Mérenptah (ou Mineptah, Merneptah) (né entre 1269/62 avant l'ère commune, mort vers 1202 avant l'ère commune)Les dates varient selon les chercheurs, voir les dates de règne. est le quatrième pharaon de la et règne vers 1212 à 1202 avant l'ère commune.
Né de la grande épouse royale Isis-Néféret, Mérenptah est le treizième fils de . Ayant survécu à son père contrairement à ses douze frères aînés, il hérite d'un pays au faîte de sa gloire, dominant une vaste partie de la région et qui sort d'une longue période de paix consécutive notamment au traité de paix passé avec les Hittites, l'autre puissance internationale du moment. Le pays jouit alors d'une grande prospérité et est couvert de monuments à la gloire des dieux et de pharaon. Cette stabilité est remise en cause par de nouveaux dangers auxquels Mérenptah a dû se confronter dès le milieu de son règne en l'an 5 lors d'une tentative d'invasion massive du pays par les Libyens menés par Meryey. Il sort vainqueur de cette épreuve et restaure la puissance du pays sur toutes ses frontières. Avec sa mort commence la crise dynastique, peut-être née d'une inimité entre deux de ses fils, nés d'épouses différentes.
Biographie
Généalogie
Mérenptah est le treizième fils de et de la grande épouse royale Isis-Néféret.
Sa principale épouse se nommait . Plusieurs membres de la famille royale portaient ce nom à cette époque et l'identité exacte de cette épouse est encore débattue. Plusieurs hypothèses ont été proposées : il pourrait s'agir de la fille de , cette hypothèse est fragile car, dans la documentation, jamais la reine Isis-Néféret, épouse de Mérenptah, ne porte le titre de sat nésou (« fille de roi »), et jamais la princesse Isis-Néféret, fille de , n'est indiquée en tant qu'épouse de Mérenptah, il pourrait s'agir de la fille de Khâemouaset (l'un des fils de et Isis-Néféret se nomme Khâemouaset, nom qu'il aurait reçu en l'honneur de son grand-père maternel) ; cependant, cette princesse portait également le titre de « fille de roi » selon une inscription de sa tombe à Saqqarah, et a contrario, aucun titre n'indique qu'elle était épouse royale ou mère royaleNozomu Kawai, « The Tomb of Isisnofret at Northwest Saqqara », dans Miroslav Bàrta, Filip Coppens & Jaromír Krejci (éd.), Abusir and Saqqara in the Year 2010, , 2011, ., la reine pourrait ne pas être d'origine royale, Mohamed El-Bialy suggère qu'elle soit la fille du vizir Panéhésy, en effet, trois documents (deux stèles de Gebel Silsileh et une statue de Deir el-Médineh) semblent indiquer une certaine proximité entre le couple royal et le vizirMohamed El-Bialy, « Merenptah, le vizir Panehesy et la Reine. Une statue méconnue (n° 250) de Deir El-Médineh », dans Memnonia [en ligne], 1998, vol. , et pl. -..
Le roi et la reine ont eu au moins trois enfants : les princes Séthi-Mérenptah (futur roi ) et Khâemouaset et la princesse Isis-Néféret. On lui attribue aussi un autre prince nommé , même si ceci n'est pas certain car les attestations de ce prince pourraient renvoyer au roi Mérenptah quand il était encore prince sous le règne de son père .
Il est également possible que le roi ait eu une seconde épouse, sa demi-sœur , avec qui il aurait eu un fils, le futur usurpateur Amenmes. En effet, une statue de la reine Takhat, située dans la grande salle hypostyle du temple de Karnak et datant du règne d'Amenmes, a été usurpée par . Sur cette statue était écrit sat nésou, mout nésou (« fille de roi, mère du roi »), l'inscription a été modifiée lors de l'usurpation pour remplacer mout, « mére », par hémet, « épouse », semblant indiquer que ne considérait plus Takhat comme mère de roi (Amenmes l'usurpateur) mais toujours comme épouse de roi (Mérenptah). Une seconde statue (CG 1198), située au Caire et usurpée par , représente à nouveau la reine Takhat « fille royale et grande épouse royale qui s'unit à son Horus ». L'absence de modification de l'inscription se rapportant à la reine indiquerait que la statue daterait de Mérenptah.
