vignette| d'après une miniature du extraite d'un chansonnier provençal. BnF Ms 12473. d'Aquitaine ou de Poitiers (en occitan : d'Aquitania ou de Peitieus), né le et mort le à Poitiers, est comte de Poitiers, duc d'Aquitaine et de Gascogne du à sa mort. Il est également le premier troubadour (poète de langue d'oc) connu.
Biographie Origine et famille nait le . Il est le fils de et d'Hildegarde (Audéarde) de Bourgogne. La validité du mariage de ses parents est tout d'abord contestée, en raison d'un degré de parenté prohibé par l'Église, et la légitimité de ce premier fils est remise en question. Le duc d'Aquitaine doit se rendre à Rome, auprès du pape , au printemps 1076, pour plaider sa cause. Finalement en raison d'un risque sérieux de guerre civile, le jeune Guillaume est légitimé par le pape, et si le mariage est officiellement annulé, il se poursuit toutefois sous une forme morganatique. À la mort de son père en 1086, , âgé de seulement quinze ans, lui succède comme duc d'Aquitaine et comte de Poitiers. Le nouveau duc étant encore un enfant, l'habitude est prise de l'appeler « Guillaume le Jeune », si bien que ce surnom lui reste pendant toute sa vie.
Duc d'Aquitaine et comte de Poitiers continue à développer l'embryon d'organisation administrative de ses prédécesseurs, avec l'ajout d'un prévôt à Surgères en 1087 et la création d'agents forestiers. Il prend et détruit le château de Blaye au comte , afin de refréner les entreprises de celui-ci en Saintonge.
Ayant acquis des droits sur Toulouse par sa femme Philippe de Toulouse, il les fait valoir par les armes en prenant Toulouse en 1098. Ville qu'il revend à Bertrand de Saint-Gilles pour financer son expédition en Terre sainte, en 1101.
Après l'annonce de la prise de Jérusalem en 1099 par les participants de la première croisade, Guillaume prend à son tour la croix et part pour la Terre sainte en compagnie du duc . Cette « croisade de secours », menée par le duc d'Aquitaine, quitte Constantinople en et suit la route qu’avait suivie la première croisade. Elle atteint Iconium puis Eregli, dans les montagnes d'Anatolie, où elle est attaquée en septembre et presque entièrement massacrée.. Guillaume réussit à en réchapper, sans gloire, et après avoir reçu quelque temps l'hospitalité de Tancrède de Hauteville, à Antioche, et participé à quelques combats, il revient en Poitou, après un peu plus d'un an et demi d'absence. Le 29 octobre 1102, il est à Poitiers.
À partir de 1108, Bertrand de Saint-Gilles étant parti pour Tripoli, Guillaume et Philippa reprennent par les armes Toulouse et occupent le Toulousain, le Quercy et l'Albigeois, repoussant Alphonse Jourdain vers l'est du Rhône.
En 1110, une terrible guerre éclate en Poitou. Guerre de sièges avec son triste lot de ravages et de souffrances, conséquence d'une alliance entre les seigneurs de Parthenay et de Lusignan, alliés au comte Foulques le Jeune d'Anjou, trop heureux de s'en prendre au duc. Une trêve est finalement signée. Guillaume est grièvement blessé à la cuisse devant Taillebourg.
En 1113, pour financer sa campagne contre Toulouse, qu'il reprend pratiquement sans combat, Guillaume doit taxer lourdement les biens appartenant aux communautés religieuses. Cette fois c'en est trop et , évêque de Poitiers, décide d'excommunier le duc. Au début de 1114, Il prononce l'anathème dans la cathédrale de Poitiers, devant un Guillaume furieux. Emprisonné dès le lendemain dans son château de Chauvigny, Pierre y meurt le , en odeur de sainteté.
