La révolution de Juillet est la deuxième , après celle de 1789. Elle porte sur le trône un nouveau roi, , à la tête d'un nouveau régime, la monarchie de Juillet, qui succède à la Seconde Restauration. Cette révolution se déroule sur trois journées, les 27, 28 et , surnommées les .

Après une longue période d’agitation ministérielle, parlementaire et journalistique, le roi tente par un coup de force constitutionnel de freiner les ardeurs des députés libéraux par ses ordonnances de Saint-Cloud du . En réponse, des Parisiens se soulèvent, dressent des barricades dans les rues et affrontent les forces armées, commandées par le maréchal Marmont, duc de Raguse. L'émeute se transforme rapidement en insurrection révolutionnaire.

Du 27 au , les combats font rage dans toute la capitale. Après une attaque du palais des Tuileries le , et la famille royale fuient Paris. Les députés libéraux, majoritairement monarchistes, prennent en main la révolution populaire. Au terme de l’, ils optent finalement pour une monarchie constitutionnelle plus libérale à l'aide d'un changement de dynastie.

La maison d’Orléans, branche cadette de la maison de Bourbon, succède ainsi à la branche aînée : le duc d'Orléans est proclamé et non plus , sous le nom de Louis-Philippe . Le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc.

Causes Lors des élections de 1827, les libéraux deviennent majoritaires à l'Assemblée et consentIl n’y est pas juridiquement obligé par la Charte de 1814, selon laquelle le ministère ne procède que du roi, et non du parlement. à nommer un Premier ministre à mi-chemin entre ses opinions ultraroyalistes et l'orientation de la nouvelle chambre. Il appelle le vicomte de Martignac pour qu'il forme un ministère semi-libéral, semi-autoritaire. Mais, continuant sur sa lancée, l'opposition libérale grandit et s’affirme dans un contexte économique difficile.

Une crise économique et sociale latente De 1827 à 1829, les récoltes sont médiocres (en 1829, le prix de l’hectolitre de blé est supérieur de 50 % à ce qu’il était en 1824, et il demeure à ce niveau jusqu’en 1832). L’hiver 1829-1830 a été particulièrement rigoureux, les autres saisons plutôt pluvieusesD'après les données sur les inondations de Champion Inondations en France et les séries d'Arago et Renou cités dans Histoire humaine et comparé du climat d'Emmanuel Le Roy Ladurie.. 1830, comme 1827 et 1828 avant elle, est une année de médiocres récoltes impliquant des prix élevés pour les denrées, un report du pouvoir d'achat sur le pain et, par voie de conséquence, une montée du chômage pour les ouvriers des manufactures, textiles notamment., en particulier à Paris.

Les faillites sont aussi nombreuses notamment dans le secteur bancaire. Dès 1828, des troubles éclatent. En ville, les revendications portent sur les questions de la cherté de la vie, des salaires insuffisants et du chômage. Les tensions montent aussi avec l'arrivée permanente de néo-urbains qui exercent une pression sur les salaires et qui vivent dans une misère noire, n’ayant accès ni à l'eau potable, ni aux égouts ou au ramassage des ordures.

Les épidémies sont récurrentes en ville (comme le montre en 1832 celle de choléra). Typhus et variole sont courants. Les conditions de vie se dégradent donc dans les quartiers populaires. L'atmosphère est propice aux révoltes populaires.

Dans les campagnes, des émeutes apparaissent et sont dirigées contre le départ de convois de grains ou, sur les marchés, contre les prix des céréales. Des bandes de miséreux errent dans les campagnes. Des incendies d’origine inconnue, dont libéraux et ultras se rejettent mutuellement la responsabilité, plongent la Normandie dans la peur. Par ailleurs, Louis XVIII et Charles X ont limité leur assise populaire en ne s’appuyant que sur la haute noblesse alors que la bourgeoisie aurait pu soutenir une monarchie parlementaire à l’anglaise. Cette exclusion de la bourgeoisie empêche le régime de se stabiliser durablement. Comme la Charte ne peut être modifiée sans l’accord du roi et que celui-ci en a une lecture très restrictive, la situation apparaît complètement bloquée en 1829 et Martignac demeure impuissant à résoudre ces crises..

