Aliénor d'Aquitaine, aussi connue sous le nom d'Éléonore d'Aquitaine ou d'Éléonore de Guyenne, née fort vraisemblablement à Poitiers, vers 1124, et morte à PoitiersEt non à l'abbaye de Fontevraud, comme il a été souvent écrit., le ou le , a été tour à tour reine de France puis reine d'Angleterre.

Duchesse d'Aquitaine et comtesse de Poitiers à partir du , à la mort de son père , elle épouse le suivant à Bordeaux l'héritier du royaume de France, qui devient le roi le . Reine de France pendant quinze ans, elle joue un rôle politique notable, bien que de manière indirecte, et participe avec son époux à la deuxième croisade (1147-1149). Mais plusieurs différends et l'absence d'un héritier aboutissent à l'annulation de leur mariage en 1152.

Elle épouse la même année le comte d'Anjou et du Maine et duc de Normandie Henri Plantagenêt, couronné roi d'Angleterre en 1154 sous le nom d', qui devient ainsi détenteur de deux autres fiefs importants en France, en plus de ceux de la maison Plantagenêt. Durant les trente-cinq années du règne elle exerce des fonctions de régente et représente le roi, en Angleterre et sur le continent, lors de ses absences. Installée à Poitiers, à partir de 1168, afin de pacifier les vassaux aquitains souvent rebelles, elle s'oppose rapidement à la politique centralisatrice de son mari, qui la retient captive pendant quinze ans en Angleterre à l'issue de la révolte de 1173-1174.

Devenue veuve en 1189, elle déploie jusqu'à sa mort, à quatre-vingts ans, une activité inlassable pour maintenir la cohésion de l'Empire Plantagenêt, pour ses fils Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre. Régente durant l'absence de Richard parti à la troisième croisade, elle réunit et apporte la rançon après sa capture et sa détention. À l'avènement de Jean, après la mort de Richard en 1199, elle permet à son dernier fils d'assoir son autorité en Aquitaine. Elle meurt au moment où Jean perd peu à peu la majeure partie de ses possessions continentales, assistant à l'effondrement de l'Empire fondé par son second mari.

Aliénor tient un rôle important, aux côtés d'Henri, dans le patronage littéraire. À la cour fastueuse qu'elle tient en Aquitaine, elle favorise également l'expression poétique des troubadours en langue d'oc.

L'héritière d'Aquitaine Naissance et origines familiales L'année de naissance d'Aliénor (circa 1124(), dans qui ne voit aucune raison de récuser ce document.Voir aussi le testament de (), qui lui est peut-être apocryphe..) n'est pas connue avec certitude ; 1124 est cependant généralement retenu désormais par les médiévistesAndrew W. Lewis, « The Birth and Childhood of King John, Some Revisions » dans .Elizabeth A. R. Brown, « Eleanor of Aquitaine Reconsidered : The Woman and Her Seasons» dans .. Le Fragment généalogique des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, rédigé vers 1300 au monastère Saint-Martial de Limoges, indique explicitement qu'elle a treize ans au moment du décès de son père, en 1137. Cet âge au moment de son mariage, la même année, respecte le droit canonique médiéval qui fixe à douze ans la majorité et l'âge légal du mariage pour les filles.

Son lieu de naissance a longtemps fait l'objet de spéculations : les historiens hésitaient entre le palais des ducs d'Aquitaine à Poitiers, le palais de l'Ombrière à Bordeaux ou encore le château de BelinLa charte d'Aliénor concernant Belin-Béliet est apocryphe, voir et .. Toutefois, selon le médiéviste Martin Aurell, elle a vraisemblablement vu le jour à Poitiers, « son foyer natal ». Ce témoignage de WaceWace, Roman de Rou, éd. Holden, p. 2, v. 32 : « À Poitiers s'en ala, son naturel manage », , qui a côtoyé la reine à la cour de Normandie, est considéré comme , et relègue au rang de tradition locale les trois autres lieux communément avancés , si l'on y ajoute l'abbaye Saint-Vincent de Nieul-sur-l'Autise..

