Le Parti libéral du Québec (PLQ) est un parti politique québécois œuvrant sur la scène provinciale. Présent depuis la création de la fédération canadienne en 1867, il est le plus ancien parti politique québécois étant toujours en activité. Le pouvoir lui est revenu dans une alternance qui l'opposa successivement au Parti conservateur du Québec, à l'Union nationale, au Parti québécois. Il forme présentement l'opposition officielle face au gouvernement formé par la Coalition avenir Québec. Son chef actuel est Charles Milliard.
Depuis la défaite référendaire de 1995, le Parti libéral provincial a adopté une posture de fédéralisme inconditionnel, optant sous chacun des chefs pour le maintien du Québec dans la fédération canadienne. Il s'oppose à l'indépendance du Québec proposée par le référendum québécois de 1980 et celui de 1995 et appuie la réforme de la constitution canadienne lors du référendum québécois sur l'accord de Charlottetown de 1992.
Sous Robert Bourassa, les libéraux se sont d'abord opposés au multiculturalisme canadien, en proposant plutôt l'interculturalisme, modèle d'intégration qui figure encore aujourd'hui parmi les points de son programme. Or, depuis le début des années 2000 et notamment sous Charest et Couillard, le PLQ a adopté une orientation idéologique considérée par certains analystes comme étant proche du multiculturalisme canadien, un modèle d'intégration entériné en 2019 par le président de la commission des communautés culturelles du PLQ. En outre, le Parti libéral du Québec obtient depuis 2018 l'essentiel de ses votes dans des circonscriptions urbaines à forte concentration d'électeurs non-francophones. Pour ces raisons, le Parti libéral provincial est parfois considéré par certains observateurs comme étant un parti centré sur la défense des intérêts des non-francophones, ayant eu besoin au cours des élections récentes du vote des anglophones et des immigrants pour faire élire ses députés.
En outre, bien que le Parti libéral du Québec est parfois perçu comme étant la succursale du Parti libéral du Canada par certains analystes, notamment le chef Charles Milliard lui-même, le parti libéral provincial n'est plus affilié de façon officielle au parti libéral fédéral depuis 1955. Cependant, le soutien indéfectible du PLQ à l'option fédéraliste ne l'a pas empêché, au cours de son histoire, de s'opposer à plusieurs occasions à une vision parfois trop centralisatrice qu'a pu avoir le gouvernement canadien.
Histoire Origines et débuts Le Parti libéral prend ses origines dans le Parti patriote, qui appuyait la Rébellion des Patriotes de 1837-1838 au Bas-Canada, puis dans le Parti rouge qui militait pour le gouvernement responsable et contre l'autorité de l'Église catholique dans la colonie britannique du Canada-Uni.
Au fil de l'histoire, le positionnement idéologique du Parti libéral du Québec a relativement évolué. Durant les premières décennies de la fédération canadienne, le Parti libéral tente de s'inscrire dans la lignée des whigs et des libéraux britanniques et de se défaire d'une image radicale et anticléricale héritée de son ancêtre, le Parti rouge...
Après l'indépendance du Dominion du Canada en 1867, les libéraux sont en opposition aux conservateurs pour près de , à l'exception d'une période de en 1878-1879 quand il y a un gouvernement minoritaire libéral. Toutefois, la situation change en 1885 lorsque le gouvernement conservateur fédéral exécute Louis Riel, le chef des Métis francophone dans l'Ouest canadien. Cette décision est extrêmement impopulaire au Québec. Honoré Mercier profite de cette vague de mécontentement pour décrocher le pouvoir en 1887.Le gouvernement de Honoré Mercier est l'occasion d'une affirmation autonomiste face au gouvernement fédéral et d'une éphémère alliance avec des députés conservateurs sous les traits du Parti national. Le gouvernement Mercier succombe toutefois à un scandale en 1891. Il est subséquemment acquitté des accusations, mais les conservateurs conservent néanmoins le pouvoir jusqu'en 1897.
Domination vignette|Gouvernement Gouin en 1905. Les libéraux, avec à leur tête le progressiste Félix-Gabriel Marchand, remportent l'élection de 1897, et se maintiennent au pouvoir sans interruption pendant les suivantes; les conservateurs ne sont jamais revenus au pouvoir au Québec. Cette situation reflète celle à Ottawa, où l'arrivée de Wilfrid Laurier à la tête du pays dans l'élection de 1896 marque le début de la longue domination des libéraux sur la scène fédérale. Comme premiers ministres importants de cette période, mentionnons Lomer Gouin et Louis-Alexandre Taschereau.
Alors que le Parti libéral règne sur le Québec sans interruption entre 1897 et 1936, il défend « un programme libéral classique axé sur le développement économique. ».
Toutefois, en 1935, les conservateurs ont un nouveau chef ambitieux : Maurice Duplessis. Duplessis fusionne son parti avec des ex-libéraux dissidents qui avaient formé l'Action libérale nationale. Duplessis mène le nouveau parti, l'Union nationale, au pouvoir en 1936. Les libéraux reprennent le pouvoir dans l'élection de 1939, mais sont de nouveau battus lors de l'élection de 1944. Ils demeureront dans l'opposition jusqu'à la mort de Duplessis, soit pendant .