Raidissement de : constitution du ministère Polignac vignette|gauche|Portrait du roi en costume de sacre. Constatant l'échec d'une tentative de compromis avec Martignac, prépare, en sous-main, un revirement de politique : pendant l’été 1829, alors que les Chambres sont en vacances, il renvoie subitement le vicomte de Martignac et le remplace par le prince de Polignac. Publiée dans Le Moniteur le , la nouvelle fait l’effet d’une bombe parmi les libéraux. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, qui apparaît rapidement comme le chef du ministère, évoque pour eux les pires souvenirs de la cour de Versailles , et de l’émigration, durant laquelle il a été le compagnon de en Angleterre. Emprisonné en 1802 à la suite du complot Cadoudal, il est resté prisonnier jusqu'en 1814. À ses côtés, le comte de La Bourdonnaye, ministre de l'Intérieur, est un ultra, qui s’est signalé en 1815 en réclamant pour les complices de durant les Cent-Jours, tandis que le ministre de la Guerre, le général de Bourmont, est l'homme de la trahison à la veille de la bataille de Ligny, celui qui a quitté le corps de Ney pour passer aux avant-postes prussiens.

La réaction de l'opinion est extraordinaire, bien au-delà de l'opposition (Chateaubriand démissionne de son ambassade à Rome). La presse se déchaîne. Les formules du Journal des débats sont restées célèbres. Le :

Puis le :

Rien ne permet d’affirmer que, comme l’a prétendu l’opposition, et Polignac pensaient à un « coup d'État » pour rétablir l'Ancien Régime. Tout indique au contraire que ce sont deux conceptions de la monarchie constitutionnelle, c’est-à-dire deux interprétations de la Charte de 1814, qui s’affrontent en 1829-1830, le débat tournant autour des pouvoirs du roi. En cas de conflit entre le roi et les Chambres, la Charte ne dit rien. Les ministres ne peuvent être renversés par un vote du Parlement. L’article 14 attribue au roi le droit de légiférer par ordonnance . Les députés peuvent seulement refuser l'impôt en ne votant pas le budget. Représentatif, le régime n'est pas parlementaire.

Adresse des 221

vignette|redresse=1.3|Pierre-Paul Royer-Collard présente l'adresse des 221 au roi . Au début de 1830, le climat politique en France est électrique. L’opposition est chauffée à blanc par sa popularité croissante face aux provocations du ministère.

Adolphe Thiers, Armand Carrel, François-Auguste Mignet et Auguste Sautelet fondent un nouveau quotidien d’opposition, Le National, dont le premier numéro paraît le . Ce journal d'opinion milite farouchement pour une monarchie parlementaire, et évoque ouvertement la anglaise de 1688, à l’issue de laquelle le roi Jacques II a été déposé et remplacé par son gendre Guillaume d’Orange à l'appel de la grande bourgeoisie marchande, les Sept immortels. D’autres journaux comme Le Globe et Le Temps relaient ces attaques, de plus en plus ouvertes, contre le roi et le gouvernement, tandis que Le Constitutionnel et le Journal des débats défendent eux aussi, mais avec plus de mesure, les idées libérales.

Le , lors de l’ouverture de la session parlementaire, prononce un discours du trône dans lequel il annonce l’expédition militaire d’Alger et menace implicitement l’opposition de gouverner par ordonnances en cas de blocage des institutions L’allusion à la renvoie à l’article 14 de la Charte de 1814 selon lequel : (c’est nous qui soulignons) appuya de la voix et du geste les mots et , ce qui fit rouler son chapeau au pied du trône, où se tenait le duc d’Orléans, qui ramassa le couvre-chef et le rendit au roi avec une profonde révérence. Ultérieurement, des témoins n’ont pas manqué de souligner le caractère prémonitoire de la scène.. Commençant à délibérer, la Chambre établit la liste des cinq noms qu’elle propose au roi pour la présidence : Royer-Collard, qui est nommé, suivi de Casimir Perier, Delalot, Agier et SébastianiTrois de ces cinq députés — Royer-Collard, Perier, Sébastiani — sont des familiers du duc d’Orléans.. Les députés abordent ensuite la discussion du projet d’adresse élaboré par la commission nommée à cet effet, et qui est examiné les 15 et .

