Skellig Michael (), aussi connue sous le nom de Great Skellig, est une île de la côte sud-ouest de l'Irlande. Avec Little Skellig, elle forme l'archipel des îles Skellig, au large de la péninsule d'Iveragh dans le comté de Kerry, dans le Munster. S'élevant abruptement à au-dessus de l'océan Atlantique, elle a abrité au Moyen Âge un petit monastère chrétien, ce qui lui a valu une inscription au patrimoine mondial en 1996.

Connue dès l'ère pré-chrétienne, l'île de Skellig Michael voit des moines s'y installer pour la première fois vraisemblablement au . Le monastère subsiste jusqu'au , où les moines retournent progressivement s'installer sur l'île principale, à Ballinskelligs. Le site est ensuite abandonné jusqu'à la construction du phare au , qui a pour conséquence la destruction partielle des vestiges. Mais dès la fin du siècle, l'État irlandais met en place une politique de conservation et de restauration qui aboutit au classement de l'île au patrimoine mondial.

Ce petit rocher escarpé aux habitats peu végétalisés constitue également avec l'île voisine un sanctuaire pour la protection des oiseaux marins, accueillant des populations importantes et très diversifiées.

Toponymie Le nom local du site en irlandais est , c'est-à-dire « le rocher escarpé de Micheál », désignant saint Michel.. En effet, en vieil irlandais, désigne un rocher escarpé ; cette racine se retrouve dans d'autres toponymes de l'ouest de l'Irlande, voire ailleurs dans le pays dans des toponymes assez différents mais pouvant dériver dudit terme. Le nom a été anglicisé en . En anglais, l'île est aussi connue sous l'appellation (« la grande Skellig »), en opposition avec Little Skellig.

Une autre étymologie a été proposée : elle suggère que soit dérivé du vieux norrois , un terme qui se retrouve dans plusieurs toponymes norvégiens. Cependant, cette hypothèse se heurte à la connaissance d'une source mentionnant datée aux environs de 700, soit avant l'influence scandinave en Irlande.

Si le toponyme issu de semble bien être le nom original, très ancien, plusieurs sources font mention d'un nom alternatif, , littéralement « le rocher vert ». Dans l'œuvre en prose appelée le Cath Finntrágha, il est fait référence au « rocher vert qu'on appelle Sgellig Michil ». L'île est parfois appelée , soit la « Skellig verte ».

À l'origine, le site fut inscrit au patrimoine mondial en 1996 sous le nom Skellig Michael.. En 2012, le comité du patrimoine mondial prend la décision de renommer le bien en ..

Géographie vignette|gauche|redresse=1.1|alt=Carte topographique en couleurs et légendée représentant une île et ses lieux remarquables.|Carte de Skellig Michael.

Localisation L'îlot de Skellig Michael est situé au large de la côte sud-ouest de l'Irlande, dans le comté de Kerry.. Il se situe à de Bolus Head, le point le plus occidental de la péninsule d'Iveragh. Administrativement, il constitue le de Great Skellig.

L'île couvre une superficie d'environ . Le site inscrit au patrimoine mondial comprend toute l'île, mais pas l'île voisine de Little Skellig ni les eaux entourant l'archipel. L'océan Atlantique forme naturellement la zone tampon du site.

Topographie vignette|alt=Photographie en couleurs d'une île et des eaux qui l'entourent.|Vue de Skellig Michael depuis le nord. On distingue de gauche à droite le pic nord-est, le Christ's Saddle et le South Peak.

Skellig Michael culmine à d'altitude ; l'île est particulière par ses pentes abruptes... Le relief est dominé par deux sommets : le sommet sud-ouest ou où se situe l'ermitage ( d'altitude) et le sommet nord-est où est construit le monastère ( d'altitude). Ces deux pics se situent de part et d'autre d'une dépression de d'altitude connue sous le nom de (« la selle du Christ ») ou . Par ailleurs, l'île compte trois criques.

Au sud-est de l'île se trouve le rocher .

