vignette|droite|upright=1|Extension musulmane dans la péninsule ibérique vers 718 (légendes en espagnol).

L'histoire d'al-Andalus recouvre les événements survenus au Moyen Âge sur l'ensemble des terres de la péninsule Ibérique sous domination musulmane, de la conquête musulmane de l'Hispanie en 711 jusqu'à la fin du royaume de Grenade en 1492.

En 711, le royaume wisigoth traverse alors une période d’instabilité politique et fait face à la conquête menée par des forces berbères menées par des chefs arabes qui prolongent l'expansion de l'islam dans la péninsule ibérique qui prend le nom d'al-Andalus. D’abord intégré au califat omeyyade de Damas, un émirat indépendant est fondé par Abd al-Rahman Ier, formant la dynastie des Omeyyades de Cordoue en 756. Il prend la forme du califat de Cordoue sous Abd al-Rahman III en 929, affirmant al-Andalus comme l’un des centres politiques, économiques et culturels majeurs du monde méditerranéen occidental.

À partir du , l’effondrement du califat entraîne la fragmentation du territoire en taïfas, politiquement instables et souvent rivales. Cette division facilite le processus de reconquista des royaumes chrétiens et l'intervention de nouvelles dynasties musulmanes nord-africaines, notamment les Almoravides puis les Almohades, qui réunifient temporairement al-Andalus sous leur autorité. Suite à la bataille de Las Navas de Tolosa, la troisième période de taïfas provoque un nouveau morcellement politique et l'expansion du royaume de Portugal et de Castille. Le royaume de Grenade préserve des territoires jusqu'en 1492. La prise de Grenade marque la fin de la domination musulmane en Espagne et ouvre une nouvelle phase de l’histoire ibérique, caractérisée par la conversion forcée ou l’expulsion des populations musulmanes et juives.

Conquête de l'Hispanie et de la Septimanie

Conquête de l'Hispanie vignette|Rocher de Gibraltar d'où débuta la conquête de l'Hispanie vignette|Conquête musulmane de 711 à 718 vignette|gauche|upright=0.8|Le royaume wisigoth avant la conquête musulmaneAprès avoir conquis la totalité de l'Afrique du Nord, le gouverneur Moussa Ibn Noçaïr bute sur la ville de Ceuta qui lui résiste, vol.2, .. Territoire byzantin, comme toute la côte africaine avant l'arrivée arabe, la ville est trop distante de Constantinople pour être secourue efficacement. Pour se protéger, Ceuta se tourne vers l'Espagne des Wisigoths. Julien, le gouverneur de la cité envoie même sa fille à Tolède afin qu'elle puisse y parfaire son éducation. Le comportement du roi Rodéric qui viole la jeune femme fait pourtant basculer la situation ; Julien en colère souhaite se venger et il conclut un pacte avantageux avec Musa en lui ouvrant les portes de sa ville, tout en lui vantant les mérites d'une conquête de l'Hispanie. Pour prouver sa bonne volonté, il met à la disposition des troupes musulmanes ses vaisseaux mais Musa préfère toutefois demander l'autorisation au calife Walid qui lui répond : , vol.2, p.32.. vignette|gauche|La péninsule Ibérique vers 711 - 714 vignette|Environs de Carmona : les serfs continuent d'exploiter les terres après l'arrivée des troupes musulmanes

