Le Parti libéral-démocrate (, abrégé en FDP) est un parti politique libéral allemand créé en 1948.
Le parti est généralement décrit comme pro-business et néolibéral... Les élus du FDP sont favorables au libre-échange, à l'immigration, à la baisse des impôts, et à la dérégulation générale des marchés.
Il est réputé proche du patronat allemand et réalise traditionnellement ses meilleurs scores parmi les classes moyennes et supérieures, et dans les villes de moyenne et petite taille.
D’importance électorale moyenne, avec entre 4,3 et 14,5 % (son meilleur score obtenu en 2009) aux élections fédérales, il est présent dans toutes les coalitions gouvernementales sur le plan fédéral de 1949 à 1998 sauf en deux brèves périodes ; en plusieurs occasions, c’est lui qui a provoqué l’alternance selon qu’il s’alliait avec les chrétiens-démocrates ou les sociaux-démocrates. Il a été au gouvernement pendant quarante-deux ans au total, dans quatorze cabinets. Il est de nouveau au gouvernement à la suite des élections de 2009, après onze années d'opposition, en coalition avec la CDU/CSU.
Lors des élections fédérales du , le FDP n'obtient que 4,8 % des voix, se voyant privé de sa représentation au Bundestag, et doit donc également quitter le gouvernement. Il revient au Bundestag avec les élections fédérales du 24 septembre 2017 et siège alors dans l'opposition. Il revient au gouvernement après les élections fédérales de 2021, en tant que composante d'une coalition en feu tricolore.
La coalition est rompue en , après que le président du parti Christian Lindner a été limogé de son poste de ministre des finances par Olaf Scholz, ce qui provoque des élections anticipées en février 2025 qui voient le FDP perdre à nouveau sa représentation au Bundestag en n'atteignant pas le seuil de 5 % requis. Le parti obtient à cette occasion le pire score de son histoire à une élection fédérale (4,3 %).
Histoire Origines Le mouvement libéral en Allemagne Le mouvement libéral se développe en Allemagne au début du chez les étudiants et les intellectuels, d'abord en faveur des droits des classes inférieures et de l'unité nationale. Il est sévèrement réprimé par la réaction, en particulier par le Chancelier Metternich, finalement écarté en 1848 lors de la révolution de Mars. Les monarchies contiennent le mouvement et restent en place, mais les idées libérales ont connu un progrès certain. En 1861 est fondé le Parti progressiste allemand (Deutsche Fortschrittspartei), le premier parti au sens moderne du terme, avec programme et objectifs clairs. Le Parti progressiste fusionnera en 1884 avec d'autres groupes libéraux pour donner naissance au Parti radical. S'y ajoute en 1868 le Parti national-libéral (Nationalliberale Partei), né d'une scission de droite du Parti progressiste, nationaliste, monarchiste et expansionniste. En 1868 également, une scission de gauche du Parti progressiste donne naissance au Parti populaire allemand (Deutsche Volkspartei), qui fusionne en 1910 avec les héritiers du Parti radical pour donner naissance au Parti populaire progressiste. Sous la république de Weimar, la fusion du Parti populaire progressiste et de l'aile ralliée à la République du Parti national-libéral donne naissance au Parti démocrate allemand (Deutsche Demokratische Partei, DDP) de Friedrich Naumann, qui regroupe les libéraux de centre gauche. Le reste du Parti national-libéral se regroupe derrière Gustav Stresemann dans le Parti populaire allemand (Deutsche Volkspartei, DVP), qui incarne un libéralisme nationaliste et conservateur, proche des milieux industriels et initialement opposé à la République. Quelques éléments de l'aile la plus conservatrice du Parti national-libéral rejoignent les conservateurs monarchistes au sein du Parti populaire national.
