Les Brigades internationales les plus connuesL'expression de « brigades internationales » désigne des volontaires civils enrégimentés, provenant de nations étrangères au lieu du conflit. On peut citer l'exemple des zouaves pontificaux, Français au service du pape entre 1861 et 1870, ou les volontaires juifs de la guerre de Palestine de 1948. sont celles qui, sous le nom espagnol de Brigadas Internacionales, se sont battues aux côtés des républicains contre les rebelles nationalistes, lors de la guerre civile espagnole, entre 1936 et 1938. Elles étaient composées de volontaires antifascistes venus de différents. Selon des estimations, — durant la totalité de la guerre — entre et servirent dans les Brigades internationales, dont au combat ; il n'y avait cependant jamais plus de présents sur les fronts simultanément. Parmi les brigadistes, on a pu compter 600 femmes (dont 96 étaient des Françaises).
Les Brigades avaient leur quartier général sur la base aérienne de Los Llanos, à Albacete. Les volontaires participèrent à la bataille de Madrid, aux combats du Jarama, de Guadalajara, de Brunete, de Belchite (1937), de Teruel, du front d'Aragon et de l'Èbre (1938).
Ils furent retirés et dissous par le gouvernement espagnol à partir du , afin de souscrire aux exigences du comité de non-intervention.
Les brigadistes ne représentaient cependant pas l'ensemble des volontaires étrangers engagés aux côtés des républicains espagnols. Beaucoup, par anti-stalinisme, rejoignirent plutôt les rangs du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM), à l'exemple de George Orwell. D'autres, comme les Français, Italiens, Allemands ou Américains du « Groupe International » de la Colonne Durruti (CNT/FAI) ou les militants de l'Association internationale des travailleurs (AIT), s'engagèrent auprès des milices confédérales anarcho-syndicalistes de la Confédération nationale du travail espagnol (CNT) .
Formation Les premiers volontaires étrangers en Espagne (juillet – août 1936) Les brigadistes ne furent ni les premiers ni les seuls volontaires étrangers à se battre en Espagne en faveur de la République. Dès les premiers jours du coup d'État militaire de , des étrangers, principalement des Français, franchissent les Pyrénées afin de participer aux combats : certains intègrent par exemple la colonne Durruti. André Malraux, avec le soutien implicite de Pierre Cot, ministre de l'Air français, constitue une escadrille aérienne, qu'il appelle España. Il dirige pendant six mois des missions de bombardements, avec le grade de colonel. Finalement, la publication de son roman L'Espoir en 1937, s’inspire largement de son expérience.
D'autres sont déjà présents sur le sol espagnol au moment des événements de juillet et se rallient au gouvernement légal : ce sont généralement des Allemands et des Italiens qui ont fui les dictatures fascistes de leur pays pour trouver asile en Espagne. Mais ces troupes sont extrêmement dispersées et peu organisées.
On compte enfin quelque 200 à issus des rangs des athlètes réunis à Barcelone pour les Olympiades populaires, programmées entre les 19 et , en protestation contre les JO de Berlin, mais interrompues par le coup d'État des 17 et 18 juillet 1936. Les athlètes participèrent aux combats de rue de la capitale catalane et à la prise de l'hôtel Colón, près de la Rambla. Mais la plupart d'entre eux quittèrent l'Espagne dès le .
Ces premiers volontaires étrangers se rassemblent au sein d'unités originales, portant le nom de héros du siècle passé, tel que le bataillon « Walery Wroblewski », héros de la Commune de Paris, ou le bataillon « Tom Mann », un socialiste anglais.
La création des Brigades internationales (septembre – octobre 1936) Sous suggestion de Maurice Thorez (secrétaire du Parti communiste français) et avec l'accord du NKVD, Willy Münzenberg (chef de la propagande du Komintern pour l'Europe occidentale) propose à Staline, le , de « procéder au recrutement parmi les ouvriers de tous les pays des volontaires ayant une expérience militaire en vue de leur envoi en Espagne ». L'idée est de créer une organisation internationale de volontaires afin d'aider la République espagnole et de recruter le plus largement possible, des communistes mais également des anarchistes, des socialistes ou de simples compagnons de route.