Elle est la fille aînée de (1099-1137), duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, fils de (1071-1126) et de Philippa (Felipa) de Toulouse. Sa mère est Aénor de Châtellerault (vers 1103-1130), fille du vicomte , un des vassaux de , et de Dangereuse de L'Isle Bouchard, maîtresse en titre de .

Selon la chronique de Geoffroy de Vigeois (mort en 1184), elle est appelée Aliénor, « pour ainsi dire une autre Aénor » (quasi alia Aenor)Cf. ). Cité dans .. Aliénor porte le nom de sa mère, avec de nombreuses graphies et variantes (Alienordis, Alienors, Alyenor, Alienora et Alienor, principalement, mais aussi Aanor, Agenordis, Aienordis, Aenordis, Helienordis....), comme souvent au Moyen Âge, où l'orthographe des noms n'est pas fixée. C'est un nom de tradition onomastique dans leur lignée maternelle (maisons de l'Isle-Bouchard,Thouars et Châtellerault)..

Elle devient héritière présomptive du duché d'Aquitaine à la mort de son frère Guillaume Aigret en 1130, année où elle perd également sa mère. Elle a aussi une sœur cadette, Pétronille (ou Alix).

Formation S'exprimant naturellement en langue d'oc, elle comprend très certainement la langue d'oïl (ou ancien français), les deux langues étant parlées à la cour de Poitiers. Qui plus est sa langue maternelle est le poitevin-saintongeais, langue de transition entre l'oïl du nord de la Loire et l'oc du Massif central et du sud de la Garonne.

Elle reçoit l'éducation soignée d'une jeune fille noble de son époque à la cour d'Aquitaine, une des plus raffinées au , lieu d'origine de l'amour courtois (la fin'amor) et centre de rayonnement de la langue d'oc, dans les différentes résidences ducales. Aliénor est peut-être aussi éduquée à l'abbaye de FontevraudAurell, dans ..

Elle apprend le latin, sous la houlette des chapelains de la maison ducale, la musique et la littérature, ainsi que l'équitation et la chasse. Matthieu Paris, au milieu du , nous éclaire sur l'éducation lettrée poussée qu'Aliénor reçoit en compagnie de jeunes garçons, futurs clercs ou fils de la haute noblesse. Elle aurait offert à l'un de ses camarades d'étude, Richard Animal, un anneau d'or orné d'un saphir. Le chroniqueur rapporte avoir vu cet anneau dans le trésor de son monastère de Saint-Albans.

Duchesse d'Aquitaine (avril 1137) Le père d'Aliénor, , meurt à , le ,un Vendredi saint, au cours d'un pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Cité dans ..

Un second mariageGeoffroy de Vigeois, Chronicon. ou de simples fiançailles de Guillaume avec Emma de Limoges, veuve de Bardon de Cognac, contractés en 1136, ne lui ont pas permis d'obtenir l'héritier mâle tant espéré. Emma est enlevée et épousée par , pendant l'absence du duc, parti en pèlerinage.

Avant de partir vers l'Espagne, Guillaume a confié la garde de ses filles à l'archevêque de Bordeaux, Geoffroi du Loroux (ou Geoffroy de Lauroux). Ce sont les émissaires de ce dernier qui apportent la nouvelle de la mort de Guillaume au roi de France, alors à Béthisy, vers la fin du mois de , ainsi qu'une proposition de mariage avec la jeune duchesse. Il paraît très surprenant, aux yeux des médiévistes, qu'Aliénor, à treize ans, ne soit pas déjà . En effet, dans les familles princières et la haute aristocratie, les enfants, et particulièrement les filles, sont mariés ou tout du moins fiancés bien avant douze ans, et parfois même à un très jeune âge, afin de satisfaire à des desseins politiques. Or le duché fait face à un avenir incertain.

Mariage avec Louis le Jeune (juillet 1137) vignette| et Aliénor. Miniature du issue des Grandes Chroniques de France. Chantilly, Bibliothèque du château. Le dimanche , Aliénor épouse Louis le Jeune, le deuxième fils et héritier du roi de France , . Louis le Jeune a été sacré et couronné à Reims par le pape , en , à la suite de la mort accidentelle de son frère aîné, Philippe, peu de temps auparavant.

