vignette|redresse=1.2|Le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, basilique Saint-Pierre.
Le Saint-Esprit, ou Esprit saint, ou encore Esprit, est dans plusieurs religions un aspect ou un agent de Dieu qui communique avec les humains ou agit sur eux.
Dans le judaïsme, la Ruah, ou « Souffle » de Dieu, intervient dès le premier chapitre de la Genèse, lors de la création du monde. La Ruah continue à se manifester dans l'ensemble de la Bible hébraïque.
Dans le Nouveau Testament, écrit en grec de la koinè, le mot utilisé est pneuma (), qui signifie « souffle » et correspond à l’hébreu ruah ; mais on trouve aussi, selon le contexte, le mot « Paraclet » (Παράκλητος, Paraklêtos). Pour le christianisme, le souffle divin, ou Saint-Esprit (Spīritus sānctus en latin), est l'une des trois personnes de la Trinité, ainsi que le symbole de Nicée-Constantinople l'a formulé au . Il est fêté lors de la Pentecôte.
L'Esprit saint apparaît également dans les écrits pré-islamiques et dans le Coran (en arabe : Ruh).
Judaïsme La Tanakh (Bible hébraïque) mentionne à plusieurs reprises la רוח הקודש (Ruah ha-Qodesh), qui est le Souffle/Esprit de YHWH (רוח יהוה), en particulier dans le Livre de la Genèse Voir aussi Ruaḥ Elohim ( רוח אלהים). Cf. Guy Darshan,"Ruaḥ ’Elohim in Genesis 1:2 in Light of Phoenician Cosmogonies: A Tradition's History," Journal of Northwest Semitic Languages, 45,2 (2019), p. 51–78.. La Ruah est associée à la Shekhina, (שכינה), qui est la présence de Dieu. (Rua/Tuah, souffle, anima, âme)
Christianisme Approche théologique
vignette|redresse=1.2|gauche|Fresque médiévale représentant le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, monastère de Žiča, Serbie. Si l'Esprit saint est désigné nommément à de multiples reprises dans la Bible, aucun passage n'en donne de définition. Cette imprécision est à l'origine d'une série de controverses théologiques principalement réparties en trois périodes : le , qui a vu l'élaboration du Symbole de Nicée-Constantinople, les différends entre l'Orient et l'Occident qui aboutissent au grand schisme du et enfin les questions doctrinales soulevées par la Réforme protestante au .
Pour Rudolf Bultmann, il existe deux conceptions de l'Esprit : « animiste » et « dynamique »Rudolf Bultmann, Theology of the New Testament, vol. 1, Baylor University Press, 2007 (1951) , p. 155-157.. Dans la perspective animiste, il est , tandis que dans la pensée dynamique il . Ces deux conceptions apparaissent dans la Bible hébraïque et chrétienne, mais l'animisme est plus typique du Premier Testament tandis que le dynamisme est plus courant dans le Nouveau Testament. Cette distinction coïncide avec la définition de l'Esprit en tant que don temporaire ou permanent. Dans le Premier Testament et la pensée juive, il est principalement temporaire, en fonction d'une situation ou d'une tâche spécifique, alors que dans la théologie chrétienne ce don réside chez l'homme en permanence.
Alors que le Christ, Fils de Dieu, est engendré, le Saint-Esprit , écrit Pierre Gisel. L’Esprit est en l’homme une force agissante qui lui donne, à la mesure de l’accueil que celui-ci lui réserve, d’accomplir filialement la volonté de Dieu.
L'Esprit saint est appelé par Jésus « Paraclet » dans le discours de la Cène (Jn 14,16.26 ; 15,26 ; 16,7), littéralement « celui qui est appelé au secours », que l'on traduit par Consolateur ou Défenseur. Jésus appelle l'Esprit saint « Esprit de vérité » (Jn 16,13).
Une des trois personnes de la Trinité
vignette|droite|redresse=1|La plus ancienne représentation de la Trinité : le Sarcophage dogmatique (détail), v. 320-350. Musées du Vatican, Rome. Le Père, le Fils et l'Esprit apparaissent sous les traits de trois personnages identiques.
