La bataille de Ksar Ghilane, généralement désignée dans les sources militaires de l'époque sous le nom de combat de Ksar Rhilane, est un engagement de la campagne de Tunisie qui se déroule le dans le Sud tunisien. Elle oppose la Force L des Forces françaises libres, commandée par le général Philippe Leclerc de Hauteclocque, à une force mobile germano-italienne dans la région de Ksar Ghilane, à l'ouest des monts de Matmata.
Averti la veille de l'imminence d'une attaque ennemie, Leclerc choisit de maintenir la Force L à Ksar Rhilane malgré les fortes réserves du commandement britannique quant à sa capacité à résister à une attaque mécanisée. Les récits divergent sur la proposition exacte qui lui est alors faite, mais concordent sur la décision de Leclerc de tenir la position et de combattre sur place. Cette décision, prise par une formation issue des campagnes sahariennes et encore faiblement équipée face aux unités mécanisées allemandes, constitue l'un des épisodes les plus marquants de la campagne tunisienne des Forces françaises libres.
Le rapport officiel du maréchal britannique Harold Alexander identifie les assaillants comme des unités de reconnaissance des 15 et 21 Panzer-Division, accompagnées d'éléments mobiles italiens et soutenues par des bombardiers en piqué. La Force L, qui comprend également un petit détachement grec, bénéficie pendant le combat d'un soutien de la Western Desert Air Force..
Au cours de la journée, les forces de l'Axe tentent à plusieurs reprises de reconnaître puis de déborder le dispositif français. Les hommes de Leclerc, retranchés dans des positions préparées et camouflées, conservent néanmoins leur terrain tandis que l'aviation alliée frappe les colonnes ennemies. Malgré les bombardements, les tirs d'artillerie et les attaques mécanisées, la Force L ne cède pas sa position. À la tombée de la nuit, les forces de l'Axe reconnaissent la défaite et commencent finalement à se retirer sans être parvenues à chasser les Français de Ksar Rhilane..
La résistance de la Force L est suffisamment remarquée pour qu'Alexander compare dans son rapport officiel la conduite des hommes de Leclerc à celle des Français libres du général Marie-Pierre Kœnig à Bir Hakeim. Le combat constitue ainsi un moment important dans le parcours de Leclerc : après les opérations très mobiles du Tchad et du Fezzan, ses troupes démontrent leur capacité à tenir une position préparée face à une attaque allemande mécanisée, en coordination avec les moyens aériens britanniques.
La bataille intervient dix jours avant le déclenchement de l'offensive de la VIII armée britannique contre la ligne Mareth. Le maintien de Ksar Rhilane est crucial et permet aux Alliés de conserver un secteur appelé à jouer un rôle dans les opérations de contournement par l'ouest des monts de Matmata.
Contexte Situation militaire dans le Sud tunisien Au début de mars 1943, les forces germano-italiennes d'Afrique du Nord ont été refoulées de Libye vers la Tunisie par la VIII armée britannique. Dans le Sud tunisien, leur principal système défensif est organisé autour de la ligne Mareth, fortification construite par la France avant la guerre entre la côte méditerranéenne et les monts de Matmata. Les reconnaissances alliées établissent cependant qu'une importante force mobile peut contourner l'extrémité occidentale du dispositif en passant par le désert à l'ouest des Matmata. Alexander indique que cette possibilité a notamment été reconnue par le Long Range Desert Group. Le , les forces de l'Axe lancent une importante offensive contre la VIII armée autour de Médenine. L'attaque échoue avec de lourdes pertes en chars. Alexander considère cette bataille comme le dernier engagement de Erwin Rommel en Afrique avant son départ du théâtre tunisien. Quatre jours plus tard, l'Axe entreprend une nouvelle action offensive, de beaucoup plus faible ampleur, contre les positions de Leclerc à Ksar Rhilane. Alexander estime que son objectif principal est probablement d'obtenir un succès offensif, même limité, après l'échec de Médenine.
La Force L Après la conquête du Fezzan, les troupes de Leclerc rejoignent les forces britanniques en Tripolitaine à la fin de janvier 1943. Rééquipées et renforcées, elles prennent le nom de Force L. L'historien Douglas Porch estime la formation à environ 4 000 hommes à ce stade de la campagne. Il indique également que les Britanniques lui fournissent notamment des moyens antichars, du matériel logistique, des sapeurs spécialisés dans le déminage et un officier de liaison aérienne.. Un détachement du Bataillon sacré grec est rattaché à la Force L. Le général Jean-Julien Fonde indique que cette unité grecque, initialement préparée pour servir avec le Long Range Desert Group, est affectée à la Force L au début de février et présentée à Leclerc à Nalut le 16 février..
Occupation de Ksar Rhilane Les récits français situent l'arrivée des premiers éléments de la Force L à Ksar Rhilane les 22 et 23 février.. Le rapport officiel d'Alexander établit qu'au 24 février la Force L a occupé Ksar Rhilane, qu'il décrit comme un poste désertique situé à environ trente miles à l'ouest des monts de Matmata..
La Force L organise progressivement sa défense. Les récits français décrivent un dispositif dispersé et soigneusement camouflé, les véhicules étant placés en retrait tandis que des éléments avancés surveillent les pistes situées au nord, notamment dans le secteur du Djebel Outid. François Jacob, alors médecin dans la Force L, décrit lui aussi dans ses mémoires les hommes, armes et véhicules dissimulés ou enterrés, ainsi que la consigne de ne pas ouvrir prématurément le feu afin de ne pas révéler les positions françaises..
