Antoine Pinay, né le à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône) et mort le à Saint-Chamond (Loire), est un homme d'État français.
Issu d'un milieu modeste, industriel de profession, il commence sa carrière politique sous la , à Saint-Chamond, où il est élu maire puis conseiller général, député en 1936 et enfin sénateur en 1938. D'abord favorable au maréchal Pétain, comme une très forte majorité des parlementaires, il vote les pleins pouvoirs à ce dernier en 1940, puis, progressivement prend ses distances avec le Régime de Vichy. À la Libération, il est d’abord écarté de la mairie de Saint-Chamond comme de nombreux maires ayant eu à assumer leur mandat sous l’occupation allemande. Mais très vite, son attachement aux valeurs de la République est reconnu. Ce qui lui permet d’être élu député de la Loire et de reprendre des responsabilités politiques locales et nationales, en étant l'une des figures de proue du Centre national des indépendants et paysans (CNIP).
Plusieurs fois ministre sous la , il est désigné président du Conseil par Vincent Auriol en 1952. Il cumule cette charge avec le ministère des Finances et des Affaires économiques. L'instabilité du régime l'amène à démissionner quelques mois plus tard. En 1955, il est nommé ministre des Affaires étrangères et devient à ce titre l'un des acteurs de la décolonisation au profit du Maroc et de la Tunisie.
Partisan du retour du général de Gaulle au pouvoir, il devient ministre des Finances en 1958 et contribue à l'instauration du . Sa mésentente personnelle avec le fondateur de la et son opposition à la politique menée par le gouvernement en Algérie française conduisent à son remplacement en 1960. Retiré de la vie politique nationale, il est réélu maire de Saint-Chamond jusqu’en 1977 et il préside le Conseil général de la Loire jusqu’en 1979. Il fut le premier médiateur de la République entre 1973 et 1974.
Biographie Famille et études gauche|vignette|Usine Pinay à Saint-Symphorien-sur-Coise. Antoine Pinay est le fils de Claude Pinay (1852-1919), industriel, fabricant de chapeaux de paille, et de Marie Besson (1861-1936). Il a une sœur aînée, Jeanne Pinay (1886-1953) qui fut religieuse dominicaine à Orléans.. La famille paternelle d'Antoine Pinay exerçait son activité, depuis plusieurs générations, dans l'industrie de la chapellerie dont la région lyonnaise et stéphanoise est l'un des principaux centres.
Deux de ses oncles maternels sont officiers : le colonel Antoine Besson (1857-1947) et le général Benoît Besson (1876-1969). Le grand-père maternel d'Antoine Pinay, Benoît Besson (1829-1905), qui était propriétaire cultivateur, fut maire de la commune de Pomeys de 1861 à 1882.
Antoine Pinay fut scolarisé chez les maristes au collège Sainte-Marie à Saint-Chamond, comme en témoigne une carte postale qu'il adresse en .. Il ne se présente pas au baccalauréat et quitte l'école sans diplôme.
Il est incorporé au d'artillerie le , nommé brigadier le puis maréchal-des-logis le . Après la mobilisation du 2 août 1914, il est resté aux armées un mois, puis il est blessé par des éclats d'obus, le , au nord de Meaux, lors de la bataille de la Marne. Antoine Pinay est alors évacué du front. Il est ensuite réformé, déclaré invalide de guerre et pensionné.
Le à Saint-Chamond, il épouse Marguerite Fouletier (1895-1970), fille de Louis Fouletier (1862-1922), directeur de la tannerie Fouletier, entreprise établie à Saint-Chamond, fondée en 1772 et employant une centaine d'ouvriers.
De ce mariage naquirent trois enfants : Geneviève Pinay (1918-2017)Voir sur lesbiographies.com., éditrice, mariée en premières noces avec Edmond Epstein (1901-1963)..., éditeur et directeur de revues, dont cinq enfants ; puis mariée en secondes noces avec Ernest Brémond (1899-1966), directeur honoraire de l'Électricité de France et conseiller économique et social ; Odette Pinay (1920-2015)., mariée avec Jean Roy (1921-2005) ; Pierre Pinay (1922-1964), fonctionnaire au service juridique des trois communautés européennes, marié avec Suzanne Pinay, dont trois enfants..