Prince royal vignette|gauche|Relief représentant Mérenptah en prince héritier, orné sur le front de l'uræus royal, symbole de sa destinée - Musée du Louvre.
Cadet d'une nombreuse fratrie, on situe sa naissance entre l'an dix et l'an dix-sept de son père ou entre l'an cinq et l'an dix de son père. Élevé à la cour en compagnie de ses frères aînés qui occupent successivement les plus hautes charges à la cour de leur père, et sont tour à tour désignés comme prince héritier, Mérenptah, passé l'âge de l'enfance, entame alors une carrière dans l'administration royale puis dans l'armée de .
Les documents les plus anciens mentionnant Mérenptah ne le nomme qu'en tant que « fils royal », ou encore « fils royal de son ventre », il devait à cette époque être encore trop jeune pour assumer une quelconque charge. Puis, encore adolescent, il devient « scribe royal », comme l'atteste une stèle du Gebel Silsileh : si les contours de la fonction associée à un tel titre sont vagues, il renvoie en tout cas à la haute administration. Puis des fonctions religieuses et militaires viennent s'ajouter à ce titre : un bloc trouvé à Athribis indique « préposé aux nobles de celui apaise les dieux, le scribe royal, général et fils royal, Mérenptah » ; ce titre de « préposé aux nobles de celui apaise les dieux » (iry-pât séhetep nétjérou) pourrait indiquer qu'il est le délégué royal chargé des offrandes destinées aux dieux, peut-être plus spécifiquement ceux d'Athribis ; quant au titre de « général », il devait renvoyer à un statut au sein d'une instance de type état-major où le prince, encadré par des officiers de profession, pouvait être formé et conseillé.
Une statue, découverte à Tanis où elle a été déplacée plus tardivement, peut-être pendant la , a été usurpée de et présente des inscriptions correspondant à plusieurs étapes de la vie de Mérenptah, à savoir simple prince puis prince héritier. Cette statue porte les titres suivants : « préposé aux nobles de celui qui est à la tête du Double-Pays, le scribe royal, responsable du Trésor, général, prince Mérenptah » ; ainsi le titre de « scribe royal » est maintenant associé à un secteur particulier de l'administration, tandis que le titre de « préposé aux nobles » a changé, caractérisant une évolution dans les charges de Mérenptah, cette fonction était d'ailleurs peut-être valable dans tout le territoire. Cette statue a parfois été attribuée à un prince Mérenptah qui serait alors le fils du roi Mérenptah.
Plus tard, pendant la période où Khâemouaset est le prince héritier, un bloc d'Athribis, un relief de Bubastis et la statue usurpée de citée précédemment illustrent l'évolution de la carrière de Mérenptah. Ainsi, sur le relief de Bubastis, Mérenptah, offrant de l'encens à Amon-Rê, est qualifié de « Son aimé et loué, le prince, le supérieur du Double-Pays, le scribe royal, responsable du trésor, le général en chef, le fils royal, Mérenptah, justifié ». Il peut être remarqué que l'ensemble de la documentation provient du Delta du Nil, indiquant probablement que c'est dans cette région que le prince a effectué l'ensemble de sa carrière.
À la mort de son frère aîné Khâemouaset en l'an 55 du règne de , Mérenptah devient le prince héritier. Toutefois, ses titres n'évoluent pas vraiment. Les différents documents combinent, sous des libellés parfois légèrement différents, les fonctions suivantes : « préposé aux nobles de celui qui est à la tête du Double-Pays », « scribe royal », « général en chef », « prince héritier ». Toutefois, deux documents (un gros scarabée de Pi-Ramsès et à nouveau la statue usurpée de ), probablement à dater de l'extrême fin du règne, indiquent le texte suivant :
le préposé, l'héritier de Geb, la semence divine issue du taureau puissant, les payas et les contrées étrangères se trouvant sous son poing, celui qui est appliqué lorsqu'il réalise l'équité pour ses pères, tous les dieux, l'unique sans égal, qui domine les chefs de tous les pays étrangers, le scribe royal, général en chef, le fils du roi, Mérenptah, qu'il vive éternellement.
