L'exil politique est la situation de quelqu'un qui est expulsé ou obligé de vivre hors de sa patrie.
Cette situation entraîne des conséquences directes pour les individus concernés : il imprime à leur émigration un caractère non volontaire, car les événements politiques restreignent fortement les choix individuels possibles, et aléatoire, puisque la décision de résider sur le territoire d'un autre État et le moment du retour au pays échappe aux individus.
Les principales formes de violence politique peuvent être les persécutions idéologiques, ethniques, religieuses ou les conflits entre États. Les types de violence et leur étendue définissent les caractéristiques sociales de la population exilée : opposants idéologiques, membres de minorités ethniques territoriales ou intermédiaires, populations civiles se trouvant sur les lieux où s'exerce la violence.
Le pays d'accueil peut être un pays appliquant le pluralisme politique, mais en général les exilés préfèrent chercher refuge dans un pays voisin à leur nation d'origine. La situation juridique des exilés dans L'État de destination dépend en général de la politique d'asile de cet État. Selon le degré de reconnaissance des persécutions subies ceux-ci deviendront des réfugiés statutaires, des réfugiés de facto, des immigrés, des clandestins ou des « réfugiés en orbite ».
Souvent les opposants politiques luttent dans leur pays d'accueil pour solliciter un changement dans leur pays d'origine. Cela est généralement fait via des organisations de résistance ou de gouvernement en exil (comme la résistance tibétaine qui a organisé un gouvernement en exil en Inde).
Le droit d'asile est aujourd'hui reconnu dans la plupart des démocraties.
Histoire
L’exil politique dans l’antiquité En grec, le mot pour « exil » est « phyghé » (« fugue », mais, plus précisément, « fuite »). Toutefois, dans la conception ancienne il est loin d’être uniquement une peine, car il correspond à l’exercice d’un droit (appelé par les Romains nommément « ius exilii »), qui reconnaît à tout citoyen la faculté de se soustraire, par la fuite, à l’exécution de la peine prévue à son encontre. Il se présente comme la faculté accordée à un citoyen de se soustraire avec la fuite à une peine. Justement à cause de cette particularité, il échappe aux deux grandes catégories du droit que l’on retrouve dans la classification des situations subjectives: les droits et les peines. Pour Cicéron en particulier, « Exilium non supplicium est,sed perfugium porturque supplicii » (en L’exilé et le citoyen). Donc l’exil est perçu non comme une simple fuite mais comme un « perfugium », comme un « abri ».
Plus tard, la conception stoïcienne (chez Cicéron et Sénèque, ou dans l’opuscule De exilio de Plutarque) va conférer à l’exil une signification qui en valorise la portée politique (toujours selon Cicéron, il faut antéposer « exilii libertatem domesticæ seruituti » ) et, plus généralement, éthique. C’est en effet une caractéristique propre du sage de mépriser les biens de ce monde, et c’est aussi propre de la condition humaine d’être « toujours de passage », comme l’est souligné par Senèque.
L’exil au moyen âge dans les villes italiennes Avant de parler de l’exil dans les villes italiennes, (ou pour mieux dire du bannum perpetuum pour utiliser le vocabulaire de l’époque), il faut tout d’abord revenir sur la question du bannum. Pour bien entendre la différence entre l’exilium classique et le bannum médiéval, il est sans doute essentiel de souligner un trait fondamental de ce dernier : il est en fait plutôt considéré comme une véritable procédure d’exclusion, à laquelle les communes italiennes pouvaient recourir au cas où un de ses citoyens manquait de respecter un de ses ordres. Le bannum a été d’abord et pendant longtemps non pas une peine à proprement parler mais plutôt une mesure temporaire et révocable destinée à remettre sur la bonne voie le citoyen qui s’éloignait du droit chemin et du respect du bien public. Par exemple, à Gênes en 1143 l’esilium perpetuum fut décidé pour ceux qui auraient volontairement tué un Génois. Dans ce cas certes, le bannum perdait son caractère de mesure vouée au respect des ordres et devenait une véritable sanction, mais on voit comment il constituait encore une réponse à la désobéissance à une règle. Le fait qu’à cette époque les banni perpetuis n’étaient qu’une version plus extrême des banni ordinaires (qui étaient notoirement révocables) est démontré par l’existence de banni « intermédiaires », c’est-à-dire quasi-perpétuels.
Néanmoins, cette situation changea par la suite, puisqu’on voit les bannis à perpétuités devenir de plus en plus courants et viser une autre catégorie de sujets. En fait, dans les décennies centrales du , la querelle autour de l’utilisation des ressources publiques croît jusqu’à devenir une des principales raisons d’affrontement à l’intérieur des villes. Par conséquent, entre 1220 et 1260 on intensifie les moyens de contrôle sur les ressources publiques (tels les , ou bien la répartition en quartiers des villes et des campagnes autour d’elles), et . Parmi ces procédures on retrouve bien sûr le bannum perpetuum (bannissement perpétuel).
De plus, dans cette période on voit aussi un processus de polarisation des groupes d’intérêt qui formèrent ensuite les factions internes à la ville. Et c’est justement au moment de la formation de ces derniers qu’on assiste à une véritable criminalisation du délit politique. Le durcissement du bannum qui devient de révocable à perpetuum est donc une transformation de la signification même de cette pratique, qui de mesure qui vise à rééduquer le citoyen dévient une véritable procédure pénale, destinée à frapper en particulier les ennemis politiques de la faction qui s’était emparée du pouvoir. Généralement, telles mesures étaient accompagnées par la confiscation et destruction des biens. « Le bannum perpetuum va en effet de pair avec une criminalisation du délit politique qui se prévaut également d’autre procédures. On ne bannit plus seulement les appartenants, normalement fichés, à la faction adverse, mais également leurs « amis », qui deviennent autant d’ennemis potentiels, à bannir de façon préventive. ».