De la Révolution tranquille aux référendums
vignette|Statue de Jean Lesage, chef du parti et premier ministre dans les années 1960. Sous Jean Lesage, le parti remporte une élection historique en 1960, mettant un terme à un règne sans interruption de seize ans de l'Union nationale. C'est le début de la Révolution tranquille, qui modifie en profondeur la société québécoise. Sous le slogan Maîtres chez nous, le gouvernement du Québec entreprend plusieurs initiatives majeures, dont :
la nationalisation de l'industrie hydro-électrique à travers l'expansion de Hydro-Québec — cette initiative majeure du gouvernement est menée par le ministre des Ressources naturelles, René Lévesque ; la création de la régie des rentes du Québec, distinct du Régime de pensions du Canada qui existe dans toutes les autres provinces ; la création d'un ministère de l'Éducation, enlevant la responsabilité des écoles à l'Église catholique ; des pressions sur le gouvernement fédéral pour qu'il renégocie les relations fédérales-provinciales.
Après avoir conservé le pouvoir en 1962, le Parti libéral retourne sur les bancs de l'opposition en 1966, quand l'Union nationale dirigée par Daniel Johnson gagne cette élection.
Sous Jean Lesage, les libéraux donnent naissance à une aile nationaliste. Vers la fin de la décennie 1960, certains libéraux, incluant le ministre René Lévesque, quittent le parti pour se joindre au mouvement souverainiste du Québec et participent à la fondation du Parti québécois, dirigé par Lévesque.
Les relations entre le Parti libéral du Québec et son homologue fédéral, le Parti libéral du Canada, s'enveniment sous Lesage, et davantage sous Robert Bourassa. Déjà, en 1955 le PLQ mettait fin à son affiliation au PLC, et à plusieurs moments depuis, les relations entre les deux partis ont été extrêmement tendues. Comme premier ministre, Bourassa fait adopter la Loi 22 qui fait du français la langue officielle au Québec, et fait pression sur le premier ministre fédéral Pierre Elliott Trudeau pour obtenir des concessions constitutionnelles. Son gouvernement est également embarrassé par plusieurs scandales. Bourassa renonce à la direction du parti après sa défaite aux mains du Parti québécois de René Lévesque dans l'élection de 1976. Bourassa est remplacé à la tête du Parti libéral par Claude Ryan, l'ancien éditeur du quotidien montréalais Le Devoir. Ryan mène à bien la campagne fédéraliste durant le référendum de 1980 sur la souveraineté-association, mais perd ensuite l'élection de 1981 aux mains du PQ. Il démissionne de son poste de chef du Parti libéral, pavant la voie au retour de Robert Bourassa qui fut élu au Colisée de Québec en . vignette|gauche|Robert Bourassa, premier ministre libéral du Québec, dont il a négocié le statut avec le Canada. vignette|180px|Pancarte du « Non » au référendum québécois de 1995, option pour laquelle le Parti libéral du Québec fait campagne. Réélu à la tête du Québec lors des élections de décembre 1985, Bourassa réussit à convaincre le gouvernement fédéral progressiste-conservateur de Brian Mulroney de reconnaître le Québec comme une société distincte et cherche à obtenir plus de pouvoirs pour le Québec et les autres provinces. Ceci a pour résultat l'Accord du lac Meech et l'Accord de Charlottetown. Ces deux propositions ne sont toutefois pas ratifiées. Bien que nationaliste, Bourassa est toujours demeuré opposé à l'indépendance du Québec. Réélu en 1989, Bourassa cède les rênes du Parti libéral et du gouvernement en 1993 : Daniel Johnson lui succède alors comme chef libéral et premier ministre mais il ne demeure en poste que quelques mois ; le gouvernement libéral est défait par le Parti québécois de Jacques Parizeau aux élections de 1994. En 1990, après l'échec de l'Accord du lac Meech et dans la foulée du rejet par le gouvernement Bourassa du rapport Allaire, plusieurs membres nationalistes du Parti libéral, menés par Jean Allaire et Mario Dumont, et incluant plusieurs de l'aile jeunesse du parti, quittent le PLQ pour former l'Action démocratique du Québec. Tout comme en 1980, le PLQ fait campagne pour le NON durant le référendum de 1995 sur la souveraineté, qu'il remporte in extremis.
Ère Charest
vignette|Jean Charest, avec qui le Parti libéral du Québec revient au pouvoir en 2003. Aux élections du , les libéraux sont à nouveau portés au pouvoir et forment le gouvernement du Québec sous la direction du premier ministre Jean Charest. À mi-mandat, les sondages indiquent que le gouvernement de Jean Charest fait face aux plus hauts taux d'insatisfaction jamais enregistrés pour un gouvernement au Québec.
Des propositions fortement controversées de réforme de l'éducation, des politiques syndicales et sociales, une maladresse continuelle dans la communication des politiques et décisions du gouvernement, ainsi que d'autres facteurs donnent pendant longtemps au Parti québécois l'espoir de remporter les prochaines élections du . Cependant, la chute dans les sondages de ce dernier ( de à ), entre autres due à l'apparition du parti Québec solidaire, replace pour la première fois depuis longtemps le Parti libéral du Québec en première position dans les intentions de vote. Cette glissade du PQ peut être aussi attribuée au leadership maintes fois contesté d'André Boisclair. Lors de l'élection générale de 2007, le PLQ devient néanmoins minoritaire, l'Action démocratique du Québec fait une percée historique et le Parti québécois est relégué au troisième rang en termes d'appuis populaires.
De son élection en aux élections de 2007, le gouvernement libéral a fait face à de nombreuses critiques de la part des centrales syndicales, telles la FTQ ou la CSN, des organismes de défense des droits sociaux ainsi que du mouvement étudiant québécois. La « réingénierie » de l'État, telle qu'annoncée par le premier ministre Jean Charest serait, selon eux, la première étape vers la réduction du rôle et de la taille de l'État. Ils dénoncent fortement la remise en cause du modèle québécois développé au cours des années 1960. Mais c'est la loi 31 sur le code du travail, qui autorisait, entre autres, la sous-traitance dans les institutions publiques, qui causa le plus grand émoi dans le milieu syndical.