La guerre du Haut-Karabagh, appelée aussi première guerre du Haut-Karabagh et appelée en Arménie guerre de libération de l'Artsakh., est le premier et le plus ancien des conflits post-soviétiques : elle a lieu entre et dans l'enclave arménienne du Haut-Karabagh, en Azerbaïdjan du Sud-Ouest, entre les Arméniens de l'enclave, alliés à la république d'Arménie, et la république d'Azerbaïdjan à laquelle cette région autonome était rattachée. Le , défilent à Erevan un million de personnes, revendiquant le rattachement du Haut-Karabagh à l'Arménie. Le parlement de l'enclave, qui vote l'union avec l'Arménie le , et un référendum accordé à la population déterminent un même souhait. La demande d'union avec l'Arménie, qui se développe vers la fin des années 1980, commence pacifiquement, mais la désintégration de l'Union soviétique transforme le mouvement en un conflit violent entre les deux groupes ethniques, aboutissant ainsi à des allégations de nettoyage ethnique par les deux camps David Rieff, « Without Rules or Pity », dans Foreign Affairs, 2 (1997), Council on Foreign Relations, Washington, 1997 ., 284-292..

Cette guerre est le premier, le plus ancien et le plus récurrent des conflits post-soviétiques, et l'un des plus importants en nombre de morts et en pertes de propriétéLe nombre exact de morts est inconnu, aucun décompte exact des corps n'ayant été correctement effectué par les belligérants ou par une organisation internationale. Durant les premières années de combat, on rapporta des dommages bien moins nombreux que ce qui fut rapporté après la fin de la guerre. La plupart des sources estiment cependant le nombre à . Par exemple, le Time Magazine reprend le nombre d'au moins de chaque côté . Le Département d'État américain et la NPR fixent le nombre légèrement plus bas, à environ . Il y eut des victimes par la suite, en raison du déclenchement de mines terrestres, souvent des civils. De nombreuses violations du cessez-le-feu sur la ligne de démarcation provoquent également la mort de plusieurs soldats chaque année. Le nombre de victimes est semblable à celui causé par d'autres conflits ethniques, comme la première guerre de Tchétchénie ou la guerre civile en Géorgie., du moins jusqu'à l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Tout comme le mouvement sécessionniste parcourant les républiques baltes d'Estonie, de Lettonie et de Lituanie, le mouvement a favorisé et symbolisé la dislocation de l'URSS. Lorsque l'Azerbaïdjan déclare son indépendance de l'URSS (), le Haut-Karabagh réagit en faisant sécession de l'Azerbaïdjan le , ce à quoi l'Azerbaïdjan réagit supprimant l'autonomie de l'enclave arménienne le . Ces événements sont le résultat final d'un Jorri C. Duursma, Fragmentation and the International Relations of Micro-states: Self-determination and Statehood, Cambridge University Press, Cambridge, 1996 , 93. et du différend territorial historique concernant l'Artsakh Michael P. Croissant, The Armenia-Azerbaijan Conflict: Causes and Implications, Praeger, Londres, 1998 .. Selon diverses analyses, la différence religieuse entre chrétiens et musulmans n'est pas significative dans le conflit Valery Tishkov, Ethnicity, Nationalism and Conflict in and after the Soviet Union: The Mind Aflame, Sage, Londres, 1997 , 107)..

