vignette|Affiche sur le mur d'une maison de Naplouse en « Cisjordanie » (ou « Judée-Samarie ») : un « combattant » (ou « terroriste ») du Hamas brandit une photo du soldat Gilad Shalit, « prisonnier » (ou « otage »), en comparant son sort à celui des prisonniers palestiniens détenus en Israël. vignette|Graffiti sur le front de mer de Tel Aviv. Le 18 octobre 2011, lorsque le soldat franco-israélien Gilad Shalit a été libéré contre plus de 1 000 prisonniers palestiniens, les Palestiniens ont fêté la libération de « résistants ». Du point de vue israélien, Gilad Shalit était échangé contre des « terroristes », auteurs d'homicides et massacres de Juifs.

La guerre des mots dans le conflit israélo-palestinien fait référence à la guerre médiatique à laquelle se livrent en particulier sur Internet les protagonistes du conflit israélo-palestinien ainsi que les militants et sympathisants pro-israéliens et pro-palestiniens. Elle s'étend également aux mondes académique et culturel où elle alimente de nombreuses polémiques.

Le conflit israélo-palestinien et par extension le conflit israélo-arabe ont .. La guerre des mots y pèse particulièrement depuis la seconde intifada et le développement de l'internet a provoqué une mobilisation populaire. Pour Denis Sieffert , et vise les opinions publiques, dont les empathies sont fortes et diversifiées. Ces dernières sont sujettes à la désinformation, manipulées et instrumentalisées par tous les acteurs impliqués qui au vu des enjeux ..

Pour Rania Massoud, ..

La guerre des mots touche également les mondes académique et culturel. Pour Gilbert Achcar, le .. Si les enjeux des sujets étudiés rendent les biais inévitables, Steven Glazer estime que l'historiographie des événements du conflit ne vise pas à étudier l'histoire en tant que telle mais à « renforcer les revendications palestiniennes ou sionistes ».

Des polémiques complexes où se mêlent faits, propagande et xénophobie sont débattues entre spécialistes, parfois avec virulence et accusations croisées de programme politique. Tandis que le monde arabe est soumis à une censure stricte et que la liberté d'expression n'y est pas de mise, en Israël, de nombreux incidents se produisent et des intellectuels prenant part aux débats subissent dénigrements, surveillances, boycotts, menaces, intimidations, procès, voire, cas extrêmes, appels au meurtre ; l'historien Zeev Sternhell ayant même été la cible d'un attentat. Des incidents se produisent également à l'étranger.

Guerre des mots sur internet et dans les médias La guerre médiatique autour du conflit israélo-palestinien présente une série de caractéristiques précises. Elle en partage certaines avec d'autres conflits médiatiques et d'autres lui sont spécifiques. On note également des différences et des correspondances entre le traitement du conflit dans le monde francophone et dans le monde anglo-saxon..

Enjeu : l'appropriation du récit Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, les participants de la guerre médiatique sont généralement des « militants engagés loin du conflit » et des « réalités du terrain ». Dans leurs controverses, les défaites et les victoires sont avant tout « symboliques et non militaires ». Chaque partie souhaite s'approprier le récit de manière à en « dévoiler la vérité » et éviter de voir altérée « l'image de l'objet soutenu ou aimé ». Cette caractéristique donne à la controverse un caractère interminable car ne pouvant déboucher sur aucune réelle victoire ou renoncement..

Cette situation a pour effet direct d'amplifier les controverses et de radicaliser les débats en présentant des positions tranchées et simplistes, en ne laissant place qu'à deux camps, où « les voix de la nuance ne peuvent se faire entendre ». Chaque camp pratique l'« hyperjustification » de la cause qu'il défend et l'« hypercritique » de la cause adverse et accuse les journalistes de désinformation et parti-pris.

Arguments Un scénario figé vignette|Caricature dénonçant la propagande sioniste.L'œuvre affirme que les Israéliens ont été détruits et blessés par le Hamas lors de l'opération Al-Aqsa Flood le 7 octobre 2023. Selon une étude réalisée par le sociologue des médias Jérôme Bourdon, les arguments avancés par les parties dans les controverses sont récurrents et s'échangent avec « violence et monotonie » en suivant un scénario qui semble figé : chaque argument ou accusation provoquant une réponse ou une réaction prévisibles. Il se questionne sur la « liberté de penser » des protagonistes.. Il recense les sujets (ou scénarios) suivants : la dénonciation d'erreurs, qui est le fait plus généralement des pro-israéliens que des pro-palestiniens ; la condamnation d'une surcouverture médiatique du conflit par les pro-israéliens, alors qu'il en existe de nombreux autres plus meurtriers ; ce à quoi les pro-palestiniens répondent que la « souffrance palestinienne » et l'« agressivité israélienne » ne sont au contraire pas assez couverts et auxquels les pro-israéliens répliquent à leur tour que si un point est sous-représenté, c'est la « corruption » et le « fanatisme » des Palestiniens ; des questions de « symétrie » et d'« asymétrie » tant dans la manière dont les événements sont présentés, que dans la réalité des situations respectives. Les pro-israéliens soulignent qu'Israël est confronté au monde arabe tandis que les pro-palestiniens mettent en avant la faiblesse des Palestiniens face à la puissance militaire israélienne. Dans leurs justifications, les pro-israéliens vont parfois jusqu'à nier l'existence même du peuple palestinien et parlent plutôt des Arabes ; les controverses sur les dénominations, qui sont un sujet classique et qui sont perçues à elles seules comme glorifiant ou condamnant une action ou un fait ; le rejet des tentatives d'explication car elles sont assimilées à des tentatives de justification selon l'idée que « comprendre [serait] pardonner » ; l'usage de comparaisons ou de métaphores, qui sont en général mal vécues côté pro-israélien, comme avec la guerre d'Algérie, le colonialisme, l'apartheid ou le nazisme. Les pro-israéliens avancent généralement la « particularité du conflit » et les pro-palestiniens le « principe universel de justice ».