Musa obéit au calife et envoie donc un dénommé Abou-Zora accompagné de quatre cents hommes et cent chevaux qui franchissent le détroit de Gibraltar à bord de quatre navires affrétés par Julien, le gouverneur de Ceuta. Après avoir pillé les côtes autour d'Algésiras, ils retournent en Afrique au mois de . Satisfait du résultat, Musa profite des troubles qui occupent le roi Rodéric au nord pour envoyer Tariq ibn Ziyâd, général de son avant-garde, avec . N'ayant que les quatre navires offerts par Julien, Tarîq réunit ses troupes sur la montagne qui porte aujourd'hui son nom, Gibraltar, vol.2, .. Immédiatement alerté, Rodéric se met en marche contre Tarîq avec une grande armée. Ne pouvant évacuer ses troupes avant l'arrivée des Wisigoths, le général musulman opte pour l'affrontement direct et demande même à Musa l'envoi de renforts qui lui offre berbères, si bien que les forces musulmanes s’élèvent à , très peu comparé aux armées de Rodéric dont on estime qu'elles étaient au nombre de . Malgré ce net désavantage numérique, c'est la trahison au sein du camp wisigoth qui aidera les armées musulmanes. vignette|gauche|upright|Wittiza, le roi renversé par Rodéric

Rodéric avait contre lui un parti très puissant de nobles qui l'accusaient d'avoir usurpé le trône en assassinant son prédécesseur, Wittiza. Obligés de participer aux guerres de Rodéric, ces nobles n'en gardaient pas moins une haine envers leur roi. Pour l'anéantir, ils se mettent d'accord afin de le trahir durant la bataille avec les musulmans, vol.2, .. Cette trahison n'avait pas pour but de livrer l'Hispanie aux musulmans, car ces nobles pensaient que le but de Tarîq était uniquement de piller la région puis de repartir.

La bataille a lieu sur le rivage du Guadalete le . Les deux fils de Wittiza commandent les ailes de l'armée espagnole et finissent par trahir Rodéric qui gouverne le centre. Durant la bataille, il est probable que Rodéric perde la vie, ce qui laisse le pays sans chef, vol.2, .. Tarîq profite de cette situation et contrairement à ce que lui avait ordonné Mousâ mais aussi à ce que pensaient les nobles wisigoths, il marche en avant. L'avancement des troupes musulmanes est renforcé par le soutien qu'ils rencontrent au sein du petit peuple mais aussi des Juifs qui ont longtemps été opprimés.. Après avoir conquis Ecija, Tarîq peut à présent envisager la prise de Tolède, la capitale, mais aussi Cordoue, Archidona et Elvira. Archidona, abandonnée par sa population, est prise sans peine, Elvira quant à elle est confiée à des troupes juives et musulmanes, Cordoue est livrée à Tarîq par un berger qui lui indique une brèche d'où il peut facilement entrer avec ses troupes, et Tolède est conquise à la suite d'une trahison des Juifs de la cité. Le commandement de cette dernière est donné à un frère de Wittiza, vol.2, ..

En Afrique, Musa qui avait pourtant ordonné à Tarîq d'y retourner après avoir pillé les côtes ibériques est mécontent. La popularité de son général l'agace et il décide donc de prendre part à la conquête de la péninsule. Au mois de , il passe donc le détroit de Gibraltar accompagné de arabes et prend Medina-Sidonia et Carmona puis se met en route vers Tolède où il rencontre Tarîq qui est fortement réprimandé pour sa conquête solitaire de la péninsule, vol.2, .. Le reste de l'Hispanie, sans chef à sa tête, se soumet rapidement à la conquête arabe. vignette|gauche|Cathédrale de Cordoue dont les chefs musulmans achèteront la moitié aux chrétiens

Les premières années de la présence musulmane sont assez chaotiques mais très rapidement les dirigeants musulmans imposent l'ordre et la domination arabe est acceptée par le peuple qui a le droit de conserver ses lois et ses juges, mais voit aussi la nomination de gouverneurs et de comtes locaux, vol.2, .. Les serfs qui connaissaient l'exploitation des terres conservent leur rôle mais doivent reverser au propriétaire du terrain les quatre cinquièmes des récoltes et si les terres appartiennent à l'État ce n’est que trois-cinquièmes. La situation des Chrétiens est très variable selon les villes et les conditions lors de la signature du traité, . mais en général ils conservent la plupart de leurs biens bien qu’ils doivent payer à l'État un impôt de 48 dirhams pour les riches, 24 pour la classe moyenne et de 12 dirhams pour ceux qui vivent d'un travail manuel. Les femmes, les enfants, les moines, les handicapés, les malades, les mendiants et les esclaves en sont toutefois exemptés, .. Enfin, l'impôt est levé si la personne se convertit à l'islam.

