Kirinyaga (titre original : ) est un recueil de nouvelles de science-fiction de l'auteur américain Mike Resnick, publié en 1998 aux États-Unis et la même année en France. Kirinyaga forment un roman cohérent, composé d'un prologue, de huit chapitres et d'un épilogue.
En 2008, Mike Resnick publie la nouvelle Kilimanjaro: A Fable of Utopia, se déroulant dans le même univers. Elle est publiée en France par les éditions Denoël dans la collection Lunes d'encre en 2015 sous le titre Kilimanjaro dans le recueil Kirinyaga - L'Intégrale.
Argument Au , dans une Afrique occidentalisée où les animaux sauvages ont totalement disparu, quelques Kényans nostalgiques du mode de vie de leurs lointains ancêtres kikuyus décident d'émigrer sur un planétoïde terraformé pour y créer un monde reproduisant la culture Kikuyu : « Kirinyaga ». Mais préserver un monde traditionnel figé dans le passé est une tâche difficile pour Koriba, le « sorcier » du village, qui, au nom de la tradition, tue des nouveau-nés, interdit toute instruction aux femmes, pratique l'excision et n'hésite pas à manipuler ses semblables à l'aide de la technologie occidentale. Il doit ainsi affronter les questions et les doutes de la jeune génération.
Présentation de l'œuvre Genèse En 1987, l'auteur américain Orson Scott Card demande à Mike Resnick d'écrire une nouvelle.. pour Eutopia, un recueil de nouvelles de science-fiction. Le projet consiste à inventer des sociétés utopiques bâties sur des planétoïdes et répondant à deux contraintes narratives : chaque société utopique doit être décrite de l'intérieur par un personnage qui y croit et doit autoriser à partir quiconque en ferait la demande. Mike Resnick participe au projet et remet sa contribution, Kirinyaga (le premier chapitre du futur roman), à Orson Scott Card lors de la « Convention mondiale de science-fiction » de Brighton en Grande-Bretagne. Cette nouvelle est publiée en 1988 dans le « Magazine of fantasy and Science Fiction » et reçoit en 1989 le prix Hugo de la meilleure nouvelle courteMike Resnick, Kirinyaga. Une utopie africaine, éd. Denoël, coll. Présences, 1998 : « Postface de l'auteur », pp. 321-322..
Dès le départ, la nouvelle Kirinyaga est conçue par Mike Resnick comme le premier chapitre d'un futur romanMike Resnick, op. cit., p. 322.. Il décide ensuite d'écrire chaque chapitre de ce roman séparément afin de le publier sous forme de nouvelle indépendante. C'est finalement en 1998 que paraît le roman dans sa forme définitive.
C'est une scène vécue lors d'un safari africain qui donne à l'auteur l'idée de l'utopie kikuyu : une femme kikuyu porte 40 kilos de bois sur ses épaules, tandis que son mari, sans fardeau, la tête haute, avance tranquillement devant elleVoir Mike Resnick, Sous d'autres soleils, Flammarion, Coll. « Imagine », 2001, Préface de l'auteur, « Pourquoi l'Afrique ? », p. 13..
Situation de l'œuvre Étalée sur une durée de 10 ans, de 1987 à 1997, la rédaction chapitre après chapitre de Kirinyaga accompagne toute la « période africaine » de Mike Resnick, marquée par des romans comme Ivoire (1988) et la trilogie Paradis (1989), Purgatoire (1993) et Enfer (1993).
Commentaire de l'auteur Mike Resnick considère que c'est le chapitre-nouvelle « Kirinyaga » qui a fait sa réputation, mais sa préférence personnelle va au chapitre-nouvelle « Toucher le ciel ». En revanche, l'auteur regrette le manque d'ambiguïté narrative de la nouvelle intitulée « Bwana » qui en fait d'après lui le chapitre le moins bien réussi du romanMike Resnick, Kirinyaga. Une utopie africaine, éd. Denoël, coll. Présences, 1998, « Postface de l'auteur », pp. 323..
Nouvelles Une matinée parfaite en compagnie de chacals Titre original : Initialement parue dans en Résumé :
Edward Kimante, un jeune Kényan occidentalisé, emmène son père Koriba à l'astroport de Nairobi. Le vieil homme doit embarquer pour un planétoïde terraformé où il a l'intention de fonder une nouvelle utopie kikuyu : « Kirinyaga ». Pendant le trajet, Koriba ne cesse de reprocher à son fils Edward d'avoir abandonné toutes ses racines kikuyus pour n'être devenu qu'un Kényan, un Européen noir.
