Madame Butterfly (titre original en italien : Madama Butterfly, ) est un opéra italien de Giacomo Puccini, sur un livret de Luigi Illica et de Giuseppe Giacosa, représenté pour la première fois le à la Scala de Milan. L'opéra est qualifié de (tragédie japonaise en deux actes) dans la partition autographe, mais entre 1906 et 2016, il a été représenté le plus souvent dans une version révisée en trois actes, en scindant l'acte en deux parties plus courtes. L'œuvre est dédiée à Hélène de Monténégro, reine d'Italie. Faisant partie du grand répertoire, il s'agit selon Operabase du septième opéra le plus joué au monde pour la saison 2021-2022.

Genèse vignette|Puccini vers 1900. Giacomo Puccini assiste, le , pour le compte du New York Herald, à la première de la pièce de David Belasco, au Herald Square Theatre de Broadway à New York, où Blanche Bates jouait le rôle titre.

La pièce à succès de Belasco est inspirée d'une histoire de l'écrivain John Luther Long (1898)Publiée sous le titre de Madam Butterfly, en 18 feuillets, sur The Century Monthly Magazine (, janvier 1898, ), plusieurs fois republiée, dont un volume séparé en 1903 à New York en prévision de la création de l'opéra, puis traduite en italien par Angelo Clerici dans La lettura, revue mensuelle du Corriere della Sera, dirigée par Giuseppe Giacosa, publiée en février 1904 ( année, ), au moment même où la création de Madame Butterfly avait lieu à la Scala. Bien entendu, Long affirma toujours que cette histoire était fondée sur des faits réels, que certains s'attachèrent à reconstituer a posteriori, en oubliant de préciser que le terme français de « mousmées » (du japonais musume, « femme ») était alors devenu d'usage courant, car les mousmées existaient bien à Nagasaki et ailleurs au Japon, un des principaux ports de ce pays et celui le plus ouvert aux étrangers et aux marins de passage.. L'histoire était parvenue à Long par le biais de sa sœur, Jennie Correll, qui avait habité entre 1892 et 1894 à Nagasaki, avec son mari missionnaire, et qui avait alors connu à cette occasion une jeune fille de maison de thé, appelée Chō-sanEn japonais, 蝶々さん, transcrit en rōmaji Chō-chō-san, peut se traduire par Madame ou Mademoiselle Papillon, mais le titre de cet opéra est composé sous la forme『蝶々夫人』soit en kana ちょうちょうふじん、transcrit Chōchō-fujin, ou encore plus simplement Madama Butterfly en katakana, マダマ・バタフライ, le suffixe honorifique « -san » étant employé comme vocatif. En italien, ce nom est devenu Cio-Cio-San., ou Miss Butterfly, qui aurait été séduite par un officier américain, William B. Franklin, de l'USS Lancaster« ”Una vera sposa...”? Inganno e illusione nella prima scaligera di Madama Butterfly », article d'Arthur Groos, présenté lors du congrès international « Madama Butterfly », organisé par la Scala les 10 et 11 novembre 2016, repris dans le programme de la saison 2016-2017 de cet opéra, ..

Francis Nielsen, régisseur de Covent Garden, qui organisait alors les répétitions de la création anglaise de Tosca, après avoir vu la pièce à Londres aurait demandé à Puccini de quitter Milan pour venir voir cette pièce qui, dans ses mains, pourrait devenir un opéra à succès. Il semble cependant que Puccini était déjà sur place pour pouvoir assister à la représentation de la première de Tosca à Londres. Le au de Londres, Puccini voit donc à nouveau la pièce et veut en acheter les droits sur-le-champ, bien qu'il ne parle pas anglais. Après d’âpres négociations, le contrat n'est signé que le et les librettistes Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, réunis pour la dernière foisLes deux librettistes avaient déjà formé avec Puccini le trio de succès de l'écriture de ses précédents opéras, depuis Manon Lescaut (1893), avec Illica responsable du texte du point de vue de la dramaturgie et Giacosa chargé lui de la versification. Giacosa allait disparaître peu après en 1906 et ce sera donc sa dernière collaboration avec Puccini. Les exigences de ce dernier ont été jusqu'à la rupture, notamment lors de l'abandon du troisième acte par le compositeur et il faudra toute la patience de Giulio Ricordi pour le remettre au travail., peuvent commencer à se mettre à l'œuvre.

En plein japonisme, le thème de la geisha épousant un Américain de passage rappelle bien sûr Madame ChrysanthèmeDont l'histoire de Long reprend le titre français, « Madame », et qui débute, comme chez Pierre Loti, par une conversation entre deux officiers de marine. de Pierre LotiSans doute aussi les arrangements de Louis Benedictus, auteur également de La Marchande de sourires, pièce japonaise en 5 actes et 2 parties). Théâtre de l'Odéon, Paris, 21 avril 1888, livret de Judith Gautier et Pierre Loti., qui a d’ailleurs été adapté à l’opéra en 1893 par André Messager. Mais la ressemblance reste superficielle, comme l'est également celle avec Iris (1898), le précédent opéra japonisant de Pietro Mascagni. Alors que Madame Chrysanthème est une geisha cynique et vénale, qui compte son argent au départ du marin, la trop jeune Butterfly tombe passionnément amoureuse de Pinkerton, un officier de l'United States Navy, au point de sacrifier les conventions sociales et de renier sa famille et sa religion ancestrale. Et Pinkerton, cynique, raciste et lâche dans la version originale, éprouvera des remords tardifs à la mort de Butterfly, ce qui reste inhabituel pour les marins de passage.

