Les Aït Atta (en tamazight: ⴰⵢⵜ ⵄⵟⵟⴰ, Ayt Ɛeṭṭa) sont une confédération tribale appartenant à l'ethnie Amazigh qui mène une vie semi-nomade. Leur territoire est centré autour du massif montagneux du l'Adrar n Saghro, dans le sud-est du Maroc.
Ils sont considérés comme les derniers représentants au Maroc de l’ancienne tribu sanhadjienne des Massufa. Toutefois, à travers les siècles, la confédération Aït Atta a absorbé quelques autres fractions exclusivement Berbères venues des localités voisines, après être devenus maîtres du sud-est marocain et de la vallée du Drâa , les tribus arabes des Arib, et Beni Mhammid qui nomadisaient aux alentours passa sous leur tutelle et protection , mais sans entrer dans sa structure tribale.
Origines
Traditions et légendes
Selon les récits oraux transmis au sein de la confédération, l'origine des Aït Atta est intimement liée à la figure mythique de Dadda Atta, un patriarche originaire du Djebel Saghro. Une des légendes les plus célèbres raconte qu’il aurait eu quarante fils, tous mariés le même jour. Durant les festivités, un berger de la tribu voisine des Aït Sdrat aurait saboté leurs fusils en les remplissant d’eau, permettant ainsi à sa propre tribu de lancer une attaque surprise. Les quarante fils de Dadda Atta furent tués, mais leurs épouses, miraculeusement épargnées, donnèrent naissance à 39 garçons et une fille. Ces descendants auraient plus tard vengé leurs pères en repoussant les Aït Sdrat et en fondant les premières composantes de la confédération Aït Atta.
Une autre version de cette légende rapporte un mariage collectif anonyme interrompu par une attaque similaire des Aït Sdrat, avec un scénario presque identique. Dans toutes les variantes, on retrouve l’idée d’un ancêtre commun, d’une trahison fondatrice, et d’un renversement de situation qui marque la naissance de la confédération.
Une autre tradition non spécifique aux Aït Atta, mais reprise localement, rattache les Berbères du Maroc à la descendance de Jallut (Goliath), vaincu par Dawud (David). L’un des fils survivants de Goliath aurait migré vers le Maghreb, où ses descendants auraient fondé diverses tribus, y compris, selon certaines versions tardives celle des Ait Atta.
Ces récits, bien que transmis oralement, occupent une place importante dans l’identité collective des Aït Atta et sont encore vivaces dans les montagnes du Saghro et les oasis du Drâa.
Origines historiques
L'origine réelle des Aït Atta est difficile à établir avec précision, en raison de l'absence de sources écrites internes et de leur position marginale vis-à-vis des centres de production écrite du Maroc. Cependant, plusieurs éléments permettent une reconstitution historique partielle.
La confédération des Aït Atta est issue de plusieurs lignages d’origines diverses. Elle rassemble majoritairement des tribus d’origine sanhajienne, plus précisément du groupe des Messoufa dont ils représenteraient les derniers descendants installés au Maroc, une composante saharienne de la grande confédération berbère des Sanhaja. Ces tribus auraient migré depuis les régions sahariennes vers les confins du Sud-Est marocain, où elles se sont implantées dans le Saghro, le Haut Atlas oriental et les piémonts sahariens.
Les Ait Atta sont composés majoritairement des sanhadja (Massufa)et autres berbères d'autres fractions sanhajiennes, leur fusion progressive s'est faite dans le cadre d’une organisation tribale très hiérarchisée Territoire Le territoire des Aït Atta, stable depuis plusieurs siècles, s’étend principalement sur le Djebel Saghro et ses pourtours. Il est délimité sur trois côtés par des cours d’eau : à l’ouest le Drâa ; au nord, les vallées du Dadès, du Todgha et du Ghéris ; à l’est le Ziz. Il est réparti sur cinq provinces du sud-est du Maroc : Azilal, Ouarzazate, Zagora, Tinghir et Errachidia.