Les formations libérales de l'après-guerre Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'occupant soviétique en Allemagne organisa la création de partis politiques. Début , Wilhelm Külz et Eugen Schiffer fondent un Parti libéral-démocrate d'Allemagne (Liberal-Demokratische Partei Deutschlands, LDP), avec pour ambition de couvrir l'ensemble du territoire, mais ils ne peuvent le constituer qu'en zone soviétique. Il reçoit lors des seules élections législatives libres, en 1946, entre 7,8 % des voix dans la partie orientale de Berlin et 29,9 % dans la province de Saxe. Il rejoint en 1949 le Front national (Nationale Front).
Des partis libéraux sont créés dans tous les Länder de l’Ouest par d'anciens membres du DDP et de l'aile libérale du DVP. Le premier, le Parti des libéraux-démocrates (Partei Freier Demokraten, PFD), est fondé en septembre à Hambourg, et reçoit 18,2 % des voix lors des élections du Bürgerschaft le . En Hesse, le FDP, qui présente aux élections législatives de 1950 une liste commune avec un groupement de réfugiés, reçoit 31,8 % des voix – le meilleur score de l’histoire des libéraux-démocrates allemands. En , le Parti populaire démocrate (Demokratische Volkspartei, DVP) obtient également de bons résultats aux élections de Wurtemberg-Bade, bastion historique du libéralisme allemand, sous la houlette de deux anciens députés DDP au Reichstag, Theodor Heuss et Reinhold Maier.
Une première tentative d'unification des libéraux allemands a lieu le , lorsque Theodor Heuss et Wilhelm Külz créent à Rothenburg ob der Tauber le Parti démocrate d’Allemagne (, DDP), mais le projet échoue en raison des divergences stratégiques entre Heuss et Külz, ce dernier défendant le principe de négociations avec le SED est-allemand pour éviter la partition du pays.
Fondation Un parti de rassemblement des libéraux et des nationalistes vignette|Drapeau du FDP en 1952, avec le Reichsadler. Le Parti libéral-démocrate est fondé le à Heppenheim, comme rassemblement de la quinzaine de partis libéraux locaux fondés depuis 1945 dans les zones d'occupations occidentales. Le lieu a été choisi en raison de la réunion d'Heppenheim, une rencontre des libéraux le , peu de temps avant la révolution de mars. Le premier président du Parti est Theodor Heuss.
Les premières élections législatives dans les Länder nouvellement constitués révèlent la faiblesse des Libéraux. Ils n'obtiennent, par conséquent, que cinq des soixante-cinq sièges au Conseil parlementaire, chargé de la rédaction de la Loi fondamentale de la République fédérale d'Allemagne. Le FDP y défend la fin de la dénazification et l'amnistie des anciens nazis., mais revendique aussi le respect des libertés individuelles, l'établissement d'un système parlementaire et défend l'économie sociale de marché, alors que tous les autres partis sont favorables à une économie dirigée par l'État. Sur un grand nombre de questions, le FDP présente des solutions alternatives ou de compromis entre le Parti social-démocrate (SPD) et l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et peut ainsi faire adopter certains points de son programme.
Jusque dans les années 1950, plusieurs fédérations du FDP dans les Länder sont classées à droite des Chrétiens-démocrates, qui portent encore certaines aspirations du christianisme social. Les Libéraux-démocrates, pour leur part, sont pour partie porteurs de valeurs d’orientation nationalistes, apportées par d’anciennes personnalités de la période nazie que le parti entend intégrer au nouvel État démocratiqueU. Herbert, Werner Best, un nazi de l'ombre, 2006, trad. fr. Talandier, Paris. En 1952, le FDP se dote de son premier logo, un aigle noir à une tête reprenant la symbolique du Reichsadler caractéristique du nationalisme allemand depuis 1870 et qui figurait sur les logos du DVP national-libéral et du DNVP nationaliste, antisémite et monarchiste de la République de Weimar, mais pas sur celui du DDP démocrate dont se prévalaient les fondateurs du FDP.