Parcours politique Un industriel qui entre en politique sous la République gauche|redresse|vignette|Antoine Pinay vers 1936. Antoine Pinay devient le collaborateur de l'un des administrateurs puis directeur de la tannerie Fouletier à partir de 1919. Sous son impulsion, grâce à de nouveaux procédés de fabrication qu'il lance, l'établissement prend un nouvel essor. Son activité contribue à réanimer dans la région l'industrie des cuirs et peaux qui traversait alors une crise.
Il fut maire de Saint-Chamond de 1929 à 1944 puis de 1947 à 1977. En 1934, il devient conseiller général du canton de Saint-Chamond et préside la commission départementale de 1934 à 1936. Sa carrière nationale commence avec les législatives de 1936 quand il est élu député de la Loire de l'Alliance démocratique, jusqu'en 1938. Il est élu sénateur de la Loire en 1938.
Sous le régime de Vichy Le , il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. En 1941, il est nommé au Conseil national, puis décoré de l'ordre de la Francisque, faisant partie selon sa biographe Christiane Rimbaud des notables de province sur lesquels le régime de Vichy voulait s’appuyer. Il refuse pourtant les propositions qui lui sont faites de servir Vichy et démissionne en 1942 du Conseil national.
En 1943, il rejette la proposition qu’on lui fait de la préfecture de l’Hérault. Il contribue également à faire passer des juifs et des résistants en Suisse et à Alger. Sylvie Guillaume, auteur d'une thèse sur Antoine Pinay, estime que la volonté d'associer Pinay à Vichy, malgré la réalité, est le fruit de la volonté de ses .. De même, Christiane Rimbaud estime que les communistes lui firent un en l'associant au régime de Vichy, alors qu'il a résisté..
Après-guerre Après avoir été membre du Conseil national de Vichy, et avant de devenir ministre et président du Conseil sous la République, il accepte d'être l'un des principaux responsables français des réseaux stay-behind, les réseaux clandestins de l'OTAN mise en place à partir de 1949, selon ce qu'affirme Éric Branca..
En politique internationale, il parraine un club de réflexion transnational animé par l'avocat Jean Violet, Le Cercle, appelé aussi , qu'il préside de 1953 à 1971.
En 1952, Pinay intervient en faveur d'une libération complète de Xavier Vallat, Commissaire général aux questions juives de 1941 à 1942, qui sera ensuite amnistié en 1954.
Sous la République Il constitue un exemple de ces , nom préféré jusqu'aux années 1960 au terme pour désigner des républicains à la fois socialement conservateurs et favorables au libéralisme économique. Il est à nouveau élu député en 1946, et il reste à l’Assemblée nationale jusqu'en 1958.
Lancement du CNIP De 1948 à 1953, il participe à l'édification progressive du Centre national des indépendants et paysans (CNIP), qui ne tient son premier congrès qu'en 1953. Ce parti réunit des lobbies agricoles, patronaux et coloniaux..
Il reçoit l'aide, dans cette édification, de son ami proche, Jacques Bardoux"De Léon Blum à de Gaulle: le caractère et le pouvoir" par Pierre-Olivier Lapie, en 1971, page 442, spécialiste reconnu du CNIP sur les questions européennes et coloniales au Parlement. C'est lui qui a organisé, en tant que vice-président, le premier congrès national, à Riom, en du Parti paysan d'union sociale (PPUS), bien implanté dans sa région (Joseph Dixmier du Puy-de-Dôme, Camille Laurens du Cantal et le président du parti, Paul Antier, en Haute-Loire).
Ce parti de droite qui regroupe les indépendants a . Créé le par Roger Duchet, sénateur-maire de Beaune, pour contenir l'émergence du Rassemblement du peuple français (RPF) fondé par Charles de Gaulle en 1947, le CNI devient CNIP quand il est rejoint par le PPUS en , puis le Parti républicain de la liberté (PRL), des petites formations qui ont .. À partir de 1952, il en détache même des gaullistes dissidents, qui ont fondé en l’Action républicaine et sociale pour soutenir le gouvernement Pinay.