Importance du secteur Les sources britanniques donnent deux raisons complémentaires à l'importance de Ksar Rhilane. Le rapport de la Royal Air Force situe le secteur à environ 50 miles au sud-ouest de Médenine et considère que la possession des hauteurs de la région est très importante parce qu'elle permet aux Alliés d'interdire à l'ennemi l'observation vers le sud.
Alexander souligne pour sa part que le poste prend une importance croissante parce que les Alliés ont déjà prévu de faire passer une force de débordement par le désert à l'ouest des Matmata. Douglas Porch décrit Ksar Rhilane comme un carrefour contrôlant le passage de Ksar el-Hallouf et que Montgomery envisage d'utiliser comme base logistique dans la préparation de l'attaque contre la ligne Mareth.
Le plan allié est antérieur au combat du 10 mars. Alexander indique que Montgomery lui en transmet une première copie le 27 février, alors que le plan a été fixé le 26 février. La force de débordement doit être principalement constituée de la 2e division néo-zélandaise, renforcée par la 8th Armoured Brigade et la Force L. L'ensemble est placé sous les ordres du général Bernard Freyberg. Son objectif est de déboucher à travers le désert et de couper la route Gabès-Matmata. La bataille de Ksar Ghilane ne peut donc pas être présentée comme étant à l'origine du projet de contournement de la ligne Mareth.
Forces en présence Alliés La défense terrestre de Ksar Rhilane repose principalement sur la Force L de Leclerc.
Elle est constituée des unités françaises libres venues du Tchad et du Fezzan, complétées par les renforts et matériels reçus depuis leur jonction avec les Britanniques. Un détachement du Bataillon sacré grec lui est rattaché. La Force L dispose également d'une liaison permettant de demander l'intervention de l'aviation alliée. Cette liaison joue un rôle essentiel le 10 mars, les Français communiquant à la Western Desert Air Force la position des véhicules ennemis. Le soutien aérien britannique comprend notamment des Hurricane IID du No. 6 Squadron RAF, spécialisés dans l'attaque des blindés, des chasseurs Spitfire et des chasseurs-bombardiers Kittyhawk.
Axe La source alliée de plus haut niveau disponible, le rapport d'Alexander, attribue l'attaque à : des unités de reconnaissance de la Panzer-Division ; des unités de reconnaissance de la Panzer-Division ; des éléments mobiles italiens ; des bombardiers en piqué allemands.
Le rapport opérationnel de la RAF décrit de manière indépendante les assaillants comme les unités légèrement blindées de deux groupes de reconnaissance ennemis. Il est par conséquent inexact de présenter l'engagement comme une attaque menée par l'ensemble des et Panzer-Division.
Les récits français attribuent traditionnellement le principal groupement allemand au major Hans von Luck. La Fondation Maréchal Leclerc reprend notamment une composition dans laquelle son unité de reconnaissance aurait été renforcée de chars et de pièces antichars. Cette attribution apparaît également, mais sous forme conditionnelle, dans la documentation du musée de la Libération de Paris - musée du Général Leclerc - musée Jean-Moulin.
La fiche d'un objet allemand récupéré sur le champ de bataille indique que l'attaque par le groupement blindé de reconnaissance de von Luck..
Prélude du 9 mars Le 9 mars, Leclerc est informé de la possibilité d'une attaque contre Ksar Rhilane. Les récits divergent sur la nature exacte des instructions britanniques. Une tradition française rapporte que Montgomery demande à Leclerc de se replier mais il refuse.
Selon les versions, la distance proposée varie : un document du ministère français de la Défense évoque 50 km., tandis que la tradition reproduite par la Fondation Maréchal Leclerc donne 90 km.
Douglas Porch rapporte une version différente : le commandement de la VIII armée propose à Leclerc de confier la défense de Ksar Rhilane à une unité britannique, et il refuse. Leclerc estime pouvoir tenir à condition de bénéficier d'un soutien aérien. Les différentes versions concordent néanmoins sur deux points : Leclerc décide de conserver sa position et le soutien de l'aviation britannique arrive.
Déroulement Premiers contacts Porch situe le début de l'action vers le 10 mars. Il décrit environ quarante véhicules à roues appartenant aux unités de reconnaissance des et Panzer-Division, soutenus par des Ju 87, progressant contre les avant-postes français.
Les éléments avancés de la Force L se replient progressivement vers la position principale. Selon les récits français, ils cherchent à ne pas conduire directement les assaillants vers le centre du dispositif défensif. Le journal de marche de la Compagnie de découverte et de combat du Cameroun, devenue en février 1943 la batterie n° 31 antichars, situe vers 7 h 30 le début de l'attaque contre les positions françaises.
Il mentionne un violent tir d'artillerie et plusieurs interventions de l'aviation allemande.. Les différences entre les horaires rapportés peuvent s'expliquer par la distinction entre le premier contact avec les avant-postes et l'engagement de la position principale.
Première intervention aérienne alliée Les Français communiquent par radio la position des véhicules ennemis à la Western Desert Air Force. Le rapport de la RAF indique qu'une première formation de treize Hurricane IID du No. 6 Squadron, escortée par des Spitfire, localise un groupe d'environ vingt véhicules. L'attaque dure approximativement trente minutes. Les équipages britanniques revendiquent neuf à douze véhicules incendiés et plusieurs autres endommagés. Une deuxième formation de six Hurricane IID revendique ensuite des coups directs sur un Panzer IV et une automitrailleuse. Porch situe cette première grande intervention aérienne vers 8 h 15, au moment où les forces allemandes s'arrêtent pour déployer leur artillerie.
Combats au sol et tentatives de débordement