Dietrich Bonhoeffer (), né le à Breslau (devenu Wrocław en Pologne), et exécuté le au camp de concentration de Flossenbürg, en Bavière, est un pasteur luthérien, théologien, essayiste et résistant allemand au nazisme, membre influent de l'Église confessante.
Dès le mois d'avril 1933, il prend publiquement position contre la persécution des Juifs et s'engage dans la lutte contre le paragraphe aryen, puis rejoint la résistance allemande. Il est interdit de parole en 1940 et d'écriture en 1941. En , il est arrêté et, deux ans plus tard, sur ordre exprès d'Adolf Hitler, il est exécuté au moment même où s'effondre le régime nazi.
En tant que théologien indépendant, Bonhoeffer a souligné la présence du Christ au centre de la communauté mondiale des Chrétiens, l'importance du Sermon sur la montagne et la nécessité d'accorder sa foi et son action. Dans ses Lettres de prison, il développe ses idées pour une orientation de l'Église vers l'extérieur, en solidarité avec les plus démunis, et pour une interprétation de la Bible qui ne se limite pas au domaine religieux.
Biographie Enfance et jeunesse (1906-1923)
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En 1912, la famille s'installe à Berlin où le père a accepté un appel à l'université Humboldt. Selon les récits de sa sœur, Dietrich commence, vers la fin de la Première Guerre mondiale, à se poser des questions sur la mort et l'éternité, problèmes qui le tourmentent après la mort de son frère aîné, Walter, le deuxième enfant de la famille, tué au front en , ce qui a accablé sa mèreEberhard Bethge : Dietrich Bonhoeffer. Eine Biographie. Munich 1978, ..
Encore élève, Dietrich Bonhoeffer lit les discours de Schleiermacher sur la religion, les lettres de Friedrich Naumann sur la religion, et il s'intéresse à l'histoire de l'Église. En classe terminale, il choisit l'hébreu comme matière à option, indiquant comme choix de carrière la théologie protestante. Sa famille s'en étonne mais le soutient dans son projet. En 1923, à 17 ans, il réussit son Abitur au Grunewald-Gymnasium de Berlin où il côtoie Marion Yorck von Wartenburg.
Études et formation (1923-1930) Dietrich Bonhoeffer commence à étudier la théologie à l'université Eberhard Karl de Tübingen, assistant en outre à des conférences de philosophie. Il rejoint la corporation universitaire Igel de Tübingen (die Akademische Verbindung Igel Tübingen).
Après un séjour à Rome pour ses études en 1924, Dietrich Bonhoeffer revient à Berlin. Il y découvre la théologie de Karl Barth qui compta, avec Adolf von Harnack, parmi ses maîtres. À l'âge de 21 ans, il obtient en 1927 à Berlin son diplôme summa cum laude, avec la thèse qu'il avait préparée pendant ses études : Sanctorum Communio (« La communion des saints »). Outre Barth, cette réflexion théologique et sociologique montre l'influence de Hegel, de Max Weber et d'Ernst TroeltschJean-Loup Seban, Dietrich Bonhoeffer, dans : Routledge Encyclopedia of Philosophy, , Londres / New York 1998.. En , il passe son premier examen de théologie devant le Consistoire de la province ecclésiastique de Berlin-Brandebourg, appartenant à l'Église protestante de l'Union vieille-prussienne.
En 1928, il devient vicaire à l'Église protestante en Allemagne de Barcelone et, en 1929, assistant à l'université de Berlin, où, à l'âge de 24 ans, il obtient son habilitation avec la thèse Akt und Sein sur la philosophie transcendantale et l'ontologie en théologie systématique. En 1930, il passe son deuxième examen de théologie. Il n'avait pas encore atteint l'âge minimal de 25 ans requis pour l'ordination.
Il passe une année comme boursier à l'Union Theological Seminary de New York. Durant son séjour, il rencontre Frank Fisher, un séminariste afro-américain qui l’invite à l'Église baptiste abyssinienne d’Harlem Jacob Alan Cook, Worldview Theory, Whiteness, and the Future of Evangelical Faith, Bloomsbury Publishing, UK, 2021, p. 253-254. Il entend Adam Clayton Powell Sr. prêcher la justice sociale et devient sensible aux injustices subies par les minorités raciales et ethniques aux États-Unis, ainsi qu'à l'incompétence des Églises blanches à promouvoir l'intégration raciale. Après quelques semaines, il enseigne à l'école du dimanche pour les enfants. Il se lie également d'amitié avec un condisciple français, Jean Lasserre malgré l'amertume qu'il entretenait au sujet du traité de Versailles.
