Otto Hahn ( à Francfort-sur-le-Main, Prusse – à Göttingen, Allemagne) est un chimiste allemand lauréat du prix Nobel de chimie de 1944 pour la découverte de la fission nucléaire, qui est le résultat des recherches qu'il a conjointement menées avec la physicienne et chimiste Lise Meitner, toutefois exclue parce que juive, des citations en tant que co-autrice dès 1938.. À ce titre, il est considéré comme le .
Biographie
Otto Hahn est né à Francfort-sur-le-Main, en province de Hesse-Nassau, le . Son père Heinrich Hahn, issu d'une famille chrétienne de souche paysanne, est vitrier et transforme son petit atelier artisanal en une entreprise florissante. Enfant, alors que son père rêve de faire de lui un architecte, Otto Hahn fait des expériences de chimie dans la buanderie de la maison familiale. Il est déjà réputé pour son extraordinaire mémoire.
Premières découvertes à Londres et Montréal (1904-1906)
C'est en 1897 qu'il entreprend des études de chimie et minéralogie à l'université de Munich puis à celle de Marbourg, où il devient membre de la . Pour parfaire ses connaissances en anglais, Otto Hahn part pour l'université de Londres rejoindre en 1904 Sir William Ramsay qui avait découvert les gaz rares. C'est dans le laboratoire de William Ramsay qu'il commence à s'intéresser à la radioactivité naturelle qui venait d'être découverte. Il entrevoit la possibilité de l'existence d'un élément encore inconnu, le radiothorium (ce qu'on appelle aujourd'hui 228Th), père du thorium X (224Ra). Il demande à Sir Ernest Rutherford, alors à Montréal, une place pour venir travailler avec lui. Ce dernier, ne croyant pas au radiothorium, qui n'avait été prouvé que chimiquement, initie Otto Hahn à la physique des rayons alpha. C'est à Montréal qu'Otto Hahn découvre le thorium C (212Bi), émetteur alpha et beta de courte période, ainsi que le radioactinium (227Th). Son séjour au Canada le marque profondément. Il dit avoir trouvé là, pour le reste de sa vie, une échelle de valeurs.
À Berlin (à partir de 1907) vignette|Otto Hahn et Lise Meitner collaborant dans leur laboratoire, 1913.
Il retourne en Allemagne, à l'Institut de chimie de l'université de Berlin où il rencontre, en 1907, Lise Meitner, qui venait de l'Institut de physique de l'université de Vienne. Il entreprend avec elle une collaboration de trente ans.
En , Otto Hahn avait épousé Edith Junghans de Stettin, qui se destinait au professorat d'art et de dessin. En 1922, leur fils, Hanno Hahn, est né à Berlin (mort dans un accident de voiture à Mars-la-Tour en France, avec sa femme Ilse, en 1960).
Découverte du mésothorium, protactinium et de l'isomérie nucléaire
Otto Hahn découvre le mésothorium I (228Ra, 1907), le mésothorium II (228Ac, 1907), l'ionium (230Th, 1907), puis le protactinium (231Pa, 1917) en collaboration avec Lise Meitner. Il met aussi en évidence l'isomérie nucléaire, en 1921, sur l'uranium Z (234Pa).
Il s'intéresse également à la formation des isotopes du strontium, qui est à la base de la méthode de datation connue aujourd'hui comme « méthode du rubidium-strontium ».
Le chimiste Salomon Rosenblum écrit après une visite dans l'Institut en 1929 :
La découverte de la fission nucléaire (1938) vignette|L'appareil expérimental que l'équipe d'Otto Hahn et Fritz Stassmann a utilisé pour découvrir la fission nucléaire en 1938.
Avec Lise Meitner, puis avec son assistant Fritz Strassmann, il se lance, dès 1935, dans l'étude de ce que l'on pensait être alors des transuraniens. À la fin de 1938, alors que Lise Meitner est contrainte de fuir l'Allemagne, elle poursuivit sa collaboration avec Otto Hahn par correspondance. Les deux scientifiques se rencontrent clandestinement à Copenhague en , afin de planifier une nouvelle série d'expériences. De retour à Berlin, Otto Hahn travaille avec Fritz Strassmann et ils découvrent, grâce à une analyse radiochimique méticuleuse, la présence de baryum après une réaction de neutrons avec de l'uranium et crée l'expression d'une « rupture » de l'uranium. Ils envoient le manuscrit exposant ces observations à la revue Naturwissenschaften en O. Hahn and F. Strassmann Über den Nachweis und das Verhalten der bei der Bestrahlung des Urans mittels Neutronen entstehenden Erdalkalimetalle (Sur la détection et les caractéristiques des métaux alcalino-terreux formés par irradiation de l'uranium avec des neutrons), Naturwissenschaften Volume 27, Numéro 1, 11-15 (1939). Reçu le .. Simultanément, ils envoient une lettre à Lise Meitner pour lui faire part de leurs résultats expérimentaux. Étant donné la situation politique, Lise Meitner ne pouvait figurer comme coautrice de la publication, malgré son rôle majeur dans le déroulement de ces recherches. Elle et son neveu Otto Frisch ont soutenu l'hypothèse qu'il s'agissait de la fragmentation de l'uranium en deux noyaux plus légers, phénomène que Frisch a appelé « fission nucléaire ». L'article avec l'évidence de cette rupture portant la signature de Hahn et de Strassmann fut envoyé à la revue Naturwissenschaften le et publié dans le numéro du . Il s'agit là de l'acte de naissance de l'énergie nucléaire.
