vignette|redresse|La société française est divisée sous la monarchie de Juillet ; les partisans de Louis-Philippe sont appelés les philippards.

La monarchie de Juillet est le régime politique du royaume de France entre 1830 et 1848. Instaurée le après la révolution dite des « Trois Glorieuses » les 27, 28 et 29 juillet 1830, elle succède à la Restauration.

La branche cadette des Bourbons, la maison d’Orléans, accède alors au pouvoir. Louis-Philippe n’est pas sacré roi de France mais intronisé roi des Français. Son règne, commencé avec les barricades de la révolution de 1830, est troublé par plusieurs soulèvements vite maîtrisés, républicains à Paris, légitimistes dans l'Ouest, deux tentatives avortées de coup d'État bonapartiste à Strasbourg et Boulogne, qui ne remettent guère en cause la paix intérieure. La monarchie de Juillet, qui a été celle d’un seul roi, fait suite à la monarchie dite « conservatrice » que constitue la Restauration entre 1814 et 1830.

Plus libérale que celle qui la précède, elle est marquée par une renonciation à la monarchie absolue de droit divin (absolutisme) et un louvoiement permanent entre les factions parlementaires du « mouvement » et de la « résistance ». Louis-Philippe définit lui-même sa politique comme celle du « juste milieu ». Son régime s'appuie sur un suffrage censitaire élargi, et sur la Garde nationale bourgeoise. Sa politique extérieure en demi-teinte cherche à allier le reflet du prestige napoléonien et le souci de l'équilibre européen. Cependant, il maîtrise mal les bouleversements sociaux nés de l'industrialisation et son règne s’achève en 1848 par d’autres barricades, qui le chassent pour instaurer la Deuxième République.

Des débuts agités Le , la Charte de 1814 est révisée. Le préambule rappelant l'Ancien Régime est supprimé. La charte devient un pacte entre la nation et le roi, et cesse d'être une concession de ce dernier. Elle s'inscrit comme un compromis entre les constitutionnels et les républicains. La religion catholique n'est plus religion d'État, la censure de la presse est abolie, le drapeau tricolore rétabli.

Le , Louis-Philippe prête serment à la Charte et est intronisé.. C'est le commencement officiel de la monarchie de Juillet.. Le 11 août, le premier ministère du règne de Louis-Philippe est formé, rassemblant des ténors de l'opposition constitutionnelle à Charles X, dont Casimir Perier, Laffitte, Molé, le duc de Broglie, Guizot, etc. Le ministère doit répondre à un double objectif : prendre fermement en main la machine administrative et rétablir l'ordre dans la rue, tout en feignant l'enthousiasme pour la cause de la révolution qui vient de triompher. La constitution du ministère associe différentes tendances, dont des membres du Parti du Mouvement et des membres du Parti de la Résistance.

Le désordre permanent vignette|gauche|Louis-Philippe , roi des Français (le roi est représenté à l'entrée de la galerie des Batailles qu'il a fait aménager au château de Versailles). Pendant trois mois, l'agitation, entretenue par la presse républicaine et libérale, est permanente. Le gouvernement ne dispose pas des moyens de sévir, d'autant que la Garde nationale est commandée, à partir du 16 août, par le marquis de La Fayette, chef de file des républicains. Louis-Philippe doit donc souffrir les familiarités des « héros de Juillet » qui réclament, selon la formule de La Fayette, . Le « roi-citoyen » distribue force poignées de main à la foule ; devant le Palais-Royal, ce sont en permanence des attroupements qui réclament à tout bout de champ Louis-Philippe pour lui faire chanter La Marseillaise, ou La Parisienne de Casimir Delavigne. Dans les salons du faubourg Saint-Germain, les légitimistes s'amusent du manque de dignité de la nouvelle royauté. Ils composent des pochades où Fipp , roi des épiciers, explique à son fils Grand Poulot que la politique consiste à serrer la main du premier venu. Mais, comme l'a bien compris le chansonnier Béranger, le roi joue un rôle de composition et ne tardera pas à jeter le masque ; pour l'attirer au Palais-Royal, on explique à Béranger qu'on peut s'y rendre sans façon et même y porter des bottes : ..

vignette|« Le juste milieu se crotte », caricature de Traviès, 1832.