Sur ces deux documents, Mérenptah n'est donc pas encore roi, il n'est que l'héritier (« héritier de Geb », Geb ayant été le premier des rois). Toutefois, il est quasiment le roi : il est sans égal, unique, dominant les pays étrangers, réalisant donc la Maât pour les dieux. devait être à ce moment-là un vieillard en fin de vie et le pouvoir était déjà pleinement entre les mains de Mérenptah qui le fait savoir.
Règne Avènement et premières années de règne
vignette|Buste fragmentaire en albâtre de Mérenptah - Musée du Louvre.
C'est avec la mort de Khâemouaset, grand prêtre de Ptah, organisateur des jubilés royaux qui se succèdent en cette dernière partie du règne de Ramsès, et dernier héritier du trône depuis plus d'une décennie que l'ascension de Mérenptah devient inévitable. Il le remplace donc comme futur successeur sur le trône d'HorusC'est ainsi que les égyptiens antiques nommaient le trône royal, pharaon étant le successeur d'Horus sur terre. et est couronné sous le nom de « Ba en Rê, Méryamon » c'est-à-dire l'âme de Rê, l'aimé d'Amon.
Sa montée sur le trône ne pose pas de problème étant donné qu'il est le seul héritier en titre à la mort de son père. La date exacte de montée sur le trône est inconnue mais elle est estimée entre le et le du de la saison Akhet.
Relations internationales
Le Hatti (ou Empire hittite) était en paix avec l'Égypte depuis l'an du règne de . Ainsi, pendant le règne de Mérenptah, les relations entre les deux puissances sont cordiales. Les hittites étant en proie à des disettes, l'Égypte livre des céréales. En retour, les hittites livraient du cuivre, probablement originaire de Chypre, l'île ayant été conquise par Tudhaliya à la fin du règne de . Ougarit, sous contrôle hittite, était au centre d'un réseau d'échanges entre les deux empires. Des marchands égyptiens, probablement envoyés par la couronne ou les grands temples, y résidaient, certains d'entre eux bénéficiant de distributions de vins et d'huile en provenance du palais ougaritique. Dans l'autre sens, des marchands d'Ougarit menaient aussi des affaires en Égypte. Ces échanges, attestant de relations diplomatiques et commerciales étroites, bénéficiaient à tous les partenaires. Ainsi, par exemple, le prince d'Ougarit demanda à un interlocuteur dont le nom est perdu un sculpteur pour réaliser une statue représentant Mérenptah. Cet interlocuteur, dans l'impossibilité de le lui fournir, lui envoya à la place des menuisiers et des produits précieux (étoffes de lin, ébène, cornaline, lapis-lazulli). Par ailleurs, a été retrouvée à Ougarit une épée au nom de Mérenptah.
Concernant Canaan, cette région était complètement sous contrôle égyptien. Cette région fournissait principalement du bois d'œuvre destiné à la construction de bateaux et de monuments, des céréales en quantité limitée, de l'huile, du vin, du bétail, des concubines, des travailleurs et des mercenaires. Les marchandises étaient acheminées soit par mer, soit par la voie longeant la côte (celle-là même que la révolte de l'an a coupée, mettant en péril les relations commerciales et diplomatiques). Cette région était contrôlée par des élites égyptianisées et une présence militaire accrue. D'ailleurs, des temples égyptiens ont été édifiés dans cette région : Hathor à Timna, Amon et probablement Ptah à Gaza.
Les guerres
Dès l'an , Mérenptah doit faire face à une révolte en Canaan, matée rapidement. Puis, en l'an , il arrête la marche des envahisseurs Libyens à la frontière occidentale du delta, avant de mater une nouvelle révolte, cette fois en Nubie.
La révolte en Canaan vignette|gauche|Stèle provenant du temple funéraire de Mérenptah dite « Stèle d'Israël » ou « Stèle de Mérenptah » - Musée égyptien du Caire.