, dit lAfricain ., né le à Madrid (Espagne) et mort le à Rome (Italie), est roi d'Espagne de 1886 à 1931.

Fils posthume du roi , règne dès sa naissance. La régence est confiée à sa mère, la reine-mère Marie-Christine d'Autriche, jusqu'à sa majorité, en 1902. Son règne est marqué par la perte des dernières possessions espagnoles d'outre-mer et une très forte instabilité politique.

Le lendemain de la proclamation de la République, en 1931, la famille royale se réfugie d'abord à Paris puis à Rome. Pourtant, les élections municipales de 1931 n'ont pas donné la majorité aux partis de gauche, qui renversent la monarchie.

À la mort de son cousin Alphonse-Charles de Bourbon, le , il devient l'aîné des Capétiens et le chef de la maison de FrancePatrick Van Kerrebrouck, La maison de Bourbon (1256-1987), Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, Patrick Van Kerrebrouck, Villeneuve-d'Ascq, 1987, 364., et en conséquence prétendant légitimiste au trône de France.

Il meurt en exil à Rome. Son petit-fils accède au trône d'Espagne en 1975, à la mort de Francisco Franco.

Biographie vignette|gauche|redresse|Une peseta à l'effigie d', 1896. vignette|gauche|redresse|Le roi et sa mère (1893).

Fils posthume d’ et de Marie-Christine d’Autriche, il est baptisé Alfonso León Fernando María Jaime Isidro Pascual Antonio de Borbón y Austria.

Roi d'Espagne

Régence de Marie-Christine d'Autriche La régence est confiée à sa mère, femme respectée pour son comportement et pour sa dignité. La guerre de 1898 contre les États-Unis fait alors perdre à l'Espagne ses dernières colonies dans le Pacifique et l'Atlantique : Cuba, Porto Rico et les Philippines.

Les débuts du règne personnel vignette|gauche|redresse|Portrait d' vers 1910. Le , , âgé de seize ans, est déclaré majeur et assume les fonctions constitutionnelles de chef de l’État ; il visite l'ensemble des provinces espagnoles et voyage à l'étranger, notamment dans l'Empire allemand, au Royaume-Uni et en France.

Un premier complot contre sa personne est déjoué et plusieurs autres tentatives d’assassinat suivront. Le , il essuie un coup de feu en voiture. Le , une bombe est trouvée dans ses appartements au palais de Madrid. Le , un pétard explose à Barcelone sous le portique d'une maison où le roi allait passer, avec la certitude que les anarchistes avaient conspiré pour tuer le souverain pendant sa visite dans cette ville.. Lors de sa visite en France à Paris, dans la nuit du au , le président Émile Loubet et lui-même sont victimes d'un attentat à la bombe organisé par un anarchiste espagnol (Alexandre Farras) à l'angle des rues de Rohan et de Rivoli. L'auteur de l'attaque, dont ils sortent indemnes, ne sera jamais arrêtéCarte du théâtre de l'attentat Le Petit Parisien, Paris, 2 juin 1905, quotidien .

Le mariage du jeune roi intrigue les cours d'Europe. Chaque gouvernement souhaite donner au jeune monarque une épouse qui l'attirerait dans son camp en cas de conflit. Le Kaiser propose l'une de ses parentes catholiques, la princesse Marie-Antoinette de Mecklembourg-Schwerin tandis que l'Angleterre protestante forme des vœux pour que Patricia, fille du duc de Connaught et nièce du roi Édouard VII devienne la prochaine reine.

Le choix du souverain se porte sur une princesse de plus humble origine : la princesse Victoire-Eugénie de Battenberg. Nièce du roi , la princesse qui, comme nombre de ses cousines, porte le prénom de sa grand-mère la feue reine Victoria du Royaume-Uni, n'en est pas moins issue d'une branche morganatique de la maison de Hesse ce qui, selon les critères du temps, ne lui permet pas de ceindre une couronne. Amoureux, le roi passe outre. La princesse se convertit au catholicisme. Par courtoisie, elle reçoit comme marraine l'ex-impératrice des Français d'origine espagnole en exil en Angleterre Eugénie de Montijo. La future reine accole le prénom de sa marraine au sien. Son entourage cache. au roi que la jeune femme a de fortes probabilités de transmettre l'hémophilie.