L'Esprit dans le Premier Testament Le christianisme primitif a interprété à la lumière du Nouveau Testament les passages du Premier Testament relatifs à l'Esprit de Dieu, qui est désigné par le mot Ruah. Il est dit dans le Livre de la Genèse : (1, 2). L'Esprit de Dieu est descendu sur les chefs et les rois (I Samuel 10, 1 et 16, 3), puis sur les prophètes (Isaîe 11, 2, Ézéchiel 36, 26-27 et 37, 1-14) et enfin sur l'ensemble du peuple élu (Joël 3, 1). Ézéchiel annonce que l'Esprit de Dieu renouvellera les hommes par une aspersion d'eau pure. Enfin l'Esprit est identifié à la Sagesse (Sagesse 7, 22).
Bases scripturaires
Le Nouveau Testament insiste sur l’omniprésence de l'Esprit saint dans la vie terrestre de Jésus, en particulier lors de sa conception et de son baptême. En outre, l'ordre de Jésus à ses apôtres (Matthieu 28, 18-19) sert de fondement théologique aux discussions sur la nature de l'Esprit. Les autres éléments fondateurs sont la conviction que les Écritures sont inspirées par l'Esprit, ensuite la foi en la présence de l'Esprit dans le cœur des fidèles et enfin la foi en la présence active du Saint-Esprit dans l’Église.
Chrétiens des premiers siècles Ignace d'Antioche (35-110) souligne la présence de l'Esprit saint dans les Églises auxquelles il s'adresse. Justin de Naplouse (mort en 165) place l'Esprit en troisième position, derrière Le Père et le Fils. Tatien (120-173) appelle l'Esprit . Théophile d'Antioche (mort en 183) qui fut le premier à introduire dans le monde oriental le terme grec trias pour parler du Père, du Fils et de l'Esprit, définit l'Esprit comme l'effluve du Père, le plaçant en intermédiaire entre le Père et le Fils, et l'identifie à la Sagesse du Premier Testament. Tertullien (150-220) qui fut le premier à utiliser dans le monde latin le terme trinitas, qualifie l'Esprit de , c'est-à-dire le , la et l'unique témoin de l'unicité de Dieu. Pour Hippolyte (170-235), l'Esprit est dans tout, et c'est en lui que l'on croit au Fils. Origène (185-253) envisage le Dieu unique comme trois cercles concentriques, le plus large représentant le Père qui est inengendré, l'intermédiaire représentant le Fils ou Logos, et le plus petit l'Esprit, chacun des trois étant une personne divine. Origène, enseignant que le Père est supérieur au Fils, lequel est supérieur à l'Esprit, a été pour cette raison taxé de subordinatianisme et accusé de compromettre le monothéisme..
De Nicée I à Constantinople
Le credo du premier concile de Nicée (325) se limite à affirmer la croyance en « l'Esprit saint ».. Or, pendant la période qui suit le concile, tout un courant se réclamant de l'arianisme pneumatomaque nie la divinité de l'Esprit, incompatible avec le monothéisme, et définit l'Esprit comme le résultat d'une création. Athanase (296-373), qui est le premier à combattre ce courant de pensée, interprète l'Esprit comme étant consubstantiel au Père et au Fils, et correspondant à un mouvement de circumcession au sein de la trinité divine. Basile de Césarée (329-379) dans son Traité du Saint-Esprit de 375, refuse de voir dans l'Esprit une créature et le place au même rang que le Père et le Fils. Son ami Grégoire de Nazianze (329-390) affirme l'identité de substance des trois Personnes, approfondit la périchorèse intratrinitaire et enseigne que la spécificité de l'Esprit réside en ce qu'il procède du Père. Enfin l'un des frères de Basile, Grégoire de Nysse (335-395), insiste sur la distinction des trois personnes et sur leur unité de substance. Il professe qu'il faut adresser à l'Esprit la même adoration qu'au Père et au Fils..
Le premier concile de Constantinople (381) prolonge ce credo par la foi .
Après le concile de Constantinople
Sous Damase, un synode réuni à Rome en 382 précise à propos de l'Esprit saint qu'il est Esprit septiforme, de sagesse, d'intelligence, de Conseil, de force, de Science, de Vérité, et de crainte de Dieu. En tant que l'Esprit se donne aux hommes, ses qualités sont connues comme les sept dons du Saint-Esprit.