En l'absence de Philippa, partie à Toulouse recevoir l'hommage de ses vassaux, Guillaume, revenu en Poitou, rencontre la fille de Barthélémy de l’Isle Bouchard, épouse de son vassal le vicomte , Amalberge ou Amauberge, surnommée Dangereuse ou plus familièrement la Maubergeonne (1079-1151). Il en fait sa maîtresse officielle en 1114 et l'installe dans la tour (appelée plus tard tour Maubergeon par les Poitevins, selon Orderic Vital, car occupée par Amauberge) du palais ducal de Poitiers, qu'il vient de faire reconstruire après le violent incendie qui l'avait ravagé . Cette liaison affichée est un scandale permanent qui vaut à Guillaume une nouvelle excommunication de la part du nouveau légat, Girard. Guillaume y répond par une plaisanterie restée célèbre: « Le peigne frisera les cheveux de ton front avant que je ne m'éloigne de la vicomtesse », faisant allusion à la calvitie de Girard. Philippa, au beau milieu de cette liaison, donne naissance, à Toulouse, à leur dernier fils, Raymond de Poitiers, en 1115. Elle se retire ensuite au prieuré fontevriste qu'elle a fondé à Lespinasse (Haute-Garonne). Elle y prend le voile, en compagnie d'une de ses filles, Audéarde, et y meurt le .Jean-Marc Bienvenu, Aliénor d'Aquitaine et Fontevraud, Cahiers de Civilisation médiévale, 1986, p. 15-27, p. 16 sur persee.fr... Guillaume ne sera définitivement relevé de son excommunication qu'en 1118, à la condition de pourvoir à la vacance des évêchés, particulièrement à celle de l'évêché de Poitiers.
En 1120, il participe à un épisode de la Reconquista, accompagné d'une troupe de six cents chevaliers. Allié au roi de Castille et León, dit le Batailleur, il combat contre les Almoravides pour la reconquête du royaume de Valence, remportant notamment la bataille de Cutanda, au sud de Saragosse, le . À cette occasion, leur allié le roi taïfa de Saragosse, Imâd al-Dawla, offre à Guillaume un précieux vase de cristal de roche qu'il offrira plus tard à sa petite-fille, le célèbre « vase d'Aliénor ».
En 1121, il marie son fils aîné Guillaume à la fille de sa maîtresse, Aénor de Châtellerault. Il démontre ainsi son attachement envers Dangereuse, à qui il restera fidèle jusqu'à la fin de sa vie . En 1124, le jeune couple donnera naissance à son premier enfant, Aliénor d'Aquitaine.
En 1123, après un renversement d'alliance, Guillaume est désormais aux côtés de contre son ancien allié, le roi d'Aragon .
Le premier troubadour
d'Aquitaine marque surtout l'histoire en sa qualité d'homme de lettres, qui entretient une des cours les plus raffinées d'Occident.
Selon un roman, mis en forme dans les années 1200, la Seconde continuation de Perceval, il accueille peut-êtreSans que l'on sache avec certitude à quel « comte de Poitiers », de Guillaume IX ou de , le roman fait référence. à sa cour le barde gallois Bléhéri (ou Bréri ou Bleddri ap Cydifor), qui introduit auprès du « comte de Poitiers qui aimait cette histoire et qui la gardait, plus qu'aucun autre, en mémoire », le mythe arthurien et la légende de Tristan, qui constitueront plus tard la matière de Bretagne.
Il est lui-même un poète, utilisant la langue d'oc (le limousin), proche de sa langue habituelle le poitevin-saintongeais, dans ses créations. Ce sont des chansons (cansos), des poèmes mis en musique. Il est considéré comme le premier troubadour connu. Son surnom de Troubadour, sous lequel il apparaît souvent, ne lui est attribué qu'au début du .
C'est le plus ancien poète médiéval, depuis saint Fortunat au (qui réside longtemps à l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers), dont des œuvres en langue vulgaire, ni sacrées ni à la gloire de héros guerriers, soient conservées. Ses vers traitent le plus souvent des femmes, d'amour et de ses prouesses sexuelles. On lui attribue onze chansons. Sa poésie est parfois très crue, notamment dans la chanson convenable (chanson I, Companho faray un vers...convinen), lorsqu'il demande à ses compagnons quel cheval il doit monter, d'Agnès ou d'Arsens.. Considéré comme l'inventeur de l'amour courtois (fin' amor en occitan), il est l'un des modèles influents de l'art des troubadours, dont la poésie va devenir plus galante.
Après avoir renoncé à ses nombreuses liaisons, il se consacre à la vicomtesse de Châtellerault(Dangereuse de L'Isle Bouchard), qu'il invoque comme sa dame dans ses poèmes. Sa poésie se fait alors plus courtoise . On évoque aussi à son propos la fondation d'un couvent parodique, dont les nonnes seraient choisies parmi les plus belles femmes du comté. Cette légende noire tout droit sortie de l'imagination « a priori défavorable envers le premier Troubadour » de Guillaume de MalmesburyGuillaume de Malmesbury, Geste des rois d'Angleterre, vers 1130., n'a d'autre fondement que les préjugés du moine anglo-normand à son encontre. À la bataille de Cutanda, il aurait, toujours selon Guillaume de Malmesbury, combattu avec le corps nu de sa maîtresse peint sur son bouclier.
