La Ducasse de Mons ou DoudouDepuis son inscription à l'UNESCO, le nom officiel est « Le Doudou, ducasse rituelle de Mons. » est une fête locale basée sur des traditions ancestrales qui a lieu tous les ans, le week-end de la Trinité, à Mons en Belgique, ville située dans la province de Hainaut (Région wallonne). On l'appelle souvent le Doudou, d'après le nom d'un air traditionnel que l'on joue durant les festivitésLa Musique du Lumeçon : .

Depuis 2005, la Ducasse de Mons est reconnue comme l'un des chefs-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité par l'UNESCO (Liste des Géants et dragons processionnels de Belgique et de France) et compte parmi les chefs-d'œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Histoire L'origine de la fête remonte au Moyen ÂgeSur l'histoire de la procession, voir Fr. De Vriendt, Une myriade de processions. Les cortèges religieux à Mons au Moyen Âge et à l'Époque Moderne, et Du rite sacré au cortège civique. Nouvelles données sur les origines et l'histoire de la Procession, dans La Ducasse rituelle de Mons, sous la dir. de B. Kanabus, Bruxelles, 2013, et .. Ses origines sont difficiles à fixer avec exactitude. Elle est attestée depuis le JP Ducastelle, Mons et le combat du Lumeçon dans Géants et dragons, ouvrage collectif, Casterman, 1996, .(la première mention connue date de 1248). Il s'agit d'une procession en l'honneur de la patronne de la ville.

Une tradition tenace mais erronée, en fait une procession de peste. De fait, le , la région subissant une épidémie de peste, la fameuse peste noire, les autorités organisèrent une procession des reliques de sainte Waudru, patronne de la ville et de la collégiale montoise : elles furent amenées dans un char jusqu'aux bruyères de Casteau, à l'emplacement actuel du SHAPE, et furent réunies avec les reliques de saint Vincent de Soignies, époux de Waudru. L'épidémie cessa. Le miracle fut attribué à sainte Waudru et on décida de répéter la procession tous les ans.

En 1349, sa date est définitivement fixée au dimanche de la Trinité. Les compagnies bourgeoises firent le « Lumechon » de 1356 sur la Grand-Place devant le roi Jean le BonHoverlant, Histoire de Tournai.. La Confrérie « Dieu et Monseigneur Saint-Georges » apparaît en 1376, sous l'impulsion de de Hainaut. Ses statuts sont fixés en 1380. À partir de cette date, cette confrérie participe au cortège. Elle est constituée de membres de la noblesse, du mayeur et des échevins. En 1440, elle inclut à la procession un mystère, reconstitution du combat de saint Georges contre le dragonPremière mention du Jeu de saint Georges dans les comptes du massard.. La popularité de saint Georges dans la région est due à l'interférence de l'histoire du saint avec une légende locale, celle de Gilles de Chin. On prétend en effet que celui-ci tua un monstre dans les marais de Wasmes au . Le dragon serait en fait un crocodile de Libye ou d'Égypte tué par le chevalier lors de la première croisade. vignette|Gravure du montrant le combat de saint Georges et du dragon. Les comptes de 1490 des chanoinesses du chapitre de Sainte-Waudru mentionnent une aide apportée à la confrérie pour des frais se rapportant à la représentation du mystère de la vie de saint Georges. Un dragon figure dans la procession de la Trinité mais est probablement légèrement antérieur. En 1597, le monstre est animé par un seul porteur qui agite sa queue. Une pucelle conduit le monstre avec collet et poignée. Celle-ci disparaît au cours du . Les « Chins-chins », sortes de chevaux-jupons, vêtus d'une étoffe d'ameublement voient leur nombre varier de trois à huit. En 1704, des diables prennent part au combat. Ils sont trois en 1713. Deux hommes sauvages sont signalés en 1723. Douze ans plus tard, la queue du monstre est garnie des crins de cheval qui sont aujourd'hui l'objet de la convoitise de la foule comme porte-bonheur. Le terme « carmesse » se substitue à celui de « procession ».

