Splendeurs et misères des courtisanes est un roman d’Honoré de Balzac, publié entre 1838 et 1847, qui fait suite à Illusions perdues. Composé de quatre parties, il met en scène les aspects souterrains de la société, en explorant le monde du crime et de la prostitution. Le premier est dominé par le personnage satanique du forçat évadé, Don Carlos Herrera, qui connaîtra une forme de rédemption sociale dans sa dernière incarnation ; le second montre une jeune prostituée, Esther, rachetée par son amour pour Lucien Chardon de Rubempré, le poète sans volonté, dont l'ambition et la vanité sont les ressorts tragiques du roman.

Genèse et structure Le roman définitif est divisé en quatre parties : Comment aiment les filles ; À combien l’amour revient aux vieillards ; Où mènent les mauvais chemins ; La dernière incarnation de Vautrin.

La première idée de cet ouvrage paraît dans une note sur le manuscrit du Père Goriot en , mais la rédaction en tant que telle ne commence qu'en 1838.. L'ouvrage prend divers titres et diverses parties, quatre ou cinq, au fur et à mesure de la rédaction : La Torpille, Par-dessus le pont des Arts, Les amours d'un vieux millionnaire, Esther ou les Amours d'un loup-cervier, Les peines de cœur d'un millionnaire, etc...

En , il publie chez de Potter Splendeurs et misères des courtisanes, qui comprend les deux premières parties actuelles. Puis il se met à travailler à la fin du roman, dont il pensait d'abord qu'elle consisterait en une seule partie.

Toutefois, après avoir visité la Conciergerie, il décide de consacrer une partie entière à décrire cette prison et le fonctionnement de la justice criminelle, afin de bien amorcer les conditions du suicide de Lucien de Rubempré. Cette troisième partie, intitulée Une instruction criminelle, est publiée dans L'Époque, du 7 au . Elle paraît en dans l'édition définitive de La Comédie humaine sous le titre actuel, Où mènent les mauvais chemins. Elle est aussi reprise en volume séparé chez Souverain, sous le titre Un drame dans les prisons en 1847.

La quatrième et dernière partie, intitulée La dernière incarnation de Vautrin, paraît dans La Presse, du au , et ne sera intégrée à La Comédie humaine (Scènes de la vie parisienne) qu'après la mort de Balzac, dans un volume publié chez l'éditeur Houssiaux, en 1855..

Dans la publication originale en feuilleton, les parties étaient divisées en chapitres numérotés et comptaient respectivement 31, 26, 40 et 17 chapitres. Lors de la réunion en volume, le nombre de chapitres est réduit à 15, 16, 14 et 13. Dans l'édition définitive, cette division en chapitres disparaîtVoir le texte sur Wikisource., seules restent présentes les quatre parties.

Résumé

Comment aiment les filles Un soir de 1824, se donne à l'Opéra un bal masqué. Ancienne courtisane au charme remarquable, Esther Van Bogseck (dont on découvrira vers la fin du récit qu'elle est en fait Esther Gobseck) s'y rend en compagnie de Lucien Chardon, qui a reçu l'ordonnance du Roi afin que l'on utilise le nom noble de sa mère et qu'on l'appelle, ainsi, Lucien de Rubempré. Il essaie de s'intégrer dans la société, mais il a une secrète relation amoureuse avec Esther. Ses anciens amis dans la société, dont Eugène de Rastignac, ont tôt fait de le reconnaître et de lui rappeler son passé, mais un singulier personnage, qui marche sur les pas de Lucien, conseille d'une voix menaçante aux médisants de respecter le jeune homme. En dépit de son masque et de son déguisement, Esther est elle aussi reconnue par les invités et, victime de leurs ricanements et moqueries, elle retourne précipitamment chez elle. Bouleversée, au désespoir, elle tente de mettre fin à ses jours. Elle est sauvée in extremis par l'abbé Carlos Herrera, qui n'est autre que «l'ombre» qui suivait au bal Lucien de Rubempré, mais également celui qui a payé ses dettes. Soi-disant chanoine du chapitre royal de Tolède, envoyé en secret par Sa Majesté Ferdinand VII, le faux Don Carlos Herrera est voisin du jeune homme, qu'il considère comme son fils, et dont il veut faire la fortune, car il se voit dans le jeune Lucien.