Géologie vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'une masse rocheuse de couleur rouge-pourpre veinée de gris-vert et partiellement recouverte de végétations rases, une étendue maritime en arrière-plan.|Vieux grès rouges dans le Pembrokeshire (pays de Galles).

Les îles Skellig sont formées par les vieux grès rouges, une unité lithostratigraphique également présente dans les régions montagneuses du sud du comté de Kerry ou de l'ouest du comté de Cork, comme les Macgillycuddy's Reeks ou les Caha Mountains. Ces roches sont issues des sédiments déposés par les rivières en crue lors du Dévonien, il y a . La topographie actuelle de la région, caractérisée par des vallées orientées nord-est-est - sud-ouest-ouest séparées par des chaînes de montagnes, est le résultat d'une période de pliages et de formations de chaînes de montagnes environ d'années après le dépôt des sédiments. Le niveau de la mer monta, d'où résulta la formation de bras de mer relativement profonds dans le sud-ouest, comme Kenmare River et Bantry Bay, et la séparation des Skellig de l'île principale.

Les mouvements de formation des montagnes ont compressé les roches sédimentaires en couches d'ardoise et de grès en grains fins et durs. Par ailleurs, ces mouvements ont créé de grandes lignes de fracture. L'érosion le long de ces failles au centre de Skellig Michael a causé la cassure et l'effondrement de la roche, laissant une dépression en forme de U, d'une altitude de , appelée . Ainsi, deux pics restèrent, sur chaque côté de la vallée : le pic nord-est (), où est construit le monastère, et le pic sud-ouest (), où est établi l'ermitage. L'érosion le long des lignes de fracture et de clivage est également à l'origine des trois criques de l'île.

Climat Le climat de l'Irlande, de type océanique, est fortement influencé par l'océan Atlantique et caractérisé par sa fraîcheur et son humidité.. Les précipitations sont abondantes ( de pluie par an dans la moitié ouest du pays) et bien réparties (plus de par an). Les hivers sont doux ( en janvier sur la côte sud) et les étés ne sont pas particulièrement chauds ( en juillet). La météo se caractérise par une forte nébulosité et des vents violents sur les sommets et les côtes exposées. L'île de Skellig Michael ne connaît pratiquement pas le gel.

Milieu naturel Faune vignette|gauche|redresse=0.7|alt=Photographie en couleurs représentant un oiseau marin à plumage noir et blanc, les ailes déployées et les pattes posées sur un affleurement rocheux.|Macareux moine. vignette|redresse=0.7|alt=Photographie en couleurs d'un mammifère marin au pelage blanc et beige tacheté de gris, le corps allongé sur la sable.|Jeune phoque gris.

Les îles Skellig sont reconnues comme l'un des plus importants sites d'oiseaux marins en Irlande, autant du point de vue de la population que de la diversité. Skellig Michael, avec les îles Blasket et Puffin Island, accueille l'une des plus grandes populations reproductrices de puffins des Anglais et d'hydrobatidés. Parmi les autres d'espèces d'oiseaux marins rencontrées à Skellig Michael, on compte des fulmars, des mouettes, des guillemots et des macareux.

Skellig Michael accueille aussi plusieurs espèces de mammifères, notamment le phoque gris (Halichoerus grypus), mais aussi des lapins et des souris grises.

Flore vignette|alt=Photographie en couleurs de plantes herbarcées à fleurs blanches poussant sur une falaise de roches grises.|Silènes de l'espèce Silene uniflora.

Skellig Michael est majoritairement recouverte d'habitats peu végétalisés, comme des falaises rocheuses ou des roches à découvert. La végétation que l'on rencontre sur l'île est typique des environnements hautement exposés aux conditions maritimes : terre rare, sol escarpé, embruns salés et vents forts.

Les principales plantes inventoriées à Skellig Michael sont les arméries, les silènes et les spergulaires. La fétuque rouge, l'oseille, et la matricaire maritime sont aussi fréquemment observées.

