Cet article est un panorama de l'Occitanie avant l'occupation allemande.
Le régionalisme Le régionalisme français de la fin du et du début du bénéficie, entre autres, de l'action de lÉcole française de géographie, créée par le languedocien Paul Vidal de la Blache (1845-1918), professeur à la Sorbonne de 1898 à 1909, fondateur de la revue Annales de géographie et auteur de États et nations de l'Europe autour de la France (1889), ouvrage qui rencontre un écho favorable aussi bien en France qu'en Europe.
En 1898, Charles Maurras (1868-1952) publie L'Idée de décentralisation, un mélange de fédéralisme proudhonien, de corporatisme saint-simonien et de positivisme à la Auguste Comte, dans lequel il défend la reconnaissance des cultures locales dans une monarchie fédérative fondée sur la liberté des provinces et municipalités. Avec Frédéric Amouretti (1863-1903), il fonde la Ligue de la patrie française et la revue Réveil de Provence qui expose ses idées. En 1899, il part à Paris, où il fait la connaissance de Maurice Barrès (1862-1923), qui a élaboré la théorie de l'enracinement régional permettant l'expansion de l'individu dans son cadre naturel. Cette même année, ils fondent le journal L'Action Française, dont se rapprochent beaucoup de félibres.
En 1905, Maurras participe aussi à la Ligue de Décentralisation, de ligne radicale, qui peu après se transforme en la Fédération Régionaliste Française (FRF), dirigée d'abord par le même Maurras, puis par Joan Carles-Brun (1870-1946), auteur de Le Régionalisme (1911) et de Qu'est-ce que le régionalisme (1936), et par Jùli Rounjat (1864-1925), linguiste, auteur de "L'ourtogràfi prouvençalo" (1908) (tentative d'unification de la grammaire occitane). Ce groupe appuie d'abord l'Action Française, mais le départ définitif de Maurras pour Paris le prive d'un dirigeant.
La FRF recueille la tradition "proudhoniana" et du "félibritge" fédéral de Paris, et elle reçoit le soutien aussi bien de Barrès que de Jean Hennessy et de Joseph Paul-Boncour, juristes et philologues. Elle essaie d'opérer comme groupe de pression et de promouvoir la présentation de projets de loi de la part de députés des différents partis en faveur d'une régionalisation administrative, pour ainsi créer un état d'esprit favorable à la restructuration territoriale. Le programme de 1901, assez éclectique, propose de créer des régions homogènes avec des compétences administratives et économiques, ainsi que dans les municipalités, de décentraliser l'éducation et de promouvoir les traditions locales. Le programme est assez vague et son efficacité politique ne peut éviter les divergences entre les monarchistes et les républicains, entre fédéralistes et décentralisateurs, et par conséquent, il est assez réduit.
La dernière opportunité perdue par les "felibrencs" en politique se produit dans l'année 1907, quand la crise des vignerons du Languedoc les amène à une révolte ouverte contre le gouvernement de Georges Clemenceau. Ses meneurs, le syndicaliste occitan Marcelin Albert et le maire socialiste de Narbonne, Ernest Ferroul, les convoquent à Carcassonne. Ferroul y chante le chant de la croisade devant les manifestants. Ils reçoivent le support de Pierre Devoluy (1862-1932), qui essaie de convaincre Frédéric Mistral de leur donner sa bénédiction, et le cardinal de Montpellier, Rovérié de Cabrières (1830-1921), de sympathiser avec les félibres. Ferroul en vient même à supplier à genoux Mistral de se mettre à la tête du mouvement, mais celui-ci refuse en même temps qu'il neutralise les activités du félibre et sanctionne l'hétérogénéité interne. Le mouvement est mis de côté et très durement réprimé par Clemenceau, même si quelques-unes des améliorations revendiquées sont acceptées.
Évolutions économique et sociale
Trois faits marquent l'évolution occitane dans cette première moitié de siècle : la guerre de 1914, la francisation de l'école publique, et le défaut d'une structure économique propre.