Depuis le premier concile de Constantinople, l'Esprit est reconnu comme la troisième hypostase (ou « personne ») de la Trinité. Il est distinct du Père et du Fils (Jésus-Christ), mais consubstantiel à eux, c'est-à-dire partageant la même essence.
L'œuvre principale du Saint-Esprit est d'inspirer aussi bien les prophètes du Premier Testament que les rédacteurs de la Bible tout entière. Il communique la paix et l'amour de Dieu au genre humain.Il participe à la transmission de la révélation divine dans la Tradition diffusée par les apôtres : (Dei Verbum, 8.) René Laurentin, L’Esprit Saint cet inconnu, éd. Fayard, 1998..
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Daniel Marguerat rapporte la situation de l'Église primitive :
La querelle du Filioque
vignette|droite|Icône de la Trinité d'Andreï Roublev (v. 1410-1427). Galerie Tretiakov, Moscou. L'Église orthodoxe insiste sur l'équivalence des trois personnes divines. Le symbole de Nicée-Constantinople fixé par les conciles du affirme que le Saint-Esprit « procède du Père ». Or un ajout est effectué par Charlemagne : le Saint-Esprit procède du Père « et du Fils » (en latin : Filioque). « Je crois en l'Esprit saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes ».
Ce différend sur la nature de l'Esprit-Saint, connu sous le nom de « querelle du Filioque », a été l'une des causes du grand schisme d'Orient en 1054.
Les orthodoxes estiment en effet que cette innovation est contraire à l'enseignement des Pères de l'Église, tandis que l'Église catholique, qui a adopté cette modification, déclare n'y voir que le développement d'un élément non explicite de la foi des Pères. Ce point est un obstacle majeur à la réconciliation de ces deux Églises.
Périodes moderne et contemporaine Ces périodes sont caractérisées par un morcellement des Églises. La Réforme remit en cause certains sacrements, dont la confirmation qui porte sur l'Esprit saint.
Dans la période contemporaine, on vit apparaître, surtout aux États-Unis, plusieurs Églises ou dénominations qui insistèrent sur la place de l'Esprit saint dans la vie personnelle du croyant, et sur les dons spirituels (charismes). C'est dans ce contexte que le pentecôtisme est apparu au début du . Elles donnèrent également lieu à des mouvements de Renouveau charismatique au sein du catholicisme (l'Emmanuel, le Chemin Neuf…).
Confessions chrétiennes Les manifestations de l'Esprit saint décrites dans le Nouveau Testament sont l'accomplissement de l'annonce faite par Isaïe (chapitre 11,2 du livre d'Isaïe). Avec la Cène, elle scelle une Nouvelle Alliance. Les dons de l'Esprit rappellent le Décalogue décrit dans la Première Alliance.
Les catholiques et les Églises orthodoxes insistent sur l'institution des apôtres et le fait que l'Église en tant qu'institution devient inspirée, fondant ainsi son autorité spirituelle. Les Églises évangéliques mettent l'accent sur le fait que chacun, recevant l'Esprit saint (1 Co 6:19 : « Votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous »), peut annoncer le message du Christ, qui est le critère de cette inspiration ; le même Esprit donne à l'Église les pasteurs et autres ministres dont c'est la fonction permanente.
Église catholique
Le Catéchisme de l'Église catholique mentionne au n° 2672 :
Dans le catholicisme, l'Esprit saint est présent dans les sacrements.
L'Esprit saint est avant tout le don de Dieu. qui cite : (1 Jn 4,8-16) et précise que l'Amour est le premier don qui contient tous les autres. Cet Amour, (Rm 5,5).
C'est par cette puissance de l'Esprit que les enfants de Dieu peuvent porter du fruitCatéchisme de l'Église catholique, n° .. On doit distinguer les dons de l'esprit et les fruits de l'esprit. Thomas d'Aquin fait cette distinction dans la Somme théologiqueSomme théologique, Prima Secundae, question 68 (dons) et 70 (fruits)..
vignette|redresse=1.2|Sculpture représentant la colombe de l’Esprit Saint dans la cathédrale Saint-Pierre de Rennes.
Dons de l'Esprit
L'Église catholique considère que les dons de l'Esprit sont reformulés en sept dons (six sont mentionnés dans le Livre d'Isaïe 2:2). : Sagesse ; Intelligence ; Conseil ; Force ;