Les révolutionnaires se retrouvent au sein de clubs populaires, se réclamant des clubs de la révolution de 1789, dont plusieurs prolongent des sociétés secrètes républicaines, par exemple la Société des amis du peuple, installée au manège Pellier, rue Montmartre. On y réclame des réformes politiques ou sociales, et l'on y demande la condamnation à mort des quatre ministres de Charles X qui ont été arrêtés alors qu'ils cherchaient à quitter la France. Le procès des ministres de Charles X va occuper l'opinion jusqu'à leur condamnation, en , à la détention perpétuelle. Les grèves, les manifestations se multiplient et aggravent le marasme économique.

Pour relancer l'activité, le gouvernement fait voter, à l'automne 1830, un crédit de 5 millions pour financer des travaux publics, prioritairement des routes. , dit Louis-Philippe à Guizot, qui a les travaux publics dans son portefeuille.. Puis, face à la multiplication des faillites et à la montée du chômage, surtout à Paris, le gouvernement propose d'accorder une garantie de l'État aux prêts aux entreprises en difficulté dans une enveloppe de 60 millions ; en définitive, la Chambre vote au début octobre un crédit de 30 millions destiné à des subventions qui profitent surtout à de gros entrepreneurs dévoués au nouveau régime, comme l'imprimeur Firmin Didot.

Le 27 août, la monarchie de Juillet doit affronter le premier d’une longue liste de scandales avec la mort du dernier prince de Condé, retrouvé pendu à l'espagnolette de la fenêtre de sa chambre au château de Saint-Leu. Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie sont accusés sans preuve par les légitimistes de l'avoir fait assassiner pour permettre à leur fils, le duc d'Aumale, institué son légataire universel, de mettre la main sur son immense fortune. Selon une tradition familiale des Aumale recueillie par l'historien André Castelot le prince avait été victime de jeux sexuels imprudents avec sa maîtresse, la baronne de FeuchèresAndré Casteot, Louis-Philippe, Perrin, 1994, p. 225-228..

Le renouvellement du personnel politique et administratif vignette|redresse=1.2|Amédée Girod de l'Ain, président de la Chambre des députés, et autres figures du nouveau personnel politique, dessin de Grandville, 1831 : le roi (à dr.) est seulement « un citoyen ». Dans le même temps, le gouvernement épure l'administration de tous les sympathisants légitimistes qui refusent de prêter serment au nouveau régime et à son souverain et les remplace par un personnel nouveau issu de la révolution de Juillet, donnant le signal d'une vaste . Une comédie-vaudeville, La Foire aux places de Jean-François Bayard, est jouée au théâtre du Vaudeville le ; elle montre le chœur des solliciteurs réunis dans l'antichambre d'un ministre : . Au ministère de l'Intérieur, Guizot renouvelle toute l'administration préfectorale et les maires des grandes villes. Ses collègues en font de même. Au ministère de la Justice, Dupont de l'Eure, assisté par son secrétaire général, Mérilhou, change la plupart des procureurs généraux. Dans l'armée, le maréchal de Bourmont qui venait de conclure victorieusement l'expédition d'Alger, resté fidèle à Charles X, est remplacé au commandement de la régence d'Alger par Clauzel. On remplace les généraux commandant les régions militaires, les ambassadeurs, les ministres plénipotentiaires, la moitié des membres du Conseil d'État. À la Chambre des députés, un quart environ des sièges (119) sont soumis à réélection en octobre, après démission, refus de serment ou nomination à une fonction publique entraînant, pour l'intéressé, l'obligation de se représenter devant les électeurs. Ces élections partielles sont un succès pour le nouveau régime et une déroute pour les légitimistes.

