L'histoire du Sri Lanka s'insère dans l'histoire plus large du monde indien et remonte à des millénaires.
Notes sur les sources Textes religieux
Écrits bouddhistes
L'histoire actuelle du Sri Lanka est entièrement basée sur les chroniques bouddhistes cingalaise, en langue cingalaise indo-européenne. Contrairement à l'Inde, où la tradition historique est peu répandue, le Sri Lanka dispose de plusieurs chroniques historiques. Elles permettent même parfois d'éclairer l'histoire de l'Inde.
Trois chroniques couvrent l'histoire de l'île : le Dipavamsa (« généalogie de l'île »), le Mahavamsa (« grande généalogie »), compilée par Mahanama, le Culavamsa (« dernière généalogie »), reprenant l'histoire de l'île au , date où s'arrêtaient les chroniques précédentes, jusqu'à la conquête britannique.
Ces chroniques, mêlant certains épisodes légendaires aux faits historiques, sont considérées par les chercheurs comme des sources moyennement fiables et moins rigoureuses que les chroniques chinoises. Le sinologue Otto Frank et l'orientaliste allemand Wilhelm Geiger ont ouvertement douté de l'exactitude historique du Mahavamsa, malgré le fait que bon nombre de faits cités ont pu être prouvés. De plus l'étudiant cingalais de Geiger, G.C Mendis relève aussi plusieurs erreurs historiques notamment sur l'arrivée du prince Vijaya sur l'île en précisant que les auteurs du Mahavamsa ont fait en sorte que la date d'arrivée coïncident avec la date de décès de Gautama Buddha, Mendis émet également des doutes sur les prétendues trois visites du Bouddha au Sri Lanka qui sont citées uniquement par le Mahavamsa et le tout sans preuve.
De plus, elles sont très orientées, et très critiques envers les musulmans, les Tamouls hindouistes, les Maures, mais aussi les Cingalais bouddhistes Mahayana (tels que le roi Mahasena) ou les bouddhistes Hinayana. Ceux qui écrivaient ces textes étaient des moines bouddhistes TheravādaKemper, Steven (1992). The Presence of the Past: Chronicles, Politics, and Culture in Sinhala Life (1st ed.). Ithaca, NY: Cornell University Press. pp. 33. ..
Écrits hindouistes
Dans quelques textes provenant des Tamouls de l'Inde, tels que les chroniques légendaires du Ramayana, plusieurs mentions du Pays de l'Eelam, Eelam Nadu, sont à noter. Par exemple, le pont d'Adam, aujourd'hui un archipel d'îlots entre l'Inde et le Sri Lanka, aurait été créé par Rāma, le septième avatar de l'un des 3 dieux suprêmes de l'hindouisme, le dieu Vishnou, avec l'aide du dieu-singe à Hanumān.
Contexte politique L'antériorité de l'arrivée des Cingalais ou des Tamouls au Sri Lanka est l'objet d'âpres polémiques, car le conflit ethnique entre les deux communautés qui a entraîné la guerre civile des années 1980 et 2010 divise les experts.
Si la présence des Veddas semble remonter à la protohistoireBrenda et Charles Seligman (dir.), The Veddas, Navrang publ., New Delhi 1993 (rééd. de Cambridge 1911), 463 p., , et est acquis à la communauté internationale, celle de la primauté sur l'île est toujours un sujet sensible. La plupart des Vedda parlent une langue propre dont la classification est débattue entre langue indépendante ou créole cinghalais. Les Veddas parlent un dialecte cingalais dans les régions majoritairement cingalaises et tamouls dans les régions majoritairement tamouls.