Le cas de Florence Dans le cas de Florence, on voit comment dans l’espace d’un siècle (1248-1348) « on passe d’un type de gouvernement adapté à une structure entre féodal agraire et mercantile, au Priorato delle Arti, expression de l’organisation commerciale et industrielle de sa société. ». Le bannum, en tout ce processus, a été utilisé comme instrument typiquement communal de contribution à la solidification des structures démocratiques. L’alternance est de règle à Florence dans la seconde moitié du . De 1248 à 1280 plusieurs batailles sanctionnent la victoire d’une faction et le départ des adversaires : départ donc volontaire, et non la condamnation à l’exil. Les Guelfes s’expatrient donc d’eux-mêmes. Toutefois, une fois sortis de Florence de leur propre initiative, ils ne peuvent y rentrer, car c’est à ce moment qu’intervient la condamnation : les chroniques nous disent « … essendo usciti, furono banditi… ». Le bannissement est donc la conséquence de l’exercice d’un droit, le « ius exilii » romain, le bando intervient au second degré, comme conséquence d’un refus de se soumettre au jugement des tribunaux (d’où le qualificatif de ribelli.). Pendant la période du Governo del primo popolo, le bannissement restera à la discrétion des autorités publiques, motivés par la personne et non par la faute. Pour lors, la politique à courte vue reste le défaut majeur de l’institution communale en cours de formation, à la recherche non seulement d’une identité mais aussi d’une légitimité. Pendant les années 1270-1330, on voit l’instauration de liens de subordination du contado à la ville, l’installation d’une démocratie « corporative », qui sanctionne la définition législative d’une exclusion politique par la publication des Ordinamenti di Giustizia. Ces derniers, en matière d’exil, innovent à bien des égards, en particulier sur quatre points : « le bannissement se distingue désormais en légal et illégal, politiquement pénalisant et juridiquement pénalisant, territorial ou non territorial, et enfin achetable et donc compressible ou non. ».
Donc on voit comment la notion d’exil se complique aussi d’un point de vue juridique. L’exil volontaire se double donc d’un exil forcé, il assume ainsi la double valeur qui revêtait l’exilium romain. Après, au fur et en mesure que la commune progresse et s’affirme comme puissance publique, elle va opter pour un type de législation moins limité dans ses finalités, ce qui a pour effet de garantir la permanence des institutions communales contre les forces individualistes. Ainsi l’exilium acquiert la qualité de peine lorsque la commune, en ayant tenté de recomposer en unité la multiplicité des entités coexistantes, en tire les conséquences sur le plan juridique. Elle punit alors par le billet du bannissement celui qui remet en question la qualité essentiellement collective des institutions communales. Il ne faut donc pas s’étonner si au délit communal est associé dès le dernier quart du un délit politique puni par une identique mise à l’écart, lantimagnatizia.
Le magnate n’est pas exclu de la ville en tant que tel, mais tenu hors du cercle de l’exercice du pouvoir. Il lui est en effet interdit d’assumer la responsabilité n’importe quel ufficium. La justification d’une telle procédure législative est contenue dans le refus de la part du magnate (ou nobile) du principe d’anonymisation qui anime l’esprit des institutions communales. Toutefois, il faut souligner que l’exil territorial des nobili est, en effet, instrumental, car il est avant tout sélectif, comme démontré aussi par le fait que c’est une peine qui ne relève pas de l’objectivité d’un texte, mais de l’arbitraire d’un prononcé. Au cours des années 1296-1312, il sert notamment les intérêts des consorterie au pouvoir : il est donc utilisé comme arme pour aplanir la voie du monopole politique, arme que l’on brandie essentiellement pour non-respect des interdictions. L’expulsion du magnate est en fait une expulsion collective qui se réalise par une série de bannissements individuels des successeurs et les héritiers.
Dante Alighieri, « exul immeritus » Dante Alighieri, un des plus célèbres poètes et bannis florentins, utilisera pour la première fois le mot « exul » dans l’épître , missive de condoléances aux comtes de Romena, Oberto et Guido, écrite probablement en 1304. Cette expression viendra ensuite reprise par l’auteur dans l’épître III, adressée à « l’exulanti Pistoriensi » Cino da Pistoia en 1306. En utilisant ce mot précis, et pas fuoriuscito ou bandito, on voit comment Dante clame son appartenance à la lignée qui le rattache aux grandes auteurs de l’antiquité et qui le différencie nettement de tous les autres fuoriusciti des cités médiévales. De plus, dans le syntagme « immeritus » il rehausse la dénotation négative de son prefixe par le fait d’être une citation issue de Ovide, une des auctoritas latine par excellence. Cependant, on voit que l’expression « exul immeritus » est précédée par un autre qualificatif, celui de florentinus . « La progression a comme point de départ une donnée objective : la continuité de son identité civique (florentinus), qui ne peut se définir que par rapport à la cité où il est né ; mais « exul », en position centrale, introduit, dans cette continuité objective, une double fracture : celle, subie et toute négative, que Florence a provoqué en le bannissant ; celle qu’il a choisi d’établir en se réclamant de la tradition latine de l’exilium ».