vignette|Slogans altermondialistes lors de la manifestation au Havre contre le sommet du G8 de 2011 à Deauville. vignette|Assemblée Nuit Debout à Paris le 2 mars 2016.
vignette|Arrivée du Tour Alternatiba 2015 à Paris.
L’altermondialisme est un mouvement social promouvant l'idée qu'une autre organisation du monde est possible et qui, sans rejeter la mondialisation, se propose de la réguler. Il connaît son apogée dans les années 2000. Bien que les luttes et idéaux associés à ce mouvement persistent et se manifestent sous de nouvelles formes, l'usage du terme "altermondialiste" se raréfie au cours des années 2010.
De manière générale, il s'oppose au et à la pour favoriser une économie . Ces oppositions conduisent à une recherche d'alternatives globales et systémiques à . Les mouvements altermondialistes considèrent que l'humanité appartient, du fait de la mondialisation, à une seule communauté et que la politique partisane ne permet plus de transformer la société. Marqué par une culture qui pourrait se rattacher à la tradition libertaire ou à l'écologie radicale« Altermondialisme » - Christophe Aguiton et Isabelle Sommier, Encyclopædia Universalis., le mouvement oscille entre réformisme et activisme Boaventura de Sousa Santos, « Le Forum social mondial et le renouvellement de la gauche mondiale », in L'altermondialisme, dir. par P. Beaudet, R. Canet et M-J. Massicotte, Ecosociété, 2010.. Le mouvement se rassemble parfois autour du slogan « Un autre monde est possible » ou Slogan qui provient d'un vers de Paul Éluard : .. On trouve un certain nombre de prises de position et de revendications communes à de nombreuses organisations Ces thèmes se retrouvent dans un certain nombre d'ouvrages, de films ou encore de médias, et dans des textes de diverses organisations du mouvement altermondialiste : plate-forme proposée par Attac, manifestes ou rapports élaborés durant les forums sociaux mondiaux, dont le manifeste de Porto Alegre, des textes de l'Organisation des Nations unies de déclarations de droit et d'autonomie dont les altermondialistes « réformateurs » veulent l'application concrète. : une contestation de l'organisation interne, du statut et des politiques des institutions mondiales, telles que l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le Fonds monétaire international (FMI), l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le G7 et la Banque mondiale ; la justice économiqueVoir, par exemple, cette déclaration au Forum social mondial de 2002, Attac. ; l'autonomie des peuplesLes revendications des peuples indigènes de l'EZLN, pour l'autonomie paysanne de Vandana Shiva et sa lutte pour le développement des semences libres en Inde, et contre les graines payantes des semenciers comme Monsanto. ; la protection de l'environnement et l'arrêt de la surexploitation des ressourcesPar exemple, soutien du Protocole de Kyōto. ; la protection des droits humains fondamentauxVoir la proposition 4 de la Marche mondiale des Femmes. Ces exemples sont illustrés par les reportages de Michael Moore sur les conditions de travail en Asie du Sud-Est dans les compagnies travaillant pour les grandes firmes multinationales occidentales, comme Nike. ; la démocratisation des institutionsPuisque d'une part les orientations politiques sont définies au préalable, et d'autre part qu'il y a des réformistes, des anarchistes, etc., avec toutefois des textes communs dont le manifeste de Porto Alegre plaide pour la démocratisation des instances internationales et l'intégration de la BM/FMI et de l'OMC dans l'Organisation des Nations unies ; Attac demande une démocratisation de l'OMC, le FMI, et la Commission européenne par des élections démocratiques (bien que les processus électifs ne soient encore clairement décidés) ; la Marche mondiale des Femmes demande la mise sur pied d'une organisation politique mondiale avec une parité entre pays pauvres et pays riches, et avec une vraie représentativité des femmes..
L'hétérogénéité et la diversité des associations altermondialistes incite à parler davantage de mouvements altermondialistes au pluriel que de mouvement au singulier.
Historique
vignette|droite|Protestations contre le G20 de Toronto en 2010. Les réunions internationales comme le G20 ou le G8 sont souvent pris pour cibles par les mouvements altermondialistes. Le terme anti-mondialisation a été le premier utilisé par les journalistes pour désigner le mouvement contestataire. En 1999, le terme « altermondialisme » ou « altermondialisation », fut introduit dans la francophonie pour mettre en avant le caractère favorable d'une partie du mouvement à une forme de mondialisation qui serait différente de la mondialisation actuelleAntimondialisation#Distinction altermondialisation/antimondialisation.. Le terme lui-même est la reprise du slogan .
Prémices L'altermondialisme se composant d'acteurs et d'organisations de différentes formes, son origine ne se rattache pas à une date bien définie. Elle s'enracine néanmoins dans les mouvements de contestation émergeant au début des années 1980 dans les pays du Sud avec la lutte, d'abord contre la dette du tiers monde et les plans d'ajustement structurels du FMI, puis contre l'Organisation mondiale du commerce (OMC) créée en 1994.
L'altermondialisme apparaît en partie comme une conjonction entre . Ainsi, en 1984, naissent le Third World Network à Penang (Malaisie), association consacrée au développement et aux échanges Nord-Sud, et les contre-sommets, dont le premier se tient à Londres, sous le nom de « Other Economic Summit ».
À partir de 1988: Formation du mouvement vignette|droite|Le commerce équitable cherche à améliorer la condition sociale des producteurs des produits alimentaires dans les pays du tiers monde. En 1988 à Berlin, a lieu la première mobilisation de masse contre l’assemblée annuelle du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.