Résistance au nazisme right|thumb|Dietrich Bonhoeffer en 1932 avec des écoliers. À partir des années 1932-1933, Bonhoeffer s'éloigne de plus en plus de la carrière universitaire, se consacrant plutôt à son activité pastorale. Son parcours coïncide avec l'ascension d'Adolf Hitler et le succès du nazisme qui devient l'idéologie dominante en Allemagne. Bonhoeffer part alors pour Londres, où il est pasteur de 1933 à 1935. Après son retour en Allemagne, il rejoint l'Église confessante. Dans ce cadre, il s'oppose activement à l'idéologie nazie, car il voit en elle une menace pour les Chrétiens, pour les Allemands et pour toute l'humanité. Ses prêches sont généralement pacifistes : il appelle les croyants à la résistance et alerte ses fidèles sur l'ampleur des menaces que le nazisme représente. Ainsi, dès 1934, lors d'une rencontre œcuménique de jeunes protestants au Danemark, il souligne la menace de guerre que représente le pouvoir d'Hitler et préconise l'objection de conscience. De même, le , les Églises allemandes de Londres se détachent du gouvernement des Églises du Reich grâce à l'intervention de Bonhoeffer.
Ses prises de position ne sont pas longtemps ignorées du régime nazi et rapidement (en 1935) ses droits d'enseigner lui sont retirés. Il constitue alors dans la semi-clandestinité un séminaire, dans la localité de Finkenwalde (devenu Zdroje), un quartier de Stettin (devenu Szczecin). Cette communauté est en complète opposition avec les dirigeants de l'Église luthérienne d'Allemagne, qui soutiennent en grande partie le régime hitlérien. Bonhoeffer ne désire pas seulement pouvoir citer librement les paroles de l'Évangile, mais il est également prêt à risquer sa vie en s'opposant à Hitler et en aidant les Juifs dans leur fuite. Il affirme ainsi que , et postule le .
Son organisation est dissoute par la Gestapo en 1937 mais il reprend son activité illégalement dans les environs de Koszalin ; elle se termine en 1940 par l'arrestation de plusieurs de ses participants. En 1938, il prend des contacts avec des officiers allemands opposés au nazisme, maintenant un contact permanent avec les Églises protestantes à l'étranger. Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, durant le printemps 1939, il se rend en Angleterre, où il a un entretien avec l'évêque de Chichester George Bell, puis aux États-Unis, d'où il revient en 1940. Malgré l'interdiction qui lui est faite de publier, d'enseigner et de prêcher, il noue des contacts étroits avec l'amiral Wilhelm Canaris, chef de l'Abwehr (service de renseignements de l'état-major allemand). Grâce à lui, il obtient des papiers qui lui permettent dans une certaine mesure d'être protégé contre la Gestapo, ainsi que de se déplacer relativement facilement en Allemagne et à l'étranger. Durant l'un de ses voyages à Stockholm, il rencontre à nouveau George Bell, par l'intermédiaire duquel il transmet aux Britanniques des preuves de l'extermination des Juifs par les nazis; il lui demande également de l'aide (au nom du groupe de conspirateurs dont font partie entre autres le général Hans Oster et Ludwig Beck) pour éliminer Hitler. Les Britanniques prennent cependant ces demandes pour l'œuvre d'un agent provocateur et ne donnent pas suite.
Arrestation vignette|Dietrich Bonhoeffer (au centre) parmi les dix Martyrs de l'abbaye de Westminster. En , il se fiance avec Maria von Wedemayer. Le de la même année, il est arrêté sous l'inculpation de "démoralisation des troupes" (traduction sémantique de ou ), en l'absence de preuves concrètes de sa participation au complot contre Hitler. L'influence de Wilhelm Canaris n'est pas suffisante pour permettre sa libération mais permet toutefois son transfert des prisons de la Gestapo vers une prison relativement moins sévère à Berlin, où il peut écrire de nombreux textes, recueillis après guerre dans l'ouvrage intitulé (« Résistance et soumission »).
