La dynastie Liao ( ; Khitan : Mos Jælud) ., également connue sous le nom d'Empire Khitan ( ; Khitan : Mos diau-d kitai huldʒi gur) ., est un empire d'Asie orientale qui règne sur les actuelles Mongolie, une partie de la Russie orientale et du nord de la Chine continentale entre 907 et 1125Ledyard, 1983, 323. Elle est fondée par le Khagan Khitan Yelü Abaoji à la suite de la chute de la dynastie chinoise Tang et est le premier État à contrôler l'ensemble de la MandchourieRuins of Identity: Ethnogenesis in the Japanese Islands By Mark Hudson.

Presque immédiatement après sa fondation, la dynastie Liao entame un processus d'expansion territoriale, dont la première étape est la conquête du royaume de Balhae par Abaoji.. Les empereurs suivants obtiennent le contrôle des seize préfectures en alimentant une guerre par procuration qui provoque l'effondrement des Tang postérieurs (923-936). Ils reçoivent également un tribut du royaume coréen de Goryeo après avoir mené . En 1004, après de nombreuses escarmouches, la dynastie Liao déclare la guerre à la dynastie Song. Après de violents combats et avoir essuyé de lourdes pertes, les deux empires signent le traité de Chanyuan, mettant ainsi fin au conflit. Par ce traité, la dynastie Liao oblige les Song à reconnaître les Khitan comme étant leurs égaux et à leur verser un lourd tribut annuel. C'est le début d'une ère de paix et de stabilité entre les deux puissances, qui dure environ .

Bien que couvrant essentiellement les steppes mongoles, la Mandchourie et quelques provinces du Nord de la Chine actuelle, la majorité de la population sous le contrôle de la dynastie est d'origine chinoise Han. Les tensions provoquées par le décalage entre les pratiques sociales et politiques traditionnelles des Khitan d'une part et l'influence et les coutumes chinoises d'autre part, sont un trait caractéristique de cette dynastie. Ces tensions provoquent une série de crises de succession; les empereurs Liao favorisant le concept chinois de primogéniture, tandis qu'une grande partie du reste de l'élite Khitane soutient la méthode traditionnelle de succession en faveur du candidat au trône le plus puissant. Les mœurs et traditions khitanes et chinoises sont si différentes qu'Abaoji met en place deux gouvernements parallèles : l'administration du Nord gouverne les régions de peuplement khitan en suivant les pratiques traditionnelles khitanes, tandis que l'Administration du Sud gouverne les régions à forte population non-khitane, en adoptant les pratiques gouvernementales chinoises traditionnelles héritées des Tang et de leurs prédécesseurs.

Les différences entre les sociétés chinoise et khitane portent notamment sur les rôles des sexes et les pratiques matrimoniales, les Khitans ayant une vision plus égalitaire des sexes, ce qui contraste fortement avec les pratiques culturelles chinoises ou les hommes et les femmes ont des rôles distincts au sein de la société. Ainsi, les femmes Khitanes apprennent à chasser, gèrent les biens familiaux et occupent des postes militaires. De nombreux mariages ne sont pas arrangés, les femmes ne sont pas tenues d'être vierges à leur premier mariage et elles ont le droit de divorcer et de se remarier.

L'empire Khitan est détruit par les Jürchens de la dynastie Jin en 1125, lorsque ces derniers capturent l'empereur Tianzuo. Toutefois, certains survivants du peuple Khitan, menés par Yelü Dashi, partent plus à l'ouest où ils fondent la dynastie des Liao occidentaux. Connue également sous le nom de Khanat Kara-Khitans, cette dynastie règne sur une partie de l'Asie centrale pendant près d'un siècle, avant d'être conquis à son tour par l'armée mongole de Gengis Khan. Bien que les réalisations culturelles associées à la dynastie Liao soient très importantes, et qu'un certain nombre de statues et autres objets divers existent dans les musées et autres collections privées, des questions majeures demeurent quant à la nature exacte et à l'étendue de l'influence des Khitan de la dynastie Liao dans les différents domaines de la culture chinoise et mongole, tels que les arts musicaux et théâtraux.

