L'Union nationale est un parti politique québécois fondé en 1935 et disparu en 1989.

Coalition du Parti conservateur et de l'Action libérale nationale formée à l'origine pour les élections de 1935, l'Union nationale devient un véritable parti en 1936. D'idéologie nationaliste, conservatrice, antisyndicale et anticommuniste, elle demeure généralement associée au premier ministre Maurice Duplessis et à l'époque de la Grande noirceur.

Formation majeure de la scène politique québécoise des années 1930 aux années 1970, l'Union nationale a été caractérisée tout au long de son existence par une politique puisant dans l'héritage français, catholique, rural et traditionnel du Québec.

En 2020, une nouvelle formation politique est créée, reprenant le nom et le logo du parti historique, mais cesse d'être reconnue par le Directeur général des élections du Québec en 2026.

Histoire Naissance de l'Union nationale

L'Union nationale naît dans le contexte de la Grande Dépression. Dans les années 1930, le Québec traverse la pire crise économique de son histoire. Son économie reposant en grande partie sur l'exploitation des ressources naturelles (forêts, mines, industrie textile, pêches) se trouve très affectée par la conjoncture canadienne et internationale. L'instauration de tarifs douaniers décidée par l'ensemble des pays en crise plombe ses exportations. Cette décision affecte non seulement les marchés agricoles, mais aussi les industries (notamment celle des pâtes et papiers, comptant pour 65 % des exportations canadiennes et dont le Québec est le principal contributeur), les usines, les commerces et les petites entreprisesPaul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert, François Ricard, Histoire du Québec contemporain, t. 2 : Le Québec depuis 1930, Éditions du Boréal, Montréal, 1986, p. 11-12.. gauche|vignette|Montréal, dans les années 1930. Ces éléments entraînent une hausse spectaculaire du taux de chômage : de 1929 à 1932, il passe de 2,9 % à 25 %. Le chômage affecte particulièrement les ouvriers, les jeunes et les personnes en milieu urbainAlexandre Dumas, Les Quatre mousquetaires de Québec, Éditions du Septentrion, Sainte-Foy, 2021, p. 17.. Ce phénomène d'une ampleur inédite prend tout le monde de court. Les gouvernements en place, croyant que la crise serait temporaire, réagissent lentement au début. Toutefois, face à la persistance de cette crise, la classe politique peine à trouver des solutions concordant avec la philosophie économique libérale classique alors partagée par tous.

L'inefficacité des gouvernements et l'absence de filet social transforment la crise économique en crise sociale. De plus en plus de gens remettent en question le capitalisme comme modèle économique et même, dans certains cas, la démocratie comme modèle de société. De nouveaux mouvements de contestation font leur apparition, tenant tous les gouvernements en place comme les responsables de cette criseHerbert F. Quinn, The Union Nationale : Quebec nationalism from Duplessis to Lévesque, University of Toronto Press, 1979, p. 48-52.. vignette|186x186px|Louis-Alexandre Taschereau vignette|248x248px|Camillien Houde vignette|278x278px|Maurice Duplessis

Élections fédérales de 1930 et élections québécoises de 1931

À cette époque, le Parti libéral domine la scène politique au Québec. Dirigé par Louis-Alexandre Taschereau depuis 1920, le gouvernement comptait jusqu'ici sur les grandes entreprises canadiennes-anglaises et sur les investisseurs étrangers (en majorité britanniques ou américains) pour développer l'économie québécoise. Ainsi, cette crise révèle plus que jamais les conséquences néfastes du capitalisme mais aussi la situation d'infériorité des Canadiens français au sein de leur propre sociétéPatricia Dirks, The Failure of L'Action libérale nationale, McGill-Queen's University Press, 1991, p. 26-27.. Du côté de l'opposition, le Parti conservateur du Québec ne réussissait pas à se présenter comme une option de rechange valable aux yeux de la majorité. Bien qu'il eût obtenu des appuis substantiels aux élections de 1923 et 1927, les conservateurs demeuraient identifiés au sombre souvenir de la conscription de 1917 (imposée par le gouvernement fédéral de Robert Borden, un conservateur) qui avait dressé les Canadiens français contre euxMarc La Terreur, Les Tribulations des conservateurs au Québec : de Bennett à Diefenbaker, Presses de l'Université Laval, Québec, 1973, p. 6-7..

Aux élections fédérales de l'été 1930, le Parti conservateur de Richard Bennett chasse du pouvoir les libéraux de Mackenzie King, accusés d'avoir négligé l'ampleur de la crise. À l'été 1931, alors que se préparent des élections au Québec, les libéraux fédéraux se font éclabousser par le scandale de la BeauharnoisCe scandale implique la Beauharnois Light, Heat and Power (filiale de la Montreal Light, Heat and Power, alors la plus grande compagnie d’hydroélectricité au Québec), qui comptait plusieurs élus libéraux parmi ses administrateurs. Celle-ci avait versé près de à la caisse électorale du Parti libéral du Canada en l'échange d’un traitement de faveur pour creuser un canal à partir du fleuve Saint-Laurent et construire une centrale à Beauharnois, en Montérégie.. Ce scandale alimente l'image de corruption accolée à tous les libéraux, y compris le régime de Louis-Alexandre Taschereau. Pour la plupart des observateurs de l'époque, ce scandale annonce la chute imminente de son gouvernement..