Dès lors, Carlos Herrera exerce son influence sur Esther, pour briser sa relation amoureuse avec Lucien. Tantôt il la terrorise, tantôt il la rassure, puis il lui impose l'idée de renoncer d'elle-même à son amour pour se mettre sous sa tutelle. Il contraint ainsi la jeune femme à entrer dans un couvent pour lui purifier l'âme, mais aussi pour que Lucien l'oublie, sans succès. Afin de rendre le poète heureux, le faux abbé permet à Esther de vivre avec Lucien, mais, pour ne pas compromettre la chance que celui-ci effectue un mariage aristocratique, elle doit se cacher du monde, et vivre en recluse dans un appartement, où plusieurs femmes sont mises à son service, dont Asie, tante de Vautrin, chargée de surveiller Esther.

À combien l’amour revient aux vieillards Au début de 1829, il est sérieusement question du mariage de Lucien avec la fille du duc de Grandlieu, ce qui ferait de Rubempré un marquis, qui pourrait être nommé pair de France. Toutefois, lors d'une rencontre fortuite, le vieux baron de Nucingen devient amoureux de la belle Esther, qu'il a fugitivement aperçue lors d'une de ses promenades nocturnes. Herrera saisit l'occasion de faire chanter le riche vieillard, pour lui soutirer un million, qui permettrait d'assurer le mariage de Lucien avec Clotilde de Grandlieu. Lucien, qui veut devenir riche, prend le parti de suivre les instructions de son protecteur, mais Esther, qui aime sincèrement Lucien, est atterrée par l'ampleur du piège, où ils sont tous deux tombés.

Cependant, le baron de Nucingen tente de retrouver la belle Esther et lance à ses trousses Contenson, un agent de la police privée, sous la Restauration, lui-même ami de deux autres fameux policiers : le brillant Corentin et le subtil Peyrade, qui se cache tantôt sous les traits du vieillard Canquoëlle, tantôt sous ceux d'un intrigant anglais nommé Johnson. Ces trois agents doués se font un peu plus tard payer par le duc de Grandlieu pour rechercher la source de la fortune de Lucien, et confirmer qu'elle est honnête. Corentin visite ainsi David Séchard (le meilleur ami de Lucien) et Ève Séchard (la sœur de Lucien, mariée à David) à Angoulême, amenant aussi l'avoué maître Derville. Croyant que l'information était recherchée uniquement pour la succession du père de David, les Séchard donnent malencontreusement l'indice nécessaire, pour prouver que la fortune fut en effet de source impure.

Pendant le temps où ces découvertes étaient faites par Corentin, Vautrin (autre nom de Herrera) se débarrasse de Peyrade en l'empoisonnant, et de Contenson en le poussant dans le vide depuis un toit.

Entre-temps, Esther, selon les ordres de Herrera (Vautrin), profite de l'extrême richesse du baron de Nucingen, qui lui achète une maison et lui donne une immense somme d'argent, en le faisant attendre des mois, avant de se donner à lui. Mais après cette nuit, sachant qu'elle ne pourrait pas vivre avec Lucien et qu'elle devrait être la maîtresse du baron, elle se suicide. Ceci est particulièrement tragique, car il s'avère que, quelques heures auparavant, Esther avait hérité d'une énorme somme d'argent de Jean-Esther van Gobseck, son grand oncle, de qui elle était éloignée. Si seulement elle avait tenu bon, elle aurait pu épouser Lucien elle-même.

Comme la police se méfie déjà de Vautrin et de Lucien, elle les arrête tous les deux, soupçonnés du meurtre d'Esther à la suite du suicide.

Où mènent les mauvais chemins Lucien, toujours poète, ne va pas bien en prison. Quoique Vautrin réussisse à faire croire à ses interrogateurs qu'il pourrait être Carlos Herrera, Lucien succombe aux ruses de son interrogateur, qui était le magistrat Camusot. Il lui avoue tout, y compris la véritable identité de Carlos Herrera (nommé, en réalité, Jacques Collin, forçat évadé). Ensuite, il regrette ce qu'il a fait, et il se pend dans sa cellule.