Il évoque également la guerre et ses conséquences pour lui : selon Orderic Vital, il raconte sa captivité en Orient de manière plaisante, alors qu'il n'a en réalité jamais été emprisonné au cours de sa croisade.
Il fait de grosses donations à l'Église, dont certaines pour la fondation de monastères et ajoute un donjon (tour Maubergeon) au palais ducal de Poitiers.
Il meurt à Poitiers, à l'âge de cinquante-quatre ans, le , et est inhumé en l'abbaye Saint-Jean-de-Montierneuf à Poitiers.
Mariages et descendance Guillaume est brièvement marié, en 1089, à Ermengarde d'Anjou (fille de , comte d'Anjou): " Et il consentit à lui donner en mariage la fille issue de sa précédente union avec Hildegarde ou Audéarde de Beaugency". (lire en ligne) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k760910/f405.item Régine Pernoud: La femme au temps des cathédrales, ed. Stock, Paris, 2001., avant d'épouser Philippa de Toulouse (ou Philippie ou Mathilde), fille de , comte de Toulouse, en 1094. De cette seconde union, naissent : (1099-1137), son héritier et père d'Aliénor d'Aquitaine (1124-1204) ; Agnès de Poitiers (1103-1159), mariée à et à ; Raymond de Poitiers (1115-1149), qui règne sur la principauté d'Antioche.
Et quatre autres filles dont on ignore le sort.
Sa descendance illégitime, s'il y en eut, notamment de Dangereuse, n'est pas connue. Un Henri, prieur de Cluny était un cousin et non un fils de Guillaume. Un autre Henri, imaginaire selon Alfred Richard, est évoqué par Guillaume de Tyr..
Exemple de chanson
Voici une des œuvres composées par le comte duc, en langue d'oc, en limousin, accompagnée de la traduction française, la chanson VIII :
Farai chansoneta nueva , Je ferai chansonnette nouvelle
(occitan) Farai chansoneta nueva, Ans que vent ni gel ni plueva : Ma dona m'assaya e-m prueva, Quossi de qual guiza l'am ; E ja per plag que m'en mueva No-m solvera de son liam.(français) Je ferai chansonnette nouvelle Avant qu'il vente, pleuve ou gèle : Ma dame me teste, m'éprouve, Pour savoir combien je l'aime ; Et elle a beau me chercher querelle, Jamais je ne renoncerai à elle.Qu'ans mi rent a lieys e-m liure, Qu'en sa carta-m pot escriure. E no m'en tenguatz per yure, S'ieu ma bona dompna am ! Quar senes lieys non puesc viure, Tant ai pres de s'amor gran fam.Je me rends à elle, je me livre Elle peut m'inscrire en sa charte ; Et ne me tenez pour ivre Si j'aime ma bonne dame, Car sans elle je ne puis vivre, Tant de son amour j'ai grand faim.Per aquesta fri e tremble, Quar de tam bon'amor l'am, Qu'anc no cug qu'en nasques semble En semblan del gran linh n'Adam.Pour elle je frissonne et tremble, Je l'aime tant de si bon amour ! Je n'en crois jamais née de si belle En la lignée du seigneur Adam.Que plus es blanca qu'evori, Per qu'ieu autra non azori : Si-m breu non ai aiutori, Cum ma bona dompna m'am, Morrai, pel cap sanh Gregori, Si no-m bayza en cambr'o sotz ram.Elle est plus blanche qu'ivoire, Je n'adorerai qu'elle ! Mais, si je n'ai prompt secours, Si ma bonne dame ne m'aime, Je mourrai, par la tête de , Un baiser en chambre ou sous l'arbre !Qual pro-y auretz, dompna conja, Si vostr'amors mi deslonja Par que-us vulhatz metre monja! E sapchatz, quar tan vos am, Tem que la dolors me ponja, Si no-m faitz dreg dels tortz q'ie-us clam.Qu'y gagnerez-vous, belle dame, Si de votre amour vous m'éloignez ? Vous semblez vous mettre nonne, Mais sachez que je vous aime tant Que je crains la douleur blessante Si vous ne faites droit des torts dont je me plains.Qual pro i auretz s'ieu m'enclostre