D'une part, en 1897, un Languedocien de Muret, Clément Ader (1841-1925) fabrique le premier avion à Tolosa de Llenguadoc. Déjà en 1866 il a créé un prototype, l'Éole, en moteur à vapeur, qui décolle pour la première fois en 1890. Le , au champ de Satory (Versailles), il a roulé 60 mètres, et parcouru 150 mètres en vol court et plus de 300 en plein air. La paternité de l'invention a été disputée entre Ader et les frères Orville et Wilbur Wright. Ader reste le précurseur de l'aviation en Europe, et cela a facilité 1914 et 1918 la construction par le jeune entrepreneur toulousain Latécoère d'avions militaires. En même temps, Didier Daurat fonde à Toulouse l'Aéropostale, première entreprise de transport aérien avec l'Amérique du sud via Barcelone, Alicante, Casablanca et Dakar.
D'autre part, la Guerre du 1914-1918 enrôle la fleur et la crème de la jeunesse occitane (ou bretonne, ou autre), vite chair à canon, ce qui provoque dès 1917 un fort mouvement de désertions massives. Mais la guerre prend également de nombreuses ressources, dont le charbon du Massif Central. En 1916 l'entreprise Charbonneries de Barjac est fondée à Gard, près d'Alès, pour renforcer l'exploitation de charbon. Mais dès 1920, la décroissance commence. La porcelaine de Limoges, qui employait travailleurs en 1920, n'en emploie plus que la moitié en 1938. Les deux principales banques locales occitanes, la Banque Castelnau de Montpellier et la Banque Gaidan de Nîmes, emportent le capital à Paris, en commençant ainsi la décapitalisation régionale, qui à la longue provoque le défaut d'investissements propres. Pourtant, en 1924, se fonde à Tolosa l'''Office Nationale Industriel de l'Azote, secteur chimique étatique, qui depuis lors est le seul à investir au pays.
De plus, en 1936 on établit Italiens dans les départements du Gers et de la Garonne, qui n'apprendront pas l'occitan, ce qui accélérera à la longue le processus de substitution linguistique.
Les politiciens occitans sont à la fois déjà pleinement intégrés dans la politique française, et ont fait de leurs origines occitanes un simple aspect folklorique. C'est le cas de : Théophile Delcassé (1882-1936) de Pamiers, ministre d'affaires extérieures en 1914-1915, de la marine en 1911-1913, et des colonies en 1893-1895 ; du limousin Marie-François Sadi Carnot (1837-1894), président de la République de 1887 à 1894 ; du provençal Gaston Doumergue (1863-1937) du Parti Radical, et président de la république de 1924 à 1936 ; du provençal Édouard Daladier (1884-1970), radical-socialiste, chef du gouvernement en 1934 et 1938-1940 et ministre de la guerre en 1932 et en 1936-1937 et des Travaux publics en 1930-1931, de triste souvenir pour être le signataire français du Pacte de Munich de 1938, et qui en 1943 a été déporté en Allemagne par les occupants nazis ; et du marin gascon Jean-François Darlan (1881-1942) amiral en 1929 et responsable de la flotte française en 1939, qui fut en 1941-42 vice-président du Gouvernement de Vichy jusqu'à son départ pour Alger, et son assassinat.
Quant à la culture occitane en français, dans ces années, les principaux acteurs sont : le provençal Jean Giono (1895-1970), auteur de la Trilogie de Pan (1926-1930) où il chante le sous-développement occitan sans donner, cependant, les noms|prénoms des responsables, en un français plein de provençalismes, et en louant les vertus du monde rural contre le machinisme et le monde urbain, le directeur de cinéma provençal, remarquable, Marcel Pagnol, Marcèu Panhol (1895-1974), avec des évocations de mœurs de Marselha de la trilogie de films Fanny (1932), Marius (1931) et César (1937), mais sans réussir à créer un cinéma national, bien qu'en français, le languedocien Louis Feuillade (1874-1925) auteur de films comme Les vampires (1915), La vie telle qu'elle est (1911-1913) et Fantômas (1913-1914), à Paris, le gascon Louis Delluc (1890-1924), auteur des films Fièvre (1921), L'inondation (1924) ou La femme de nulle partie (1922), à Paris. les poètes provençaux René Char (1907-1988), avec les livres Seuls demeurent (1945), Les matinaux (1950) et Lettera amorosa (1953), et Paul Valéry (1871-1945), considéré comme une grande gloire des lettres françaises, auteur des poèmes Le cimetière marin (1920), La jeune parque (1917) et Variété (1924-1944), dialogue d'aspect socratique.