En 1786, le combat est supprimé à la suite de l'édit des kermesses promulgué par l'empereur d'AutricheE. Hubert, L'Edit de sur les kermesses 11 février 1786, dans Université de Liège, Ouverture des cours le 18 octobre 1921, Liège, 1921, .. Autre vicissitude, les révolutionnaires français suppriment le jeu en 1794. Le Concordat de 1801 rétablit la procession et le combat. Celui-ci sera exclu de la procession en 1819 à la suite des mesures«aucun vêtement extraordinaire, aucune bigarrure, ni aucune représentation inconvenante, qui causent souvent des désordres et du scandale et qui toujours détruisent plus ou moins le respect que le peuple doit porter à ces actes religieux.» prises par le roi des Pays-BasCirculaires hollandaises, 1819, , Culte catholique, processions.. Les acteurs attendent la fin de la procession au chevet de la collégiale et effectuent le combat sur la Grand-Place.

La tradition se maintient durant le et le avec plus ou moins de bonheur. C'est vers 1930, sous l'impulsion du chanoine Edmond Puissant, que la procession reprend de sa vigueur grâce à la création de nouveaux groupes et à un renouvellement des costumes. Entre 1973 et les , le jeu est revu et structuré dans le sens de la diégèse par Georges Raepers, avocat près le barreau de Mons.

En 1957, plusieurs étudiants baptisés de la FPMs (Faculté Polytechnique de Mons) dérobent le dragon dans la nuit qui précède le jour du combat. Celui-ci fut retardé de quelques heures mais eu tout de même lieu. Quelques années plus tard, ces mêmes étudiants ont présenté leurs excuses en s'agenouillant devant l'hôtel de ville.

Déroulement La Ducasse consiste en deux « jeux » : le « Jeu de sainte Waudru » et le « Jeu de saint Georges qui combat un dragon ».

La Ducasse, comme l'appellent les Montois, s'étend sur plusieurs jours. Le samedi avec la descente de la « Châsse de Ste Waudru ». Se poursuit le dimanche avec un cortège « folklorique » en costumes d'époque représentant les métiers, les confréries et les paroisses de la ville. Après le cortège, a lieu le combat dit « Lumeçon ». C'est un simulacre de combat entre St Georges et un Dragon qui terrorisait la région au Moyen Âge. Le lundi est consacré à plusieurs manifestations, braderie, musiques militaires. Le mardi est consacré à des jeux populaires. Et avant 2008, habituellement le mercredi, un petit combat du lumeçon (celui des enfants) avait lieu au Waux-hall (un grand parc public montois). Il se déroule désormais le dimanche sur la grand-place.

Le Jeu de sainte Waudru vignette|Arrivée du Car d'Or sur la Grand-Place. vignette|Remontée du Car d'Or dans la rampe Sainte-Waudru. Le Jeu de Sainte Waudru se compose des actes suivants :

La descente de la châsse de sainte Waudru notre sainte à nous L'infrastructure et les éléments matériels Dans le fond du chœur de la collégiale se trouve le maître-autel. Le chœur est entouré du déambulatoire, suivant l'agencement classique des églises gothiques. La châsse est posée dessus durant toute l'année sur un brancard de bois suspendu à des poulies à la voûte médiane du fond du chœur.

La châsse est un coffre cuivré datant de 1887 réalisé par l'orfèvre liégeois Wilmotte. De style néo-gothique, elle représente un édifice religieux symétrique, dépourvu de chœur, dont l'axe pourrait être implanté au milieu du transept. Sur tout son pourtour sont représentés les apôtres et Jésus, représenté deux fois, en et dans les bras de la Vierge, et la famille que composaient Waudru, Vincent, leurs deux filles, Madelberte et Aldetrude, et leurs fils, Landry et Dentelin. Waudru doit rester tournée vers le public.

La châsse a été ouverte plusieurs fois, selon la procédure de droit canon, qui exige la présence d'un évêque. La dernière cérémonie a donc été présidée par Jean Huard, évêque du diocèse de Tournai, en 1997. Plusieurs linceuls ont été découverts, des parchemins ainsi que des restes de plusieurs femmes que la datation estime au , celui de Waudru.

