Gisacum est un site gallo-romain qui se trouve sur la commune du Vieil-Évreux dans l'Eure en région Normandie.
Gisacum est le nom actuellement donné à une vaste agglomération religieuse gallo-romaine de située sur le territoire de cinq communes du département de l'Eure (Normandie, France)(Dabas, Guyard, Lepert 2005 : Gisacum revisité. Dossiers d'archéologie, n° 308, novembre 2005, -61) : Le Vieil-Évreux, Miserey, Cierrey, Le Val-David et La Trinité.
Avec une superficie de 230 à , elle était l'une des plus grandes cités de Gaule.
Géographie Contrairement à Évreux () installée dans le fond de la vallée de l'Iton, est située sur un point haut du plateau, dans la partie nord de la plaine de Saint-André. Le substrat est constitué de lambeaux de placages limoneux recouvrant des argiles à silex, issues de la dissolution de la craie sous-jacente. En dehors de la pluviométrie naturelle très faible (moins de /an en moyenne), il n'y a pas de ressource en eau. La nappe phréatique se situe à 70 ou de profondeur.
Toponymie Le nom exact n'est pas connu. Le nom de Gisacum a été donné au à la suite de la découverte d'une inscription mentionnant le dieu Gisacus. Un savant local, Auguste Le Prévost, fit alors le rapprochement avec un toponyme mentionné dans la vie de saint Taurin, premier évêque chrétien d'ÉvreuxLe Prévost, Mémoire sur la châsse de Saint Taurin. Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 5, 1827-1828, p. 304-305.François Rever, Lettre sur une antique inscription fruste, en marbre, trouvée à l'emplacement de Mediolanum Aulercorum, au Vieil-Évreux, Journal d'agriculture, de médecine et de sciences accessoires, 1829, -41.. Selon cette Vie, écrite au , le préfet romain local Licinius résidait dans sa « villa de Gisai » (Gisiaco villa), qui symbolise alors le lieu du paganisme. Il n'en fallut pas plus à Auguste Le Prévost pour identifier le site gallo-romain à cette « villa de Gisai » et nommer le site afin de le distinguer clairement du chef-lieu de cité (Évreux, à ) que les autres chercheurs situaient alors sur la commune proche du Vieil-Évreux. Les archéologues ont ensuite établi que les deux villes se sont développées en parallèleGuyard, Lepert, Renaissance d’une ville, page 20..
Le nom a été repris il y a quelques années par le département de l'Eure pour nommer le récent site touristique et culturel qu'il a créé, en 2001, en réalisant un jardin archéologique autour des thermes de la vaste ville-sanctuaire qui est désormais présentée dans un musée de site (centre d'interprétation archéologique inauguré en 2005)Guyard, Bertaudière, Gisacum, ville sanctuaire gallo-romaine, Catalogue de l'exposition permanente du Centre d'interprétation archéologique du site gallo-romain de Gisacum (Le Vieil-Évreux), 2006, .. Les recherches se poursuivent actuellement sur le temple situé au cœur de l'agglomération gallo-romaine.
Par ailleurs, il y a au moins deux autres Gisay dans l'actuel département de l'Eure : Gisay-la-Coudre (Gysaium 1124) et un hameau Gisay à Thevray. Ces deux toponymes remontent sans aucun doute au gaulois *Gisacon, latinisé en Gisacum, composé avec le suffixe celtique *-āko- « lieu de » puis « propriété de ». Il est précédé d'un élément mal identifié *Giso- que l'on retrouve également dans Gisors (Gisortis 968), associé au nom gaulois du gué : rito-François de Beaurepaire, Les Noms des paroisses et anciennes communes de l'Eure, éditions Picard, 1981, -117. / ritu-.
