en septembre 1931, un rapport qui débute par un constat sévère : et propose : . Ses rapports de 1932 et 1933 sur les grades de compagnon et de maître invitent également à restituer au Rite français son caractère symbolique et initiatique. Arthur Groussier suit de près ces réflexions et prend en compte la majorité des remarques exprimées. Sous sa présidence, au terme d'une gestation qui a duré sept années, le conseil de l'ordre adopte en avril 1938 les nouveaux rituels des trois premiers grades du Rite français.. Cette réforme marque un retour du symbolisme dans le rituel de référence du Grand Orient de France.

À cause de la guerre, en 1939, peu de loges ont le temps de s'habituer à cet outil qui, après le Régulateur du Maçon, constitue la seconde étape décisive de l'histoire du Rite français. Après une réédition en 1946, la version définitive du Rite français dit est achevée avec plusieurs retouches en 1955, sous l'autorité de Paul Chevallier. Cette version est largement diffusée dans les loges du Grand Orient de France et elle est connue sous le nom de .

Ordres de Sagesse

Les Ordres de Sagesse est le nom contemporain donné aux hauts grades maçonniques du Rite français. Ils se nomment à l'origine simplement et sont publiés en 1801 dans un recueil intitulé : Le Régulateur des Chevaliers maçons ou les Quatre ordres supérieurs, suivant le régime du Grand Orient. Codifiés par la chambre des grades et le Grand Chapitre général de France entre 1783 et 1785 sous l'impulsion d'Alexandre Roëttiers de Montaleau, ils sont intégrés au Grand Orient de France le .

Transformation thumb|upright|alt=Photo en couleur d'un bijou maçonnique : on voit un aigle d'argent sur fond or surmonté d'une couronne et d'une croix|Avers d'un bijou du Ordre du Rite français moderne (Régulateur 1801). Ces hauts grades se placent dans la continuité du grade de et sont pratiqués par tous les chapitres du Grand Orient. Cependant, le Rite écossais ancien et accepté (REAA) et sa graduation maçonnique en , introduits des Amériques au début du (1804), sont intégrés sous la houlette de Jean-Jacques-Régis de Cambacérès qui prend la direction des affaires du Grand Orient de France. Cette graduation va progressivement supplanter le Rite français dans ce domaine, au point d'entraîner la mise en sommeil en 1862 des ordres dits de sagesse sous leur forme originelle.

Cette transformation se fait sans heurt et sans révolte, les grades écossais ayant intégré dans leur régime les quatre ordres du Rite français.. Le Ordre du Rite français n'ayant quant à lui jamais véritablement trouvé son rôle, d'autant que l'attirance des et du Rite écossais, perçus comme , était devenue particulièrement forte lorsqu'ils furent conférés, à partir de 1805, à des dignitaires impériaux. Les chapitres du Rite français ont alors sollicité le cumul des rites afin de pouvoir utiliser également les hauts grades du R.E.A.A. Dès lors les chapitres ne pratiquent plus les trois premiers ordres correspondant aux , et de l’échelle du R.E.A.A. Ils débutent le parcours au ordre, correspondant au du R.E.A.A et le poursuivent avec les (Chevalier Kadosh , et comme grades ultimes de ce régime, qui restent malgré tout en sept degrés..

En 1858 le prend acte de cette situation installée depuis vingt ou trente ans, en plaçant dans les rituels et à la suite des trois premiers grades les hauts grades, finalisant la transformation des hauts grades du Rite français, sans présenter la chose comme un changement de rite, mais comme l'accession à un complément.

Renouveau