James Wolfe, né le à Westerham (Kent, Angleterre) et mort au combat le à Québec (Nouvelle-France) est un officier général britannique. Il est principalement connu pour sa victoire lors de la bataille des Plaines d'Abraham à la tête de l'armée britannique destinée à envahir la Nouvelle-France. Sa mort au combat, en même temps que son rival Montcalm, frappa les imaginations, le transforma en héros dans le monde anglo-saxon et fit passer sous silence plusieurs de ses décisions controversées.

Biographie

Jeunesse militaire James Wolfe est le fils du lieutenant-général anglo-irlandais Edward Wolfe, qui a fait carrière dans les Royal Marines et a commandé le 8th Regiment of Foot, et de Henrietta Thomson, sœur d'un député britannique.

James Wolfe fréquente différentes écoles à Westerham puis à Greenwich où sa famille s'établit en 1738. De santé fragile, il acquiert rapidement la physionomie qui le fait remarquer toute sa vieIl sera décrit par madame de Saint-Villemin, capturée durant la campagne de 1759, comme un « jeune homme d'approximativement 30 ans, grand, extrêmement mince et roux. (Stephen Brumwell, Paths of Glory: The Life and Death of General James Wolfe, McGill-Queen's University Press, 2007 , , ). Très tôt, la vocation militaire est manifeste chez le jeune James, qui intègre le 12th Regiment of Foot à l'âge de 15 ans comme enseigne. C'est à ce titre qu'il participe à la victoire anglo-hanovrienne lors de la bataille de Dettingen, le . Dans une position désespérée, les troupes du roi Georges II sont sauvées par l'indiscipline d'officiers de l'armée française, convaincus d'avoir déjà remporté la victoire. Après la bataille, le jeune James est promu lieutenant. Deux ans plus tard, il est nommé capitaine et sert au 4th Regiment of Foot. Il est donc à son poste lorsque son régiment prend part à la célèbre bataille de Culloden en Écosse, le et lors de la répression qui suivra. Affecté comme aide de camp à la cavalerie de l'aile gauche de l'armée britannique, Wolfe engage le combat une fois les rebelles écossais en fuite, galopant à leur poursuite avec une violence peu commune pour l'époque. vignette|Wolfe fait ses premières armes lors de la rébellion jacobite contre les célèbres Highlanders écossais. Avec l'extinction de la menace jacobite, le régiment de Wolfe est déployé en Europe pour s'opposer aux armées françaises jusque-là victorieuses. Il participe à la bataille de Lauffeld, aux Pays-Bas le . Déployés à la gauche des armées alliées, les hommes de Wolfe combattent dans les ruines du village, perdu et repris 3 fois face aux troupes françaises. Malgré le courage des troupes britanniques, leurs alliés hollandais et autrichiens déployés au centre et à droite de leur armée s'effondrent et forcent les Britanniques à abandonner leurs positions. Wolfe étant blessé au combat, ses hagiographes évoquent sa bravoure lors de cette défaite tandis que les travaux plus récents font état d'un manque de preuves que Wolfe se soit fait remarquer lors de cette journée décisive.

Avec la fin de la guerre de Succession d'Autriche, Wolfe est promu major au 20th Regiment of Foot, tenant garnison en Écosse afin d'y réprimer tout nouveau soulèvement. Âgé de 22 ans et commandant les 800 hommes de son unité en l'absence du lieutenant-colonel Cornwallis, Wolfe se forge rapidement une réputation de sévérité et d'exigence envers ses hommes et envers lui-même. Il poursuit sa mission de pacification en Écosse jusqu'au déclenchement de la guerre de Sept Ans et il est promu lieutenant-colonel en 1750.

Guerre de Sept Ans

Guerre en Europe Sir Winston Churchill décrit la guerre de Sept Ans comme la véritable première guerre mondiale. À ce titre, elle fait rage sur tous les continents. Au début des combats, Wolfe est en Europe. Après quelques années, il est envoyé en Amérique du Nord.

