right|thumb|250px|Mixité dans un lycée au Mali (2006).
La mixité ou, dans son sens ancien, la coéducationÉditorial du n° 18-2003 de CLIO. Mixité et coéducation par Michelle Zancarini-Fournel et Françoise Thébaud, est l'instruction et l'éducation en commun des garçons et des filles, dans des groupes mixtes.
Un groupe de personnes est dit mixte s'il est composé de personnes des deux sexes. On parle de « classes mixtes » à l'école, ou encore de groupes de jeunes mixtes (par exemple dans le scoutisme) ou encore des groupes sportifs mixtes.
La communauté internationale s’unit face à la question de l’accès à l’éducation. Un forum mondial sur l’éducation a eu lieu à Dakar en 2000 pour fixer un objectif commun à atteindre pour 2015. L’objectif est d'.
Histoire
En Europe, du au En Europe, durant le , les réformes protestante puis catholique ouvrent la voie à la création de nombreuses écoles primaires : la non-mixité est la règle, en raison de la morale de l'époque, avec les filles entre elles et éduquées par des femmes, et les garçons entre eux éduqués par des hommes ; toutefois, en pratique, la mixité existe parfois, notamment là où il y a peu d'écoles comme dans les campagnes. En ce qui concerne l'enseignement secondaire, les établissements accueillent surtout des classes sociales moyennes et sont presque tous non-mixtes. Cet état de fait durera jusqu'à la fin du .
Au , certains Européens ayant observé le modèle de « coéducation » — filles et garçons dans un même établissement — aux États-Unis, en ramènent l'idée en Europe — comme la médecin britannique Sophia Jex-Blake, qui rend compte en 1867 de ce qu'elle a vu dans certains collèges universitaires de l'Ohio — et l'idée est sujette à débat dès les années 1860. En ce qui concerne la France, certains, comme le juriste et sénateur Édouard Lefebvre de Laboulaye ou le pédagogue Célestin Hippeau, en parlent aussi mais contestent la possibilité de son application dans le pays. En 1876, des pédagogues de l'Europe entière se retrouvent à l'exposition universelle de Philadelphie : là aussi, la coéducation dans les institutions d'éducation américaines est sujette à débat ; les pédagogues allemands, par exemple, déplorent la liberté morale et l'indépendance que cela paraît encourager chez les jeunes filles, ce qui ne convient pas aux rôles traditionnels de genre.
À fin du , les revendications des féministes en matière de droits des femmes permettent de faire évoluer la question de la mixité scolaire, en soulignant notamment que les jeunes filles américaines sont tout aussi capables que les jeunes hommes d'étudier jusque dans les universités et que cela leur permet aussi davantage de débouchés professionnels. Le Congrès international du droit des femmes, qui a lieu pendant l'exposition universelle de 1878 à Paris, recommande la coéducation pour tous les niveaux d'enseignement. Les pays protestants européens pratiquent assez facilement la coéducation ; ainsi, les filles des classes moyennes des Pays-Bas sont admises dans le degré supérieur de l'enseignement secondaire dès 1871. Il n'en va pas de même en France où, en 1880, le système public des collèges et lycées est mis en place par Camille Sée, qui refuse la coéducation, inappropriée, selon lui, à un pays catholique. En ce qui concerne les pays catholiques méditerranéens considérés « sous-développés » à l'époque, les filles entrent dans les écoles initialement destinées aux seuls garçons, en raison du manque d'établissements secondaires.