Plusieurs de ces argumentations sont détaillées dans les sections suivantes et illustrées par des exemples.

Surmédiatisation ? Un des arguments récurrents des protagonistes pro-israéliens de la guerre médiatique est que le conflit israélo-palestinien est surmédiatisé par rapport à tous les autres conflits. Ils y voient une volonté de donner l'image qu'.. Les pro-palestiniens répondent que la surmédiatisation prouve l'« universalité de la cause palestinienne » dont la défense permet d'évaluer le degré de « dignité et de responsabilité » des politiciens.

Les études réalisées pour mesurer la couverture du conflit dans les médias confirment que ce dernier jouit d'une couverture nettement supérieure aux autres. Les journalistes justifient cet état de fait en argumentant que la région est un centre d'intérêts religieux et géopolitique. Jérusalem est un lieu saint dans les trois religions monothéistes et le Moyen-Orient renferme la plus grande réserve de pétrole du monde. Depuis l'émergence du « terrorisme islamiste mondialisé », l'enlisement du conflit israélo-palestinien est également mis en avant comme une cause possible de « rancœur arabe/islamique contre l'Occident ».

Une autre raison à cette surmédiatisation comparée à la couverture des conflits , syrien, ou même ukrainien est l'accessibilité du conflit, car les autorités palestiniennes laissent les journalistes travailler sur le terrain.. Arnaud Mercier relève de plus que les correspondants étrangers habitent en Israël, où ils ressentent émotionnellement chaque attentat palestinienArnaud Mercier, ..

Dissymétries et « doubles standards » vignette|right|Caricature du militant pro-palestinien Carlos Latuff réalisée à la suite d'une opération militaire israélienne à Gaza en 2008-2009.Pro-Israéliens et pro-palestiniens se disputent sur les « doubles standards » autour du conflit. Dans la case de gauche, on lit : . La neutralité journalistique demande généralement de traiter de façon égale les arguments de tous les camps en présence et de donner tous les points de vue. Selon Jérôme Bourdon, si on pousse cette logique à l'extrême, on quitte toutefois le domaine du « reportage » et on risque de présenter « une addition de points de vue opposés qui [n'apportent aucun éclairage aux spectateurs ou aux lecteurs] »..

La symétrie à donner au conflit israélo-palestinien et la manière de l'évaluer sont des éléments qui séparent pro-israéliens et pro-palestiniens. Dans le contexte français, les pro-israéliens réclament pour chaque camp un rétablissement de la symétrie car ils estiment la présentation des faits généralement à l'avantage des Palestiniens. Ils réclament ainsi qu'on présente autant d'arguments et d'informations venant de sources israéliennes et autant de reportages sur la souffrance israélienne que sur la souffrance palestinienne. Les pro-palestiniens réfutent ce qu'ils dénomment une « fausse symétrie ». Selon eux, et produirait l'illusion d'un « partage des responsabilités ». Jérôme Bourdon estime que ces approches sont inconciliables car chaque partie se défend d'un « souci de justice » qui pour les uns réside dans une symétrie dans le traitement des points de vue et qui pour les autres consiste à ne pas perdre de vue le statut de victimes des Palestiniens et d'agresseurs des Israéliens.

Plusieurs publications scientifiques proposent des études statistiques sur les dissymétries éventuelles dans le traitement du conflit par les médias. Elles n'ont pas mis en évidence des déséquilibres nets mais soulignent plutôt la difficulté de réaliser ces études. Les résultats dépendent en effet de la période et de la durée prise en compte, de la manière de mesurer une dissymétrie qui n'est pas claire car des médias peuvent légitimement prendre parti, et enfin de « la réalité elle-même [qui] donne un point de vue sur le conflit » sans que les journalistes aient à en proposer d'interprétation et sans pouvoir non plus l'occulter pour conserver une symétrie apparente.

« Champs de bataille » Les vecteurs de la guerre médiatique autour du conflit israélo-palestinien sont les sites web, certaines émissions télévisuelles de débats, comme Arrêt sur images, les rubriques de courrier des lecteurs (dont les tribunes libres) et les courriels de protestation.. Divers commentateurs et protagonistes se livrent également un combat par ouvrages interposés. L'Assemblée générale de l'ONU a pendant de nombreuses années été une arène entre les protagonistes du conflit.

Internet vignette|L'internet est devenu le vecteur principal de la guerre médiatique autour du conflit israélo-palestinien. Parmi ceux-ci, l'internet a contribué à une mobilisation « sans précédent » dans la « mise en accusation des médias ». De nombreux sites web se consacrent de manière très spécifique à la surveillance ou au monitoring des médias dans le contexte du conflit, comme Desinfos.com (pro-israélien) ou Vigie Média Palestine (pro-palestinien), ou de manière plus généraliste dans un contexte « communautaire », des sites comme Oumma.com ou CRIF.