Le grand-duché de Finlande ( ; en / Velikoe knjažestvo Finljandskoe, littéralement « grande-principauté de Finlande » ; ) était l'État prédécesseur de l'actuelle Finlande lorsque son territoire était une composante de l’Empire russe entre le 17 septembre 1809 et le , date de l'indépendance finlandaise.

Introduction thumb|Pièce de 20 marks finlandais frappée en 1912 à Helsinki durant l'administration Russe. La Finlande avait obtenu en 1864 le droit de battre sa propre monnaie.

La Finlande fut à maintes reprises un champ de bataille et un enjeu entre les empires suédois et russe. À l'époque napoléonienne, la Suède dut l'abandonner à l'empereur Alexandre par le traité de Fredrikshamn (aujourd'hui Hamina) du . Le pays devint dès lors un grand-duché autonome de l'Empire russe. Helsingfors (l'actuelle Helsinki) devint capitale du grand-duché en 1812 à la place de la ville de Turku (alors Åbo en suédois) et c'est à partir de cette époque que la ville commença à croître en influence.

Contrairement à l'époque suédoise, où la Finlande était un territoire suédois comme les autres, la Finlande devint désormais un territoire autonome au sein de l'Empire russe, auquel le grand-duché n'était rattaché que par le biais d'une union personnelle. Ainsi, en Finlande, le tsar était grand-duc, le territoire était administré par une fonction publique spécifiquement finlandaise., et les tsars successifs se montrèrent respectueux de l'autonomie du grand-duché pour s'assurer la loyauté de la population. Par ailleurs, les recettes fiscales finlandaises demeurèrent en Finlande et furent utilisées exclusivement au bénéfice du territoire..

En 1860, la Finlande se dota de sa propre monnaie. : le mark finlandais (qui resterait sa monnaie officielle jusqu'à l'adoption de l'euro en 2002).

En 1899, un manifeste impérial décréta que la Diète finlandaise resterait compétente pour tout objet concernant exclusivement la Finlande, mais que le droit russe s'appliquerait désormais aux thématiques d'intérêt commun qui concernaient aussi bien l'Empire russe que la FinlandeBlanchard Raoul. La question de Finlande. In: Manuel général de l'instruction primaire : journal hebdomadaire des instituteurs. 66e année, tome 35, 1899. pp. 129-130., ce qui fut perçu comme une atteinte à l'autonomie du territoire et une tentative de russification. Le gouverneur-général Bobrikov, nommé en 1898, fut assassiné le par Eugen Schauman devant le Sénat de Helsingfors (Helsinki). Après 1906, le parlement, l’Eduskunta, fut élu au suffrage universel des deux sexes, ce qui fit de la Finlande le deuxième pays au monde qui, après la Nouvelle-Zélande, accorda le droit de vote aux femmes.

Antérieurement intégrée au royaume de Suède, la Finlande conservait une organisation héritée de la période suédoise. Le grand-duché disposait d'une constitution et d'une diète à quatre états, à une époque où l'empereur était en Russie un monarque absolu. Les langues administratives et de l'enseignement supérieur étaient alors le suédois et l'allemand (langue de l'Église luthérienne en plus du suédois), le finnois étant parlé par la paysannerie. Toutefois, profitant de l'autonomie conférée par l'Empire russe, un mouvement national, comme dans d'autres pays européens de l'époque, fit renaître la culture finnoise dans la seconde moitié du et les premiers dictionnaires finno-suédois apparurent. La Finlande était donc gouvernée par ses propres lois et possédait une administration et un système d'éducation particuliers. Ses citoyens n'étaient pas astreints au service militaire dans l'armée russe.

La naissance du grand-duché de Finlande Les grands-ducs de Finlande pendant la domination suédoise Le terme de grand-duché de Finlande, en tant que concept géographique, sans aucune signification administrative, fut mentionné pour la première fois sous la domination suédoise en 1518, lorsque Johannes Magnus utilisa le terme.

Le second emploi connu date du , lorsque le roi Jean III de Suède s'attribua le titre de « grand-duc de Finlande ».