Le Parti conservateur a alors le vent dans les voiles au Québec. Dirigé par Camillien Houde, le parti jouit d'un soutien populaire et du financement de ses alliés fédéraux. Toutefois, contre toute attente, le Parti libéral réussit à déjouer les pronostics et à se faire réélire avec une forte majorité – à 79 sièges contre 11« Les libéraux balaient complètement la province », Le Devoir, 25 août 1931, p. 1. Consulté le 28 avril 2023.. Cette victoire surprise est aussitôt critiquée par Camillien Houde, qui conteste les résultats. En réponse, le gouvernement Taschereau fait adopter une loi – la loi Dillon – empêchant toute contestation des résultats devant les tribunaux. Ce deuxième échec pour Houde (avec sa défaite aux élections municipales de 1932 à Montréal) le pousse à la démission comme chef des conservateursConrad Black, Duplessis, t. 1 : L'Ascension, Éditions de l'Homme, Montréal, 1977, p. 91..

Un congrès à la direction du Parti conservateur est organisé en . Deux candidats se présentent : Onésime Gagnon, ministre des Postes fédéral et député de Dorchester (dirigeant l'aile plus fédéraliste du parti), et Maurice Duplessis, chef de l'opposition par intérim et député de Trois-Rivières (dirigeant l'aile plus autonomiste du parti)Marc La Terreur, Les Tribulations des conservateurs au Québec : de Bennett à Diefenbaker, Presses de l'Université Laval, Québec, 1973, p. 64-67.. À l'issue de ce congrès, Maurice Duplessis devient le nouveau chef.

Scission dans le Parti libéral

En , un nouveau parti fait son apparition : l'Action libérale nationale (ALN). Formée de nationalistes réformistes et de jeunes libéraux mécontents du conservatisme de Taschereau, l'ALN propose à la population « un ambitieux ensemble de réformes qui détonne avec le conservatisme traditionnel de l'Église québécoiseAlexandre Dumas, Les Quatre mousquetaires de Québec, Éditions du Septentrion, Sainte-Foy, 2021, p. 53. ». Inspiré par le Programme de restauration sociale de l'École sociale populaire des jésuites de Montréal (et rappelant aussi, à certains égards, le New Deal du président américain Franklin Roosevelt), le programme de l'ALN fait appel à l'intervention directe de l'État pour assurer la redistribution de la richesse et le retour à l'équilibre sociale« La campagne de l'"Action libérale nationale" », Le Devoir, 13 août 1934, p. 1. Consulté le 28 avril 2023..

Ce programme est principalement rédigé par quatre personnes : Albert Rioux, président de l'Union catholique des cultivateurs; Alfred Charpentier, syndicaliste et futur président de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC); Wilfrid Guérin, notaire, spécialiste des questions de patronage et de contributions secrètes aux caisses électorales; Philippe Hamel, dentiste de la région de Québec, expert de la question de l'étatisation de l'hydroélectricité.

L'ALN propose l'instauration d'un crédit agricole, l'ouverture de nouvelles terres cultivables, l'augmentation des salaires permettant de faire vivre une famille moyenne, l'adhésion au programme fédéral des pensions de vieillesse (en attendant de créer un programme au Québec), la fixation des prix des biens essentiels, la réglementation des banques, la mise en place d'appels d'offres pour déterminer l'octroi des contrats publics (plutôt que de tout laisser à la discrétion du parti au pouvoir), la mise en place d'élections à date fixe et l'élimination de la corruption électorale. L'ALN veut également interdire aux ministres de siéger aux conseils d'administrations des entreprises faisant affaire avec le gouvernement, et veut lutter contre les trusts (monopoles), en particulier ceux des biens essentiels tels que le charbon, l'essence et l'électricité. Elle propose enfin de tenir une commission d'enquête sur les abus des compagnies d'électricité, de réglementer le prix de l'électricité, d'électrifier les campagnes (la plupart étant alors sans accès au réseau électrique) et d'étatiser les entreprises d'électricité au QuébecAlexandre Dumas, Les Quatre mousquetaires de Québec, Éditions du Septentrion, Sainte-Foy, 2021, p. 55..

L'apparition de ce nouveau parti sème la méfiance chez les libéraux et les conservateurs. Dans La Presse, le premier ministre Taschereau exprime sa vieille conviction que deux partis suffisent – l'un pour gouverner, l'autre pour surveiller (« Les tiers partis ne vont jamais loin. »). Le chef de l'opposition, Maurice Duplessis, émet aussi ses réserves en disant qu'« un bon et un mauvais » partis suffisent..

En revanche, l'ALN reçoit l'appui de nombreux mouvements d'action catholique, mouvements de jeunesse, coopératives, syndicats catholiques et agricoles, et de groupes d'hommes d'affaires et de commerçants québécois. Son programme, à la fois réformiste et nationaliste, rallie non seulement des anciens libéraux déçus – tel qu'Oscar Drouin, avocat et député de Québec-Est, et Édouard Lacroix, député fédéral de Beauce – mais aussi de gens n'ayant jamais milité en politique – tel qu'Ernest Grégoire, avocat et professeur d'économie politique à l'Université Laval, Philippe Hamel, dentiste de Québec et expert de la question de l'électricité, et René Chaloult, avocat et militant nationaliste. Enfin, pour diriger tout ce monde, l'ALN désigne comme chef Paul Gouin, fils de l'ancien premier ministre Lomer GouinHerbert F. Quinn, The Union nationale : Quebec nationalism from Duplessis to Lévesque, Toronto, Buffalo : University of Toronto Press, 1979, p. 62..

Élections de 1935 Maurice Duplessis (gauche) et Paul Gouin (droite) en 1935.|vignette|gauche

À l'automne 1935, de nouvelles élections se préparent au Québec. En vue de ce scrutin, des militants de l'Action libérale nationale et du Parti conservateur constatent que leur principal but commun – chasser du pouvoir les libéraux de Taschereau – pourrait servir de base à une forme d'alliance électorale.