Après la guerre on mettrait en évidence le nîmois Jean Marie Le Clézio (1940), défenseur des langues minoritaires, et auteur de Le procès-verbal (1963), La fièvre (1965), Le déluge (1966) et le livre Depuis des fruits (1969).
Aussi, la géographie humaine régionale, fondée par Louis Vidal de la Blache, a des continuateurs occitans, comme le toulousain Jean Brunhes (1869-1930), auteur de la Géographie humaine de la France (1926-1930), et le limousin Pierre Deffontaines (1894-1878), membre de l'Institut d'Études Catalanes.
Situation politique dans les années 1920
En ce qui concerne le régionalisme, en conséquence de la réorganisation territoriale menée à bien après la Guerre en 1918, les doctrines du régionalisme économique reprennent à nouveau de la force, en faveur de la restructuration étatique en régions économiques homogènes afin d'éviter la bureaucratisation et d'améliorer l'efficacité administrative. Mais toutes les réponses dans ce sens échouèrent.
Le FRF, dirigé depuis 1901 par Louis-Xavier de Ricard, maintiendrait assez d'activité pendant la période 1922-1926 grâce l'influence qu'exerça entre autres parlementaires Jean Hennessy, radical modéré. En 1919 il présenta une proposition de loi qui aspirait à une régionalisation plus profonde, mais échoua aussi. En 1926 le gouvernement radical se proposa de mettre en pratique un processus de décentralisation, mais plus tard le freina à cause du surgissement de partis nationalistes périphériques, et la force de ceux en Alsace. Paul Boncour, fédéraliste convaincu, fut ministre d'affaires extérieures et de guerre en 1933, et ne présenta alors plus aucune initiative dans ce sens. Pour sa part, la SFIO (socialiste) maintenait une position jacobiniste, et seulement le PCF maintenait une certaine compréhension du problème. De cette manière, entre 1900 et 1914 on présenta beaucoup de projets de loi, aussi bien que nombreuses sympathies individuelles, mais sans aucun résultat pratique. La création à Toulouse de l'Institut des Llengües Méridionales s'obtiendrait seulement en 1913, avec la bibliothèque la plus riche en langue d'oc.
En 1930 il se formerait une nouvelle tendance fédéraliste non conformiste, avec les revues Esprit (1932) d'Emmanuel Mounier (1905-1950) de Grenoble, créateur du personnalisme, et L'Ordre Nouveau (1933), idéologiquement hétérogène (avec le chrétien Mounier, Alexandre Marc, Denis de Rougemont (1906-1985), Suisse de Neuchâtel et fédéraliste pan-européen, Arnaud Dandieu et Raymond Aron (1905-1983), parisien libéral). Refus au capitalisme, libéralisme et socialisme, il se caractérise par le personnalisme en faveur de l'autonomie de l'individu et sa libre association en sphères ascendantes garantissant la liberté, et envisageait le fédéralisme territorial et de corporations économiques comme un frein à la dictature et à l'uniformité.
Ainsi, ils reformulent le régionalisme maurrasien en faveur d'une indéfinie Europe des Patries, formée par des unités déterminées sur des critères ethniques. Par rapport à ce groupe, un groupe dissident de la Fédération régionaliste française (FRF) de 1921, avec à sa tête Eugène Poitevin se montre, s'affiche dans la revue Le Fédéraliste (1921-1938), où collaborent des nationalistes bretons, occitans, basques et alsaciens, en même temps qu'il prête attention à la politique de nationalités de la Société des Nations.