thumb|upright=1.2|Jardin sauvage, île de Fédrun/Saint-Joachim.
Un jardin sauvage ou jardin nature admise est un jardin dans lequel la conservation de la nature joue un rôle important. Il reproduit, à son échelle, des milieux naturels locaux afin d'offrir un refuge à la vie sauvage, tant végétale qu'animale. Sa caractéristique principale est une forte présence de plantes indigènes, qui servent de nourriture à la faune sauvage.
Un jardin sauvage a donc une vocation de refuge naturel, qu'il soit créé de toutes pièces ou que les espèces indigènes se soient établies d'elles-mêmes. Comme tout jardin, il fait néanmoins l'objet d'une gestion, puisque, d'une part, il doit rester attrayant pour le jardinier et sa famille ou pour le public (aspects récréatif et esthétique) et que, d'autre part, les végétaux les mieux adaptés aux conditions locales (sol, microclimat...) risquent de coloniser tout le jardin si leur développement n'est pas maîtrisé.
Les jardins sauvages sont souvent qualifiés de « jardins naturels »Le concept du jardin naturel.. Cependant, ce terme est assez vague et peut aussi être employé comme synonyme de « jardin écologique » ou « biologique », ou désigner simplement un jardin d'aspect « libre », ne faisant pas l'objet d'un entretien strict. Ces divers concepts se recoupent et sont liés à un même courant du jardinage, plus respectueux de l'environnement au sens large. L'appellation « jardin sauvage » met l'accent sur la place accordée aux espèces végétales indigènes et à la création de milieux naturels, afin de contribuer à la sauvegarde de la biodiversité régionale et au maillage écologique.
Philosophie La notion de « jardin sauvage » remonte au et est attribuée au jardinier irlandais (1838-1935), auteur de (1870)Le jardin sauvage ou jardin naturel, le fameux Wild Garden de William Robinson, traduction de Florence André, éditions Petit Génie, 2014. Celui-ci rompt avec le conformisme des jardins de l'époque et promeut une forme de jardinage qui accorde une place aux fleurs rustiques et les laisse se naturaliser au lieu de les contrôler strictement. Le jardin acquiert ainsi un caractère plus naturel, plus romantique.
La dimension de refuge naturel qui s'est greffée sur le concept de W. Robinson émane du constat que l'espace réservé à la vie sauvage se réduit sans cesse. Sous la pression des activités humaines, les biotopes naturels sont détruits ou modifiés. Dans l'esprit de nombreuses personnes, la nature a sa place - et la trouve - en dehors des zones urbanisées. Or, dans les régions du globe à forte densité démographique, ce n'est souvent plus le cas. Les zones rurales, forestières et côtières ont été à ce point modifiées en vue de la satisfaction des besoins humains que le qualificatif de « naturel » ou « semi-naturel » ne peut plus leur être appliqué :
L'agriculture intensive transforme la campagne en vastes monocultures arrosées de pesticides et d'engrais chimiques, dépourvues de haies et de zones humides. La forêt est généralement envisagée uniquement sous l'angle économique (sylviculture) et se compose d'un nombre limité d'espèces exploitables (« essences forestières »), souvent exotiques (p.ex. épicéa commun en Belgique, eucalyptus en région méditerranéenne), sous la forme de plantations monospécifiques et d'individus de même âge, faisant l'objet d'une gestion brutale (coupes à blanc). Zones humides, friches, dunes, landes, berges de rivières, parcelles de nature encore intacte sont détruites, morcelées ou modifiées pour favoriser des activités « rentables » (habitat « extensif », tourisme, agriculture, navigation fluviale, captage d'eau pour les villes et l'agriculture, etc.).
La nécessité de créer des réserves naturelles, strictement protégées, témoigne de cette évolution. Or, la superficie de ces réserves est bien trop réduite pour compenser la perte d'espace pour la vie sauvage. De plus, elles sont éloignées les unes des autres, ce qui réduit les possibilités de dispersion des espèces végétales et animales et, par là, les possibilités de brassage génétique. Sans celui-ci, les populations, en particulier animales, risquent de s'affaiblir et de dégénérer. D'où l'idée de laisser une place à la nature dans des zones vertes destinées à un usage humain mais n'étant pas soumises à des impératifs de productivité, à savoir les parcs et les jardins publics et privés, qui peuvent représenter une surface non négligeable des zones urbanisées. Cette philosophie peut également s'appliquer aux bermes d'autoroutes, bords de chemins et petits éléments de verdure urbaine, tels que les ronds-points. On crée ainsi des mini-réserves et des « couloirs » permettant le déplacement et la dissémination des espèces, qui viennent compléter le réseau formé par les talus de chemin de fer et les terrains vagues.
Grands principes La pratique du jardinage « nature admise » peut être résumée en quelques principes fondamentaux : renoncer à l'utilisation de produits toxiques pour la faune, la flore et l'environnement naturel : engrais de synthèse et pesticides chimiques de toutes sortes (insecticides, fongicides, anti-mousses…) ; donner la priorité aux plantes indigènes locales (qui constituent le meilleur support pour la faune) ; le choix des autres plantes se portera sur des espèces utiles à la faune (arbres à baies, plantes à fleurs simples offrant nectar et pollen) ou au minimum sur des plantes robustes restant saines sans recours aux produits chimiques (p.ex. géraniums vivaces) ; accorder une place à la spontanéité, ne pas chercher à tout contrôler et accepter de se laisser surprendre : laisser les plantes se ressemer et se déplacer au fil des ans, accepter de nouvelles espèces qui se sont installées spontanément, laisser pousser la pelouse par endroits, tailler moins souvent les haies, conserver du bois mort… ; reproduire des milieux naturels variés : mare, sous-bois, talus… ; offrir des abris à la faune : tas de pierres ou de branches, nichoirs à oiseaux ou chauves-souris, abris à insectes, accès à un abri de jardin… ; limiter la présence d'espèces exotiques envahissantes.