Le CNIP est alors fermement opposé à la décolonisation, tout comme le MRP. Concurrencé ensuite par l'Union et fraternité française (UFF) de Pierre Poujade, lors des législatives de 1956, le CNIP récupère à celles de 1958 son électorat et une partie de ses députés.
L'infléchissement à droite des gouvernements de la Troisième force, au moment des grèves de 1947-1948, permet à Antoine Pinay d'entrer au gouvernement, sur les conseils de Maurice Petsche, comme secrétaire d'État en 1948, puis ministre en 1950, où il noue et de la . Dans la Loire, il fonde en 1950 un syndicat intercommunal d'énergies, le Syndicat intercommunal d'énergies de la Loire (SIEL).
Lors des législatives de 1951 qui ouvrent la deuxième législature (1951-1955) de la Quatrième République, le CNIP obtient 97 députés et 14,1 % des suffrages, freinant la percée du RPF, qui obtient cependant 112 députés et près de 22 % des voix, loin devant les 14 % du CNIP.
Président du Conseil La Troisième force perdant globalement beaucoup de voix aux législatives de 1951, elle implose neuf mois après, la SFIO s'en retirant pour la première fois.
Jacques Bardoux, qui est alors vice-président de la commission de la Justice à l'Assemblée, propose en de former un gouvernement d'union nationale en dramatisant . Il déclare qu'on devrait proposer la participation au RPF et à la SFIO, message qui s'adresse surtout aux députés RPF, car la vague gaulliste de 1951 a fait que les anciens députés de l’intergroupe RPF, formé entre deux élections, se sentent . L'ex-garde des sceaux Georges Pernot, président du groupe Parti républicain de la liberté (PRL) au Sénat abonde dans le même sens au même moment. Au sein du RPF, les libéraux et les socialisants s'opposent. D'opinion divergentes, ils n'ont pas réussi à s'entendre sur la motion de politique économique lors des assises nationales de leur parti, tenues fin à Nancy.
En , Jacques Bardoux est élu président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale et joue un rôle décisif dans l’investiture d'un nouveau président du Conseil des ministres. : le , Antoine Pinay est élu avec les voix de 27 députés, , qui bravent la consigne d’abstention du RPF. Parmi eux figurent 10 des 13 membres PRL de l’intergroupe RPF.
Les 27 forment quatre mois après le groupe de l'Action républicaine et sociale lors d'un conseil national du RPF à Nancy le , qui décide d'exclure ceux qui ne suivent pas les consignes de vote. De Gaulle s'est en effet indigné de l'investiture de Pinay, votée en mars, et dénonce ceux qui . C'est le moment où Jacques Bardoux, l'ami fidèle de Pinay, propose à De Gaulle, dans une lettre du , une union parlementaire et un programme commun de réformes institutionnelle et de « redressement monétaire », qui ne reçoit pas de réponse. Une élection partielle à Paris révèle que le RPF est alors fortement affaibli, son score étant passé en un an de 24% à 13,8% ; le parti disparaît quasiment en 1953.
Premières décisions Il succède ainsi à Edgar Faure, dont le gouvernement a été plombé par le projet du ministre François Mitterrand d'accepter la souveraineté interne de la Tunisie., que Habib Bourguiba considérait comme « une base raisonnable de négociations ». Dès son élection, Antoine Pinay écarte ces propositions qui de s'opposer aux velléités d'indépendance.
Alors encore car atypique., le nouveau président du Conseil est salué par des journaux comme Paris Match et L'Aurore, son Robert Bony dans son éditorial du 5 mars 1952 . ou des écrivains comme Alfred Fabre-Luce, qui publie un livre se félicitant de ce rempart face au « risque » Mendès France"Mendès ou Pinay ? Trois mois pour choisir", Grasset, par Alfred Fabre-Luce, sous le pseudo Sapiens, en octobre 1953.. Son est remarqué, et son successeur Joseph Laniel, du même parti, dit dans une boutade , tandis que le haut fonctionnaire Paul Delouvrier considère que .