Dans un premier temps, Staline reste favorable à la neutralité, afin de ne pas se brouiller avec ses « alliés objectifs » français et britanniques, animateurs du Comité international pour la non-intervention depuis le . Après des accusations des communistes trotskistes, selon lesquelles il ferait le « jeu du fascisme » ; il décide de soutenir publiquement les Républicains. Une lettre ouverte écrite par lui-même est publiée dans le Mundo Obrero (organe du Parti communiste espagnol), le , ayant pour destinataire José Díaz Ramos (secrétaire général du même parti) dans laquelle il affirme son soutien.
Les Brigades internationales sont officiellement créées par un décret du gouvernement espagnol le .
Recrutement, formation et organisation thumb|250px|Drapeau des Brigades internationales
C'est le Komintern qui est chargé de superviser l'organisation des Brigades internationales, et ses membres sont omniprésents. Le bureau de recrutement, qui est actif depuis le , est basé à Paris, sous la direction du général soviétique d'origine polonaise Karol « Walter » Świerczewski.
Le ministère de la Défense soviétique décide d'apporter l'aide matérielle, tandis que le Parti communiste français doit fournir des uniformes aux brigadistes. C'est le Yougoslave Tito qui est chargé d'assister les volontaires originaires d'Europe orientale.
Chaque brigade est divisée en bataillons, eux-mêmes subdivisés en centuries, pour ne pas calquer les dénominations militaires. L'uniforme est embryonnaire, souvent une tenue de velours noir.
Les combattants n'ont aucun contrat, et la durée de leur engagement n'est pas définie. Les volontaires sont envoyés par train ou bateau de France vers Espagne. Tandis que d'autres traversent la frontière par leurs propres moyens. Les premières unités ne suivent qu'un entraînement rudimentaire et sont engagées dans la défense de Madrid, assiégée depuis le , dans le secteur de la Casa de Campo voir Jules Dumont. Ils sont amalgamés aux défenseurs espagnols dans la proportion d'un homme pour quatre, dans le but de les soutenir moralement et de transmettre leur expérience militaire.
Par la suite, l'organisation s'améliore. Les brigadistes rejoignent Albacete, en Castilla-La Mancha, qui devient rapidement le siège du quartier général des Brigades internationales. Ils y reçoivent l'aide du comité d'organisation de la División Orgánica de Albacete, créée le par Francisco Largo Caballero (président du gouvernement) dans le but de subvenir aux besoins des brigadistes. Les dirigeants, stationnés sur la base aérienne de Los Llanos, sont tous issus du Komintern : André Marty est nommé commandant, Luigi Longo (surnommé Gallo) est inspecteur général, et Giuseppe Di Vittorio (surnommé Nicoletti) est le chef commissaire politique.
Les brigadistes sont répartis en plusieurs camps, éparpillés dans les villages de La Roda, Mahora, Tarazona de la Mancha, Villanueva de la Jara et Madrigueras. .
Dans son témoignage sur la guerre civile espagnole, Sygmunt Stein évoque la présence de nombreux chômeurs, clochards et repris de justice notamment dans le bataillon franco-belge que les communistes avaient réussi à recruter parmi les « déclassés ». L'historien Pierre Broué évalue à 20 % le contingent d'« aventuriers, mercenaires ou autres égarés dans cette aventure politique ».
Des travailleurs français au chômage (important à cette époque), surtout ceux d'origine étrangère, sont partis soutenir les combattants républicains en échange d'un salaire donné à la famille restée en FranceTémoignage recueilli par le musée de l'immigration, France-Hongrie, des liens secrets, Hommes et migrations, 2013..
Des motivations multiples Les motivations sont multiples. Chez les Italiens, les Allemands et autres Européens venant de pays contrôlés par des gouvernements répressifs, le combat en Espagne est vu comme une première étape pour restaurer la démocratie ou promouvoir une cause révolutionnaire dans leur propre pays. Chez les Français, la proximité joue à plein. Les volontaires font l'analogie entre les gouvernements de Front populaire français et espagnol, et entre les menaces militaro-nationalistes française et espagnole.