Le projet est une véritable motion de défiance à l’encontre du ministère :

Dans la charte constitutionnelle de 1814, l'Assemblée dispose du pouvoir législatif, mais n'a aucun droit de censurer un gouvernement.

Deux cent vingt-et-un députés libéraux votent l’Adresse le . Le , à la délégation de la Chambre venue au palais des Tuileries lui en donner lecture, répond que . Le lendemain, une ordonnance ajourne la session au , ce qui met le Parlement en vacances pour six moisLa manœuvre est conforme à l’article 50 de la Charte selon lequel : Mais c’est la première fois depuis 1814 que le roi use de cette prérogative.. À ce moment, le roi est déterminé à aller jusqu’au bout : , dit-ilLa phrase est parfois attribuée aussi au dauphin..

Conséquences de la décision de vignette|gauche|Louis Philippe, duc d'Orléans, en uniforme de colonel des hussards, portant le cordon et la plaque de l'ordre du Saint-Esprit. La décision de Charles X suscite une véritable ébullition. Des rumeurs folles circulent. On accuse le roi et ses ministres de préparer un coup de force constitutionnel. D’autres affirment que Polignac, ancien ambassadeur à Londres et ami du Premier ministre britannique, le duc de Wellington, envisage, en cas de troubles en France, de solliciter, avec l’appui de l’Angleterre, celui des puissances étrangères dans le cas où le roi serait conduit à suspendre ou à modifier certaines dispositions de la Charte.

vignette|Proclamation du roi , le (archives départementales de la Manche).

Au Palais-Royal, Vatout, bibliothécaire et familier du duc d’Orléans, conseille à son maître d’exploiter la situation à son profit. Nombre des familiers du Palais-Royal – le général Gérard, Talleyrand… – sont déjà persuadés que les Bourbons de la branche aînée sont perdus. Mais Louis-Philippe tergiverse. En mai, il reçoit à Paris son beau-frère et sa belle-sœur, le roi François des Deux-Siciles et la reine Marie-Isabelle. C’est en l’honneur des souverains napolitains que, le , une fête somptueuse est donnée au Palais-Royal où, fait exceptionnel, Charles X fait une apparition. Alors que le roi est déjà reparti, une foule envahit les jardins qu’on a laissés ouverts. Le duc d’Orléans paraît à plusieurs reprises au balcon et se fait acclamer par cette foule d'où ne tardent pas à monter des cris hostiles au roi et à Polignac. La manifestation dégénère, on met le feu aux chaises du jardin ; un début d’émeute dont la cour rend Louis-Philippe responsable. Le jeune comte de Salvandy, assistant à cette fête où , selon la formule du comte Apponyi, adresse au maître de maison le mot fameux, aussitôt répété dans tout Paris : Louis-Philippe lui aurait répondu : (cité par )..

Le , alors qu’un corps expéditionnaire français est prêt à partir à la conquête d’Alger, Charles X dissout la Chambre des députés et convoque les collèges d’arrondissement le et ceux des départements le . Dans l’immédiat, la décision du roi provoque l’éclatement du ministère : Courvoisier et Chabrol de Crouzol, qui y sont hostiles, démissionnent, tandis que Chantelauze est nommé à la Justice et que Montbel, passé aux Finances, est remplacé à l'Intérieur par un ultra notoire, le comte de Peyronnet. Un préfet spécialiste des élections, le baron Capelle, entre dans le cabinet, officiellement à la tête d’un ministère des Travaux publics qui fait ainsi son apparition dans l’organigramme gouvernemental.

Le , Charles X publie au Moniteur un appel aux Français dans lequel il accuse les députés de la Chambre dissoute et demande aux électeurs , de ; il conclut : La manœuvre est hasardeuse car, ce faisant, le roi s’est exposé lui-même, prenant le risque du désaveu.