vignette|upright=1.7|Le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient dans le quartier d'Ichigaya à Tokyo.
Le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient, en abrégé TMIEO, aussi nommé Tribunal de Tokyo, Tribunal militaire de Tokyo, est créé le pour juger les grands criminels de guerre japonais de la Seconde Guerre mondiale lors du procès de Tokyo.
Origine de sa création La création du TMIEO n'est qu'une des pièces d'un ensemble plus vaste de mesures prises pour réprimer les crimes de guerreDans la région une cinquantaine des tribunaux militaires sous direction alliée jugent plus de criminels de guerre « mineurs ».. On doit citer d'abord le cas du général Tomoyuki Yamashita, condamné à mort le et exécuté aux Philippines le ; on parle d'un précédent en jurisprudence internationale, dénommé « responsabilité du commandement » ou « norme Yamashita ». Le général Masaharu Honma, extradé aux Philippines, y fut également exécuté le . Au Japon, des criminels de guerre de classe B (comme Soemu Toyoda) et C. furent jugés à Tokyo et à Yokohama.. Hiroshi Tamura fut condamné à huit ans de prison en .
Entre et , les Britanniques conduisirent , concernant qui aboutirent à à mort.
Grands textes Dès 1942, par la déclaration de Saint-James, les représentants de dix-huit nations avaient affirmé leur volonté de poursuivre les criminels de guerre dans le cadre d'une juridiction internationale. Mais cette déclaration, toute de principe, n'avait en vue que les crimes commis par les troupes nazies sur le théâtre d'opération européen, ce qui fit réagir le représentant chinois à Londres. À l'occasion de la déclaration de Moscou, les ministres des Affaires étrangères des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'URSS réaffirment cette volonté de justice. Les crimes perpétrés par les armées japonaises n'y sont toujours pas pris en considération. La déclaration de Moscou pose toutefois un principe qui soutiendra ultérieurement la création du tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient : il y était en effet précisé que ceux qui avaient commis des crimes sans localisation précise devraient être punis par une décision conjointe des Alliés. Une commission des crimes de guerre des Nations-Unies est d'ailleurs mise en place à cette époque pour répertorier les criminels de guerre ; mais ce n'est qu'au printemps 1944 que la Commission spécialement dédiée à l'Extrême-Orient et au Pacifique commencera à établir la liste des suspectsDe même, ce n'est que le que le Garde des Sceaux du Gouvernement provisoire de la République Françaiselance la création d'un service de renseignement concernant les crimes de guerre commis par les Japonais en Indochine Le juge Henri Bernard au procès de Tokyô..
C'est finalement à la proclamation de Potsdam du , que les représentants des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la Chine, rendant publiques les conditions d'une reddition du Japon, firent spécifiquement connaître leur intention de conduire en justice les criminels de guerre japonais (l'URSS, toujours liée au Japon par un traité de non-agression, s'était abstenue de prendre part à cette décision).
Le , c'est le bombardement d'Hiroshima, le , c'est celui de Nagasaki et l'entrée en guerre de l'Union Soviétique contre le Japon ; le , le Japon fait savoir qu'il accepte les termes de la déclaration de Potsdam à l'exception des dispositions qui viseraient l'empereur ; le 14, le Japon fait connaître sa pleine acceptation de la déclaration de Potsdam : le 15, c'est l'allocution de l'empereur (Gyokuon-hōsō).
Le , la Commission des crimes de guerre des Nations unies — UNWCC — avait publié ses recommandations concernant la poursuite des criminels de guerre japonais Draft Summary of Recommandations concerning Japanese War Crimes and AtrocitiesVoir : The Legal Regime of the International Criminal Court : Essays in Honour of… par José Doria, Hans-Peter Gasser, M. Cherif Bassiouni.. Au sein de l'UNWCC, le Comité pour l'Extrême-Orient fut à l'origine de la création d'un sous-comité chargé de la poursuite des criminels de guerre japonais ; créé en , celui-ci s'établit à Chungking/Chongqing le National Archives Collection of World War Crimes Records., puis à Nankin ; ce sous-comité - sur lequel on ne dispose que de peu d'informations - dressa lui-même une liste de suspects, qui fut augmentée des noms d'autres personnes signalées par les diverses autorités militaires ; il publia trente-six listes portant en tout sur World in Asia and the Pacific and the War's aftermath, with general themes de Loyd E. LeeVoir : World War 2 in Asia and the Pacific… - Google Livres..