Après la conquête de Kexholm en 1580, Jean III commença à utiliser le titre de grand-duc de Finlande et de Carélie (source du ) et un grand blason fut dessiné pour le Grand-Duché, avec la Couronne du grand-duc cf. .

Après cela, le titre de grand-duc de Finlande fut compris dans le titre officiel de la plupart des rois suédois jusqu'à la fin de la domination suédoise.

Le Grand-Duché était important pour la Suède, car sa possession augmentait son importance internationale.

À l'époque, le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie formaient la République des Deux Nations.

Lorsque la Suède se présenta comme un royaume englobant différents territoires, elle gagna en crédibilité aux yeux des autres États européens.

Le Grand-Duché apparut pour la première fois en 1662 sur la carte Magnus Ducatus Finlandiae du cartographe Johan Blaeu aux Pays-Bas.

Le titre de « grand-duc de Finlande » fut supprimé de la liste des titres du roi de Suède en 1720. Cette décision pouvait être due en partie au recul de la puissance suédoise et à la nécessité de ne pas insister sur sa composition en parties séparées parce qu'elle eût trop clairement défini l'entité que son voisin oriental envisagerait de conquérir.

Armoiries du Grand-Duché

La Finlande passe sous domination russe Le statut de superpuissance de la Suède fut progressivement ébranlée à partir du début du .

D'abord, la grande guerre du Nord a conduit le royaume à céder en 1721, par le traité de Nystad, les pays baltes, la Carélie, une grande partie du comté de Viipuri et Savonlinna et le comté de Käkisalmi à la Russie.

À la fin de la grande guerre du Nord, la Finlande est occupée.

Puis, à la suite de la guerre russo-suédoise de 1741-1743, lors du traité de paix de Turku en 1743, la partie sud-est du comté de Viipuri et Savonlinna fut cédée à la Russie.

Ces territoires finlandais abandonnés en deux étapes et dominés par la Russie furent désignés sous le nom d'Ancienne Finlande ou de Gouvernement de Vyborg dans .

Le sort de la Suède et, avec elle, celui de la Finlande se joua, comme ce fut si souvent le cas dans l'histoire, entre la Russie et les puissances d'Europe de l'Ouest et d'Europe centrale en compétition pour le statut de superpuissance.

La lutte menée par l'empereur français Napoléon Bonaparte contre le Royaume-Uni conduisit à la conclusion des traités de Tilsit avec la Russie qui put alors déclencher la guerre de Finlande contre la Suède le .

À la fin de la guerre en 1809, la Finlande était entièrement occupée par l'armée impériale russe qui avait aussi conquis une partie de l'actuelle Laponie suédoise.

La guerre de Finlande prit fin le avec le traité de Fredrikshamn signé entre la Suède et la Russie.

L'article IV de l'Accord du traité de Fredrikshamn, qui définit les territoires cédés à la Russie, ne mentionnait pas le nom de la Finlande, mais recensait les comtés qui furent donnés à la Russie.

Le nom Finlande apparaissait dans les articles V, X, XIV et XVII de l'accord qui concernaient certains effets du transfert territorial.

L'autonomie finlandaise

vignette|Le tsar ouvre la diète de Porvoo en 1809. Plutôt que la soumission du territoire à la domination directe d'un gouverneur général impérial, un nouveau système administratif fut établi en Finlande, rédigé en partie par le libéral Mikhail Speransky.

Le nouveau grand-duché de Finlande serait gouverné par un Conseil de gouvernement et, plus tard, par le Sénat de Finlande, un organe composé de citoyens finlandais. En outre, l'empereur traiterait les questions relatives à la Finlande par l'intermédiaire d'un ministre-secrétaire d'État pour la Finlande, sans l'intervention du gouvernement ou de l'administration russe.

Ce choix jeta les bases de l'autonomie considérable dont la Finlande jouirait pendant la majeure partie de la période de domination russe.

Les premières années du grand-duché de Finlande se déroulèrent sans incident.