Pantalonnade de Rochefort vignette|Premier ministre britannique et architecte de la Conquête, William Pitt, dit l'Ancien, remarque le rôle de Wolfe lors de la défaite de Rochefort et lui confie un rôle dans l'offensive contre Louisbourg. Le régiment de Wolfe passe le début du conflit en garnison dans le sud de la Grande-Bretagne afin de protéger les côtes d'un éventuel débarquement français. Le débarquement ne venant pas, la pression se fait forte en Angleterre pour venger la débâcle de Minorque. En 1757, une opération de représailles est organisée pour aller neutraliser la grande base navale française de Rochefort. Elle quitte les côtes britanniques le . Durant toute la traversée, Wolfe est terrassé par le mal de mer et voit sa santé se détériorer. L'expédition, si mal commandée que son responsable finit en cour martiale, est un échec retentissant. Incapable d'utiliser sa supériorité en homme et en navire, le supérieur de Wolfe voit toutes ses tentatives déjouées par les Français. On retrouve des commentaires moqueurs sur cette défaite partout en Europe:« Jusqu’alors, les Anglais étaient enviés et détestés en Europe. Maintenant, on les méprise ».

Wolfe est néanmoins épargné par le ridicule de la campagne, il en sort même avec les honneurs comme l'un des rares officiers efficaces de l'expédition. Remarqué par ses suggestions et son travail de quartier-maître de l'opération, il est promu colonel du 67th Regiment of Foot.

Guerre en Amérique

Siège de Louisbourg vignette|Le rôle du brigadier Wolfe est central lors du siège de Louisbourg. À la tête de ses soldats, ses succès tactiques déjouent les plans de la défense et condamnent la forteresse française. Alors que commence l'année 1758, la Grande-Bretagne doute fortement de ses chances de remporter une guerre où elle a connu de multiples défaites. Le premier ministre Pitt décide donc d'intensifier l'effort militaire anglais et de le concentrer en Amérique du Nord. Son objectif principal est de s'emparer de la Nouvelle-France. L'envoi de renforts massifs en Amérique permet aux Britanniques de préparer plusieurs opérations simultanées, visant à submerger les peu nombreuses forces défendant la Nouvelle-France. La plus grande vise Louisbourg, la grande forteresse défendant l'accès au Saint-Laurent. La seconde vise le lac Champlain et la prise de Fort Carillon, base logistique française barrant la voie vers Montréal. La troisième a pour objectif fort Duquesne. réguliers, soutenus par un nombre équivalent de soldats coloniaux, sont mobilisés pour envahir un territoire dont la population totale n'excède pas .

Wolfe prend part à une expédition risquée vers Louisbourg: la précédente en 1757 a échoué face à la marine française. De plus, les opérations amphibies précédentes dans la guerre, Rochefort et Minorque, ont révélé de sérieux problèmes de coordination entre la Royal Navy et l'armée britannique. Promu brigadier général, Wolfe a donc un rôle central dans l'armée confiée au général Amherst. Débarquant avec des troupes d'élite dans l'anse de la Cormorandière, réputée inaccessible, Wolfe réussit à se frayer un chemin dans les défenses françaises malgré de lourdes pertes le . Bien supérieures en nombre, les forces britanniques encerclent la forteresse et commencent un siège difficile : l'automne tire à sa fin et chaque jour perdu diminue les chances d'attaquer Québec avant l'hiver.

Wolfe se fait remarquer en commandant l'artillerie qui aura pour mission de neutraliser la flotte française soutenant la forteresse, notamment en détruisant le vaisseau de ligne l'Entrepreneur. Le , le gouverneur Drucourt, à court de moyens de résistance, offre la capitulation de la ville aux forces britanniques. Les français encore en état de combattre se voient alors refuser les honneurs de la guerre par des officiers bien décidés à faire payer aux Français leurs victoires répétées en Amérique. Cette première grande victoire britannique arrive à point nommé pour restaurer le moral de l'armée, secouée par la défaite des d'Abercromby face aux 3600 de Montcalm à fort Carillon le précédent.