Un autre reliquaire existe, celui du Chef de sainte Waudru (ici, chef signifie tête), qui la montre en buste, coiffée d'une couronne qui sera garnie de roses rouges offertes par le bourgmestre.

La cérémonie À vingt heures, le samedi de la Trinité, après la messe vespérale et le concert des chorales, la cloche du chœur retentit. Aussitôt, les grandes orgues, timbales et trompettes entonnent le de Purcell, tandis que le bourgmestre et des élus locaux entrent dans la collégiale par les grandes portes de la base de la nef. Ils sont rejoints et suivis par un cortège venant de la sacristie par le collatéral sud, avec dans l'ordre le suisse coiffé d'un bicorne, sa hallebarde posée sur l'épaule ; puis des enfants de chœur portant la croix de Bourgogne, les pages de Roland de Lassus, les chanoinesses en costume de chœur du , les chanoines de Saint-Germain et le clergé de Mons et environs, présidé par son doyen.

Ce dernier invite alors les personnalités à l'accompagner dans le déambulatoire, afin d'assister à la lente descente de la châsse, suspendue toute l'année au-dessus du maître-autel.

Les chœurs chantent le , chant grégorien de louange à sainte Waudru, et des litanies, tandis que le reliquaire descend doucement pour être ensuite fixé sur un brancard. Le doyen encense la châsse et, dans une chapelle voisine, le reliquaire du chef (tête) de la sainte. Le cortège se reforme pour accompagner, par le collatéral puis la nef, les deux reliquaires escortés par les hallebardiers.

Quand les pages de Roland de Lassus ont pris place dans le chœur, et que les chanoinesses et les chanoines de Saint-Germain ont gagné les stalles, les deux reliquaires sont déposés sur des tables à la croisée du transept.

Le doyen lit alors solennellement le panégyrique de sainte Waudru :

« Au grand bailli de Mons, aux échevins, aux magistrats et aux prévôts, à tous les loyaux Montois et gentilles Montoises, à tous les Montois cayaux (= de souche) et à leurs chambourlettes (= invités), salut et bienvenue. Écoutez, bonnes gens, l'admirable histoire de Madame sainte Waudru et de ses reliques glorieuses que nous venons d'exalter : vers l'an de grâce 620, naquit à Cousolre près de Beaumont, Waldetrude, fille de Walbert et de Bertille. Son père, de haute noblesse, administrait les domaines du roi des Francs . Élevée dans la foi, elle eut pour sœur la bienheureuse Aldegonde, fondatrice de l'abbaye de Maubeuge. Mariée à Madelgaire, honoré plus tard sous le nom de saint Vincent de Soignies, elle mit au monde, selon la tradition, quatre enfants : deux filles, Madelberte et Aldetrude, et deux garçons, Landry et Dentelin. Après avoir assumé l'éducation de ses enfants, Waudru, renonçant à son existence aisée, résolut de se retirer du monde pour mener une vie contemplative. Concevant un projet semblable, son mari entra à l'abbaye d'Hautmont avant de s'installer à Soignies. Vers l'an 655, Waudru établit un oratoire dédié à saint Pierre et un ermitage adapté à la vie monastique, ici même à Castrilocus, à mi-pente de la butte sur laquelle s'éleva plus tard la ville de Mons. Rejointe par quelques compagnes, elle mena de longues années durant une vie chrétienne exemplaire, rythmée par la prière, gratifiée d'expériences mystiques et marquée par une bienveillance à l'égard des plus faibles, qu'ils soient démunis, étrangers de passage ou prisonniers. Elle rendit sa belle âme à Dieu vers 688, le , jour qui devint celui de sa fête. Ses reliques furent de tout temps conservées à Mons, d'abord dans l'église Saint-Pierre, puis dans l'église voisine de Notre-Dame, qui prit dès lors le nom de Sainte-Waudru.