En 1812, la région de l'ancienne Finlande, aussi connue sous le nom de province de Vyborg, fut rendue à la Finlande, après qu'elle avait été annexée par la Russie lors de la grande guerre du Nord et de la guerre russo-suédoise de 1741-1743.

Cette décision du tsar suscita la colère de certains membres du gouvernement et de l'aristocratie russes qui souhaitaient revenir à la frontière précédente ou annexer les communautés à l'ouest de Saint-Pétersbourg.

Malgré le tollé, les frontières resteraient fixées jusqu'en 1940.

Le geste pouvait être la conséquence des préoccupations d' pour la Finlande et de ses tentatives d'apaisement des Finlandais afin de gagner leur loyauté.

Alexandre déplaça aussi la capitale de Åbo à Helsingfors (Helsinki aujourd'hui), une petite ville fortifiée et protégée par Sveaborg.

La principale université finlandaise fut transférée à Helsingfors, après le grand incendie de Turku qui détruisit la majeure partie de ses bâtiments.

Malgré les promesses d'une diète de Finlande, elle ne serait convoquée qu'en 1863, alors que de nombreuses nouvelles lois adoptées par la législature étaient des textes qui eussent nécessité l'approbation de la Diète sous la domination suédoise.

Alexandre ordonna la création de la maison de la noblesse de Finlande. Celle-ci fut établie en 1818 pour enregistrer toutes les familles nobles de Finlande afin qu'elles fussent représentées à la Diète finlandaise.

Le fait qu'Alexandre ait délibérément ignoré ou non l'existence de la Diète est sujet à débats, avec des facteurs notables tels que la chute de Napoléon et la conclusion de la Sainte-Alliance, le mysticisme religieux retrouvé de la couronne russe et l'expérience négative de la Diète de Pologne. Puis, cessa de s'investir dans la politique finlandaise et se concentra sur le gouvernement de la Russie.

Vers l'indépendance Mort d' et politique d'assimilation

En 1823, le comte Arseni Zakrevski est nommé gouverneur général de Finlande et devient rapidement impopulaire chez les Finlandais et les Suédois.

Arseni Zakrevski abolit le et réussit à obtenir le droit de soumettre les affaires finlandaises directement à l'empereur russe, en contournant le ministre-secrétaire d'État pour la Finlande.

Deux ans plus tard, meurt le .

Alors qu'il s'attendait à voir Constantin Pavlovitch, le frère d', monter sur le trône impérial, Arseni Zakrevsky saisit cette occasion pour exiger de la Finlande qu'elle prêtât un serment de fidélité qui désignerait l'empereur russe comme le souverain absolu de la Finlande .

Nicolas, le frère puiné d'Alexandre et Constantin, devient empereur malgré l'insurrection décembriste de . assure au ministre-secrétaire d'État pour la Finlande Robert Henrik Rehbinder qu'il continuera à soutenir la politique libérale d' en Finlande.

En 1830, l'Europe devient un foyer de révolutions et de réformes qui s'inspirent de la Révolution française.

L'insurrection de Novembre en 1830-1831 est un soulèvement massif contre et la tutelle de Saint-Pétersbourg, mais la Finlande ne se révolte pas parce que la Russie a réussi à gagner la loyauté de sa population.

Ainsi, la Russie poursuit sa politique en respectant l'autonomie finlandaise et en favorisant l'assimilation paisible des Finlandais au peuple russe.

Arseni Zakrevski quitte ses fonctions en 1831 et le knèze Alexandre Sergueïevitch Menchikov lui succède en tant que gouverneur général de Finlande. Il poursuit la politique de détente avec les Finlandais.

La langue russe est étudiée avec enthousiasme et de plus en plus de Finlandais essayent de s'intéresser à la culture russe dans le but de s'intégrer à la société russe.

Lev Alexeïevitch Perovski, le ministre de l'Intérieur de de 1841 à 1852, a défendu les idées du comte Zakrevsky et a poussé plus loin les idées de russification subtile au cours des années 1840.

vignette| La défense du Sampo peint par Akseli Gallen-Kallela.

Cependant, la Finlande connaît une révolution nationaliste, dans les années 1830, qui se fonde sur la littérature.