Néanmoins, la résistance opiniâtre des défenseurs de Louisbourg a duré trop longtemps pour permettre aux Britanniques d'attaquer Québec en 1758. Déterminé à utiliser le temps de campagne qui lui reste et les Français ne disposant pas de forces capables de s'opposer aux raids anglais, Amherst décide de lancer une opération qui sert à la fois de représailles sur la population canadienne et d'opération de guerre contre la logistique française. Pour la commander, il choisit Wolfe, son second officier. À la tête de 3 bataillons de soldats réguliers et transporté par la flotte du contre-amiral Hardy, Wolfe a pour ordre de semer la terreur et la désolation en Gaspésie et en détruire ses pêcheries tandis qu'une autre expédition, commandée par Monckton, s'attaque aux Acadiens encore installés autour de la rivière Saint-Jean. Sans possibilités de se défendre, Gaspé est rasée le . Suivent Miramichi, Pabos, Grande-Rivière et Mont-Louis. Cependant, la destruction des stocks de nourriture visés s'avère impossible, les navires transportant le ravitaillement étant partis pour Québec une semaine avant l'arrivée de la Royal Navy. L'action de Wolfe assure toutefois que nul autre tonneau de poisson séché ne vienne garnir les entrepôts presque vides de Québec. La précarité de son ravitaillement est d'ailleurs l'une des raisons principales de la chute de Québec, qui survient l'année suivante. Ce genre d'opération a été menée avec régularité par les Français et leurs alliés durant toutes les guerres coloniales précédentes et a démontré son efficacitéOn peut penser aux campagnes du régiment de Carignan-Salière en 1666, au raid de Deerfield en 1704 ou aux opérations de Montcalm contre Oswego et fort William Henry, en 1756-1757.. La besogne achevée, Wolfe repart pour l'Angleterre passer l'hiver et y préparer l'avenir.

Siège de Québec Échec et terreur Après des semaines de lobbying, Wolfe réussit à obtenir un commandement supérieur. Il est déçu de ne pas être envoyé combattre en Allemagne et de devoir retourner en Amérique. Son moral est également atteint par le décès récent de son père. En hommage à celui-ci, il porte un foulard noir de deuil durant tout le siège de Québec. Il est ainsi nommé à la tête de l'expédition envisagée vers Québec et obtient le grade, temporaire, de major général. Cette expédition est alors l'une des plus complexes opérations militaires jamais montées par la Grande-Bretagne. Un quart de sa flotte est ainsi mobilisée pour transporter et soutenir un corps de réguliers et de 163 pièces d'artillerie. Cette armée est soutenue par 49 vaisseaux de guerres, portant 1871 canons, 6 mortiers et servis par 13 500 marins. Elle est transportée par 140 navires civils servis par 4 500 hommes issus de la marine marchande. Une fois ajoutés les 2100 Royal Marines présents sur les vaisseaux de la Royal Navy, ce sont près de qui se préparent à envahir un pays d'environ .

La campagne se révèle frustrante pour les Anglais. Wolfe est rapidement en butte à l'hostilité et à l'inimitié de ses brigadiers: Monckton, Murray et Townshend qui le décrivent comme froid et colérique. Ce dernier laisse d'ailleurs un grand nombre de caricatures de Wolfe. La défense acharnée montée par les Français sous le commandement de Montcalm est également une autre mauvaise surprise. Avant le , Wolfe ne parvient pas à provoquer une bataille rangée où ses réguliers auraient l'avantage. Son armée est alors soumise au harcèlement des miliciens canadiens et de leurs alliés des Premières Nations. Elle est repoussée lors de sa tentative de débarquement à Beauport le . Se trouvant loin de ses bases et craignant un hiver hâtif, Wolfe commence à douter de ses chances de l'emporter. vignette|Plan du siège de Québec de 1759.