vignette|Photographie de l'Oued Todgha en 1955 Le territoire des Ait Atta se divisait en deux grandes zones : les Aït Atta n umalu (« du nord », littéralement « de l’ombre »), situés sur le versant nord de l’Atlas, près de Ouawizght, entre l’Oued el Abid et la plaine de Beni Mellal ; les Aït Atta n tafuyt (« du sud », littéralement « du soleil »), établis dans la région du sud-est marocain entre Errachidia et Ouarzazate, autour de la vallée du Drâa et du Tafilalet. Les Aït Atta, pour préserver leur territoire, ont dû s’approprier des ressources essentielles et contrôler le commerce caravanier, influençant ainsi leurs relations avec les régions voisines. Dès la fin du , ils ont dominé le Sud-Est marocain, du Saghro au Tadla et du Draa au Tafilalet. L’instauration des agdals dans le Haut-Atlas central nécessitait une coopération avec d’autres tribus pour assurer les passages entre le Saghro et ces zones pastorales.
Organisation socio-politique
Le livre de David Hart décrit les Aït Atta comme le plus grand groupe tribal du sud central du Maroc. Ils présentent un degré extrême de marginalisme, non seulement géographique mais aussi politique vis-à-vis du Makhzen. Leur société est caractérisée comme une société segmentaire transhumante. Ils ont développé un système de patronage-clientèle complexe lors de leur expansion. Les Aït Atta étaient des semi nomades éleveurs ovins et caprins pratiquant la transhumance sur de longues distances jusqu'au pâturages du versant nord du Haut-Atlas, vivant sous la tente ou dans un qsar . Sur sollicitations des cultivateurs haratins des vallées et des oasis en quête de protecteurs pour se défendre contre les incursions et pillages d’autres tribus berbères ou arabes, ils se sont progressivement sédentarisés
La Structure Segmentaire
La société Aït Atta possède un système de lignage segmentaire qui est en bon état de fonctionnement à ses niveaux inférieurs. Ils revendiquent une descendance agnatique de Dadda 'Atta et de ses quarante petits-fils. Leurs lignées sont traçables jusqu'aux clans ou subclans (taqbilt, pl. tiqbilin).
Le niveau segmentaire fondamental appliqué au niveau de la "supertribu" est le concept des "cinq cinquièmes", connu en berbère sous le nom de khams khmas n-Ait 'Atta. C'est ce concept des "cinq cinquièmes" qui fait des Aït Atta un "agrégat et une unité ancillaire autorisée". La structure cruciale des "cinq cinquièmes" est également la base nominale pour la division des terres pour l'agriculture, bien que la répartition réelle se fasse en proportion directe du nombre d'hommes présents de chaque khums. Le principe des "cinq cinquièmes" est un diagnostic structural important des systèmes politiques des tribus transhumantes du Haut Atlas Central.
Droit Coutumier et Lois vignette|gauche|Droit coutumier des Ait Atta, XVIe siècle/XVIIe siècle|432x432px
Un élément crucial du droit coutumier est le système de prestation de serment, qui est une preuve par excellence ou de pureté. Le serment reposait sur la crainte d'une sanction surnaturelle . Sous le Protectorat, le serment collectif était un garant de la bonne foi du défendeur, de la même manière que le serment individuel constituait une garantie de la réticence du demandeur à prêter serment s'il était coupable. Le droit coutumier était appliqué jusqu'à l'indépendance en 1956.
Le système de la diyat (prix du sang ou compensation pour meurtre) fait également partie du droit coutumier. En cas de meurtre, le diyat était traditionnellement versé aux parents de la victime, puis aux frères si les parents étaient décédés. Pour une victime féminine, le diyit suivait les règles de la Shari'a en matière d'héritage. Pour une femme enceinte, il était payé selon le sexe de l'enfant à naître ; pour une femme mariée, il était versé à son mari, ou à ses parents ou agnats si elle était décédée ou divorcée. En cas de conflit, la diyat était une forme de compensation pour le meurtre.