Noms de la dynastie

La dynastie est officiellement fondée en 916 lorsque Abaoji se proclame empereur et adopte le nom dynastique de « Khitan » (). En 946, l'empereur Liao Taizong renomme officiellement la dynastie en « Grand Liao » (). Le nom de la dynastie est à nouveau changé en « Khitan » en 983 sous le règne de l'empereur Liao Shengzong. En 1066, l'empereur Liao Daozong réintroduit le nom dynastique de "Grand Liao", qui reste le nom officiel jusqu'à l'effondrement de la dynastie.

En 1124, l'État successeur établi par Yelü Dashi dans les régions de l'Ouest adopte également comme nom dynastique « Grand Liao ». Cependant, dans l'historiographie, ce Khanat est plus communément appelé "Liao occidental" ou "Kara Khitan".

Il n'y a pas de consensus parmi les historiens concernant l'étymologie de « Liao ». Certains pensent que « Liao » est dérivé du mot « fer » en langue khitan, tandis que d'autres pensent que le nom provient du bassin versant de la rivière Liao, qui la région d'origine du peuple khitan.

Histoire

Les Khitans avant Abaoji

Les sinologues Denis C. Twitchett et Klaus-Peter Tietze sont à l'origine de la théorie généralement admise selon laquelle les Khitans sont issus de la branche Yuwen du peuple Xianbei. En 345, après une défaite face à une autre branche de Xianbei, les Yuwen se sont divisés en trois tribus, dont l'une s'appelait Kumo Xi. En 388, les Kumo Xi se divisent à leur tour en deux groupes dont l'un va garder le nom de Kumo Xi et l'autre prendre celui de Khitan. Ce point de vue est en partie repris dans le Livre des Wei, qui décrit les Khitans comme ayant comme origines les Xianbei. D'autres théories concurrentes existent sur leurs origines. Au début de la dynastie Song, certains érudits suggèrent que les Khitans sont peut-être des descendants du peuple Xiongnu. Alors que les historiens modernes rejettent cette idée d'origine unique, certaines théories évoquant une origine mixte entre Xianbei et Xiongnu. Suivant les théories de Rashid al-Din au , plusieurs chercheurs occidentaux pensent que les Khitans sont d'origine mongole. À la fin du , des théories sur une origine toungouse émergent; théories depuis contredites par de récentes analyses linguistiques. Enfin, les langues khitanes et coréennes ont de nombreux mots communs ou similaires, qui ne se retrouvent pas dans les langues toungouses ou mongoles.

Les premières références à un État khitan apparaissent dans le Livre des Wei, un ouvrage historique datant de la dynastie Wei du Nord (386-534) qui a été complété en 554. À l'époque, les Khitans forment un État qui s'étend sur les actuelles provinces chinoises du Jilin et du Liaoning. Plusieurs livres écrits après cette date décrivent des activités de la part de ce peuple à la fin du et au début du . Le Livre des Jin (648), un ouvrage historique sur la dynastie Jin (265-420), y fait référence dans un chapitre couvrant le règne de Murong Sheng (398-401). Le Samguk sagi (1145), un ouvrage historique des Trois Royaumes de Corée, mentionne quant à lui un raid khitan en 378. Ces sources nous apprennent que les Khitans subissent une série de défaites militaires de la part d'autres groupes nomades de la région, mais également de la part des Chinois des dynasties Qi du Nord et Sui. Les royaumes khitans tombent régulièrement sous l'influence de royaumes turques comme les Ouïghours et de dynasties chinoises comme les Tang et les Sui. Cette influence va significativement modeler leur langue et leur culture.