L'armée connaît aussi, avec le changement d'allégeance et le remplacement du drapeau blanc par le drapeau tricolore un important renouvellement des places. Alors que le tableau d'avancement était pratiquement bloqué depuis 1815 par la masse des officiers promus sous l'Empire ou réintégrés au retour de l'Émigration, la chute de Charles X amène bon nombre d'officiers à démissionner comme le colonel de Charette, qui avait vainement essayé d'entraîner son régiment de cuirassiers, ou être révoqués sur dénonciation de subordonnés mécontents : plusieurs régiments sont au bord de la mutinerie contre des officiers impopulaires ; inversement, le régiment de ligne, en Algérie, supplie son colonel de rester. Le ministre de l'Intérieur François Guizot demande aux préfets de surveiller étroitement les officiers suspects de menées légitimistes tandis que le ministère de la Guerre ordonne de « renvoyer dans leurs foyers » les fidèles du régime déchu. En tout, quittent le service, remplacés par des vétérans de la République et de l'Empire réintégrés dont les titres de gloire commencent à dater. Beaucoup de familles nobles cessent d'envoyer leurs fils à Saint-Cyr tandis que des jeunes officiers s'agitent dans les sociétés secrètes républicaines..

L'élément le plus notable dans ce renouvellement du personnel politique et administratif est le retour aux affaires de la partie du personnel du Premier Empire qui en avait été écartée sous la Seconde Restauration. Sociologiquement, en dépit de l'élargissement modéré du suffrage censitaire, les élites ne sont guère renouvelées : après la révolution de juillet, souligne l'historien américain David H. Pinkney, David H. Pinkney, The French Revolution of 1830, 1972 ; trad. française : La Révolution de 1830 en France, Paris, Presses universitaires de France, 1988 .. La grande différence entre la Restauration et la Monarchie de Juillet, avance Guy Antonetti, ..

L’installation symbolique du nouveau régime Le 29 août, Louis-Philippe passe en revue la Garde nationale de Paris qui l'acclame. , s'écrie-t-il en embrassant La Fayette. Le 11 octobre, le nouveau régime décide que des récompenses seront accordées à tous les blessés des « Trois Glorieuses » et crée une médaille commémorative pour les combattants de la révolution de Juillet. En octobre, le gouvernement présente un projet de loi destiné à indemniser à concurrence de 7 millions les victimes des journées de juillet (500 orphelins, 500 veuves, blessés).

vignette|redresse|« Le Grand St-Éloy à Charles X : Votre Majesté est bien mal culottée - C'est vrai lui dit le roi », caricature anonyme représentant Jean-Baptiste de Latil, archevêque de Reims, au sacre de Charles X.

Le 13 août, le roi a décidé que les armes de la maison d'Orléans (de France au lambel d'argent) orneront désormais le sceau de l'État. Les ministres perdent les appellations de Monseigneur et la qualification d’Excellence pour devenir Monsieur le ministre. Le fils aîné du roi est titré duc d'Orléans et prince royal ; les filles et la sœur du roi sont princesses d'Orléans, et non filles de France. Sont adoptées et promulguées des lois revenant sur des mesures impopulaires prises sous la Restauration. La loi d'amnistie de 1816, qui avait condamné à la proscription les anciens régicides ayant voté la mort de Louis XVI en 1793, est abrogée, à l'exception de son article 4, qui condamne au bannissement les membres de la famille Bonaparte. L'église Sainte-Geneviève est de nouveau retirée au culte catholique le 15 août et retrouve, sous le nom de Panthéon, sa vocation de temple laïc dédié aux gloires de la France. Le 11 octobre, la « loi du sacrilège » de 1825, qui punissait de mort les profanateurs d'hosties consacrées, est abrogée. Ce texte hautement symbolique n'avait d'ailleurs jamais été appliqué.