Les disputes pouvaient être résolues par un a'ban (offrande de paix), qui est littéralement un "drap blanc". Il s'agit d'un tissu blanc ou d'un selham sur lequel le pétitionnaire place des herbes, du sucre, du pain, et le plus important, un bébé ou un petit enfant, en signe de demande de pardon. Accepter un a'ban était considéré comme la plus grande des insultes si le silham était offert à l'amghar, le coupable payant une amende. Cependant, l'utilisation d'un a'ban ne supprimait pas toujours la peine ou l'amende. Un usage classique de l'a'ban était dans le cas de la diyat, où il était offert par les agnats de l'accusé aux agnats de la victime comme compensation préliminaire acceptée s'ils prenaient l'offrande. Refuser d'accepter un a'ban proposé par les Aït l-khair sous le ar (une forme de malédiction conditionnelle) était considéré comme une mauvaise action. thumb|Une Haratin du Drâa. Les Haratins étaient discriminés par les Aït Atta, qui leur interdisaient de posséder des terres et de se marier avec eux
Dans des circonstances ordinaires, le pouvoir reposait traditionnellement principalement sur les conseils locaux de chefs de tribu, appelés ajmu, qui réglaient les affaires selon le droit coutumier, azerf ou taɛqqit.'
Dans les oasis qu’ils conquirent, les Aït Atta dominèrent initialement une société hiérarchisée, où les Haratin, qui travaillaient la terre, se voyaient interdire d’en posséder et devaient conclure un accord de protection avec un patron Aït Atta. Cette stratification sociale a considérablement reculé depuis l’indépendance du Maroc, avec l’établissement de l’égalité juridique.
David Hart, en expliquant l’attitude des Aït Atta envers les Haratin, déclare:En ce sens, les Aït Atta sont sans aucun doute les plus grands racistes du sud marocain. Blancs, organisés en tribus, Berbères transhumants qui ont toujours porté les armes, ils méprisent les Haratin pour être : (1) de type négroïde, (2) non-tribaux, (3) sédentaires et agricoles, et (4) inexpérimentés dans le maniement des armes.— "The Tribe in Modern Morocco: Two Case Studies », dans Arabs and Berbers. From Tribe to Nation in North Africa"Cette attitude se reflétait dans leur droit coutumier. Par exemple, les Noirs libres étaient interdits d’accès à la propriété foncière, et d’autres lois discriminatoires existaient, comme l’interdiction de vendre une maison ou un terrain à un Hartani, sous peine d’une lourde amende pour les deux parties. Cela s’expliquait par le fait que la terre était le fondement du statut social. Les Aït Atta affirment même qu'avant le protectorat, il était courant qu’un homme qui venait d’acquérir un nouveau fusil le teste sur un Haratin.
Cette mentalité a persisté jusque dans les années 1990, comme l’a observé Cynthia J. Becker, les membres des Aït Khabbash refusant de se marier avec des Noirs pour préserver la supposée pureté de leur lignée. Ils désignaient leurs voisins noirs par le terme Ismkhan (au singulier Ismakh ou Ismag), signifiant «esclave» en tamazight, mais utilisé aussi pour dire «Noir» ou « Hartani ».
Les Ismkhan sont pourtant culturellement très proches de leurs voisins Aït Khabbash : ils parlent le tamazight, pratiquent des cérémonies de mariage similaires et partagent des formes artistiques proches. Malgré la discrimination, leur statut social est partiellement valorisé par leur rôle dans les rituels de guérison publique, leur conférant un certain baraka.
Igharm Amazdar, servait de capitale aux Aït Atta. La Cour suprême d’appel des Aït Atta, appelée istinaf, y était installée. Elle était composée de six hommes appelés ti'aqqidin ou ait l-haqq (« les gens de la vérité »), qui étaient réélus pour chaque affaire. Deux de ces six membres venaient toujours des Aït Yazza, deux des Aït Zimru et deux des Aït Hassu.
Ils tranchaient les litiges que les conseils locaux ne pouvaient pas résoudre. En cas de désaccord entre eux, six autres arbitres étaient nommés dans les mêmes proportions, et encore six autres si nécessaire. Si aucun accord n’était trouvé, le amghar n-tmazirt (chef de clan) des Aït Aisa n-Igharm Amazdar intervenait pour départager.