Le phare de Cordouan est un phare situé dans le département de la Gironde (Nouvelle-Aquitaine) à sept kilomètres en mer sur le plateau de Cordouan, à la limite entre l'océan Atlantique et la Gironde, estuaire commun de la Garonne et de la Dordogne. Il sécurise la circulation dans les deux passes donnant accès à l'estuaire : la grande passe de l'Ouest, balisée de nuit, qui longe la rive nord depuis le banc de la Coubre, et la passe sud, plus étroite et non balisée de nuitCartes marines 7425 et 7426 éditées par le SHOM..
Situé entre la pointe de Grave (commune du Verdon-sur-Mer, Gironde) et la commune de Saint-Palais-sur-Mer, près de Royan, il est cadastré en Gironde, au Verdon-sur-Mer, en tant que parcelle de cette commune.
Construit de 1584 à 1611 et , consultées le . par Louis de Foix, c'est le plus ancien phare de France encore en activité.. Surnommé à l'occasion le « Versailles de la mer », le « phare des rois » et le « roi des phares », c'est aussi le plus ancien phare classé au titre des monuments historiques par la liste de 1862.
Propriété de l'État, le phare est administré par les services du Verdon-sur-Mer de la direction interrégionale de la Mer (DIRM) sud-atlantique., qui veillent à ce qu'il assure chaque jour sa mission, aujourd'hui entièrement automatisée.
Depuis , la valorisation touristique et le gardiennage du site sont délégués par la DIRM au syndicat mixte pour le développement durable de l'estuaire de la Gironde (SMIDDEST), constitué par les départements de la Gironde et de la Charente-Maritime, la région Nouvelle-Aquitaine, la métropole de Bordeaux, la communauté d'agglomération Royan Atlantique, la communauté de communes de l'Estuaire et la communauté de communes de la Haute Saintonge, en collaboration avec l'association pour la sauvegarde du phare de Cordouan.
En , une nouvelle île sablonneuse est apparue non loin à l'est du phare, actuellement nommée « Île sans nom ».
Depuis , le phare est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO..
Géographie
Quelques éléments : Le phare est situé à l'embouchure de la Gironde, à environ 7 km au large des côtes du Verdon-sur-Mer (Médoc) et de Saint-Palais-sur-Mer (Saintonge), sur un plateau rocheux découvert à marée basse.
Situation alignement de la pointe de la Négade (Soulac-sur-Mer), du phare de Cordouan et de la pointe de la Coubre (Les Mathes et La Tremblade, à l'ouest de Royan), considéré comme la limite géographique de la Gironde distances à préciser entre le phare de Cordouan et : la pointe de la Coubre la pointe de la Négade la commune du Verdon-sur-Mer (point le plus proche) la commune de Saint-Palais (point le plus proche) la pointe de Grave (Le Verdon), limite du domaine maritime sur la rive sud de l'estuaire ; la pointe de Suzac (Saint-Georges-de-Didonne), limite du domaine maritime sur la rive nord.
Relief et hydrologie maritime
le plateau de Cordouan l'île sans nom
Histoire Premières mentions d'une sécurisation maritime à Cordouan () La présence de moines (ermites) à Cordouan est attestée par des documents de la fin du .
L'installation de l'abbé Étienne de Saint-Rigauld et du frère prieur Ermenaud pour se retirer du monde sur l'île de Cordouan est attestée« Un site religieux », sur cordouan.culture.gouv.fr. par une charte de l'abbaye de Cluny datée de 1088Charte de Cluny, 1088, conservée à la bibliothèque nationale de France, coll. Bourgogne, tome 79, 178a..
Le cartulaire de l'abbaye de La Sauve-Majeure, daté de 1092, indique que les moines de Cordouan sonnent une cloche et allument un feu en cas de danger pour les marins.
Aucun document n'atteste que cette activité se soit prolongée par la suite.
La Tour du Prince Noir ()
Au début de la guerre de Cent Ans (1337-1453), Édouard de Woodstock (1330-1376), dit « le Prince Noir », prince de Galles en tant que fils aîné du roi d'Angleterre Édouard III (1312-1377), représente son père à la tête du duché d'AquitaineÀ partir de 1154, en raison du mariage en 1152 de la duchesse Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt, le duché d'Aquitaine, incluant la plus grande partie de la Gironde, est détenu par les rois d'Angleterre, en principe vassaux du roi de France pour ce duché. Cette situation prend fin en 1453, lorsque le roi de France Charles VII reprend définitivement Bordeaux, ce qui met fin à la guerre de Cent Ans, commencée en 1337. Durant ces trois siècles, les relations commerciales entre Bordeaux et l'Angleterre sont importantes., à partir duquel il inflige en 1356 la défaite de Poitiers au roi Jean le Bon.
En ce qui concerne l'estuaire, il ordonne la construction d'un édifice sur le plateau de Cordouan, au sommet duquel un ermite allume la nuit de grands feux et prélève un droit de passage sur les navires entrant dans l'estuaireLe phare de Cordouan, Planète travaux Publics... Cette tour, appelée tour du Prince Noir, est abandonnée, si bien que, deux siècles plus tard, elle est en ruineÉtienne Glouzot, « Un voyage à l'île de Cordouan au », Bibliothèque de l'École des chartes, , 1905, , ..
Le phare de Louis de Foix () À la fin du , le maréchal de Matignon, gouverneur de Guyenne, se préoccupe à son tour de la sécurité de la navigation dans l'estuaire. Le , en présence de son ami Michel de Montaigne, maire de Bordeaux, il passe commande du phare de Cordouan à l'ingénieur-architecte Louis de Foix. Ce nouvel ouvrage est qualifié d'« œuvre royale ».
Le contrat original (21 pages 1/4 in-folio), cosigné entre autres par les dignitaires bordelais suivants : le maréchal de Matignon, François de Nesmond et Ogier de Gourgues, figura à la vente aux enchères publiques de manuscrits, livres précieux et autographes / « collection J.D. » à Paris les 6 et (n°80 du catalogue, reprod. de la page de signature - arch. pers.).
En 1592, Matignon nomme les membres de la commission chargée de recevoir les travaux exécutés par Louis de Foix : « Loys Baradier, maître des repparations pour Sa Majesté en Guienne » ; « Pierre Hardouyn, maistre des œuvres ; maistre juré des œuvres et fabriques de la ville de Bordeaux » ; « Estienne Arnault, maistre masson » ; « Jaques Guilhermain, maistre architecte » ; « Loys Cothereau, maistre masson » ; « Francoys Gabriel, maistre voyeur en la comté d'Alençon, architecte de Monseigneur le Mareschal de Matignon ».
Le rapport de la commission est remis le , estimant à la toise de maçonnerie, somme considérable à l'époque..
Après avoir consacré dix-huit ans de sa vie et toute sa fortune à la construction du phare, Louis de Foix meurt en 1602, sans voir le bâtiment terminé. Selon une légende du , il aurait été inhumé dans un endroit secret du phare.. Les travaux nécessitent l'édification et le maintien en état continuel de défenses en grosses pierres de taille entre-liées de bois tout autour du plateau pour protéger la cité ouvrière. Celle-ci comprend notamment, en dehors des chantiers proprement dits, un four à chaux, des ateliers, une menuiserie, une charpenterie, un charronnage, une forge, des logements pour l'ingénieur et jusqu'à cinquante ouvriers, des magasins de vivres, un chai pour le vin, un moulin à blé, un four à pain, et enfin une écurie pour les six ou sept chevaux qui charrient les matériaux, ainsi qu'une grange pour leur fourrage. Son fils reprend sa succession mais, ruiné, il transmet le flambeau à François Beuscher, ancien conducteur de travaux de Louis de Foix, qui achève son œuvre en 1611, soit vingt-sept ans après la signature du contrat.
Lors de sa mise en service, dès sa construction terminée, le phare est constitué d'un petit dôme à huit baies fermées de vitraux. Dans un bassin placé sur un piédestal en bronze, on brûle du bois enduit de poix, d'huile et de goudron. La fumée est évacuée par une pyramide creuse de de hauteur. Le feu est situé à au-dessus des plus hautes mers.
Une fois le phare achevé, les défenses n'étant plus entretenues, la mer a rapidement raison de ce qui subsistait de la cité ouvrière, ne s'arrêtant qu'au roc de l'îlot de Cordouan.