Kirinyaga Titre original : Kirinyaga Initialement parue dans en Résumé :
L'Administration des Utopies surveille les mondes idéaux créés sur divers planétoïdes. Lorsque Koriba, le mundumugu du village, étrangle un bébé parce qu'il est né par le siège, signe traditionnel de possession par le démon, l'administration envoie un agent sur place pour discuter des droits de l'homme. Koriba doit défendre devant ses propres villageois la valeur sacrée des traditions ancestrales.
Toucher le ciel Titre original : Initialement parue dans en Résumé :
Kamari, une petite fille kikuyu, apporte au sorcier Koriba un jeune faucon qui s'est démis une aile. Koriba soigne l'oiseau et impose à la fillette quelques corvées en guise de paiement. Lorsque la jeune fille commence à lire ses livres et à utiliser sa boîte magique (son ordinateur), Koriba la punit. Mais la petite Kikuyu invente en cachette son propre langage écrit et réussit à communiquer par ce nouveau langage avec l'ordinateur de Koriba. Lorsqu'il s'en aperçoit, le sorcier la renvoie. Privée de son rêve de lecture et d'écriture, la jeune fille se pend dans sa case.
Bwana Titre original : Bwana Initialement parue dans en Résumé :
Lorsque le jeune Juma est tué par une hyène, le Conseil des anciens du village décide de faire appel à l'Administration des Utopies, contre l'avis du sorcier Koriba. Un vaisseau spatial dépose alors sur Kirinyaga William Sambeke, un jeune chasseur Masaï. Après avoir tué des hyènes, le Masaï déclare vouloir changer Kirinyaga pour en faire une véritable utopie. Il se proclame roi, se fait confectionner une chaise à porteurs et s'approprie les femmes et les bomas de certains membres de la tribu. C'est par la ruse - et avec l'aide du jeune Ndemi - que Koriba réussira à chasser le Masaï de Kirinyaga.
La Manamouki Titre original : Initialement parue dans en Résumé :
Koriba est très inquiet lorsqu'il apprend que deux riches Kényans, Thomas et Wanda Nkobe, ont décidé de renoncer à tous leurs biens pour immigrer sur Kiriniyaga. Malgré son zèle et ses efforts acharnés pour s'adapter au mode de vie kikuyu, Wanda Nkobe, la manamouki, s'attire l'hostilité des femmes âgées du village par méconnaissance des us et coutumes kikuyus. Le couple finit par regagner la Terre.
Chant d'une rivière tarie Titre original : Initialement parue dans le recueil de nouvelles en 1991 Résumé :
Mumbi, la vieille mère du chef de village, déroge à la coutume en allant construire sa propre boma sur la colline. Les anciens du village et Koriba le sorcier tentent de la raisonner, en vain. Koriba punit alors le village en demandant à l'Administration de modifier la trajectoire orbitale de Kirinyaga pour provoquer une longue sécheresse. Finalement, la vieille femme rejoint ses congènères par compassion pour les enfants qui meurent.
Le Lotus et la Lance Titre original : Initialement parue dans en aout 1992 Résumé :
Dans la colonie des jeunes célibataires kikuyus, trois jeunes hommes se sont suicidés et les anciens du village s'inquiètent. Murumbi, le meilleur ami d'un des jeunes disparus, révèle au sorcier Koriba que de nombreux jeunes hommes veulent être mis à l'épreuve pour trouver le sens de leur vie traditionnelle.
De vagues connaissances Titre original : Initialement parue dans en Résumé :
Koriba enseigne à Ndemi comment devenir le futur mundumugu du village. Mais peu à peu, le jeune Kikuyu se rebelle et se met à contredire en public le vieux sorcier, opposant à ses fables africaines sur les origines des Kikuyus les faits historiques qu'il a lus sur son ordinateur. Ndemi finit par décider de quitter Kirinyaga pour le Kenya.