Le noyautage nazi vignette|Affiche électorale du FDP de Hesse (1949), demandant la fin de la dénazification. En particulier, les anciens nazis comme Werner Best (ex-adjoint de Reinhard Heydrich et plus haut dignitaire nazi en liberté après le procès de Nuremberg) et Wolfgang Diewerge (ancien propagandiste antisémite) ont une grande audience au sein du FDP du Land le plus important, la Rhénanie du Nord-Westphalie, dont le président Friedrich Middelhauve s'appuie sur le député FDP au Bundestag Ernst Achenbach (qui fut le délégué aux questions juives de l'ambassadeur Otto Abetz à Paris) et plus discrètement sur Werner Naumann, ancien secrétaire d'État à la Propagande auprès de Goebbels et éphémère ministre de la propagande du cabinet Goebbels. Le Naumann-Kreis, inspiré par Friedrich Grimm, un proche d'Ernst Achenbach ancien élu DVP sous la République de Weimar et devenu nazi convaincu, centralise l'entrisme national-socialiste au FDP. Sans lien apparent avec ce groupe, d'autres nazis tentent un retour politique via le FDP. Ainsi, Walter von Lingelsheim, ainsi député NSDAP au Reichstag et éphémère Führer du Mouvement de la foi allemande en 1936, est investi par le FDP aux élections législatives de 1953. dans le Schleswig-Holstein.
Le ministre FDP de la Justice fédérale, Thomas Dehler, sans partager le projet de faire du FDP un parti nazi respectable, tente, comme les dirigeants de Düsseldorf, de récupérer les nostalgiques du nazisme en faisant du FDP le fer de lance d'une campagne pour l'amnistie générale, l'arrêt de la dénazification, la révision des jugements de Nuremberg et de la « justice des vainqueurs », la réduction de la Shoah à des « troubles » et la libération des « prisonniers » de guerre. Plus généralement, cette tendance prône un positionnement nationaliste du FDP. Le FDP et Dehler s'opposent ainsi à la ratification des traités de paix et à l'entrée de l'Allemagne fédérale dans l'OTAN tant qu'une totale amnistie n'aura pas été acceptée. Cette exigence se heurte au refus des forces d'occupation alliées, la CDU du président Adenauer et le SPD étant sur une voie médiane.
Au congrès de Bad Ems de , le noyautage nazi du FDP manque de peu de l'emporter face à la tendance libérale de Hambourg, et Achenbach devient du FDP. En 1953, le Haut-commissariat britannique fait arrêter Werner Naumann, au grand scandale de l'opinion publique allemande, mais avec le soutien d'Adenauer. L'affaire révèle l'infiltration d'anciens dirigeants nazis dans les fédérations de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, de Hesse et de Basse-Saxe, et leur volonté de prendre de contrôle du parti. Une série d'exclusions a lieu, qui affaiblit l’aile droite.
Le pari de l'aile gouvernementale sur une stabilisation de la République fédérale se révèle gagnant, le FDP de Westphalie est partiellement dénazifié (Achenbach continue à occupe des responsabilités importantes jusqu'en 1979, tout en poursuivant ses activités d'avocat et de lobbyiste en faveur de l'amnistie des criminels nazis) et le FDP demeure une petite force d'appoint de centre droit entre la CDU-CSU et le SPD.
Les deux premières décennies Le FDP sous Adenauer En , Theodor Heuss, président du FDP, devient le premier Président fédéral, sur proposition du président de la CDU, Konrad Adenauer. Lors des premières élections fédérales au mois d'août, le FDP reçoit 11,9 % des voix au scrutin de liste et fait élire cinquante-deux députés, dont douze sur mandat direct, pour la plupart dans le Bade-Wurtemberg et en Hesse. Sur proposition de Theodor Heuss, Konrad Adenauer est élu Chancelier fédéral, en rassemblant tout juste la majorité des voix. Il forme son premier cabinet avec une coalition de la CDU/CSU, du Parti allemand et du FDP. Trois libéraux-démocrates en font partie, Franz Blücher à la vice-chancellerie, Thomas Dehler à la Justice et Eberhard Wildermuth au Logement.