Le début du voit l'enseignement primaire être généralisé en Europe et l'enseignement secondaire a de plus en plus d'élèves. Dans le même temps, le secteur tertiaire offre davantage d'emplois aux femmes. Ce contexte permet de faire évoluer le regard sur la mixité dans les institutions scolaires et certains pédagogues et éducateurs la recommandent. Les classes mixtes, mais avec des groupes d'âges spécifiques, deviennent une idée considérée comme plus efficace et propice à l'instauration de meilleurs relations entre filles et garçons. En Russie soviétique, dès 1918 et dans une visée d'égalitarisme entre les sexes, toutes les écoles doivent devenir mixtes, avec l'objectif d', selon l'historienne Rebecca Rogers ; la pratique ne correspondra pas tout à fait aux décisions, mais davantage de filles sont scolarisées dans le primaire et le secondaire, et les cursus deviennent mixtes eux aussi. Toutefois, l'éducation non-mixte revient dans les villes russes en 1943, afin de préparer les garçons et filles aux rôles respectifs de soldat et mère, et ce, jusqu'en 1954 — parents et enseignants revendiquant le retour à la mixité. Dans le reste de l'Europe, dès 1921, avec une meilleure connaissance de la psychologie de l'enfant et celle de l'adolescent, la coéducation est demandée par la Ligue internationale pour l’Éducation nouvelle. Dans les années suivantes, alors que garçons et filles se rencontrent déjà dans d'autres activités, la mixité est vue comme améliorant les relations entre les genres, favorisant l'affirmation des filles et calmant les comportements brutaux de certains garçons ; l'égalité de cursus filles-garçons est, elle, moins considérée. Toutefois, en 1929, le pape Pie XI condamne la coéducation dans une encyclique, ce qui a un impact dans les pays à dominance catholique.
vignette|Une classe dans une école primaire aux Pays-Bas en 1946.
La mixité commence souvent par les plus jeunes dans les écoles primaires européennes. Ainsi, en France à partir de 1933, la possibilité est ouverte pour les institutrices d'enseigner aux enfants des deux sexes entre 6 et 9 ans, tandis que les plus de 9 ans ont un instituteur. L'après Seconde Guerre mondiale en Europe de l'Ouest et du Nord voit un changement dans les principes idéologiques concernant la non-mixité, dans un contexte de renouveau culturel et d'un plus grand nombre d'adolescents dans l'enseignement secondaire. Les idées sont à davantage d'égalité de chances offertes par l'éducation, tant entre les sexes qu'entre les personnes issues de différentes classes sociales, et la non-mixité est jugée comme mettant en valeur les différences. De plus, du côté des catholiques, la mixité n'est plus perçue comme amorale ; des changements ont lieu en France et en Italie, par exemple, ce qui n'est cependant pas le cas en Irlande catholique, où nombre de familles refusent la mixité à l'école. Les établissements mixtes deviennent donc plus fréquents. À la fin du , il reste quelques écoles non-mixtes mais elles sont souvent perçues comme correspondant à et moins fréquentées ; quelques-unes, particulières et avec une image élitiste, ont toutefois un prestige qui attire certaines familles.
Les études scientifiques indiquent que ce n'est pas parce qu'il y a coéducation qu'il y a forcément plus d'égalité, mais pour beaucoup de spécialistes féministes, cela permet d'avancer vers l'égalité entre les sexes. Cependant, Rebecca Rogers pointe le fait que les stéréotypes de genre peuvent influer de façon souvent non consciente sur le comportement des élèves et sur les pratiques pédagogiques des enseignants.
En France Scolarisation des filles
vignette|Entrée de l'école parisienne rue Robert-Estienne, qui a conservé les anciens frontons « École de filles » (porte de gauche) et « École de garçons » (porte de droite). L'idée d'éduquer de la même façon les garçons comme les filles procède de l'idée de fournir une même éducation à tous ; elle fut formulée pour la première fois par Comenius, pédagogue tchèque du . La loi Duruy en France impose notamment l’ouverture en 1867 d'une école de filles dans les communes de plus de cinq cents habitants.