Quand meurent les vieux dieux Titre original : Initialement parue dans en Résumé :
Lorsqu'un vaisseau spatial s'écrase sur Kirinyaga, tout le village kikuyu est en émoi. Le pilote, grièvement blessé, est amené chez Koriba le sorcier et l'Administration des Utopies envoie sur place un médecin. Le médecin soigne le pilote et les villageois, contre l'avis de Koriba. Mais les villageois se mettent à douter de leurs traditions et de leur dieu. Koriba, le vieux sorcier, décide de quitter Kirinyaga.
À l'est d'Éden Titre original : Initialement parue dans en Résumé :
De retour au Kenya, Koriba vit chez son fils Edward, un riche Kényan qui travaille au gouvernement, mais refuse tous les aspects de la modernité. À Nairobi, il rencontre Kamau, un kikuyu qui garde Ahmed, un grand éléphant créé par clonage. Quand Koriba apprend que le grand éléphant doit être prochainement abattu, il libère l'animal et l'emmène avec sur les flancs de la montagne sacrée, l'endroit où il souhaite finir ses jours.
Kilimanjaro Titre original : Initialement parue dans en Résumé :
Personnages principaux Barbara Eaton, agent de l'Administration des Utopies. Elle rend visite à Koriba à cause de l'infanticide qu'il a perpétré ; Edward Kimante, fils parvenu de Koriba, resté au Kenya ; Kamari, jeune fille kikuyu qui sauve un jeune faucon et veut apprendre à lire ; Koinnage, chef de la tribu de Koriba, cofondateur de l'utopie, en contact par courrier électronique avec l'Administration des Utopies ; Koriba, personnage principal, kikuyu qui a fait des études à Yale et Cambridge, mais qui préfère devenir sorcier d'une des tribus de Kirinyaga. Il est le cofondateur de l'utopie africaine, mais conserve dans sa hutte traditionnelle un ordinateur grâce auquel il communique avec l'Administration des Utopies ; Mumbi, vieille mère du chef Koinnage ; Murumbi, jeune homme kikuyu qui ne trouve pas de sens dans la vie coutumière ; Ndemi, jeune kikuyu né sur Kirinyaga ; Thomas et Wanda Nkobe, couple de riches Kényans qui a décidé de rejoindre Kirinyaga pour y vivre de manière traditionnelle. Joyce Witherspoon, médecin de l'Administration des utopies.
Commentaires thématiques Tradition et modernité Mike Resnick nous présente les principaux aspects de la vie quotidienne d'une société traditionnelle dont l'élément caractéristique est l'immuabilité des rites et coutumes. Sans émettre le moindre jugement de valeur, l'auteur décrit la mythologie kikuyu, les rites de la circoncision et de l'excision, le travail pénible et soumis des femmes, la coutume de la dot qu'un homme doit payer pour chaque nouvelle épouse et enfin l'étonnante écologie kikuyu qui, dans le cycle de vie humaine, donne un rôle régulateur aux animaux : les infirmes et les vieux en fin de vie sont donnés en pâture aux hyènes pour qu'elles ne meurent pas de faim et qu'elles continuent de tuer les herbivores sauvages qui pourraient ruiner les cultures et les pâturages du bétail des kikuyus.
Paradoxalement, c'est Koriba, un Kényan qui a fait ses études en Europe et aux États-Unis, qui tente de protéger son peuple de toutes les influences néfastes de l'occidentalisation. Cet homme qui a obtenu un doctorat de troisième cycle dans l'une des plus grandes universités américaines interdit à son peuple tout accès à la lecture et à l'écriture qu'il considère comme des outils d'asservissement et de déculturation. C'est ce même sorcier, le mundumugu, qui dit des prières et confectionne des gris-gris pour faire tomber la pluie, tandis qu'il demande par courrier électronique à l'Administration des Utopies de modifier la trajectoire du planétoïde pour augmenter la pluviométrie. C'est toute cette ambiguïté qu'incarne le personnage principal du roman. Mais il ne réussira finalement pas à empêcher les mères kikuyus de vouloir faire soigner leurs enfants par des médecins occidentaux, il ne pourra empêcher les jeunes de réfléchir à leur monde et d'exprimer leurs doutes sur certaines de leurs traditions. Resnick souligne ainsi le caractère barbare et archaïque des traditions africaines (sorcellerie, excision, patriarcat, etc.) et, par opposition, les bienfaits de l'Occident.