S'y ajoutent quelques principes communs à tous les styles de jardinage : installer les plantes à l'endroit qui leur convient (soleil/ombre, sol sec/humide, sol acide/calcaire), contrôler les plantes trop « volontaires » et organiser le jardin de sorte qu'il soit agréable pour ses utilisateurs humains.
Ces principes sont complémentaires et se renforcent mutuellement : les plantes indigènes survivent sans produits chimiques ; ces plantes (et l'absence de produits chimiques) attirent de nombreux insectes dont les populations se régulent entre elles pour atteindre un équilibre ; les plantes plus fragiles bénéficient de cet équilibre et se passent elles aussi de produits chimiques ; la flore spontanée (généralement indigène) augmente encore la biodiversité du jardin et renforce les équilibres biologiques ; les prédateurs plus grands (oiseaux, hérissons…) sont attirés par la diversité du jardin et contribuent à lutter contre les espèces « nuisibles »…
Les sections suivantes de l'article abordent les différents principes plus en détail.
Milieux Pour offrir un espace diversifié à la vie sauvage, un jardin sauvage peut présenter différents types de milieux accueillant chacun une flore et une faune spécifiques : une zone boisée, avec divers étages de végétation (strate herbacée, arbustes, plantes grimpantes, arbres de haut jet). En fonction de la superficie du jardin, on privilégie des essences plus ou moins hautes ; une zone herbacée, potentiellement très fleurie. Les possibilités sont multiples : la végétation peut être coupée à différentes périodes de l'année, plus ou moins fréquemment, afin de favoriser des espèces végétales particulières, mais elle peut aussi être tondue relativement court la plupart du temps, en vue de favoriser les plantes les plus basses et d'offrir un terrain de chasse à certains oiseaux. Elle peut également prendre la forme d'un parterre de fleurs. Par ailleurs, il est intéressant de laisser une zone herbeuse en friche (aucune fauche sur l'année), car ce milieu offre un abri aux insectes et à leurs larves à la mauvaise saison. Enfin, une partie du jardin, par exemple une bordure, peut être retournée tous les ans afin de favoriser les espèces annuelles telles que les fleurs des champs ; une zone de « lisière forestière ». Celle-ci est particulièrement riche en espèces, car elle attire aussi bien celles des milieux boisés que celles des milieux herbacés. Elle est souvent présente dans les jardins sous la forme d'une haie, plantée pour sa fonction de délimitation, et sert également de corridor biologique. Une haie libre (c'est-à-dire non taillée) a l'avantage de pouvoir fleurir et produire des fruits, et d'être ainsi plus attrayante pour les insectes, oiseaux et mammifères. Les espèces épineuses protègent les petits animaux de leurs prédateurs (chats et autres), les espèces persistantes leur offrent un abri en hiver ; thumb|right|Un mur de briques colonisé par la végétation. une zone humide peut être constituée d'un plan d'eau plus ou moins vaste, d'une fontaine, d'un marais, d'un fossé. Il faut veiller à ce que son aménagement ne cause pas la noyade des animaux — et des humains — qui s'en approchent (berges en pente douce). Une telle zone héberge une faune propre, mais permet également aux espèces terrestres de s'abreuver, aux oiseaux de se baigner et à certaines espèces (oiseaux, insectes) de prélever de la boue pour la construction de leur nid ; une zone sèche peut prendre la forme d'un talus, d'un sentier de gravier, d'une rocaille, d'une zone sablonneuse, d'un muret en pierres sèches (c'est-à-dire non maçonné) ou d'une toiture végétale. Il peut tout simplement s'agir d'un mur de briques ou de pierres que l'on s'abstient de rejointoyer.
Choix des végétaux Puisqu'un jardin sauvage reproduit l'environnement naturel de la région qui l'entoure, il abrite en majorité des plantes indigènes. Celles-ci accueillent toujours un nombre plus élevé d'espèces animales que les espèces « exotiques ». En effet, elles sont en relation étroite avec les insectes et autres animaux de la région, avec lesquels elles évoluent depuis des millénaires. Ainsi, les inflorescences des végétaux d'une région donnée sont parfaitement adaptées aux pollinisateurs (insectes, oiseaux, mammifères) de cette même région, qui sont attirés par leur nectar et leur pollen ; il en va de même de leurs fruits, dont les consommateurs disséminent les graines.
Les plantes indigènes constituent donc la base des réseaux trophiques ou chaînes alimentaires. La dépendance la plus forte vis-à-vis des plantes indigènes se situe au niveau des insectes, et plus particulièrement de leurs larves ; pour se nourrir, ces dernières dépendent strictement de la présence de végétaux particuliers, voire d'une seule et unique espèce. Or, plus les insectes sont nombreux, plus le jardin attirera d'animaux insectivores, et ainsi de suite. En résumé, une grande diversité de plantes indigènes favorise une grande diversité d'espèces animales qui se nourrissent les unes des autres ; de la sorte, aucune espèce ne devient abondante au point de nuire à la végétation. Cet équilibre entre ravageurs et prédateurs est recherché par les partisans de l'agriculture et du jardinage biologiques.