Puccini commence la composition dès le , ayant décidé que ce serait le sujet de son futur opéra, en écartant tout autre projet, alors que le contrat avec Belasco n'est pas encore signé. Selon la correspondance échangée avec Illica, le livret, remanié en deux actes avec unité de lieu, est achevé le et Puccini commence à orchestrer le premier acte. Seul un grave accident de voiture le , où Puccini est gravement touché tandis qu'il souffre de diabète, retardera un temps cette composition, avec une convalescence de huit mois en fauteuil roulant. La composition est terminée le .

vignette|gauche|Fille en kimono blanc (1894) de George Hendrik Breitner.Puccini enquête sur les us et coutumes japonais et s'imprègne de la musique et du rythme nipponsUn chercheur japonais, cité par Michele Gerardi, prétend qu'une bonne part des motifs authentiques de Butterfly provient de La Mélodie japonaise, une brochure reproduisant les mélodies employées par la Kawakami Play Company d', avec des arrangements de Louis Benedictus.. Il va même jusqu'à rencontrer la femme de l'ambassadeur du Japon en ItalieIl obtient d'elle un recueil de mélodies populaires du Japon. Elle aurait aussi donné des conseils quant aux noms des personnages que Puccini ne suivit pas. ou encore la danseuse Sada Yacco. À ceux qui lui reprochent de n'avoir jamais visité le Japon, il réplique que Interview de 1910 en français, à New York, lors de la présentation de La fanciulla del West, citée in « Madama Butterfly 1904: una perfetta idea di teatro » (conversation avec Riccardo Chailly), Madama Butterfly, Uno sguardo nell'Archivio Storico Ricordi, Bertelsmann, 2016. et il poursuit avec frénésie la recherche de documentation sur ce pays lointainCirculèrent surtout des livres concernant la vie quotidienne, le cadre de vie, avec sans doute les splendides clichés de Felice Beato, et les traditions religieuses., y compris par une photo de la rade de Nagasaki que lui fournit Giulio Ricordi ou par un kimono que lui procure Illica. Il écrit justement à ce dernier en 1902 : Demeurent de nombreuses imprécisions dans la transcription de la langue ou de mauvaises interprétations des usages japonais de l'ère Meiji, qui seront rectifiées dans une production japonaise de 2003Minna no opera (« opera del popolo »)..

Le titre de l'opéra initialement retenu, Butterfly tout court, devient le , par acte notarié, , deux jours seulement avant la première.

vignette|gauche|La Scala, quelques années avant la création de Butterfly.

Échec de la création Après les succès retentissants de La Bohème (1896) et de Tosca (1900), Puccini s’attendait à un accueil favorable. Mais la première représentation le à la Scala de Milan est un fiasco qui fera date, les sifflets et moqueries ayant commencé dès le lever de rideau. De minutieuses répétitions avaient pourtant été dirigées par l'éminent maestro , avec une distribution incluant la soprano Rosina Storchio dans le rôle de Cio-Cio-San, le ténor Giovanni Zenatello dans celui de Pinkerton, le baryton Giuseppe De Luca dans le rôle de Sharpless et la mezzo-soprano Giuseppina Gianonia dans celui de Suzuki. Sous la régie de Tito Ricordi, la mise en scène avait été confiée à Adolfo Hohenstein, qui dessine l'affiche de 1904, les décors à Lucien Jusseaume, Vittorio Rota et Carlo SongaLes fonctions modernes du metteur en scène, encore balbutiantes en ce début de siècle, n'étaient alors pas confiées à un seul artiste pour tout l'opéra et lors de la création milanaise, Rota (1864-1945) est le scenografo de l'acte tandis que Songa (1856-1911) est celui de l'acte , selon la page 108 du programme 2016-2017 de la Scala., les costumes à Giuseppe Palanti.

Malheureusement, selon l'éditeur Ricordi, On ne sait si la création fut sabotée par l'éditeur rival de Ricordi, SonzognoEn raison notamment de l'échec à la Scala, en décembre 1903, de Siberia de Umberto Giordano, un protégé de Sonzogno., ou par une claque soutenant Pietro Mascagni, Rubens Tedeschi, Addio, fiorito asil, ed. Studio Tesi, 1992, ., avec moins de fraîcheur. Le pire moment survient sans doute lorsque des chants d'oiseaux, simulés lors de l'intermezzo, donnent aux spectateurs l'idée d'imiter une basse-cour au grand complet. Puccini réagit et parle d'un « vrai lynchage ». Il défie l'audience : . Effarés, Illica et Giacosa et son éditeur, la Casa Ricordi, exigent le retrait immédiat de l'opéra de l'affiche, après une seule représentation, afin de soumettre l'œuvre à une révision approfondie. Puccini doit rembourser sur-le-champ lires de frais au théâtre milanais. Malgré le futur succès de l'œuvre, Puccini n'acceptera jamais que l'opéra soit joué à la Scala de son vivant.

Versions successives et remaniements L’opéra paraissait-il trop long et son découpage en deux actes rompait-il avec les habitudes de l’art lyrique italien ? Bien que réticent, le compositeur souhaitait pourtant clairement un opéra ramassé et percutant, ce qui était alors un geste radical et précurseurDans un premier temps de la composition, trois actes avaient été prévus et écrits, dont le troisième devait se dérouler dans le consulat américain et rompre l'unité de lieu. Ce n'est que le 16 novembre 1902 que Puccini écrit à Giulio Ricordi que après le deuxième acte et qu'il s'est convaincu que en demandant à Ricordi de ne pas s'affoler. , cité in Giacomo Puccini, Marcel Marnat, Fayard, 2005, et 342.Les premiers opéras de ce type, comme Salome (1905), en un acte, de Richard Strauss font scandale à leur tour.. Le , il avait écrit à Illica :