La coéducation fut par contre longtemps combattue par les pédagogues catholiques qui y voyaient une source de désordre sexuel contraire à la morale. Elle est officiellement condamnée par le pape Pie XI en 1929 dans l'encyclique Divini illius MagistriOdile Roynette, « La mixité : une révolution en danger ? », L'Histoire n°455, janvier 2019, p. 12-19.. Sous la monarchie de Juillet, la loi Guizot en 1833 rendait possible la co-instruction et le co-enseignement, en prévoyant théoriquement la possibilité d’associer garçons et filles dans une même classe pour les plus petites communes mais dans les faits, chaque commune devait entretenir au moins une école primaire de garçons mais rien n'était obligatoire pour les filles.
En définitive, la coéducation ne s'appliquait qu'aux classes populaires, pour le niveau élémentaire et, comme le note l'historienne Odile Roynette, . La progression de l'éducation des filles, couplée à une féminisation du corps enseignant, ne doit ainsi pas se comprendre à l'époque avec l'idée d'égalité : les enseignements sont différenciés, comme les travaux d'aiguilles pour les filles prévus dans la loi Duruy de 1867, alors que la loi Camille Sée de 1880 prévoit la création de lycées de jeunes filles qui ne préparent pas au baccalauréat (indispensable pour intégrer l'université) mais à un diplôme de fin d'études secondaires. Il s'agit alors surtout pour la République de diminuer l'influence de l'Église sur les jeunes filles.
Les précurseurs : l'éducation anarchiste Parmi les premiers pédagogues à poser en principe la nécessité de la mixité en éducation, et à la mettre en pratique, figurent plusieurs pédagogues anarchistes.
À la fin du Second Empire, le familistère de Guise propose des classes mixtes avec un enseignement similaire, bien que les enfants des deux sexes soient séparés par un , note son fondateur Jean-Baptiste André Godin. Paul Robin instaura la « coéducation » des sexes à l'orphelinat de Cempuis, qu'il dirigea à partir de 1880, sur des enfants de 6 à 14 ans. Il partait du principe d'instituer une éducation morale basée sur le sens des responsabilités, le respect de chacun et la solidarité du groupe, comme dans une vie familiale. Comme cela se pratique à l'époque aux États-Unis, il s'agit d'une contribution à l'harmonie sociale. Comme l'indique Odile Roynette, .
L'expérience de l'orphelinat de Cempuis fut dans un premier temps soutenue administrativement, en particulier par Ferdinand Buisson. Mais elle subit des campagnes virulentes de la presse catholique, qui parlait de « la porcherie de Cempuis » en raison de la mixité Ferdinand Buisson et l'innovation pédagogique : l'exemple de l'Orphelinat Prévost de Cempuis par Christiane Demeulenaere-Douyère sur le site des Ressources numériques en histoire de l'éducation. Sébastien Faure s'inspira de l'expérience de Cempuis pour fonder La Ruche à Rambouillet en 1904.
Francisco Ferrer mit en œuvre les mêmes principes en Espagne en 1901 lorsqu'il fonda la première Escuela moderna. Au début, l'école fut financée par un legs d'une mécène. Quelques années plus tard, plus d'une centaine d'écoles de ce type existaient en Espagne, en dépit du fait qu'elles soient payantes et mixtes, et du poids de l'Église catholique dans ce pays.
La « coéducation » dans l'éducation nouvelle thumb|250 px|Une école Montessori en 1915. L'éducation nouvelle fit de la mixité un de ses chevaux de bataille au début du , on parlait à l'époque de « coéducation », terme américain adopté après que des pédagogues ont commenté l'introduction de la mixité dans les écoles américaines au La coéducation dans l’Éducation nouvelle Article de Annick Raymond dans CLIO 18/2003 .
L'école de Bedales fut la première école mixte d'Angleterre ; en Allemagne ce fut l'Odenwaldschule de Paul Geheeb.
Quand Adolphe Ferrière rédigea en 1918 les « 30 points qui font une école nouvelle », la mixité y figurait en bonne place : il y affirme « 5 - La coéducation des sexes a donné des résultats incomparables »L’éducation nouvelle : utopies d'hier, innovations d'aujourd'hui ? article de Jean Houssaye.
Par pays France Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale