thumb|285px|Statut du serbe :
thumb|285px|Extension du serbe (en jaune) sur le territoire de l’ancienne Yougoslavie (2006).
thumb|285px|Zones de Croatie où le serbe est une langue minoritaire reconnue (en vert foncé).
Le serbe (en alphabet cyrillique serbe : , en alphabet latin serbe : , prononcé ) est l’une des variétés standard, utilisée par les Serbes, de la langue serbo-croatePar exemple Kordić 2004, Greenberg 2004, Mørk 2008 (), Gröschel 2009 (), Šipka 2019 ()., et désignée par certains linguistes « diasystème slave du centre-sud »Par exemple Brozović 1998, Lončarić 2010, Mønnesland 1997 (), Matasović 2001, (), Nuorluoto 2002., štokavski jezik « langue chtokavienne »Voir le site Štokavski jezik, standardni novoštokavski « néochtokavien standard »Appellation mentionnée par Kordić 2009 pour la rejeter. ou BCMS (bosnien-croate-monténégrin-serbe)Appellation adoptée par Thomas 2018, par exemple..
Du point de vue de la sociolinguistique, c’est une langue standardisée pluricentriqueSelon, par exemple, Kloss 1967, (), Kordić 2004 (), Mørk 2008 (), Bunčić 2008 (), Zanelli 2018 (). commune aux Serbes, aux Croates, aux Bosniaques et aux Monténégrins, ayant pour base son dialecte chtokavien, ses autres variétés standard étant le croate, le bosnien et le monténégrinVoir au sujet de la discussion autour du statut de ces variétés et de leur dénomination, l’article Serbo-croate..
La standardisation du serbe actuel fut commencée par Vuk Stefanović Karadžić au début du , partiellement en accord avec les lettrés croates qui œuvraient à la standardisation de leur langue littéraireVoir l’Accord de Vienne (1850) (consulté le 6 novembre 2019).. Il en a résulté un standard peu différent de celui du croate, notamment par l’alphabet cyrillique réformé par Karadžić et son orthographe pratiquement phonémique. Cet alphabet a reçu son correspondant latin exact proposé par le Croate Ljudevit Gaj, adopté ultérieurement par le standard serbe à côté du cyrillique. Après la désintégration de la Yougoslavie, le serbe est devenu officiel avec l’appellation « langue serbe »Constitution de la Serbie, article 10 (consulté le 6 novembre 2019)., et de sa norme s’occupent l’Institut de la langue serbe, ainsi que le Comité pour la standardisation de la langue serbePage du comité sur le site de l’institut..
Le serbe est utilisé non seulement par les Serbes de Serbie, mais aussi par les minorités nationales serbes des pays voisins de la Serbie, ainsi que par les nombreux Serbes émigrés en Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord et en Australie.
Répartition géographique et statut
Le nombre de locuteurs du serbe est estimé entre . Les données ci-dessous ne reflètent le nombre de locuteurs du serbe que si cela est explicitement mentionné, vu que la plupart des statistiques se réfèrent aux personnes d’ethnie serbe ou provenant de Serbie. Parmi celles-ci on ne peut pas savoir combien parlent effectivement le serbe. On ne sait pas non plus, concernant les personnes résidant en dehors de la Serbie, combien s’y sont établies définitivement et combien y séjournent provisoirement. De plus, dans certains pays, les statistiques ne distinguent pas le serbe du serbo-croate.
La distribution de la population serbe dans le monde est la suivante :
+ Pays Nombre de personnes Statut des personnes Année SerbieSans le Kosovo. de langue maternelle serbe 2011 (consulté le 6 novembre 2019). Bosnie-Herzégovine La formulation de la source est 32,7 % du nombre total de . d’ethnie serbe 2015 a CIA (consulté le 6 novembre 2019). Monténégro de langue maternelle serbe 2011 (consulté le 6 novembre 2019). Allemagne citoyens de Serbie inscrits au Registre central des étrangers 2011 , (consulté le 15 juin 2017). Croatie d’ethnie serbe CROSTAT – La population selon l’ethnie (consulté le 6 novembre 2019). 2011 de langue maternelle serbe CROSTAT – La population selon la langue maternelle (consulté le 6 novembre 2019). Autriche nées en Serbie 2015 , le document (consulté le 6 novembre 2019). États-Unis parlant serbe à la maison 2013 , document personnes se declaraient locuteurs de serbo-croate (consulté le 15 juin 2017). Australie parlant serbe à la maison 2011 (consulté le 6 novembre 2019). Italie citoyens de Serbie 2022 (consulté le 17 mars 2023). Canada de langue maternelle serbe 2011Statistique Canada. personnes se déclarent de langue maternelle serbo-croate (consulté le 6 novembre 2019). Slovénie d’ethnie serbe 2002 Statistični urad Republike Slovenije (consulté le 6 novembre 2019). Macédoine du Nord d’ethnie serbe 2002 Државен завод за статистика, (consulté le 6 novembre 2019). Roumanie de langue maternelle serbe 2011 Institutul Național de Statistică, Volumul II, le document Tab10. Populația stabilă după limba maternă – județe, municipii, orașe, comune (consulté le 6 novembre 2019). Hongrie d’ethnie serbe, de langue maternelle serbe ou parlant serbe en famille et avec les amis 2011 Magyar Központi Statisztikai Hivatal, . Le nombre constitue la somme des personnes s’encadrant dans au moins une des catégories mentionnées (consulté le 6 novembre 2019). Slovaquie 698 d’ethnie serbe 2011 Štatistický úrad Slovenskej Republiky (consulté le 6 novembre 2019).
Le serbe est la langue officielle en Serbie, au Kosovo Constitution of the Republic of Kosovo, (consulté le 1 août 2025)., en Bosnie-Herzégovine et au Monténégro Constitution du Monténégro, . (consulté le 6 novembre 2019).. Il est également une langue minoritaire reconnue, c’est-à-dire officiellement utilisable (dans des conditions différentes de pays à pays), en Croatie Loi concernant l’utilisation des langues et écritures des minorités nationales (consulté le 6 novembre 2019)., en Macédoine du Nord, en Roumanie Loi du 23 avril 2001 concernant l’administration publique (consulté le 6 novembre 2019)., en HongrieEntre autres par la ratifications de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, (États parties à la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et leurs langues régionales ou minoritaires), actualisé le (consulté le 17 mars 2023)., en Slovaquie Loi de 1999 concernant l’utilisation des langues des minorités nationales (consulté le 6 novembre 2019). et en Tchéquie.
Variétés régionales
Le serbe standard se fonde sur le dialecte chtokavien (štokavski) du diasystème slave du centre-sud, dialecte parlé dans la plus grande partie de la Serbie, ainsi que par les Serbes de Bosnie-Herzégovine et du Monténégro. Le même dialecte est parlé par la plupart des Croates, par les Bosniaques et par les MonténégrinsSection d’après Klajn 2005, , sauf les informations des sources indiquées à part..
Certains linguistesPar exemple Kacziba 2006, . considèrent comme serbe un dialecte appelé torlakien (torlački), proche du bulgare et du macédonien, notamment par la perte de la déclinaison des noms et des adjectifs.
L’une des divisions du chtokavien est faite en trois groupes de dialectes, sur la base de la façon dont a évolué le son ĕ du vieux-slave transcrit par la lettre ѣ, appelée « yat ». Dans les dialectes ékaviens (ekavski), parlés dans le centre, l’est et le sud de la Serbie, le « yat » a donné e (prononcé « é »), par exemple dans les mots čovek « homme » (être humain) et reka « rivière ». Les dialectes (i)jékaviens [(i)jekavski], parlés dans l’ouest de la Serbie et dans sa région de Raška, au Monténégro et en Bosnie-Herzégovine, se caractérisent par l’évolution de « yat » en je (prononcé « yé ») dans certains mots (čovjek) et en ije (prononcé « iyé ») dans d’autres : rijeka. Pour les dialectes ikaviens (ikavski), c’est l’évolution de « yat » en i qui est spécifique (čovik, rika). Ils se limitent à quelques petites zones limitrophes de ceux qui présentent le même phénomène sur le territoire du croate.
Le torlakien est inclus dans une autre division du serbe, qui comprend cinq groupes de parlers : de Voïvodine-Šumadija, de Herzégovine de l’Est, de Zeta-Lovćen, de Kosovo-Resava et de Prizren-Timok. C’est ce dernier qui correspond au torlakienKacziba 2006, ..
Le standard admet les prononciations ékavienne et (i)jékavienne, ainsi que leur transcription, sans admettre la prononciation ikavienne, ni la variante torlakienne. La grande majorité des médias de masse serbes est ékavienne.
Histoire externe
L’histoire du serbe est étroitement liée aux débuts et au développement de la littérature en cette langueSection d’après Marinković 2013 et Kretchmer 2005, , sauf les informations des sources indiquées à part..
thumb|right|Évangile de Miroslav ().
Les premiers documents pouvant être considérés comme de langue serbe sont écrits en alphabet cyrillique et datent des . Le plus important est Miroslavljevo jevanđelje (Évangile de Miroslav)Duc de Zachlumie, frère du prince Stefan Nemanja.. Deux processus qui commencent : d’un côté, la langue parlée évolue d’une façon spontanée et des dialectes prennent naissance ; d’un autre côté, les lettrés s’ingénient à standardiser la langue. La langue littéraire serbe a, en fait, été sujette à plusieurs standardisations.
Premières standardisations
thumb|right|Code de Dušan.
La première standardisation a lieu au début du , sous le règne du premier roi serbe, Stefan Ier Nemanjić. Elle est effectuée par le frère du roi, Rastko Nemanjić (plus connu sous le nom de saint Sava, fondateur de l’Église orthodoxe serbe autocéphale), autour de l’année 1220. À cette époque-là, la langue serbe écrite commence à s’éloigner du slavon d'église utilisé jusqu’alors, reflétant les modifications phonétiques qui s’étaient produites par rapport à cette langue. La variété ainsi créée est appelée langue slavo-serbe, notée en écriture nommée « de Raška ». Du point de vue langagier, l’ouvrage le plus significatif de saint Sava est le Karejski tipik (le Typikon de Karyès). Le Dušanov zakonik (le Code de Dušan), écrit dans les années 1349-1354, utilise la même langue.
La réforme linguistique suivante se produit sous le règne de Stefan Lazarević, autour de l’année 1400. Elle est effectuée au monastère de Manasija, située au bord de la rivière Resava, sous la direction du lettré bulgare Constantin le Philosophe. La réforme de l’école de Resava est archaïsante et influencée par le grec. En fait, elle rapproche le standard serbe du standard bulgare. Des œuvres parues dans cette variété de langue sont, par exemple, Slovo Ljubve (la Parole de l’amour) (1409) de Stefan Lazarević et Žitija despota Stefana Lazarevića (Vie du despote Stefan Lazarević) (1433) de Constantin le Philosophe.
Entre les , époque la plus dure de la domination ottomane, la littérature serbe décline considérablement. Le seul vestige remarquable de la culture serbe médiévale survit au monastère de Beočin, grâce aux moines copistes de manuscrits qui s’y réfugient pour échapper aux Turcs, en venant du monastère de Rača. Parmi eux se distingue Gavril Stefanović Venclović (1680-1749), caractérisé par un curieux bilinguisme. En effet, il écrit les livres religieux selon les normes de l’école de Resava, mais ses sermons dans la langue du peuple.