Les Cévennes forment une chaîne montagneuse du sud-est du Massif central, située entre les départements de la Lozère et du Gard, limitée au nord par les monts du Vivarais situés en Ardèche et en Haute-Loire, au sud par les monts de Lacaune et de l'Espinouse situés en partie dans le département de l'Hérault et au sud-ouest par les grands causses dans l'Aveyron.
La dénomination inclut également, sur ses contreforts sud-est, une partie de la plaine méridionale dont fait partie le bassin alésien.
Les habitants de cette région sont dénommés Cévenols et Cévenoles.
Toponymie Cévennes est une graphie francisée du terme languedocien se prononçant . Différentes graphies occitanes existent : Cevenas, Cebénos, Cebénas, Cevena.
Pline l'Ancien transcrit Cebena, Jules César, Cevenna, Avienus parle de Cimenici regio. On trouve encore chez les auteurs grecs Kèmmènon (Κέμμενον) pour Strabon, Kèmènna (Κέμεννα) pour Ptolémée et encore diverses attestations latines : Cebennae, Cebennici montesPierre-Henry Billy, Thesaurus Linguae Gallicae, éditions Georg Olms, 1993..
Selon une étymologie populaire, reprise sans analyse linguistique par certains sites internet., le radical de la forme occitane Cebénas serait le terme occitan ceba (autrement graphié cebo) qui signifie « oignon », ceci pour rendre compte de manière imagée de la structure feuilletée du schiste qui constitue ces montagnes. Or, c'est impossible puisque l'occitan ceba est issu du latin cepa qui n'est pas conforme phonétiquement aux attestations antiques de l'oronyme, jamais mentionné sous la forme *Cepanna par les auteurs latins, ce qui veut dire qu'ils transcrivent un oronyme indigène. En outre, le suffixe -enna, d'origine préceltique et acclimaté en gaulois, n'a pas été employé pour dériver des termes d'origine latine.
Le nom de Cevennes a été rapproché par les linguistes du gaulois cemeno- « dos », dont le radical est identique à la racine brittonique *kemn « dos » (le gaulois étant une langue celtique proche du brittonique). Cette racine, qui rend compte à la fois des formes hellénisées kèmmènon / kèmènna et des formes latinisées Cebenna / Cevenna, a abouti au vieux breton kevn, kefn et au gallois cefn signifiant tous « dos ». En outre, on note en gaulois cette alternance m / v ou m / b, par exemple dans Bormo / Borvo. La terminaison -(en)nes venant compléter Ceven-, Ceben- représenterait le suffixe toponymique -enna employé au sens oronymique.
Cette hypothèse phonétique est renforcée par le sens du gallois cef(y)n utilisé métaphoriquement pour désigner des montagnes au pays de Galles (par exemple ) et l'existence ailleurs en Grande-Bretagne de ce radical toponymique dans le nom des monts Chevin (Yorkshire de l'Ouest) et CheviotHarry Speight, Upper Wharfedale : being a complete account of the history, antiquities and scenery of the picturesque valley of the Wharfe, from Otley to Langstrothdale, Elliot Stock, 1900, ., ainsi que par la topographie, car l'aspect général des montagnes cévenoles évoque des dos arrondis.
Géographie Situation thumb|left|Les Cévennes sur la carte de France. thumb|left|Paysage des Cévennes en Lozère.
À l'origine, le terme géographique Cévennes est employé pour désigner toute la bordure sud-ouest, sud, sud-est et est du Massif central. Ainsi, les Cévennes, au sens le plus étendu, sont constituées de nombreux massifs de faible ou moyenne altitude. Côté sud, la montagne Noire dans l'Aude, et les monts de l'Espinouse et du Caroux (parc du Haut-Languedoc) se prolongent ainsi par les Petites Cévennes qui s'égrènent en contrebas du causse du Larzac (l'un des Grands Causses). Plus au nord et à l'est, se distinguent le rocher de Saint-Guiral, la montagne du Lingas, le massif de l'Aigoual, les étroites vallées des Gardons et la montagne du Bougès. Plus au nord encore, le mont Lozère dans le département du même nom, puis celui du Tanargue, en Ardèche, longent toute la partie orientale de la vallée du Rhône avant de céder la place au massif du Pilat, à l’extrémité nord-est.