Le , épouse à Madrid la princesse Victoire-Eugénie de Battenberg (1887-1969), fille du prince Henri de Battenberg (1858-1896) et de Béatrice du Royaume-Uni. vignette|redresse|gauche| L'attentat fait la une du Petit Parisien le 17 juin 1906, par Paul Carrey. Alors qu’ et son épouse retournent au palais royal de Madrid après la célébration du mariage, un anarchiste, Mateo Morral, lance une bombe dissimulée dans un bouquet de fleurs face au numéro 88 de la Calle Mayor. Les jeunes époux sortent indemnes de l'attentat qui tue vingt-trois personnes dans le public et la suite royale..

vignette|redresse|L'auteur de l'attentat du est terrassé. Le dimanche , alors que le roi rentre à cheval d'une revue militaire à Madrid, un anarchiste de 25 ans, nommé Rafael Sánchez Alegre, tire sur lui deux coups de revolver qui ne l'atteignent pas et qui blessent son cheval, à l'angle de la promenade de Recoletos dans la rue d'Alcalá. Le tireur, assommé par un agent de police, tire encore un troisième coup de revolver qui blesse cet agent à la cuisse. Après son arrestation, il déclare avoir agi seul.

Première Guerre mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, en tant que monarque d'un pays neutre, lance ce qui peut être considéré comme la première action humanitaire gouvernementale de l'histoire : le bureau des prisonniers de guerre (Oficina pro-cautivos). Ce bureau entend fournir des réponses aux familles qui ignorent le sort de militaires ou de civils qui se trouvent dans les zones de combat.

Le roi fonde cet organisme séparément du gouvernement afin de ne pas compromettre sa neutralité. Sur fonds propres, il installe au palais royal un secrétariat où parviennent les demandes d'information ou d'intervention en faveur des prisonniers des deux bords. Son action est facilitée par les bonnes relations que le roi entretient avec les pays belligérants. Il utilise les ambassades pour obtenir des informations sur les prisonniers et met en contact des prisonniers des deux camps avec leurs familles. Il sauve environ et et intervient en faveur de prisonniers de guerre en organisant de camps de prisonniers. Il plaide également pour que les sous-marins n'attaquent pas les navires-hôpitaux et propose d'instaurer une inspection neutre de ces navires par des militaires espagnols à la sortie et l'entrée des ports. Il obtient des deux parties l'engagement de ne plus torpiller de bateaux arborant un drapeau d'hôpital. Le bureau traitait un tel volume de demandes que les jours fériés étaient travaillés.

Il tente plusieurs actions, en 1917, pour libérer et pour amener en Espagne la famille impériale russe. Les crimes de la révolution d'Octobre ruinent ses plans.

Il soutient les démarches de paix entreprises par l'empereur par l'intermédiaire des princes François-Xavier de Bourbon-Parme et Sixte de Bourbon-Parme.

Après la guerre et la mort prématurée de l'empereur Charles en exil, accorde l'hospitalité à l'impératrice sa cousine Zita de Bourbon-Parme et à ses enfants.

Une monarchie en crise

L’Espagne connut de nombreuses révoltes sociales dans la plupart des grandes villes au cours des deux premières décennies du . La plus violente eut lieu à Barcelone en 1909. Un des facteurs déclencheurs fut le mécontentement de la population face à la guerre du Maroc.

L'agitation dans le Nord du Maroc, dans les protectorats espagnol et français, conduit d'ailleurs à la sanglante guerre du Rif. En 1921, l'Espagne subit une défaite désastreuse à Anoual. Le désastre d'Anoual fit naître dans l'opinion publique un sentiment très critique envers la politique au Maroc, ainsi qu'envers le système politique en place, en général. Une enquête fut menée sur les responsabilités du désastre d'Anoual, qui devait aboutir à la publication d'un rapport. Certaines voix attribuaient ce désastre au monarque, ardent partisan de la politique coloniale. Il avait de plus lui-même nommé les officiers responsables avec qui il entretenait des relations d'amitié, comme Dámaso Berenguer ou le général en chef Manuel Fernández Silvestre.