Son suicide, comme celui d'Esther, a lieu au pire moment. En effet, dans le souci de ne pas compromettre les dames de la haute société, qui étaient impliquées avec lui, les juges s'étaient arrangés pour laisser partir Lucien. Mais, quand il se suicide, les choses deviennent plus difficiles, et les manœuvres plus désespérées. Il s'avère que Vautrin possède les lettres très compromettantes envoyées par ces grandes dames à Lucien, et il les utilise pour négocier sa libération. Il parvient également à secourir plusieurs de ses complices, les aidant à éviter une condamnation à mort, ou une misère abjecte.

La dernière incarnation de Vautrin En faisant ces négociations avec le procureur général, monsieur de Grandville, Vautrin rencontre de nouveau Corentin, qu'il considère entièrement responsable de la mort de son Lucien adoré. Il se promet d'agir, afin de venger le jeune poète, avec l'aide de ses complices : Asie (véritablement Jacqueline Collin), Europe (Prudence Servien), précédemment une autre femme de chambre d'Esther, Paccard, auparavant le « chasseur » d'Esther au service de Nucingen quand il la cherchait, et La Rousse (madame Prélard), auparavant quincaillère.

À la fin du roman, Corentin montre son appréciation des talents de Vautrin et lui propose de collaborer avec la police dès lors. En effet, Grandville donne à Collin la position de Bibi-Lupin, ancien forçat lui aussi, et son rival personnel ; il prend cette position dans la police avant de se retirer en 1845. La noblesse qui craignait tant pour sa réputation passe à d'autres affaires.

Les personnages thumb|L’abbé Herrera devant Esther sans connaissance. Avec 273 personnages, Splendeurs et misères des courtisanes est le roman qui regroupe le plus grand nombre de personnages de La Comédie humaine.. Jacques Collin, alias Vautrin, alias l’abbé Carlos Herrera, aussi dit Trompe-la-Mort, est une figure satanique. D'une force herculéenne et d'une intelligence exceptionnelle, doté de dons de déguisement extraordinaires, il cherche à obtenir pour Lucien Chardon de Rubempré les honneurs auxquels il aspire. Lorsque Lucien et Vautrin sont arrêtés, ce dernier essaie de sauver le jeune poète, dont il prétend être le père devant la police. Mais Lucien vend la mèche et se suicide. En l'apprenant, Vautrin « se convertit ». De bagnard, il devient policier. Le baron Frédéric de Nucingen, à la tête d’une fortune colossale, acquise grâce à des spéculations douteuses (voir La Maison Nucingen), représente le pouvoir de l’argent. Il tente en vain d’acheter l’amour d’Esther. Vautrin lui soutire son argent par différents moyens et lui « vend » la belle, éprise de Lucien, au point d’accepter les libéralités du baron, pour renflouer son amant. Esther est une « demi-mondaine » (courtisane ou prostituée de salon), d'une très grande beauté, surnommée La Torpille, fille de Sarah Van Gobseck, dite « la belle Hollandaise », elle-même nièce d'un richissime usurier, Jean-Esther van Gobseck, éprise de Lucien Chardon de Rubempré. Vautrin exploite l'amour qu'éprouve pour elle le baron de Nucingen, afin de lui soutirer des sommes énormes. Esther parvient à repousser de quelques semaines le jour où Nucingen la possède, au lendemain duquel, comme elle le lui avait dit, elle se suicide. Lucien de Rubempré est un jeune provincial d'Angoulême, noble par sa mère. Il est monté à Paris pour y réaliser des ambitions littéraires (voir Illusions perdues). Mais, déçu dans ses ambitions, il est sur le point de se suicider, quand survient Jacques Collin, un forçat qui lui offre la fortune, poursuivant ainsi à travers le jeune homme un rêve de puissance illimitée. Lucien devient sa chose, sa création. L’ancien forçat éprouve pour le jeune homme des sentiments troubles, à mi-chemin entre l’amour paternel et l’amour tout court. Le juge Camusot instruit l’affaire, où sont mêlés Lucien Chardon de Rubempré et Carlos Herrera, alias Vautrin, alias Jacques Collin. On le voit débuter dans Le Cabinet des Antiques.