Des combats de grande ampleur ont lieu vers la fin de l'hiver 1992-1993. La médiation internationale de plusieurs groupes comme l'OSCE ne parvient pas à trouver une résolution du conflit qui satisfasse les intérêts des deux parties. Au printemps 1993, grâce au soutien russe, les forces arméniennes occupent les régions voisines à l'enclave, en dépit des menaces d'intervention de la Turquie.. En 1994, vers la fin de la guerre, les Arméniens contrôlent 14 % du territoire azerbaïdjanais, dont l'enclave du Haut-Karabagh représente 5%, et les régions adjacentes 9 %. Le conflit fait arméniens d'Azerbaïdjan et azéris d'Arménie et du Karabagh. Un cessez-le-feu est signé en à Bichkek avec la médiation russe. Des négociations entre les deux pays impliqués, sous la supervision du groupe de Minsk de l'OSCE, ont lieu ensuite. Malgré ce cessez-le-feu, des escarmouches meurtrières, voire de nouvelles guerres, éclatent cependant de manière régulière le long de la frontière, les derniers en date en 2023, avec cette fois des succès pour l'Azerbaïdjan et la fin de l'indépendance de facto du Haut-Karabagh..

Aperçu historique vignette|upright=1.3|Paysage du Karabagh.

La souveraineté sur le Haut-Karabagh est toujours disputée entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Appelé aussi Artsakh (en arménien : ) par les Arméniens, son histoire s'étend sur plusieurs siècles, au cours desquels il fut contrôlé par divers empires. Le débat se concentre cependant sur l'histoire de la région après la Première Guerre mondiale. L'Empire russe se désintègre en et les Bolcheviks prennent le pouvoir. L'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie, les trois « nations » du Caucase précédemment sous contrôle russe, déclarent leur indépendance et forment la république démocratique fédérative de Transcaucasie, dissoute après trois mois d'existence.

Guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan Des combats commencent ainsi entre les républiques d'Arménie et d'Azerbaïdjan dans trois régions spécifiques : le Nakhitchevan, le Zanguezour (région arménienne actuelle de Syunik) et le Karabagh. L'Arménie et l'Azerbaïdjan se querellent au sujet des frontières entre les deux pays au niveau de ces trois régions. Les Arméniens du Haut-Karabagh tentent de déclarer l'indépendance mais ne peuvent établir de contact avec la République d'Arménie, d'autant que l'Empire ottoman occupe la région, secondé par des armées allemandes. Après la défaite de l'Empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale, des troupes britanniques occupent le Caucase du Sud en 1919. Le commandement britannique impose provisoirement Khosrov bei Sultanov (désigné par le gouvernement azerbaïdjanais) comme gouverneur-général du Karabagh et du Zanguezour, en attendant une décision finale à la conférence de paix de Paris (1919)Ministère arménien des Affaires étrangères ..

Division soviétique Deux mois plus tard, les Britanniques se retirent et la onzième armée russe envahit le Caucase : au bout de trois ans, les républiques caucasiennes forment la république socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie au sein de l'Union soviétique. Les Bolcheviks créent ensuite un comité de sept membres, le Bureau du Caucase (le Kavburo), qui, sous la supervision de Staline, alors commissaire du Peuple pour les nationalités, doit appliquer dans la région le découpage ethnique de type soviétique, avec des républiques et des régions autonomes, 36, 40.. Ce comité vote par quatre voix à trois en faveur d'une annexion du Karabagh à la République socialiste soviétique d'Arménie. Toutefois, des protestations de la part des dirigeants azerbaïdjanais, notamment le dirigeant du parti communiste d'Azerbaïdjan, Nariman Narimanov, ainsi qu'un soulèvement anti-soviétique à Erevan en 1921 dégradent les relations entre la Russie et l'Arménie. Cette situation conduit le comité à revenir sur sa décision et à attribuer le Karabagh à la république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan en 1921, pour incorporer l'oblast autonome du Haut-Karabagh à la RSS d'Azerbaïdjan en 1923, la laissant avec une population arménienne à 94 % Viktor Hambardzumyan , « Լեռնային Ղարաբաղի Ինքնավար Մարզ (ԼՂԻՄ) », dans Encyclopédie soviétique arménienne, 4, Académie arménienne des sciences, Erevan, 1978, 576. A. N. Yamskov, « Ethnic Conflict in the Transcausasus: The Case of Nagorno-Karabakh », dans Theory and Society, 20, 5 (1991), 659.. La capitale, auparavant Chouchi (Շուշի), est remplacée par Khankendi, en arménien Stepanakert (Ստեփանակերտ).