Le , dans le cadre du document qui devait définir la politique générale des États-Unis au Japon, le Comité Interarmes (State War Navy Coordinating Committee — SWNCC —) évoque la poursuite des criminels de guerre. Ce document — SWNCC150/4 — sera approuvé par Truman le , et rendu public le 22 .
Alors que les premiers éléments avancés des forces américaines ont pris pied au Japon le , la reddition japonaise est signée le Ce n'est toutefois que le 3 septembre que le commandement japonais pour les Philippines fera formellement acte de reddition ; pour les forces de Corée ce sera fait le 9 septembre, pour l'Asie du sud-est ce ne sera signé que le 12 septembre ; ces dates expliquent en partie pourquoi MacArthur attendit le 11 septembre avant de lancer son ordre d'arrestation, comme il s'en expliqua à la presse qui lui avait reproché sa lenteur. sur l'. Les actes de capitulation du Japon évoquent la question des crimes de guerre.
Mise en place du tribunal Les Américains entrent à Tokyo le MacArthur n'y déménagera son QG de Yokohama que le 17 septembre..
Le , le Commandant suprême des forces alliées (ou SCAP, Supreme Commander of the Allied Power), Douglas MacArthur, fait procéder à l'arrestation de trente-neuf suspects dont le général Hideki TojoPar cet ordre (Ltr, GHQ USAFPAC, to CG Eighth A, 11 Sep 45, sub: Apprehension and Detention of Certain Individuals. In AG 383.7 (CI)), seront arrêtés le 11 septembre : le général Suzuki, Okinobu Kaya, Hiroyasu Ino, Michiyo Iwamura, le colonel Hashimoto, le lieutenant-Général Homma, Shozo Murata, le Capitaine Tokuda, le colonel Suzuki, le sergent Tabata, Paratrap/Pratap Mahendra, James Sakaki, Shigenori Kuroda, le Président Jose Laurel, son fils Jose ainsi que Benigno S. Aquino, Yashitaka Ueda (n° 24 sur la liste), le général Kunihiko Hashida et le général Koizumi se suicidèrent juste avant leur arrestation (le premier par empoisonnement, le second rituellement par seppuku) ; Shigemori Togo malade du cœur se livrerait ultérieurement ; Nobosuke Kishise se livrera lui-même le 16/17 septembre ; quant à Hirota, son statut, à cette date, est incertain ; le vice-amiral Terashima était alors le seul membre du cabinet de guerre Tojo à être encore en liberté. Furent également arrêtés : le major Charles Cousens, Heinrich Stahmer, General Stretchmer, Dr Maung, le colonel Josef A Meisinger/Meisenger, Wathakan Wichit, Colonel Kira Tagahama, Lieutenant-Colonel Seiichi Ohto, Josias van Dienst, Aung Than, Mark Lewis Streeter, John Holland (alias David Lester), Iva Toguiri (alias Tokyo Annie, alias Tokyo Rose) enfin Jorge B. Vargas et ses deux fils. C'est, semble-t-il, un simple oubli qui fit que les noms de Naoki Hoshino et de Michio Yuzawa - du cabinet Tojo - ne figurèrent pas sur la liste du 11 septembre ; Seiichi Ohta et un certain Honashi Takeuchi qui figuraient sur cette liste seront arrêtés le 19 septembre ; à cette date, sur les 39 recherchés seuls 7 étaient encore manquants. Cf .. Ce même jour il ordonne la dissolution du Quartier Général de l'Armée Japonaise — mais le ministère de la guerre est encore maintenu ; la veille la censure avait été instaurée par la directive SCAPIN 16 (connue sous le nom de "Freedom of Speech and Press" directive) : dans les jours qui suivirent, le SCAP s'opposera à la publication de la liste des personnes recherchées pour crime de guerre dans les journaux japonais.Un contrôle de l'information existait toutefois avant le 11 septembre : dès le le SCAP avait pris des dispositions en ce sens notamment au sujet des Japonais faits prisonniers : .).