Certains géologues, autrefois, y ont inclus les monts du Lyonnais et le rebord qui se prolonge jusqu'à Dijon. La définition actuellement retenue par l'explorateur et spéléologue Martel est favorisée par l'administration : la « région Cévennes » essentiellement constituée de massifs schisteux et granitiques est attribuée à la partie comprise entre le massif du mont Lozère au nord et le massif du mont Aigoual au sud-ouestS. Souchay, Du paysage à sa dénomination, une contrée cévenole, maîtrise de géographie Toulouse Mirail, 2005.. Toutefois, la toponymie locale est un peu plus large, puisque l'on parle de « corniche du Vivarais cévenol », donc au-delà du mont Lozère et débordant dans le département de l'Ardèche.
Le massif des Cévennes s'étend majoritairement sur l'Est de l'Occitanie, le parc national des Cévennes est d'ailleurs situé en Lozère pour sa majeure partie. Le point culminant est le mont Lozère au sommet de Finiels (). Un des points les plus remarquables est le mont Aigoual () à la limite du Gard et de la Lozère. Il s'agit d'une chaîne de basse et moyenne montagne, formée de nombreuses vallées encaissées.
thumb|Les Cévennes depuis le mont Aigoual.
La région reste aujourd'hui encore enclavée. Elle constitue une marge territoriale tant au niveau socio-économique qu'au niveau écolo-climatique. Elle est caractérisée au niveau biogéographique par un très fort gradient altitudinal.
Les principaux villes et villages de la région sont Alès, Le Vigan, Sumène, Valleraugue, Ganges, Saint-Hippolyte-du-Fort, Sauve, Lasalle, Saint-André-de-Valborgne, Saint-Jean-du-Gard, Anduze, Florac, Saint-Germain-de-Calberte, le Pont-de-Montvert, Villefort, Génolhac, Bessèges, Saint-Ambroix, Gagnières, Les Vans.
alt=Vue des Cévennes vers l'est à d'altitude depuis la départementale D329 à la serre de la Toureille.|centré|vignette|upright=3.2|Vue des Cévennes vers l'est à d'altitude depuis la départementale à la serre de la Toureille.
Principaux sommets
Sommet de Finiels (mont Lozère) (), plus haut sommet non volcanique du Massif central, point culminant de la Lozère et des Cévennes Pic Cassini (mont Lozère) () Signal des Laubies (mont Lozère) () Mont Aigoual (), point culminant du Gard La Maye (Grand Tanargue) () Signal du Bougès (massif du Bougès) () Montagne d'Aulas (massif du Lingas) () Rocher de Saint-Guiral (massif du Lingas) () Le Fageas (montagne du Liron) ()
Géologie vignette|redresse=1.5|Carte géologique des Cévennes : les séries métamorphiques (micaschistes cévenols, gneiss de Peyrolles et calcaires cristallins du Viganais) sont recoupées par les massifs granitiques de l’Aigoual-St-Guiral-Liron (AGL) et du Mont Lozère-Borne (ML-B).. Les massifs cévenols constituent la dernière marche orientale du Massif central. Ils sont constitués de roches variéesBloc-diagramme géologique des Cévennes, tiré du site decouverte-cevennes.fr : le socle hercynien (« schistes des Cévennes ») en vert, couverture mésozoïque en violet, granites et ses filons en orange, quartz en jaune. : les roches du Paléozoïque constituant le socle ancien : des « schistes des Cévennes » datés de (micaschistes quartzeux, micaschistes noirs).. Issus de sédiments enfouis à de profondeur et métamorphisés sous des conditions de température de et de pression de , lors de l’orogenèse hercynienne, ils forment un édifice de nappes métamorphiques empiléesCoupe de schistes des Cévennes. Vert clair : micaschistes quartzeux, vert foncé : micaschistes noirs, jaune : quartzites (sous forme de filons ou de barres), orange : gneiss, bleu et violet : autres filons (lamprophyres, amphibolites). Tiré de , les granites, datés entre )., constituent les sommets les plus élevés à la suite de leur soulèvement par l'orogenèse alpine en plateaux basculés vers le sud-ouest : mont Aigoual, mont Lozère et montagnes du Lingas, les terrains carbonifères isolés en bassins de faible extension (grès, psammites, quartzites) renfermant des charbons et des filons métallifères (d'uranium, de plomb, de zinc, d'argent), ces derniers continuant à être exploités. Aussi, la production minière de plomb et de zinc dans toutes les Cévennes a comme chef-lieu Saint-Laurent-le-Minier avec sa mine des Malines. ; les roches du Mésozoïque qui recouvrent les contreforts des massifs schisteux et granitiques : les roches calcairesLe site protégé du Castellas sur des calcaires dolomitiques de Saint-Laurent-de-Trèves permet d'observer des empreintes de pas de dinosaures., dolomiesIl existe des dolomies d'âge cambrien : la région du Vigan présente une série différenciée de cet âge (grès, dolomies, schistes) minéralisée dans le horst de Saint-Bresson. et grès
Le tout est limité au sud-est par la faille des Cévennes de direction NE-SO, qui n'est plus active aujourd'hui.. C'est un accident majeur à l'échelle du Sud-Est de la France qui s'étend sur près de et est parallèle à la crête des hauts reliefsPrincipaux ensembles géotectoniques et failles majeures du Sud-Est de la France, tiré de .. Il est bordé à l'ouest par un réseau de failles satellites avec lesquelles il forme le faisceau cévenol. : entre Saint-Ambroix et Alès : failles de Plauzolles, de Panissière et de Lagardie-Larnac ; entre Alès et Anduze : failles La Vigne-Générargues, des Campanèzes-Blateiras.
C'est une faille qui existe probablement depuis le cycle hercynien (Paléozoïque) en fonctionnant comme un accident décrochant dextre. Elle est réactivée durant l'Éocène () en décrochement sénestre puis est le témoin durant l'Oligocène () d'une phase tectonique extensive (formation du fossé d'Alès). Sa réactivation est en partie liée à l'orogenèse pyrénéenne..
vignette|Le Castelas est une barre rocheuse de Barre-des-CévennesLe bourg de Barre-des-Cévennes s'est développé sous la forme d'un village-rue avec de part et d'autre de la voie, l'église et le temple protestant., témoin de l'ancienne couverture sédimentaire déposée par les mers du mésozoïque, que l'érosion a séparée du causse Méjean.
Le socle hercynien (constitué des « schistes des Cévennes » et des granites), appelé traditionnellement les « Cévennes cristallines » par les géologues, forme un relief disséqué où alternent des serres dénudées (crêtes topographiques étroites, au tracé erratique) et les vallées cévenoles (les valats)La châtaigneraie vivrière cévenole occupe les versants des vallées schisteuses et granitiques. dont les fonds se resserrent le plus souvent en gorges où seule la rivière trouve place.. Les versants des vallées principales, profondes de plusieurs centaines de mètres, sont profondément ravinés, en raison de la violence des orages cévenols sur des pentes élevées. Dévalant de la montagne en une trentaine de kilomètres, avec une pente moyenne supérieure à 40 mètres par kilomètre, ces cours d'eau disposent d'une grande force de creusement qui sculptent les crêtes acérées et sont susceptibles de générer des crues intenses de type torrentiel. Le relief a une allure ramifiée, en forme de feuille de fougère, par la présence d'une vingtaine de vallées principales (d'orientation générale nord-ouest/sud-est, elles débouchent dans les garrigues gardoises) auxquelles s'adjoignent les ramifications de serres et valats secondaires, châtaigneraie vivrière cévenole..
Le bassin houiller des Cévennes est constitué d'une série sédimentaire constituée de 120 couches de charbon de d'ouverture. Situé à la jonction de la faille des Cévennes de direction N30°-40° et de la faille de Villefort de direction N155°, il regroupe trois grands champs d'exploitation (Bessèges au nord, La Grand-Combe au centre et Alès au sud) correspondant à des bassins qui se sont ouverts dans un contexte extensif est-ouest peut-être lié à l'épaississement crustal et à l'affaiblissement thermique de la racine de la chaîne varisque...