L'arrivée des Musulmans est considérée comme une source de liberté pour de nombreuses couches de la société. Durant les rois Wisigoths, le clergé et la noblesse disposaient de nombreux privilèges comme la possession de vastes étendues de terres en partie inexploitées.. Lorsqu'une ville capitulait pacifiquement comme à Mérida, Beja ou encore Évora, les nobles wisigoths pouvaient conserver leurs terres, si bien que certains documents attestent de la présence de très riches propriétaires terriens wisigoths jusqu'aux et l'Église elle aussi pouvait conserver ses terres.. En revanche si comme à Séville, la ville s'était révoltée à l'arrivée musulmane, les Arabes divisaient les terrains des nobles et les réattribuaient à un grand nombre de personnes comme aux serfs, favorisant ainsi les petites propriétés. Ces derniers, opprimés durant le règne des rois wisigoths, jouissent d'une certaine indépendance dans l'exploitation de ces terres dans la mesure où leurs nouveaux maîtres sont de piètres agriculteurs et donc laissaient leurs subordonnés cultiver comme ils le souhaitaient. Le morcellement des terres ayant appartenu aux nobles Wisigoths a pour conséquence d'améliorer la culture et le rendement des exploitations. Quant aux esclaves, il leur était extrêmement facile de recouvrer la liberté puisqu'il leur suffisait de se présenter devant les autorités et de prononcer la profession de foi musulmane, ils étaient immédiatement affranchis selon la loi islamique. Ces nouvelles lois ont pour conséquence la conversion de nombreux serfs et esclaves, .. Pour les plus hautes couches de la société, la conversion permet de ne plus payer l'impôt prévu pour les non-musulmans, ..

L'arrivée des Musulmans apporte aussi son lot de difficultés et de maux. Bien que le culte chrétien soit libre, l'Église est sous l'autorité musulmane et juive qui préside les réunions. Les sultans nomment les évêques et les traités signés entre Musulmans et Chrétiens s'estompent au fil des décennies. En 784, soit près de soixante-dix ans après l'arrivée des Musulmans dans la péninsule, Abd al-Rahman impose aux Chrétiens la vente de la moitié de la cathédrale de Cordoue pour cent mille dinars, il viole aussi le traité qu'avaient signé ses prédécesseurs en confisquant les terres d'Ardabast, descendant de Wittiza, uniquement parce qu’il trouve qu'un Chrétien ne peut avoir de terres aussi vastes. Enfin, afin d'accélérer le processus de conversion, les impôts que doivent payer les non-musulmans augmentent, ..

Poursuite en Septimanie En 714, Târiq et Musa sont appelés à Damas pour enquête. Le nouvel émir al-Hurr poursuit de 716 à 719 la conquête et parvient jusqu'aux Pyrénées, détruisant Tarragone et occupant Barcelone. Ses successeurs iront même au-delà des Pyrénées, vers la Septimanie wisigothique, d'où ils lanceront des expéditions vers le nord.

En 719, la Septimanie est conquise et Narbonne devient sous le nom d'Arbûna le siège d'un wali pendant quarante ans, la capitale d'une des cinq provinces d'al-Andalus, aux côtés de Cordoue, Tolède, Mérida et Saragosse. Les Musulmans laissèrent aux anciens habitants, chrétiens et juifs, la liberté de pratiquer leur religion moyennant tributPhilippe Sénac, « Présence musulmane en Languedoc » in Islam et chrétiens du Midi, Cahier de Fanjeaux, , 2000, .. En 759, Narbonne est reprise par Pépin le Bref et les Musulmans chassés de la Gaule.