Au cours de cette période, le monarque, qui , fit diverses déclarations dans lesquelles il exprimait sa désaffection pour le parlement.

Dans ce contexte de crise politique et sociale, le capitaine général de Catalogne Miguel Primo de Rivera organisa un coup d'État le . Ce coup d'État fut avalisé par qui chargea Primo de Rivera de la formation d'un gouvernement autoritaire, le Directoire militaire. Certains historiens considèrent significatif le fait que l’une des premières décisions prises par le Directoire militaire fut de s’emparer des archives de la du Congrès des députés qui préparerait un rapport, dont la présentation était prévue le , basé sur l’enquête menée par le général Picasso sur les responsabilités de la défaite d’Anoual. Selon des déclarations faites par le député socialiste Indalecio Prieto (un opposant à la monarchie) le qui suscitèrent un grand nombre de commentaires, ces conclusions impliquaient le roi.

Les Directoires de Primo de Rivera

vignette|Le roi entouré d'officiers, à sa droite Miguel Primo de Rivera.

Miguel Primo de Rivera forme un gouvernement autoritaire, qu'il baptise « Directoire », exclusivement composé de militaires (directeurs militaires). Un directoire civil est ajouté plus tard en 1925.

La dictature met un point final à la guerre du Rif par le débarquement d'Al Hoceima en 1925 qui permet la conquête définitive du Rif en 1927. En 1929, sont inaugurées l'exposition universelle de Barcelone et l'exposition ibéro-américaine de Séville.

L'opposition croît contre le dictateur, spécialement parmi les étudiants, les intellectuels et les artilleurs (ces derniers, opposés à la réforme du système de nomination). , inquiet pour l'avenir de la monarchie, démet Primo de Rivera du gouvernement le , nomme président du Conseil des ministres le général Dámaso Berenguer et affiche son intention de retourner à un régime constitutionnel.

Cette période est appelée « Dictablanda », dictature douce par comparaison avec la dictature dure antérieure.

La dictature de Dámaso Berenguer : la monarchie désavouée

Après la chute du dictateur et sa mort quelques semaines plus tard à Paris, les manifestations antimonarchiques se multiplient. Le roi est accusé d'avoir protégé la dictature de Primo de Rivera et d'être en partie responsable du désastre d'Anoual.

Les partis de gauche et de droite s'agitent : les partis de gauche et indépendantistes font front contre la monarchie en signant l'accord de Saint-Sébastien qui prévoit la révolution contre le pouvoir en place, tandis que des coups d'État militaires sont déjoués, notamment à Jaca et à la base aérienne des Cuatro Vientos à Madrid. Le premier est dirigé par les capitaines Fermín Galán et Ángel García Hernández, fusillés après être passés en conseil de guerre.

Le départ et l'exil

En , l'amiral Juan Bautista Aznar-Cabañas est désigné président du Conseil par . Son gouvernement convoque les élections municipales qui se déroulent le suivant. Elles sont interprétées comme une défaite du régime monarchiste. Pourtant, avec 40 %, la coalition antimonarchiste n'obtient pas la majorité dans l'ensemble du territoire, seulement dans les grandes villes. Les zones rurales, où se concentre la grande majorité de la population, votent, sous l'influence des caciques, davantage pour la monarchie.

Les socialistes et les autres partis de gauche jugent que le moment de renverser la monarchie est venu. Le , ils décrètent le renversement de la monarchie et le lendemain, la Seconde République espagnole est proclamée. Ils sont de fait les responsables du gouvernement du pays et forment aussitôt un Gouvernement provisoire, présidé par Niceto Alcalá-Zamora.

Les élections municipales n'ont pourtant pas pour vocation de changer la forme politique de l'État. La Constitution de 1876, alors en vigueur, ne prévoyait pas qu'une telle consultation pût entraîner la chute de la monarchie.