Histoire de la ville sanctuaire Les vestiges antiques les plus anciens découverts dans le temple central sont postérieurs de peu à la conquête romaine (milieu du avant notre ère). La nature exacte des occupations n'est pas connue mais l'hypothèse d'un lieu sacré est pour l'instant retenue. Une occupation importante a été mise en évidence pour l'époque augustéenne et un réaménagement important de l'espace central du temple est réalisé dans la première moitié du (vraisemblablement sous Tibère). Dans le troisième quart du , un groupe de trois temples en pierre est construit. C'est à cette époque que semble se mettre en place un premier urbanisme. Un quartier apparaît ainsi à l'ouest du temple, et un second voit probablement le jour au nord d'un second édifice (dit du champ des Dés), interprété comme une vaste place publique équipée (forum).
Au début du , ces quartiers structurés sont rasés pour laisser la place à un urbanisme très original. La ville adopte alors une forme hexagonale unique dans le monde romain. Au centre, les monuments publics (thermes, temple, théâtre, forum) sont entourés par un réseau d'aqueducs et de grands espaces vides. Les habitats sont rejetés à la périphérie, le long d'une rue bordée d'un portique de près de . Toutes les maisons sont alignées en façade derrière ce portique. L'importance du propriétaire se décline à l'arrière, avec des bâtiments plus ou moins importants. Cette bande bâtie polygonale, qui couvre à elle seule près de 60 ha, concentre les activités artisanales (bronziers, travail de l'os, etc.) et commerciales (auberges ?). Au début du , date de la reconstruction du temple sur 6 ou 8 ha, la ville possède un périmètre de près de et un diamètre de Laurent Guyard, Thierry Lepert, Renaissance d’une ville sanctuaire gallo-romaine : le Vieil-Évreux, 22.
Le site semble cesser son activité assez tôt, vers le milieu du . Le temple est alors transformé en castellum (fortin doté d'un fossé et d'un talus imposant). Le temple sera ensuite rapidement détruit afin de récupérer les pierres nécessaires à la construction du second rempart d'Évreux. Le castellum sera réutilisé plus tard comme maison forte aux , sans doute par l'un des premiers seigneurs du Vieil-Évreux (seigneurie rattachée à l'évêché d'Évreux). On construira l'église paroissiale à l'angle du temple.
Les monuments Le sanctuaire
Les Éburovices rendaient un culte aux dieux romains (Apollon, Jupiter, Mercure, Mars) et sans doute à l'empereur dans le grand sanctuaire qui s'étendait sur Laurent Guyard, Thierry Lepert, Renaissance d’une ville, . Les archéologues ont mis au jour un très beau mobilier religieux (statues, masque cérémoniel), aujourd'hui conservé au musée d'Évreux.
Au centre de la ville, bordé de vastes esplanades, le temple occupe une position privilégiée et donne sa fonction à l'agglomération, celle de grand sanctuaire poliade des Aulerques Éburovices, peuple qui avait pour capitale Évreux (Mediolanum Aulercorum, à ). Les fouilles en cours, bien que très partielles, ont révélé les grandes phases de l'occupation du site, depuis les alentours de la conquête romaine jusqu'à la transformation du sanctuaire en castellum durant l'Antiquité tardive. L'état de conservation du site est excellent, avec des stratigraphies atteignant . En dépit de fouilles importantes au , tous les vestiges antérieurs à la fin du de notre ère sont intégralement préservés.
Le cœur du sanctuaire occupe l'amorce d'un vallon peu marqué proche d'un point haut du plateau.
Aux occupations les plus anciennes appartiennent des céramiques datables de La Tène D2, mais la véritable structuration du site pourrait intervenir dans le courant du règne d'Auguste (fin avant notre ère). De cette époque datent de nombreux trous de poteaux, des sols aménagés, des fours et quelques éléments mobiliers encore diffus. Les fouilles, encore trop ponctuelles, ne permettent pas de dresser de plan. toutefois, les aménagements pourraient être centrés autour d'une dépression dans le terrain naturel (doline ?).