Nous savons que les cingalais sont arrivés vers l'an -543, en provenance du nord de l'Inde, avec le premier roi cingalais, le Prince Vijaya. Les diverses théories sont : Les tamouls sont arrivés plus tard, avec les invasions indiennes de la dynastie Chola dans les années -300. Les tamouls sont arrivés encore plus tard, avec les invasions indiennes de l'empire Pandya dans les années 800. Les Tamouls ont toujours vécu dans le sud du continent indien, et le territoire du Sri Lanka était entièrement tamoul avant l'arrivée du Prince Vijaya. Cependant, une étude génétique réalisé en 2023 a révélé qu'il y a une trace d'affiliation de l'Inde du Nord à la population cinghalaise et une ascendance génétique commune profondément enracinée avec les Maratha, ce qui vient crédibiliser la théorie émise par les Tamouls comme quoi les Cingalais sont arrivés sur l'île après les Tamouls.
Sur la chronologie La chronologie de la liste ci-dessous est basée sur le système traditionnel sri lankais, lui-même basé sur le Calendrier bouddhiste, celui-ci commence à partir de l'an 543 ou 544
De plus, ce calendrier étant luni-solaire, les mois durent 29 à , ce qui revient à une année à , en opposition avec les calendriers solaires contenant . Pour corriger ce décalage, ce calendrier rajoute tous les , et de tous les Eade 1995: 15.
En raison de ces différences de calendrier, beaucoup de dates ne sont pas précises avant 1548, date où les événements sont enregistrés et synchronisés par les colons du Ceylan portugais.
Étymologie Taprobane Le monde hellénistique connaissait les richesses de l'île de Taprobanè, probable déformation d'un mot Prâkrit, Tamraparni, qui désigna une rivière d'une région riche en perle dans le sud de l'Inde. On retrouve dans le mot Tamraparni la racine sanscrite Tamara, qui désigne une variété de Lotus rouges; qui se dit en tamoul Tamarasam.
Serendip Les commerçants arabes, qui prennent le relais et maîtrisent les échanges entre la Méditerranée et le monde indien jusqu'à l'arrivée des Portugais, la connaissent comme « Serendip » — dérivé depuis le nom sanskrit Sinhala-dweepa — qui est la racine du mot anglais « serendipity », ou en français « sérendipité », signifiant découverte heureuse faite par hasard. C'est de cette implantation et de sa descendance que provient la population musulmane (7 %).
Ceylan Au , les Arabes nommait l'île Saheelan. Au , les colons portugais nommaient l'île Ceylaõ. Sous la colonisation néerlandaise, c'était Zeylan.
Préhistoire
vignette|Entrée de la grotte de Fa Hien Au cours du dernier million d'années, le Sri Lanka a été connecté au sous-continent indien durant les périodes glaciaires du Pléistocène, lorsque le niveau de la mer était plus bas qu'actuellement, la dernière séparation s'étant produite durant l'Holocène, il y a environ . Pour cette raison, il est impossible de considérer la préhistoire sri-lankaise séparément de celle de l'Inde. Les premières traces d'activités d'hominidés au Sri Lanka datent d'il y a , à plus de ..
Paléolithique Il existe des vestiges datés de plus de 300 000 ans autour du village .
En , des fouilles menées par l'Institut Max Planck allemand, l'université Griffith australienne et le Ministère de l'archéologie sri-lankais ont montré que les occupants de la grotte de Fa Hien avaient développé une technologie d'arc et de flèche vers . Il s'agit de la plus ancienne preuve connue de cette technologie en dehors de l'Afrique.
Les premières colonies d'humains anatomiquement modernes remontent à A. S. Fernando, A. Wanninayaka, D. Dewage , The mitochondrial genomes of two Pre-historic Hunter Gatherers in Sri Lanka, Journal of Human Genetics, 30 novembre 2022, doi.org/10.1038/s10038-022-01099-w..
Mésolithique et Néolithique Un squelette humain trouvé à Godavaya, dans le district d'Hambantota, provisoirement daté de 5000 à , était accompagné d'outils en os et en pierre.
Pendant l'Âge du fer (de 1000 à ), le Sri Lanka semblait partager la même culture que le Sud de l'Inde, au travers des sépultures mégalithiques, la poterie, la technologie du fer, les techniques agricoles et les gravures rupestres.