Hahn reste en Allemagne pendant la dictature nazie tout en restant opposé au national-socialisme et à la persécution des Juifs par le parti nazi. Albert Einstein a écrit que Hahn fut « l'un des rares à se tenir droit et à faire de son mieux pendant ces années de mal ».
Otto Hahn se vit décerner le prix Nobel de chimie de 1944 . Il ne put aller le recevoir qu'à la fin de l'année 1946.
Après-guerre : fondateur de la Société Max-Planck vignette|Otto Hahn et sa femme , née Junghans, 1959. vignette|gauche|Monument Otto Hahn à Francfort-sur-le-Main. vignette|gauche|Buste d'Otto Hahn. vignette|Institut de chimie Kaiser-Wilhelm à Berlin, endroit où fut découverte la fission nucléaire.
À l'arrivée des troupes alliées, en Allemagne, Otto Hahn, avec neuf de ses collègues, est emmené pendant quelques mois en Angleterre, à Farm Hall. Des retranscriptions de leurs conversations enregistrées à leur insu (opération Epsilon), il apparaît que, découvreur de la fission nucléaire, Otto Hahn se sentit moralement responsable des bombardements américains d'Hiroshima et Nagasaki et pense à se suicider. Il déclara : « Je remercie Dieu à genoux que nous [les Allemands] n'ayons pas fait la bombe à uranium ».
Après son retour, il s'installe à Göttingen, où il œuvre à la transformation de l’Institut Kaiser-Wilhelm en Société Max-Planck, dont il est le premier président de 1946 à 1960.
Après la guerre, il devient un militant contre l'utilisation des armes nucléaires et met ses compatriotes en garde contre toute utilisation inhumaine des découvertes scientifiques. Il fait notamment partie des signataires du manifeste des 18 de Göttingen qui dénonce l'usage de l'énergie atomique dans le domaine militaire. En 1958, il signe avec plus de une pétition présentée par Linus Pauling aux Nations unies et appelant à l'arrêt des essais nucléaires..
Otto Hahn est membre ou membre d'honneur de 45 académies et sociétés scientifiques et également lauréat de 37 médailles et ordres dans le monde entier. Il est lauréat de la Faraday Lectureship de la Royal British Chemical Society à Londres en 1956. Il devient membre étranger de la Royal Society le et officier de l'ordre de l'Empire britannique et de l’ordre du Sauveur. En 1959, il est nommé officier dans l'ordre national de la Légion d'honneur par le président Charles de Gaulle, et il fut lauréat de la Grand-croix de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne par le président allemand Theodor Heuss. Plusieurs instituts, prix et médailles, ainsi qu'écoles et lycées européens portent son nom.
vignette|Caricature par , physicien roumain.
Otto Hahn bien que modeste, se réjouit de sa popularité grandissante. , dit-il. Alpiniste, il faisait volontiers des ascensions sans guide. Il aimait la musique (Beethoven, Brahms, Tchaïkovski). Il a chanté comme ténor dans une chorale dirigée par Max Planck, avant la Première Guerre mondiale.
Otto Hahn meurt à Göttingen le et son épouse Edith (née Junghans) peu après lui. Il était membre de l'Académie royale danoise des sciences et des lettres.
L'ambassade de France à Bonn publie un message du président Charles de Gaulle :
Walther Gerlach, Dietrich Hahn: Otto Hahn - Ein Forscherleben unserer Zeit. Wissenschaftliche Verlagsgesellschaft (WVG), Stuttgart 2005. . ..
Le chimiste Christian Ythier, professeur de l'université de Nice, écrit :
Christian Ythier, « Un Prométhée moderne - le professeur Otto Hahn », Nice Matin, 30 juillet 1968..
Des propositions sont faites à plusieurs reprises pour donner le nom de hahnium à des éléments chimiques, notamment aux éléments 105 (dubnium) et 108 (hassium), sans succès.
L'Union astronomique internationale (UAI) donne son nom à deux cratères, sur la Lune et sur Mars, ainsi qu'aux astéroïdes 2962 Otto, 3676 Hahn et 19126 Ottohahn.
Le premier navire marchand à propulsion nucléaire navale d'Europe, le NS Otto Hahn, porte son nom.
Publications
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Notes et références
Voir aussi Articles connexes
Course à la bombe Lise Meitner Science sous le Troisième Reich Otto Hahn (bateau)
Liens externes
. . . Otto Hahn - Lauréat du Prix Enrico Fermi United States Government, Department of Energy. Otto Hahn (Grosse Deutsche) Biographie. Otto Hahn - Famous scientist Biographie. Otto Hahn - The inventor of atom splitting Visit Berlin, 2011. Otto Hahn - The top 100 greatest Germans. Otto Hahn - The top 10 greatest scientists.
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