Sous le règne de Tibère, l'espace semble totalement réaménagé. D'importants trous de poteaux témoignent de constructions en terre et bois (temples ?). L'ensemble est associé à un niveau repère constitué d'un sol sablo-argileux jaune.
Vers le milieu du , un premier temple maçonné apparaît, de forme circulaire. Il comporte une cella centrale (encore mal identifiée) au sol de craie. Autour, la galerie à colonnade possède un sol en béton (cailloutis calcaire et mortier de chaux). À ce temple circulaire sont associés peu de temps après deux temples jumeaux carrés de type fanum, dotés de galeries à colonnade. Dans un premier temps, le sol des galeries de ces deux temple était constitué d'un simple béton de mortier rose à tuileau. Dans un second temps (courant ?), un dallage monumental de calcaire est mis en place sur un bain de mortier rose à tuileau. De ce dallage subsistent quelques dalles, mais surtout les empreintes des dalles récupérées lors de la destruction du temple à la fin du . Autour de ces trois temples de plain-pied, on trouve en façade, à l'est, un dallage monumental et, à l'ouest, un sol de cour en terre qui semble avoir été très fréquenté. Ces trois premiers temples devaient occuper le cœur d'une première enceinte de plusieurs milliers de mètres carrés, dont seule la limite sud semble assurée, en raison de l'existence d'une rue.
Ces trois temples semblent avoir été rasés vers la fin du . Il est possible qu'ils aient été transférés au sud-ouest d'un nouveau péribole de plusieurs hectares, aménagé pour recevoir plus tard en son centre un groupe monumental de trois temples colossaux.
Ce dernier ensemble, daté de la période sévérienne (fin , début ) est constitué de trois temples principaux sur podium reliés par des galeries. Le podium des temples est restitué à près de du sol, et le temple principal, un peu plus haut que ceux du nord et du sud, devait culminer à près de de hauteur. À l'exception des murs intérieurs, tous les murs extérieurs, larges de , sont construits en grand appareil de calcaire dont seuls subsistent quelques blocs et surtout l'empreinte du premier rang de blocs au sommet de la fondation. Ces trois temples sont de plan identique et combinent à la fois le principe gallo-romain à plan centré (principe du fanum à cella et galerie) et l'aspect italique à l'extérieur (temple prostyle octostyle). Le temple central est relié aux temples sud et nord par deux galeries précédées à l'est par une terrasse surplombant la cour orientale de près de . Sur la terrasse sud, deux puits gigantesques ont été repérés. Le plus proche du temple central avait une ouverture d'environ . Cet ensemble colossal de trois temples prenait place au centre d'une enceinte complexe de 6 ou 8 ha constituée de plusieurs cours. À l'est, des groupes de bâtiments ont été repérés mais restent pour l'instant non identifiés.
À la fin du , le temple est désaffecté et transformé en castellum. Un large et profond fossé (vallum) est creusé autour du groupe central, doublé par un talus interne (agger). Le sol de ce castellum semble conservé dans la cour orientale des temples, qui étaient encore en élévation à cette époque. L'ensemble est détruit à la fin du ou dans le courant du , sans doute sur ordre public. L'hypothèse de cette commande publique pourrait être l'impérieux besoin de matériaux pour la construction du rempart gallo-romain du chef-lieu de cité proche de (Évreux). Tous les gros blocs de pierre semblent ainsi avoir été débités pour être transformés en moellons. De la riche décoration du sanctuaire sévérien ne subsistent donc plus que quelques modestes fragments de sculpture (fragments de chapiteaux, corniches ou frises décorées de personnages). La butte de gravats et le fossé en partie comblé du castellum seront réutilisés en maison forte au par les premiers seigneurs du Vieil-Évreux, dont la seigneurie était rattachée à l'évêché d'Évreux, lointain héritier d'une partie du domaine public antique.
L'aqueduc vignette|516x516px|Plan de Gisacum en 1841.