Les académiciens arméniens et azéris ont spéculé sur cette décision, qui serait une application par la Russie du principe diviser pour régner. Il en irait de même avec l'exclave du Nakhitchevan, séparée par l'Arménie du reste de l'Azerbaïdjan. D'autres ont aussi supposé que la décision était un geste du gouvernement soviétique pour contribuer à maintenir de « bonnes relations avec la Turquie d'Atatürk » Kenneth Weisbrode, Central Eurasia - Prize or Quicksand?: Contending Views of Instability in Karabakh, Ferghana, and Afghanistan, Oxford University Press, Oxford, 2001 , 27.. L'Arménie a toujours refusé de reconnaître cette décision et a continué à en contester la légalité durant les décennies de gouvernement soviétique.

Durant la période soviétique, les Arméniens du Karabagh se sentent l'objet de discriminations variées de la part de l'Azerbaïdjan. Les autorités azerbaïdjanaises restreignent les liens entre l'enclave et l'Arménie et poursuivent une politique de « désarménisation » dans la région et de peuplement azéri, déplaçant des populations arméniennes en dehors de l'oblast et négligeant ses besoins économiques Alexei Zverev, , dans Bruno Coppieters (dir.), Contested borders in the Caucasus, VUB University Press, Bruxelles, 1996 . Consulté le 24 avril 2008.. Le recensement de 1979 montre que la population de l'enclave s'élève à , dont (75,9 %) et (22,9 %)., ce que les Arméniens ne manquent pas de comparer aux chiffres de 1923 (94 % d'Arméniens). Des villages arméniens ont également été démantelés (85 en 1980), ce qui n'est le cas d'aucun village azéri Юрий КОТЕНОК, ..

Février 1988 et la réapparition de la question du Haut-Karabagh vignette|upright=1.1|140px|Mikhaïl Gorbatchev.

Mikhaïl Gorbatchev devient secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique en , et entreprend ses réformes de perestroïka et de glasnost. La glasnost, ou « ouverture », augmente les libertés individuelles, les citoyens pouvant alors exprimer leurs doléances vis-à-vis du système soviétique et de ses dirigeants. Capitalisant sur ce principe, les dirigeants du Soviet régional du Karabagh votent l'unification de la région autonome avec l'Arménie le Gilbert Martin, A History of the Twentieth Century: The Concise Edition of the Acclaimed World History, HarperCollins, New York, 2001 , 594.. Les dirigeants arméniens du Karabagh se plaignent en effet de n'avoir ni livres en arménien dans les écoles, ni télévision Archie Brown, The Gorbachev Factor, Oxford University Press, Oxford, 1996 , 262.. Ils dénoncent aussi la tentative par le secrétaire général du parti communiste d'Azerbaïdjan, Heydar Aliyev, d'« azérifier » la région, d'augmenter l'influence et le nombre des Azéris du Haut-Karabagh et de réduire, dans le même temps, sa population arménienne (en 1987, Aliyev descend en grade et devient le secrétaire général du Politburo du Parti communiste azerbaïdjanais) Regnum News Agency, « Who is at the turn of interests? US, Russia and new reality on the border with Iran » 24 avril 2006 .. En 1988, la population arménienne du Karabagh a diminué et ne représente plus que trois quarts de la population totale Steven E. Lobell Steven, Philip Mauceri, Ethnic Conflict and International Politics: Explaining Diffusion and Escalation, Palgrave Macmillan, New York, 2004 , 58.. Le mouvement est dirigé par des personnalités arméniennes populaires et par des membres de l'intelligentsia russe, comme le dissident et prix Nobel de la paix Andreï Sakharov. Avant la déclaration, les Arméniens ont manifesté et organisé des grèves ouvrières à Erevan pour demander une unification avec l'enclave, provoquant des contre-manifestations à Bakou.