Il semble cependant que l'antifascisme ne fut pas l'unique motivation. Nombre de brigadistes ne souhaitaient pas défendre la « démocratie bourgeoise », mais la révolution prolétarienne et la mise en place d'un État ouvrier.
Enfin, quelque 500 communistes [de quels pays?] qui avaient été exilés en URSS sont envoyés en Espagne : leur expérience militaire était appréciable. Parmi eux on retrouve en effet des chefs militaires qui se sont illustrés lors de la Première Guerre mondiale, comme Manfred « Kléber » Stern, Wilhelm « Gomez » Zaisser, Máté « Lukacs » Zalka et Janos « Gal » Galicz, qui représentèrent une valeur inestimable dans le combat.
Les motivations peuvent être parfois plus prosaïques. On retrouve également beaucoup de chômeurs, et des aventuriers.
Composition des Brigades internationales Origines des brigadistes +Effectifs des Brigades Internationales par nationalité Nationalité Effectifs Nationalité Effectifs Français Cité dans Alvarez (1996). Irlandais 250 Italiens . Soviétiques . Allemands – 5 000 Autrichiens – 5 000 Suisses 408 – 800 Suédois 800 Britanniques Hongrois 528 – 1 500 Belges – Polonais – Néerlandais 628 Tchécoslovaques – 1 500 Américains – 2 800 Roumains Cubains Voir sur albavolunteer.org. Bulgares 462 Mexicains 90 Yougoslaves – 1 660 Canadiens Estoniens 200 Grecs 160 23px|Chypre Chypriotes 60 Chinois 10 Albanais 36. Portugais 134Lefebvre (2003), . Algériens 500 Autres 1 122
Le recrutement commence par la formation de 23 bataillons, composés chacun de 6 brigades. Des quotas par pays sont fixés par le Komintern et rapidement remplis par les différents partis communistes français, allemand et italien. En revanche, le nombre de volontaires des communistes britanniques et américains reste beaucoup plus faible proportionnellement, en partie à cause de la réticence de leurs pays respectifs, ayant signé le traité du Comité international pour la non-intervention.
Les volontaires étrangers étaient groupés en formations par langues, comme la Brigade Abraham Lincoln, composée de Canadiens et d'Américains, avant que les Canadiens fussent assez nombreux pour constituer leur propre bataillon Mac-PacLa référence à Mackenzie et Papineau est un hommage d'une part à la révolte de 1836-1839 des Patriots anglophones de William Lyon MacKenzie dans le Haut-Canada (maintenant Ontario) et d'autre part à celle des « Patriotes » francophones de Papineau du Bas-Canada (maintenant Québec)..
La Commune de Paris était une formation francophone, les Allemands antinazis étaient dans le bataillon Thälmann, bataillon Edgar André, les Italiens anti-fascistes dans le bataillon Garibaldi. Le bataillon Saklatava regroupait Britanniques, Irlandais et les ressortissants de divers pays du Commonwealth. Bien d'autres unités étaient mixtes : parce qu'ils étaient surtout francophones, des Roumains, juifs ou non mélangés, ont combattu dans le groupe franco-belge « Ana Pauker » de la , commandé par le Français Gaston Carré et le Roumain Valter Roman (pas encore père du futur Premier ministre roumain Petre Roman) ; d'autres étaient engagés dans les groupes Dimitrov, Marty, Louise Michel ou Tchapaïev Valter Roman, Sub cerul Spaniei (Sous le ciel d'Espagne, récit), éd. Tineretului, Bucarest, 1950., tandis que le bataillon « Jarosław Dombrowski », composé majoritairement de communistes polonais, mais aussi hongrois et tchèques, avait une sous-section, la compagnie « Naftali Botwin », composée uniquement de Juifs, eux aussi polonais, hongrois ou tchécoslovaques.