Histoire L'étude historique de Skellig Michael s'est surtout axée sur les travaux archéologiques et l'analyse des ensembles architecturaux monastiques.. Néanmoins, des sources écrites du au ont aussi été utilisées, mais il ne s'agit que de mentions courtes et éparses de l'île.

Des références à l'île se retrouvent dans plusieurs textes en prose : Conall Corc et les Corcu Loígde, et . Quant à l'histoire du monastère, on y trouve des références dans des annales (Annales d'Ulster, Annales d'Inisfallen et Annales des quatre maîtres), dans des martyrologes ( et Martyrologe de Tallaght) et des récits en prose (, , la de Giraud de Barri, et le ).

Premières références La présence humaine sur Skellig Michael remonte selon les légendes à l'ère pré-chrétienne, et il semble en effet qu'une présence, du moins occasionnelle, a eu lieu sur l'île à cette époque, bien que ce ne soit pas prouvé.. La plus ancienne légende, remontant à l'époque préhistorique et considérée par les annales comme la toute première référence à Skellig Michael, évoque l'arrivée des Milesiens en Irlande vers 1400 et en fait un lieu d'inhumation pour Ir, fils de Mile, à la suite d'une noyade... Le relate également un enterrement à la suite des batailles entre les Milesiens et les Tuatha Dé Danann, mais il s'agirait d'un certain Don.

Plus tard, vers 200 , l'île aurait servi de repaire à Daire Domhain (« le roi du monde ») avant qu’il n’attaque Fionn Mac Cumhaill dans la localité voisine de Ventry.

Comme le relève la spécialiste Françoise Henry, l'île est également mentionnée dans un texte daté du . Au , lors d'une bataille entre les rois du Munster occidental (, contrôlé par Killarney) et du Munster oriental (, contrôlé par Cashel, dont le roi était néanmoins théoriquement reconnu comme roi de tout le Munster), Duagh, roi du Munster occidental, aurait fui vers , mais on ne sait pas si l'île était déjà réellement peuplée.

Site chrétien vignette|upright=0.8|alt=Photographie en couleurs d'une sculpture dorée représentant un personnage ailé et recouvert d'une armure, épée levée et bouclier serré contre l'abdomen, un dragon étendu à ses pieds.|L'archange saint Michel, qui donne son nom à l'île vraisemblablement au . Le monastère aurait été fondé au par saint Fionan. Néanmoins, la datation par le carbone 14 indique que les plus anciens artéfacts datent du au plus tôt, et la plus ancienne preuve écrite de l'existence du monastère date de la fin du , puisqu'il s'agit du Martyrologe de Tallaght de Máel Ruain, un document qui relate la mort sur l'île d'un moine nommé Suibhni. L'ermitage, quant à lui, semble n'avoir été bâti qu'après que les moines eurent établi une présence permanente au monastère.

Comme indiqué par les Annales d'Inisfallen et les Annales d'Ulster, le monastère doit faire face aux pillages des Vikings en 824.

Le monastère est vraisemblablement dédié à l'archange saint Michel entre 950 et 1050.. En effet, les Annales des quatre maîtres font référence à un moine de en 950, mais de en 1044. Cet événement s'est probablement accompagné de la construction de l'église Saint-Michel, comme c'était la coutume à cette époque. L'église est mentionnée par Giraud de Barri dans sa (« Histoire et topographie de l'Irlande ») à la fin du , et sa plus ancienne partie correspond au style architectural de l'époque.

L'église est agrandie au tandis que les bâtiments anciens étaient entretenus.

Abandon progressif vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'un cimetière parsemé de végétation, les ruines d'un bâtiment religieux visibles au second plan.|L'abbaye de Ballinskelligs supplante Skellig Michael à partir du . Au début du , les changements climatiques entraînent la baisse des températures et le renforcement des tempêtes sur la côte sud-ouest de l'Irlande.. À la même époque, l'Église irlandaise évolue d'un modèle monastique vers une structure diocésaine. Ces changements entraînent la fin des établissements érémitiques insulaires, d'où le déplacement de la communauté de Skellig Michael vers Ballinskelligs sur l'île principale, entre la fin du et le début du .