Raisons du mariage Deux versions existent sur les origines de ce mariage : craignant que sa fille soit enlevée et épousée par un de ses vassaux ou un de ses voisins, le duc Guillaume aurait proposé avant de mourir à son suzerain le roi de France d'unir leurs héritiers ; ou bien le roi aurait fait jouer le droit de tutelle du suzerain sur l'héritière orpheline d'un de ses vassaux, et l'aurait mariée à son filsAurell, dans ..

a vraisemblablement pris ses dispositions avant d'entreprendre son pèlerinage. Il existe un texte, dont l'authenticité est contestéeAlfred Richard, Histoire des comtes de Poitou, 778-1204, T. , 1126-1204, Paris, Picard et fils, 1903, Appendice , p. 487-490 (lire en ligne)., reproduisant le :

Le témoignage de Suger paraît, lui, indiscutable bien qu'orienté :

Les cérémonies et le voyage vers Paris vignette|Mariage de Louis le Jeune et d'Aliénor, miniature de Perrin Remiet dans les Grandes Chroniques de France, BNF, Fr.2606. D'après la Chronique de Saint-Maixent, peu avant la cérémonie, Aliénor est ointe des saintes huiles, c'est-à-dire sacrée, en tant que future reine de France. Le mariage a lieu dans la cathédrale Saint-André de Bordeaux. Il est célébré par l'archevêque Geoffroy de Lauroux, en la fête de l'apôtre saint Jacques, date choisie en mémoire du père de la mariée. Suger, qui a accompagné Louis, précise qu'Aliénor est couronnée par son époux à l'occasion de ces noces : . La Chronique de Morigny ajoute en outre que Louis est re-couronné avec Aliénor et qu' de la noblesse aquitaine.

Le banquet qui s'ensuit se déroule, selon toute vraisemblance, dans laula de l'ancien palais ducal de la Salle (disparu depuis le Moyen Âge), à Saint-Projet. au cœur de la cité bordelaise, faute de place au palais de l'Ombrière. Le soir du , à peine les festivités terminées, le couple entame son voyage vers Paris, et se hâte vers Poitiers, car le roi, atteint de dysenterie, est mourant.

Quelques jours plus tard, Aliénor et Louis sont accueillis au château de Taillebourg, chez Geoffroy de Rancon, où selon le chroniqueur de Tours, ils passent leur première nuit ensemble, après un répit dévot de trois jours, dans la chambre nuptiale préparée à leur intention. Selon Geoffroy de Vigeois, toutefois, .

Le , ils sont couronnés duc et duchesse d'Aquitaine et comtes de Poitou, à Poitiers dans la cathédrale Saint-PierreMarie-Aline de Mascureau, « Chronologie », primitivement publiée dans , republiée dans .. Orderic Vital précise : Ostension de la couronne ou intronisation ducale, Aliénor est certainement couronnée « avec son mari dans sa ville natale, centre politique du duché. » Ce re-couronnement royal sert très probablement « à entériner les nouveaux droits du roi de France sur le duché », le rituel d'accession à l'Aquitaine n'étant pas encore alors strictement formalisé.

Ayant appris, ce même jour à Poitiers, la mort du roi , survenue le , Louis devient le roi . Aliénor est reine de France.

et le duché d'Aquitaine vignette|alt=Un chevalier à cheval revêtu d'une cotte de maille et arborant épée et écus.|Louis VII, duc d'Aquitaine. Contre-sceau équestre. Par son mariage, devient duc d'Aquitaine, mais le duché n'est pas rattaché au domaine royal : Aliénor en reste la première détentrice .. Il s'agit d'une union personnelle. Aliénor, selon les dispositions prévues, demeure duchesse en titre de ses terres héréditaires. Si la Chronique de Morigny stipule qu'Aliénor conserve son héritage et que , la Chronique de Saint-Maixent, en revanche, évoque un rôle plus important de Louis en Aquitaine :

Louis n'adopte que le titre de duc d'Aquitaine, qu'il ajoute sur son sceau, mais non pas ceux de comte de Poitou ou duc de Gascogne. Le duché de sa femme bien que sous administration capétienne préserve son identité distincte et ses propres institutions, et n'est pas . Mais Louis , qui .

Reine de France Aliénor et la cour de France