Dietrich Bonhoeffer n'accepte pas la possibilité d'évasion qui lui est proposée et, après l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler et la découverte des conjurés (parmi lesquels Wilhelm Canaris et ses collaborateurs ainsi que Dietrich Bonhoeffer lui-même), il est à nouveau transféré en octobre 1944 dans les prisons de la Gestapo, puis déporté au camp de concentration de Buchenwald. Même à l'approche de la défaite finale, Hitler ne l'oublie pas : le , Dietrich Bonhoeffer ainsi que l'amiral Canaris et le général Oster sont conduits devant la cour martiale, jugés coupables et condamnés à la pendaison dans le camp de concentration de Flossenbürg.
Dietrich Bonhoeffer est pendu à l'aube du .
D'autre part, son beau-frère Hans von Dohnányi est également exécuté le dans l'enceinte du camp de Sachsenhausen. Le , c'est au tour de Klaus Bonhoeffer, de Rüdiger Schleicher, de Friedrich Justus Perels de subir le même sort à Berlin en compagnie d'autres détenus.
Postérité vignette|Karl Biedermann, Monument pour Dietrich Bonhoeffer devant l'église de Sion (Berlin). vignette|redresse|Statue de Bonhoeffer à Hambourg. Les pensées de Dietrich Bonhoeffer et ses réflexions sur le « christianisme sans religiosité », qu'accentue encore son martyre, eurent un impact prépondérant sur la théologie protestante d'après-guerre au Royaume-Uni et aux États-Unis« Bonhœffer surfait ? », article d'André Gounelle, Le Protestant, février 2006.. Bonhoeffer a également fait l'objet de thèses et d'ouvrages chez des théologiens protestants comme André Dumas ou catholiques, parmi lesquels Italo Mancini et Gerhard Ludwig Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Dietrich Bonhoeffer fait partie des dix Martyrs de l'abbaye de Westminster et est représenté parmi les martyrs de la cathédrale anglicane de St Albans..
Œuvres
Une grande partie des œuvres publiées de Bonhoeffer a été compilée après sa mort à partir de divers documents. La nouvelle édition (DBW) permet un accès étendu à ces sources et à leur origine.
En français Lettres de fiançailles à Maria von Wedemeyer, Labor et Fides De la vie communautaire, suivi du Livre de prières de la Bible, Labor et Fides, Éthique, Labor et Fides, La Nature de l'Église, Labor et Fides, La Parole de la prédication, Labor et Fides, Vivre en disciple : Le prix de la grâce, Labor et Fides, Résistance et soumission (Lettres et notes de captivité), Labor et Fides, Tentation, Labor et Fides, 1953, 1961, 1968, traduction Émile Marion En allemand et en anglais Liste des œuvres de Dietrich Bonhoeffer dans le catalogue en ligne de la Bibliothèque nationale allemande (Deutsche Nationalbibliothek) Dietrich Bonhoeffer English page Dietrich Bonhoeffer Werke, 17 vol. et 2 vol. de compléments ; édités par Eberhard Bethge et al.; Kaiser, Gütersloh 1986–1999Cette édition critique doit servir de base à tous les travaux sur Bonhoeffer. Sanctorum Communio (Dissertation), 1927, Akt und Sein. Transzendentalphilosophie und Ontologie in der systematischen Theologie (Mémoire d'habilitation), 1930, Nachfolge, 1937, ; TB, Ethik, 1949, ; TB, Beten und Tun des Gerechten. Glaube und Verantwortung im Widerstand, Schöpfung und Fall. Theologische Auslegung von Genesis 1–3. Evangelischer Verlag A. Lempp, München 1937. Schöpfung und Fall. Versuchung; Kaiser, Munich 1968, Die Weisheit Gottes – Jesus Christus; édité par Manfred Weber; Gütersloh: Kiefel, 1998, Gemeinsames Leben, 1939, ; TB, Widerstand und Ergebung. Briefe und Aufzeichnungen aus der Haft; édité par von Eberhard Bethge; Gesammelte Werke Bd. 8; Kaiser, Gütersloh 1998, ; Auswahl als Taschenbuchausgabe: Gütersloher Taschenbücher 457; Gütersloher Verlags-Haus, Gütersloh 2002,