Dans le Livre des Sui (Volume 84), les Khitan sont décrits comme étant "belliqueux dans le pillage et les raids aux frontières" et "les plus discourtois et arrogants parmi tous les barbares". Dans lHistoire des Liao. (LS, vol. 32 et 59), l'historien Toqtogha (ᠲᠣᠭᠲᠠᠭᠠ) dresse le portrait des Khitan d'avant la dynastie Liao:

On trouve également dans le volume 32 de l'Histoire des Liao la liste des huit anciennes maisons aristocratiques des Khitan; qui sont également mentionnées dans le Livre des Wei :

Pendant la majeure partie des années 630 à 730, ils subissent l'influence de la dynastie Tang. Un arrangement entre les deux puissances est négocié par le clan khitan des Dahe. L'empereur Tang confère en récompense le nom chinois de "Li" aux Dahe et nomme leur dirigeant à une gouvernance que Twichett et Tietze décrivent comme Vers la fin du siècle, toutefois, le contrôle de la dynastie Tang sur le Nord commence à se fissurer puisqu'elle a tendance à focaliser son attention sur ses autres frontières. En 696, le dirigeant Dahe, Li Jinzhong, lance une rébellion et mène les forces khitanes à envahir le Hebei. Bien que le soulèvement est écrasé et l'invasion contrée, il faut attendre cinquante ans avant que les Tang ne reprennent le contrôle des Khitans, même si ce contrôle est moindre qu'auparavant et dure peu de temps. Dans les années 730, le clan Yaolian remplace le clan Dahe à la tête des Khitans. Profitant de cette transition, le gouverneur Tang An Lushan lance deux invasions sur le territoire khitan en 751 et en 755. Après avoir été logiquement défaits par ses ennemis lors de la première invasion, An Lushan réussit la seconde et intègre un important contingent de soldats Khitans dans son armée, avant de se rebeller contre les Tang.

Dans son entourage, An Lushan a un eunuque khitan nommé Li Zhuer, qui travaille pour lui depuis l'adolescence. Mais un jour, An Lushan utilise une épée pour lui sectionner les organes génitaux et il manque de mourir après avoir perdu plusieurs litres de sang. An Lushan le ranime en enduisant sa blessure de cendres. Li Zhuer est très apprécié par An Lushan, et il lui sert d'assistant personnel, avec deux autres hommes. Lorsque An Lushan tombe malade et commence à abuser de ses subordonnés, Li Zhuer est approché par des conspirateurs qui veulent tuer Lushan. Finalement, An Lushan est massacré par Li Zhuer et un autre conspirateur, Yan Zhuang, qui avait été battu par An auparavant. Alors qu'il est en train de mourir, An Lushan crie "c'est un voleur de ma propre maison", tout en secouant désespérément ses rideaux car il n'arrive pas à trouver son épée pour se défendre. Même si elle échoue, la révolte d'An Lushan marque le début de la perte irrémédiable de puissance de la dynastie Tang.

À la suite de cette révolte en 755, les Khitans passent sous la coupe des Ouïghours, tout en continuant de payer des tributs aux Tang. Cette situation dure jusqu'à la chute des Ouïghours en 840. À partir de là et jusqu'à l'ascension d'Aboaji, les Khitans restent tributaires de la dynastie Tang.

Abaoji et l'ascension des Khitans

vignette|droite|alt=Carte de l'Asie orientale en 900, montrant les forces en présence dans la région à cette époque.|Asie du Nord en 900, montrant le territoire des Khitans et des tribus voisines, ainsi que les États l'année précédant le début des campagnes militaires d'Abaoji. vignette|droite|Peinture murale d'une tombe représentant un Khitan, bannière d'Aohan, Mongolie-Intérieure vignette|droite|Peinture murale d'une tombe khitane en Mongolie-Intérieure. Serviteurs tenant un instrument de musique, un arc et des flèches, des bottes et un faucon.

Abaoji, le futur empereur Liao Taizu, naît en 872. Il est le fils d'un aristocrate Yila. À cette époque, cette maison aristocratique est la plus grande et plus puissante des huit maisons nobles affiliées aux Khitans. Toutefois, le Khagan, leur chef supérieur, descend de la lignée Yaolian. En 901, Abaoji est élu khan des Yila. À l'époque, aucun Khitan, à l'exception des Yaonian, n'utilise de nom de famille, mais durant les années 930, le clan d'Abaoji adopte "Yelü" comme nom de famille. À la même époque, leur clan consort commence également à utiliser le nom de famille Xiao.