Un contre-sommet contre le G7 a été organisé à Paris en . L’événement s’appelait « Ça suffit comme ça » et visait principalement à annuler la dette contractée par les pays du sud. Une manifestation a rassemblé et un concert important a eu lieu sur la place de la Bastille avec . C'était le premier événement anti-G7, quatorze ans avant celui de Washington. La principale conséquence politique était que la France prenait position pour favoriser l'annulation de la dette.
Les manifestations de 1999 à Seattle sont les premières manifestations altermondialistes fortement médiatiséesEddy Fougier, « 10 ans après Seattle : de la contestation hard à la contestation soft », Revue internationale et stratégique 4/2009 (), ..
En 2001, un projet de loi visant à mettre en place la taxation de certains capitaux (Taxe Tobin) est proposé au Parlement européen, mais est repoussée dès avant la première lecture grâce aux pressions de Tony Blair sur les députés travaillistes anglais, mais aussi aux abstentions ou votes contre des députés de LO/LCR.
Années 2000: Développement Forums sociaux au cœur du mouvement Aux différentes manifestations qui accompagnent désormais les grandes réunions économiques, comme le rassemblement de Gênes en 2001 (avec la mort d'un manifestant par balle lors d'affrontements avec la police italienne) contre le sommet du G8, s'ajoute le Forum social mondial, alternatif au Forum économique mondial de Davos. Les Forums sociaux mondiaux ont lieu chaque année, soit à Porto Alegre (de 2001 à 2003), à Bombay en 2004 ou encore polycentrique. En novembre 2002 s'est également tenu le premier Forum social européen à Florence, au cours duquel de à de personnes ont défilé contre la guerre en Irak et . En tant que lieux d'échanges et événements médiatiques, les forums sociaux sont les espaces et les moments privilégiés du mouvement. Il s'est développé durant les dernières années plusieurs forums sociaux mondiaux, continentaux et locaux.
Accès des idées altermondialistes à la scène politique En 2005, le rejet du référendum sur la constitution européenne en France , mais plus généralement des partis et mouvements politiques non-gouvernementaux. Ce résultat, supposé « satisfaisant » par les altermondialistes, lui vaut en revanche l'hostilité d'une partie des partis de gauche social-démocrates français (PS) et européens (SPD en Allemagne, Parti travailliste au Royaume-Uni notamment), ainsi que de la droite européenne modérée, ce que les altermondialistes interprètent comme une pensée unique pro-Union européenne libérale, nonobstant que leur courant de pensée soit loin d'être le seul à s'y opposer (conservateurs britanniques, souverainistes en France et ailleurs, droite religieuse en Espagne, en Bavière ou en Pologne, libéraux notamment anglais…).
Extension géographique Tandis que dans ces pays initiateurs et notamment en Europe le mouvement fait face à un revers d'une institutionnalisation problématique de certaines de ses organisations, il connait une extension géographique en Afrique, aux États-Unis, dans le monde arabe.
Ainsi de nombreux forum sociaux s'organisent en Afrique, notamment à Bamako en 2006, à Nairobi en 2007 et à Dakar en 2011.
La ville d'Atlanta a accueilli le premier Forum social des États-Unis du au , à l'initiative du Forum socialAtlanta accueille le premier Forum social étasunien - Courrier international, .
Après la crise de 2008 : changement de forme Perçu comme essoufflé en Occident, le mouvement reconnaît une forte médiatisation après la crise économique de 2008. Cependant, de moins en moins de mouvements se revendiquent comme tels après cette crise.
À partir de 2010, une contestation populaire dans de nombreux pays arabes a lieu, revendiquant un besoin de démocratie qui ne soit pas une simple façade et plus de liberté individuelle. Ces mouvements, bien que dans la filiation de l'altermondialisme, ne s'en revendiquent pas directement. À la suite de ce mouvement deux forums mondiaux (2013 et 2015) auront lieu à Tunis. Le mouvement des Indignés ou Occupy dénoncent dans les pays occidentaux la crise de la démocratie et de ses institutions. En 2016, le mouvement Nuit debout dénonçant au début le dumping social de la loi travail, s'élargit à la contestation globale des institutions politiques et du système économique.
Ces mouvements, bien qu'héritiers de l'altermondialisme par les thèmes qu'ils abordent, s'organisent très différemment des anciennes contestations altermondialistes qui reposaient sur les associations. Ces nouveaux mouvements entretiennent une certaine méfiance vis-à-vis des associations et revendiquent l’absence de structure et de porte-parole.
À la suite de ces mouvements, de nouveaux partis et personnalités politiques portent des idées altermondialistes dans des élections majeures dans différents pays d'Occident : Bernie Sanders aux États-Unis, Jeremy Corbyn au Royaume-Uni, Podemos en Espagne, Syriza en Grèce ou la France Insoumise en France.
Dans le cadre de la lutte altermondialiste contre la fraude fiscale, la campagne Apple contre Attac est lancée en 2017 pour que la société Apple paie son amende de d’euros à laquelle l’a condamnée la Commission européenne pour évasion fiscale.
Composition Le mouvement altermondialiste résulte de la convergence et de la multiplicité de mouvements. Il regroupe des personnes d'horizons très divers qui ont en commun le refus de la mondialisation néo-libérale. Pour cette raison, cette mouvance est appelée parfois « le mouvement des mouvements »Voir samizdat..
La plupart des organisations altermondialistes refusant de créer un parti, le mouvement s'est axé comme un contre-pouvoir, un mouvement social et fait appel à l'opinion publique, créant des groupes de pression et organisant des mouvements citoyens.