Le (on trouve aussi le ) le Comité Interarmes enjoint à MacArthur de mettre en place les moyens de juger les criminels de guerre les plus importantsDirective on the Identification, Apprehension and Trial of Persons Suspected of War Crimes, pas de date ou de N° de série, joint à FEAC 8, 24 October 1945, dossier n°. EA 2 106/3/22, Part 1, Archives New Zealand cf . ; cela visait les personnes suspectées d'avoir elles-mêmes planifié la guerre, violé des traités ou qui ont participé à une conspiration visant à la réalisation de ces mêmes crimes. La directive précisait également que les faits examinés en vue du jugement pourraient remonter jusqu'au , date de l'assassinat de Chang Zolinet date de la publication du mémorandum Tanaka.. Ces instructions adressées au SCAP, ainsi que le mémorandum qui y était joint, ne furent communiqués aux alliés que vers la fin octobrePolicy of the United States in regards to the apprehension and punishment of War Criminals in the Far East. US Department of State ..
Les 12 et la Commission des crimes de guerre établit une liste de personnes suspectes.
Le , MacArthur ordonne une série d'arrestationsSont arrêtés : le général Koiso, Yosuke Matsuoka, le général Iwane Matsui, le général Sadao Araki, le général Honjo — qui se suicida — Funanonsuke Kuhara, le général Minami, Toshio Shiratori, Yoshihisa Kuzuu/Kuzuo et Kzaunobu Kanokogi (ou plutôt : Kazunobu Kanokogi ?) cf. The Argus Mardi 20 novembre 1945..
Le Joseph Keenan est nommé Procureur en chef par le président Truman. Arrivé à Tokyo le — accompagné de trente-neuf collaborateurs — Keenan recueille documents et témoignages ; c'est aussi lui qui élabore la Charte du Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient.
Le , publication des règles devant régir le procès des personnes accusées de crime de guerre..
Le , MacArthur fait procéder à une troisième vague d'arrestation. Parmi les personnes arrêtées figurent notamment des membres de la cour impériale, ce qui fit forte impression au JaponLes personnes arrêtées ce 3 décembre : deux membres de la famille impériale : le marquis Kōichi Kido et le prince Nashimoto, mais aussi des industriels comme Kiyoshi Goko, ancien président de Mitsubishi ou Seihin Ikeda — de la banque Mitsui et gouverneur de la Banque du Japon —, Chikuhei Nakajima — industrie aéronautique —, des militaires comme les amiraux Soemu Toyoda et Sankichi Takahashi ou encore le maréchal Shunroku Hata, des hommes de l'Information comme Inosuke Foruno — Domei agency — ou Matsutaro Shoriki — président du Yomiuri Shimbun —, enfin des politiciens tels Eiji Amau et Masayuki Tani. Parmi la liste on trouve aussi : Koki Hirota (qui avait figuré sur les listes d'arrestations de septembre avant d'en être rayé, le baron Kiichiro Hiranuma, .. Devançant sa probable arrestation, le prince Fumimaro Konoe se suicida le . À la fin de l'année 1945, parmi les 1200 personnes arrêtées dans le cadre de cette procédure, ce sont 80 personnes qui devaient répondre d'accusation de crime de guerre de catégorie A.
Le , une déclaration des ministres des Affaires étrangères des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'URSS reconnaissent au SCAP l'entière autorité pour mener à bien les dispositions arrêtées par l'acte de reddition..
Charte Le , la Charte est promulguée par le Commandement suprême des forces alliées.
vignette|300px|Des juges du Tribunal représentant la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Australie (juge en chef Webb), la Chine et l'URSS
Pour juger des crimes de guerre majeurs