Reconstructions
vignette|Représentation du phare au .
En 1645, une violente tempête détruit la pyramide et le dôme ; ce dernier est rétabli en 1664, et le combustible est remplacé par du blanc de baleine. Le soubassement est renforcé entre 1661 et 1664.
En 1719, la partie supérieure de la tour est démolie. Elle est reconstruite en 1724 sur de nouveaux plans, dus au chevalier de Bitry, ingénieur en chef des fortifications de Bordeaux.
Le premier feu à réverbères paraboliques voit le jour en 1782, mais le phare se trouve alors en très mauvais état. Les marins déplorent par ailleurs l'insuffisance de la portée du phare, dont le feu n'est pas assez élevé. D'importants travaux de rénovation sont donc nécessaires. Ils sont menés de 1782 à 1790 par l'ingénieur Joseph Teulère, qui suggère de rehausser cette tour de en conservant le rez-de-chaussée et les deux étages, et ceci dans le style Louis XVI, dont la sobriété un peu sèche contraste avec la richesse des étages inférieurs, qui ont conservé leur décoration Renaissance.
Puis en 1790, après avoir rehaussé le phare à au-dessus des plus hautes mers, l'ingénieur Teulère met au point le premier feu tournant à réverbères paraboliques. Il est constitué de lampes à huile, ou becs d'Argand, et est manœuvré par une machine construite par Mulotin, horloger à Dieppe. Le combustible est un mélange de blanc de baleine, d'huile d'olive et d'huile de colza.
Le premier appareil lenticulaire de Fresnel à système tournant, application de l'invention d'Augustin Fresnel, est expérimenté à Cordouan en 1823. La lampe à trois mèches concentriques, placée au « plan focal » de l'appareil, est approvisionnée à l'huile de colza au moyen d'une pompe aspirante et refoulante.
Sous le Second Empire, des logements pour les gardiens sont aménagés dans le couronnement du rez-de-chaussée.
Après de nombreux géographes voyageurs et historiens comme le Dieppois Antoine-Augustin Bruzen de La Martinière qui le trouvait « d'une architecture admirable », Jules Michelet l'évoque ainsi dans La Mer (1861) : « On ne connaît pas assez ce respectable personnage, ce martyr des mers. Il est, entre tous les phares, je crois, l'aîné de l'Europe. [...] Cordouan est un écueil que l'eau de quitte jamais. L'audace en vérité fut grande de bâtir dans le flot même, que dis-je ? dans le flot violent, dans ce combat éternel d'un tel fleuve et d'une telle mer ».
Modernisation du phare (depuis 1948)
vignette|gauche|Les travaux de renforcement du bouclier entrepris en 2005.
En 1948, l’électrification du phare de Cordouan est réalisée au moyen de deux groupes électrogènes autonomes reliés à une lampe de en triphasé. Le feu fixe, transformé en feu à occultations avec trois secteurs colorés, est situé à au-dessus des hautes mers.
En 1982, lors de travaux, un chef d'entreprise qui a besoin de pouvoir contacter ses autres chantiers sur le continent fait installer le téléphone, qui demeure ensuite sur place.
En 1984, une lampe de au xénon est installée, mais elle est remplacée trois ans plus tard par une lampe de aux halogènes.
En 2002, le phare de Cordouan est inscrit sur la liste indicative des monuments susceptibles d'être classés au patrimoine mondial de l'UNESCOProposition d'inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO, soumise le février 2002..
vignette|upright|Vue du phare depuis l'entrée de l'édifice.
Entre mars et , une cuirasse de béton armé de de long et de huit mètres de haut est construite autour du flanc sud-ouest du bouclier, afin de mieux le protéger des assauts de la houle d'ouest, qui entraîne des vibrations mettant en danger la structure du phare. Les travaux, réalisés par la société Guintoli et pilotés par la subdivision du Verdon du Centre d'études techniques maritimes et fluviales (CETMEF), ont coûté environ 4,5 millions d'euros, financés par l'État (57,5 %), l'Union européenne (17,5 %), les régions Aquitaine et Poitou-Charentes, les départements de la Gironde et de la Charente-Maritime..