Une grande implantation semble avoir été fondée avant sur le site d'Anurâdhapura, où des signes d'une culture de l'Âge du fer ont été trouvés. La taille de la colonie était d'environ 15 hectares à cette date, mais elle s'est étendue à 50 hectares, pour atteindre la taille d'une ville en quelques siècles. Un site similaire a été découvert à Aligala et à Sigirîya.
Protohistoire Avant l'Histoire, il y avait l'épopée. C'est de l'Inde que viennent les premiers récits mythiques qui laissent entrevoir la protohistoire du Sri Lanka. Réunis dans le Râmâyana, ces récits évoquent les premiers affrontements entre Indiens et Ceylanais au cours du Ier millénaire avant notre ère.
Un roi de Lanka, Ravana, régnait sur les Rakshasas (« démons ») tout en tentant de soumettre les sauvages Yakshas (« génies chthoniens »). Un de ses neveux, Lavana, avait envahi le pays de Madurai et Ravana avait, lui-même, enlevé une princesse aryenne, la fidèle Sītā, épouse du prince Rāma. Celui-ci, aidé par le roi des Vanaras (« singes »), Hanumān, décida une expédition contre les habitants de l'île de Ceylan. Il franchit le détroit sur la chaussée d'Hanuman construite par les sujets du Roi-singe. Rāma vainquit Ravana, le tua, retrouva Sītā et rentra en Inde où il célébra sa victoire à Ramashvaram. Cette Iliade de source indo-aryenne présente une version anti-ceylanaise des oppositions tribales de la protohistoire ; expéditions de pillage de part et d'autre; rapts de femmes; antagonismes ethniques et préjugés raciaux.
Il est facile d'interpréter cette histoire : le héros, Rāma, est un conquérant indo-aryen, représentant les envahisseurs indo-européens du second millénaire avant notre ère. Ravana et ses « démons » sont les ennemis ceylanais au teint sombre, de même qu'Hanuman représente les Dravidiens mélanodermes ralliés à la cause aryenne. Les Yakshs correspondent aux aborigènes, chasseurs-cueilleurs des forêts de Ceylan, dont se réclament les Vedda., une ethnie qui ne compte plus aujourd'hui que . Le Râmâyana reste populaire en Inde comme chez les Tamouls de Ceylan : il évoque plus de deux millénaires de cohabitation entrecoupée d'hostilités.
Antiquité (-543 à -377) Immigration Indo-aryenne
L'histoire de Ceylan commence selon les chroniques tamoules, au L'île est alors envahie par des tribus aryennes venues du nord de l'Inde, de la plaine du Gange, sous la conduite d'un prince guerrier, le Prince Vijaya. Vijaya signifie Victoire en sanskrit, et est sûrement un surnom légendaire conféré à posteriori. C'était le roi du Magadha, au Nord-Est de l'Inde, qui portant le nom de Sinha-bahu. Les chroniques racontent que 700 guerriers et leurs familles ont suivi Vijaya.
Le nom de cet ancêtre est à l'origine du nom de la première dynastie, les Sinhala (Sinha : Lion et La : Tueur; Tueur de Lion). De ce nom procèdent les approximations occidentales : sinhalese en anglais, ou cingalais en français. Le lion est alors l'animal héraldique du Sri Lanka.
Premiers royaumes
Le Prince Vijaya fonde le premier royaume connu du Sri Lanka, le royaume de Tambapanni. Cette capitale est dans un site aujourd'hui inconnu. Néanmoins, les chroniques du Mahavamsa sont assez claires sur la transmission du pouvoir, qui passe à sa mort à l'un de ses vassaux et ministre en chef de son gouvernement, .
Upatissa déplace sa capitale et fonde ainsi le royaume d'Upatissa Nuwara qui va tenir un siècle (1220-1345).
Moyen Âge Royaume d'Anuradhapura (-327 à 1017)
Anuradhapura est fondée en -377, par un roi fidèle aux traditions astrologiques indo-aryennes. Il donne à la nouvelle cité le nom de l'étoile Anuradha, la constellation du Scorpion. Cette ville va présider l'histoire cingalaise pendant près d'un millénaire.